LIV. XIÎ
la honte de ce qui s^était passé , et conserva dans son cœur une douleur profonde.
Au commencement du printemps , et con- Tormément aux résolutions de la diète , trois armées se mirent en marche contre Liudewit. La première . venant d'Italie , passa les Alpes noriques -, la seconde traversa ]a Garinlhie -, la troisième s'avança par la Bavière et la Pannonie supérieure. Celle qui tenait la droite fut arrêtée par les difilcultés que présentait le passage des montagnes et par les armes qui le dèrcndaienl. L'arrivée de Tarmée qui tenait la gauche fut retardée par la longueur de la mar* chc et par les obstacles qu'elle rencontra au passage de la Drau. L'armée du centre au contraire, qui traversa la Carinlhie, battit trois fois l'ennemi, franchit la Drau, et arriva heureusement au lieu où elle devait opérer sa Jonction avec les deux autres. Liudewit avait fait exécuter de forts relranchcmens sur une montagne escarpée. Jl s'y relira, jetant de là des regards de mépris sur Tennemi. Enfin les trois armées frankes se réunirent : les Saxons , les Franks orientaux , les Allemanni , les Bavarois et les Italiens se trouvaient ensemble. Mais Liudewit ne fut pas plus eiïrayé de la supériorité du nombre qu'il ne l'avait été de forces moindres. En sûreté sur son rocher, il ne voulut entendre aucune parole de paix et de négociation. Les Franks dévastèrent le pays d'alentour *, comme ils virent pourtant que ces ravages n'amenaient aucun résultat, et comme la prise du rocher leur semblait impossible y il ne leur resta plus qu'à retourner dans leurs foyers. IMais ils éprouvèrent des pertes dans cette retraite. L'armée des Teutschs septentrionaux, qui passa par la Pannonnie supérieure, fut désolée par une dyssenterie que causa l'insalubrité de l'air et de l'eau , et celte maladie enleva un grand nombre d'hommes. *
Aucun événement plus heureux ne compensa CBt échec. Les Sarrasins d'Espagne , avec lesquels on avait maintenu Jusqu'alors une paix équivoque, recommencèrent la guerre ; sur la Méditerranée, huit vaisseaux marchands furent pillés et coulés bas par des pirates : en Danemark, pays dont la 'guerre civile avait diminué les forces , se rétablit une union menaçante : Hariold, qui jusqu'alors avait été protégé par les Franks , et qui , par l'ordre de l'empereur, était revenu du pays des Abodrites pour prendre possession du trône, se réconcilia
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avec SCS ennemis , les Ois de Godofrid , parce que des deux côtés on reconnut pcul-ôlre que les Franks n'avaient d'intentions loyales pour personne » si ce n'est tout au plus pour eux-mêmes. Mais ce qui fut le plus humiliant, ce furent les insultes honteuses que Tempire eut à souffrir des Nordmans. Une troupe de ces audacieux pirates vint avec dix-sept vaisseaux débarquer d'abord sur les côtes de la Flandre-, de là, reculant devant la garde des côtes, mais non sans butin , la petite flotte entra dans la Seine , et comme sur les rives de ce fleuve elle ne trouva pas non plus l'occasion de piller et de dévaster , elle continua sa route jusque sur les côtes d'Aquitaine : là, cette bande hardie débarqua, et trouva enfin le prix de sa persévérance. A tout cela se joignirent des calamités d'une autre nature. Cette année les pluies furent continuelles. Les hommes eurent à soufl'rir de maladies contagieuses, et une épizootie enleva une immense quantité debètes à cornes. Le blé se pourrit, le vin ne réussit pas. Des inondations désolèrent les campagnes, et en beaucoup d'endroits on désespéra niènie de l'année suivante, parce qu'il fut impossible de labourer les terres.
De semblables événcmens ne relevaient pas l'ûmc effrayée de l'empereur. A celte époque, il se laissait encore quelquefois entraîner ù la chasse, son amusement favori, mais il ne trouvait pas plus de tranquillité dans les Ardennes que dans les Vosges. L'intérieur de sa famille devait ajouter constamment de nouveaux chagrins à ceux qu'il ressentait déjà. Judith, sa seconde femme, n^avait pas été reçue avec plaisir, à son entrée dans le palais, par les fils du premier lit de l'empereur ; la jeunesse et la beauté de leur belle-mère ne lui gagnèrent pas le cœur de ces jeunes princes. Lors du premier partage de l'empire, Ludwig avait laissé à son neveu Bernhard l'Italie, tellequ'il la possédait. Depuis la mort de Bernhard, il n'avait encore rien décidé à l'égard de ce royaume. Peut-être lui était-il trop pénible de s'occuper de l'Italie, parce qu'à ce nom se rattachait le souvenir de l'infortune de Bernhard. Mais ses fils semblent avoir interprété son silence d'une autre manière. Ils craignaient qu'il ne retardât toute décision relativement à l'Italie, pour réserver ce royaume au fils que sa seconde femme pourrait lui donner. Et cette crainte excita leur jalousie et leur haine ; Lothar surtout , l'atné ,
ne négligea aucune occasion de presser son père de prendre enfin un parti au sujet de VIlalie. Pour échapper à ses obsessions , Ludwig promit, à ce qu'il semble , de joindre Tltalie à la part qu'il avait déjù Taite à Lolhar : cette promesse ne contenta pas le jeune ambitieux , et ne fil que Texciter à insister sur son exécution (5).
Tandis que Tempereur , Tan 821 , faisait continuer sans succès les guerres commencées Fannée précédente, il convoqua, pour le premier mai , un grand nombre de comtes et de seigneurs, à une assemblée à Nimégue. Il lui soumitencore une fois le diplôme qui jusqu'alors dvait été accepté pour le partage de l'empire, confirma de nouveau à l'empereur Lothar le royaume des Langobards, et fit jurer à toute rassemblée de maintenir ce règlement. Ludwig n'hésita pas à prendre cette mesure, pour satisfaire son fils aîné, parce que vraisemblablement il pensait que sa belite épouse ne deviendrait jamais mère. Pour cetlp même raison , il consentit sans peine au mariage de son fils. Quelques mois après la dissolution de cette assemblée, en octobre de celle même année, il tint une diète à Thionville, où se rendirent aussi des comtes qui étaient déjà revenus de Pannonie , de la nouvelle expédition contre Liudewit, qui n'avait été signalée par aucune action. Pendant la tenue de cette dièle , fut célébré le mariage de Lolhar avec Irmingarde, fllie d'un certain comte Hugo. Le bon empereur profila de cette fêle, à laquelle vinrent assister des ambassadeurs du pape, chargés des vœux et des présens du pontife, pour rétablir le calme dans son cœur en réparant des actes qui autrefois lui avaient semblé nécessaires , et que maintenant il regardait comme injustes. Il fit venir devant lui les hommes qui avaient été impliqués dans les adaires de son neveu Bernhard , et qui s'étaient soustraits aux premières fureurs de la tempête ; il leur annonça leur grûce complète, et leur rendit leurs biens confisqués. Eh même temps il rappela l'abbé Adelhard et son frère Bernhard de l'exil auquel ses soupçons les avaient condamnés : le premier redevint abbé de Corbie, et le second reprit sa place dans son couvent.
Mais la conscience de Ludwig resta inquiète comme auparavant, cl il ne manqua pas d'hommes , ecclésiastique-) et laïques, qui , dans de bonnes intentions , par ruse , par éjjnï^me , at-
tisèrent constamment le feu et rempêclièrenl de s'éteindre. Vraisemblablement aussi sa piélé et les récits des Saintes Ecritures lui firent \oir dans les calamités et dans les plaies qui, à celle époque, frappaient sans relâche les peuples de son empire , une conséquence de ses péchés. En cfTet , dans cette même année , les pluies excessives de l'automne détruisirent les semences et rendirent l'ensemencement impossible, et à ces pluies succéda un hiver d'une cffrayanie rigueur : les plus grands fleuves même de la Gaule et de la Germanie se couvrirent d'une glace si épaisse, que, pendant plus de trente jours, les plus lourdes voitures les traversèrenl comme sur des ponts : et lorsqu'enfin celle masse glacée se dissolvit , une immense destruction désola particulièrement les bords du Khin. Plusieurs autres phénomènes, suiles d'une température inaccoutumée , moins désastreux, mais tout aussi surprenons, augmentèrent encore l'impression que de semblables événemens avaient produite sur les cspril* d'hommes ignorans et superstitieux.
Dans ces circonslances , l'empereur convoqua, au mois d'août de Tannée suivanlc,b évèques , les abbés , et d'autres hommes èrainens du clergé , ainsi que les grands-ofiiciers et les grands vassaux de l'empire : l'assemblée fui indiquée à Altigny sur l'Aisne. Ludwig, dans celle réunion , commença par se réconcilier avec ses frères, qu'il avait forcés d'enlrer malgré eux dans les ordres, et répara lous les dommages ou les vexations que son jx^e leur avait fait éprouver ou qu'il leur avail fail éprouver lui-même. Puis il parut devant l'assemblée revêtu de l'habit de pénitent, cl avoua publiquement ses péchés envers ses frères, envers Bernhard, fils de son frère, enversAdeihard et Wala, envers Bera et d'autres encore, cherchant , par des prières, par des aumônes, et par des actes religieux de toute espèce, à obtenir grâce aux yeux de Dieu et des hommes.
Cette scène avait quelque chose de poignant. Les ûmcs furent profondément émues lorsque" vit Tempcreur , le premier personnage d'un si grand empire , s'humilier à ce point sous la puissance de la religion ; se tenir là, dépouill'' de loul éclat mondain, suppliant cl conlril,^^ témoignant avec un sentiment profond .de la faiblesse humaine un amer repentir de clio^ pour l'exécution desquelles sa seule parole avait sîiffl, el qu'il avait lous les moyens doa^-