SA MORT
Ce prince , si redoutable par les armes , si
cruel dans sa colère, ii dur dans sa législation, si sévère dans son administration, si doux pour son entourage , si fidèle dans sa Toi, si disposé à recevoir toutes bonnes et grandes pensées, si zélé pour toute culture du génie ; ce prince, Karl , d'autant plus adnnirable que les vertus humaines étaient plus étroitement unies en lui aux faiblesses et aux défauts humains , sans qu^on lui ait Jamais disputé avec succès le surnom de Grand, était d'une haute stature^ sa taille égalait sept fois la longueur de son pied, son corps était vigoureux et d'une constitution robuste ^ tous ses membres étaient bien proportionnés ] seulement son cou était un peu court , et, dans ses dernières années, il eut un peu trop d'embonpoint. Des exercices journaliers à cheval et à la chasse , occupation favorite des Franks, entretenaient toujours jeunes les forces physiques que la nature lui avait données. Il aimait aussi le bain et la natation. Il avait un goût particulier pour les eaux thermales ; aussi donna-t-il à Aix-la-Chapelle la préférence sur tant d'autres lieux qui du reste lui auraient présenté de plus grands charmes. Pendant qu'il était au bain il réunissait avec plaisir autour de lui une nombreuse société.
Sa physionomie était sereine et ouverte ^ il avait des yeux bleus , grands et vifs , son nez dépassait les proportions ordinaires ; il avait peu de cheveux ^ sa voix était trop faible pour sahautestature.D'autrepart, sa démarche était ferme et résolue , sa contenance digne , qu'il fût debout ou assis.
Karl conservait le costume national ; habituellement son costume diflërait peu de ceux des hommes vulgaires. Il portait une chemise et des braies de toile , des bas et des souliers maintenus par des bandelettes ; une tunique bordée de soie -, en hiver, il jetait sur ses épaules une fourrure de loutre , un manteau ^énilien ] il avait constamment au côté une épée dont la poignée et le ceinturon étaient d'or ou d'argent. Ce n'était que dans les grandes solennités et lors de la réception d'ambassadeurs étrangers qu'il se montrait dans une plus grande magnificence \ alors , il portait une tunique brodée d'or , des souliers ornés de pierres précieuses, des pierres précieuses à la poignée et au ceinturon del'épée, des boucles d'or, un manteau, une couronne d'or et des pierres précieuses sur la tête.
Il mangeait et bu vail modérément ] il butait
peu surtout , car il avait horreur de l'ivresse chez tout homme , surtout chez lui-même et chez les siens. Il ne supportait pas facilement la faim. Il ne donnait de grands repas qu'aux grandes solennités , et alors il réunissait un grand nombre de personnes. Ilabituellenicnt on ne servait que quatre plats sur sa lable« puis venait du gibier rôti à la broche, qu'il préférait à toute autre viande. Les fruits servaient de dessert. Il ne buvait que trois fois à table du vin ou de la bière. En été , il ôtait après ses repas ses habits et ses souliers , et se reposait pendant deux ou trois heures. Par cette habitude il nuisait au repos de la nuit ; il se levait quatre et quelquefois cinq fois. Pendant sa toilette du matin, il recevait ses amis e( les [orties en discussion dont les comtes du palais n'avaient pu concilier les différends, se faisait exposer leurs affaires et prononçait aussitôt. En même temps , il réglait l'ordre du travail du jour pour ses ministres.
Cette manière de vivre si simple de ce grand prince avait sans doute ses charmes , mais elle était nécessaire. Karl , s'il n'avait été modéré dans le boire et le manger, n'aurait pu se maintenir dans la position où il se trouvait. La masse des affaires le forçait à mettre rigoureusemenllc temps à profit. D'ailleurs un homme cutourê d^une gloire si éclatante n'avait besoin d'aucun luxeexlérieurpour briller au-dessus de tous, encore moins un roi. La simplicité de Karl dans îâ manière de vivre extérieure n'était pas non plus une image de la pureté de ses mœurs intérieures.
Il est vrai que le monde aime à noircir ce qui brille, et à rabaisser au niveau du vulgaire tout ce qui esl sublime ; plus la vie d'un liom' me semble extraordinaire , plus le monde c^l disposé à admettre comme vraies les accusations élevées contre lui par les passions, et à le faire descendre de sa hauteur. De mauvais bruits, d'odieuses voluptés ont été répandus contre Karl-le-Grand. Les écrivains ne s'expliqueol pas sur ces bruits ^ mais ils se font jour à travers le caractère équivoque de leur expression (1). Cependant, bien qu'on rejette volontiers ce qui n'est pas clairement exprimé, il résulte de témoignages irrécusables que, dao^ la maison de KarMe-Grand, toutes choses d« furent pas comme elles auraient dû être ; b chasteté , une des plus belles vertus des anciens Teutschs , ne résidait pas dans le pslait du roi.