CHAPITRE n
PARTAGE DE L'EMPIRE ENTRE LES FILS DE LUDWIG. — RÉVOLTE ET INFORTUNE DE BERNHARD, ROI D'ITALIE. — DOULEUR ET REPENTIR DE LUDWIG.
De Tan 8i7 à rao Sis.
L'an 817 commença tranquillement, comme Tannée précédente s'était terminée. Ludwig ne négocia pas sans dignité avec les voisins de son empire. Mais il continua à s'occuper de préférence de choses relatives à la vie contemplative des cloîtres , et en général aux affaires de l'Église. Tous les monastères de Tempire frank étaient, il est vrai, soumis à la règle que saint Benoît dcNursic, ce père de tous les moines (1), avait rédigée trois siècles auparavant pour la vie claustrale*, mais il régnait une grande différence dans les diff^érens couvons, et dans beaucoup la discipline s'était singulièrement relâchée avec le temps. L'empereur, dont Tattention était constamment excitée par celui de ses conseillers qui avait la plus grande part à sa confiance, par Benedict d'Anian , était depuis longtemps affligé de celle décadence; en Aquitaine, il avait constamment travaillé à remédier au mal. Maintenant une circonstance particulière avait porté plus que jamais son âme à la méditation , à la piélé, à Tamour de Dieu, qui, selon lui, devaient trouver leur plus belle culture dans la solitude du cloître. En revenant de Téglise à son palais , il avait vu s'écrouler tout à coup une voûte qui réunissait deux bâtimens, et il avait échappé à la mort sans avoir été presque touché , tandis que les personnes de sa suite avaient toutes élé dangereusement atteintes. Il vit dans son salut un avertissement du ciel. II résolut de donner une organisation nouvelle et uniforme a tous les monastères de son empire, de satisfaire ainsi le besoin que son cœur éprouvait depuis longtemps, et d'assurer aux habitansdc ces saintes retraites la tranquillité et les com-
modités qui leur étaient nécessaires pour la prière et les autres actes religieux.
L'abbé Benedict d'Anian prépara celle organisation. Au fond, il conserva la règle de saint Benoît de Nursie, mais il l'adoucit sous plusieurs rapports. Ce n'étaient pas le cruciGement et la macération de la chair que demandaient Ludwig et son conseiller : c'était une répression énergique des désirs charnels , qui n'excluait pourtant pas tout plaisir. Au mois de juin, l'empereur assembla donc un grand nombre d'abbés et de moines pour leur soumellrc le travail de son ami. Ces hommes pieux ne lui refusèrent pas leur approbation. Il fut donc résolu que la nouvelle organisation serait désormais mise en vigueur dans tous les moDastêres, et Benedict lui-même fut chargé d'en surveiller l'introduction.
Mais il se peut que ces pieux moines aient aussi exprimé leurs désirs au pieux prince en se soumettant à cette règle nouvelle ou renouvelée. Jusqu'alors les couvons n'avaient pas eu seulement à pourvoir, aux dépens de leurs bénéfices, aux présens que l'on exigeait en général des vassaux ; ils avaient de plus été obli;!Cs de fournir leur contingent d'hommes pour le service militaire. L'une et l'autre de ces obih gâtions leur étaient à charge; il se peut donc qu'ils aient sollicité de l'empereur d'en ùlrc dispensés. Ludwig, toujours disposé à des concessions de cette nature sans en calculer les suites pour l'empire, se montrait plus volontiers libéral envers les couvens. Aussi , tandis qu'il renouvelait sans observation avec le pape Paschal, qui jugea à propos de lui annoncer tout simplement son avènement au saint-siège, l'alliance que ses prédécesseurs avait conclue avec les pontifes romains, il songea aussi a donner aux couvens toutes les immunités qu'il serait possible de leur accorder. Il tint au mois de juillet une diète générale, où on régla toutes les obligations des monastères envers l'empire. Quatorze couvens , dont quatre se trouvaient sur la rive droite du Rhin, durent continuera fournir les dons volontaires et rester soumis nu service militaire. Seize autres, dont douze appartenaient au Teutschland propre, durent fournir ces dons, mais furent exemptés du service militaire. Dix-huit, dont sept se trouvaient dans le Teutschland, furent dispensés de l'une et l'autre de ces obligations ^ on ne leur imix)i^a d'autre devoir,ain8iqu'ùfrente-sixcouYensd'A-