‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 229 sur 298 · LIV. XI · texte numérisé non relu

LIV. XI

commuoes so perreolionnèrent réciproque* mcnl : Touvrier devint maître. Tartisan artiste. On ne se borna pas à conrectionoer les instrumens nécessaires à rcxploitation rurale. On fit aussi tous ceui que la guerre exigeait et tout ce qui contribue â la culture des mœurs, À la commodité et à Tagrément de la vie , et Ton établil des magasins pour les produits de ces Iravaux» Des ateliers de toute sorte s'élevèrent & côté des bAtimens destinés & Tagricullure. Les individus soumis au service , des femmes et des jeunes filles travaillaient dans leurs proprès maisons la laine et le chanvre qu'on re* cueillait sur le domaine du roi. Elles filaient et lissaient des étoffes et des toiles; elles teignaient ce qui devait être teint et Taisaient des vêtemens pour des individus do tout rang. Dans d'autres maisons , des tanneurs et des cordonniers , des menuisiers et des cbarpen* tiers, des tourneurs et des tonnellicrs exerçaienl leur industrie , et il ne manquait pas d'ouvriers qui travaillaient l'or et l'argent , le bronze et le verre. Ainsi était jeté le germe de la vie des villes qui sembla pouvoir se dévelop* per avec Truit dans la suite des temps.

Par toutes ces choses j Karl donna aux grands seigneurs ecclésiastiques et laïques de son empire un exemple dont l'influence dut être Irés-grande. 11 excita les besoins qu'il apprcDuit à satisfaire , et cette satisfaction pro* duisit À son tour de nouveaux besoins et con-^ duisit À rinvention de nouveaux moyens. Le commerce et réchange durent s'étendre et s'augmenter. Ce que ne fournissait pas la patrie dut être cherché à l'étranger. Le commerce très-ancien , qui pouvait déjà avoir eu lieu avant l'entrée des Romains dans le Teutschiand et qui , depuis cette époque , s'était animé de plus d'une manière, avait en par* ticuiier reçu une nouvelle impulsion par la réunion du Teutschiand é la Gaule. Dans les villes des deux pays , on avait réuni , sous la domination romaine, pour les besoins et le superflu , tout ce que la terre donnait à Tun de ces pays et refusait à l'autre , tout ce qui provoquait et préparait Tinvcntion humaine ^ ensuite les ruines de Tempire, qui s'écroulait, avaient anéanti plus d'une branche de négoce, fermé plus d'une issue *, mais le retour d'un certain ordre avait aussi donné une nouvelle vie au commerce. L'esprit marchand , qui ne se repose jamais, qui se dirige toujours vers le

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gain et qui par lé même s'efforce d^exposer et de rendre partout accessibles les produits de tous les pays do la terre et les créations de TarC humain avait de nouveau animé les anciennes places de commerce ou en avait trouvé de nouvelles. Gonstanlinople pourvoyait l'Italie et la Gaule de tout ce que l'Asie et Tlndc offiraient d'agréable *, et Venise , celte fille de la nécessité, l'orgueil de la mer, qui faisait d'audacieux efforts, profitait de la sûreté de sa position pour arracher cet avantage h l'ancienne ville des empereurs. Dans la Gaule, en Italie surtout, à Rome, les Teutschs apprenaient toujours mieux à connaître les plaisirs, les commodités, les travaux de l'art que fournissaient rOrient et en général les pays de civilisation antique. Le goût pour toutes ces choses s'éveilla*, le besoin naquit, et les marchands de Venise et d'autres villes dllalie et de la Gaule méridionale étaient volontiers disposés à offrir aussi aux Teutschs , dans leur propre patrie, ce que ceux-ci pouvaient payer. Au-dessus des villœ royales, parmi les bfttimens consacrés à l'exploitation rurale et parmi les ateliers, s'élevait le palais du roi. Là Tempcrcur séjournait lorsqu'il voyageait par l'empire ou lorsqu'il voulait examiner par luimême ses terres ; lé ums doute il tenait aussi ses dièles solennelles lorsque l'étendue du palais le lui permettait (2). A ces diètes venaient tous ceux qui étaient grands, riches et illustres. Autour d'eux se réunissait une multitude curieuse. Des solennités excitaient les esprits, les rendaient accessibles aux jouissances et provoquaient les désirs *, aussi y vit-on bientôt paraître des marchands chrétiens et juifs venus de toutes parts pour exposer leurs marchandises en vente dans des bûlimens particuliers, à Toccasion de cette réunion. Les marchands du Sud et de TOccident apportaient peut-être des armes , particulièrement des sabres magnifiques ; ils apportaient certainement des épiceries et des étoffes de soie, des ouvrages d'or et d'argent. Les marchands du NordeldeTOrient exposaient des fourrures et tout ce que leur pays pouvait offrir en superflu pour les vivres aux Teutschs ou aux étrangers du Sud, et r^ cevaient en échange tout ce qui pouvait leuf être utile. Les fourrures furent tellement recherchées que Karl jugea nécessaire de leur fixer un tarif. Les peuples slaves faisaient lé commerce le plus odieux : ils vendaient dc$

hommes. Ainsi les propriétés territoriales de KarHe-Grand furent le premier siège et les premières stations do commerce. Là s'éleyèrcnt des marchés par réchange. Lui-même ne négligea sans doute pas de prélever sur les marchands, par les douanes et les impôts, une part de leur bénéfice ; et les grands seigneurs do son empire opposèrent des entraves au commerce en ouvrant , à Texemple de Karl , des marchés dans la mauvaise intention de mettre les marchands à contribution par des douanes et d'autres péages, de la manière la plus odieuse , croyant n'imposer que les marchands, lorsqu'ils ne faisaient en réalité que faire peser sur eux-mêmes ou sur les peuples les taxes qu'ils établissaient. Malgré tout, le commerce suivit sa carrière , et les efforts de Karl-lc-Grand tendiren du moins à alléger les charges et h restreindre les douanes à certains cas , lorsque par exemple le commerce tirait un avantage réel de rétablissement de roules, de ponts, do bateaux ou' d'autres moyens de transport et par la concession de marchés. Les Teuischs , éveillés par ce mouvement, se virent forcés de compenser, autant que cela leur fut possible, par les productions de leur patrie, ce qu'ils tiraient de l'étranger , rimportation par l'exportation , de suppléer par les avantages qu'ils tiraient du Nord à l'infériorité où ils restaient à Tégard du Sud. Jusqu'alors il se peut que leurs ex[K)rtations se soient bornées aux produits naturels de leur sol (le blé, le bois , le bétail) , à Texccption peutêtre de la toile et des étoffes de Frise , qu'on estimait et qu'on recherchait. On interdit Texportation d'armes , surtout pour les peuples slaves.

Le clergé avait déjà auparavant mis des obstacles au déplorable commerce d'esclaves *, sous Karl-le-Grand, le clergé continua à s'oc* çuper de ces infortunés; b<*aucoup de ses membres connaissaient eux-mêmes les douleurs de rhumanité dégradée dans la personne des serfs. Toutefois le nombre des esclaves diminuait tellement qu'une prohibition absolue de ce commerce ne semblait pas possible. Mais on s'attacha du moins à ce qu'on ne Ht aucun commerce d'hommes pour arriver à un bénéfice immédiat et que l'achat des esclaves fût restreint aux besoins les plus urgens. Karl-le- Grand ordonna donc que , dans son empire, aucun esclave ne pût être vendu qu'en pré-

sence de l'évêque , du comte , de leur vicaire ou de témoins valables, et qu'il ne fût permis à personne d'emmener un esclave hors du pays pour le vendre. On punissait les contraventions à cette défense en réduisant en esclavage 1^ marchands dans le cas où ils ne pourraient payer le ban. Ainsi il s'introduisit du moins de la conscience, de Tordre et de la surveillance dans ce déplorable trafic , et les premiers pas furent faits vers la reconnaissance de la dignité de l'homme, même 'dans Tesclavage. Lo Teutschiand perdit sans doute un bénéfice commercial \ mais il n'en avait pas besoin. Il ne manquait pas de matière pour un commerce productif \ il ne s'agissait que d'eflbrts et d'adresse pour exploiter convenablement les richesses de la patrie. Sans doute cette exploitation, par suite de l'oppression féodale, qui ne pouvait que la paralyser, était tout entière en- Ire les mains du roi et des grands seigneurs ecclésiastiques et laïques ; mais lors même qae les seigneurs n'auraient été poussés que par leurs intérêts particuliers bien calculés à faroriser l'industrie, ils ne pouvaient s'empôctier de suivre l'exemple que Karl-le-Grand leur avait donné. Cependant ils étaient tous cnchatnés aux relations de la vie sociale, dont personne ne pouvait se rendre maître, et ils dépendaient, dans leur volonté et dans leurs efforts, du développement de ces relations.

Du reste le commerce n'avait pas encore, à cette époque , trouvé ses véritables voies dans l'intérieur du Teutschiand. Les anciennes villes situées sur le Rhin et aux environs du Danube , Strasbourg , Augsbourg , Ralisbonoc, servaient certainement d'entrepôts pour les marchandises qui arrivaient de Yenise et en général d'Italie , ou qui étaient expédiées vers celte contrée. Parties de ces places, elles àcy cendaientou remontaient les fleuves, ou étaient transportées par terre vers le Nord ou amenées du Nord, mais sans route encore précise, parce qu'on n'avait pas encore d'entrepôts commoàti et certains^ ceux-ci commençaient seulenienl à se former sur quelques points et furent les bases sur lesquelles s'éleva plus tard la liberté des villes. Cependant on nomme, dès cette époqf^t comme marchés où venaient habituellement les peuples slaves et les Avares, Bardenwi»» Magdebourg, Halberstadt, Erfurt, Scbesslil^ Breemberg, Forchheim (3).

KarMe-Grand , forcé par le grand nombre

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