‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 256 sur 298 · LIV. XII · texte numérisé non relu

LIV. XII

tant plus bécesftaire d'égarer le bon Ludwig ou de le maintenir dans la fausse voie. La nouvelle de rélévalion d'Eugène à la dignité pontiflcale fut donc portée à cet^ empereur par Quirinus, sous-diacre de rÉglisc romaine. L'empereur avait alors assemblé encore une fois les Franks autour de lui à Gompiègne , & la fin du mois de mai. Là, sous des prétextes que personne n'exprime, mais qui sont faciles À deviner, Ludwig fut décidé à envoyer de nouveau son fils Lothar en Italie pour faire, comme son lieutenant, de concert avec le pape et le peuple romain, tout ce que Tétat des affaires pouvait exiger. Lothar se mil en route au mois d'août.

Yers le môme temps Ludwig , accompagné de ses fils Pippin et Ludwig, entreprit en personne une expédition contre les Bretons. Lui qui, par indolence naturelle, par inquiétude sur les suites de son absence ou par crainte de toute comparaison avec son père, ne parut jamais sur les frontières pour combattre les véritables ennemis de son empire, il ne Jugea pas au-dessous de lui de diriger encore une fois en personne la malheureuse guerre contre les Bretons , et de lui donner une telle tournure qu'il était difficile de la terminer autrement que par l'extermination do ce peuple : car les Bretons étaient une nation. rude et pauvre; ils sentaient en eux cet esprit de liberté qui les avait animés déjà sous la domination des Romains, qui avait tiré de nouvelles forces de rtle de Bretagne et qui s'était retrempé dans le temps que les Franks portaient leurs armes au sud et à Test et ne pouvaient s'inquiéter d'eux. Dans la suite on leur avait notifié des prétentions qu'ils n'avaient ni la volonté ni les moyens de satisfaire; puis les Franks les punirent à plusieurs reprises de leurs refus en ravageant leur pays. Ces dévastations les forcèrent à promettre ce qu'on leur demandait, mais les rnellaient en même temps hors d'état de remplir les promesses qu'on leur avait arrachées. De là de nouveaux châtimens, une nouvelle mission, de nouvelles misères, de nouvelles résistances. Forcés à la révolte, ils devinrent opiniâtres, ces Bretons, et il ne leur resta rien pour les attacher à la vie que Tamour de la révolte et de la. vengeance, qui leur faisait noépriser les armes des Franks, môme lorsqu'ils se courbaient devant elles. L'empereur Ludwig obtint cette fois ce qu'il avait obtenu précédemment : il

GHAP. III.

porta pendant quarante Jours le fer et le feu dans le pays , reçut des promesses de fidélité et des otages, et se relira, laissant les choses dans l'étal où elles se trouvaient auparavant.

Sur ces entrefaites, Tempereur Lothar était arrivé à Rome, où il avait commencé et terminé son œuvre. Il rechercha , comme le raconte un vigilant auleur, pourquoi ceux qui avaient été dévoués à l'empereur et aux Franks avaient souffert la mort ou avaient été exposés à toutes sortes de mauvais traitemens -, il rechercha encore pourquoi il s'élevait des plaintes si fréquentes contre les papes et contre les tribunaux , et il trouva que beaucoup de personnes avaient été dépouillées de leurs biens par l'ignorance ou la négligence des papes, et par l'aveugle et insatiable cupidité des juges. En conséquence il rendit leurs propriétés à ceux auxquels on les avait enlevées et excita une grande Joie parmi les Romains. Il fut encore décidé que désormais des envoyés impériaux viendraient à Rome exercer le pouvoir Judiciaire et garantir au peuple Une Justice rigoureuse. Les Juges qui s'étaient chargés d'iniquités furent arrêtés et conduits en France.

Celte conduite du jeune empereur pouvait être juste au fond; mais elle était évidemment violente dans Ia forme. L'esprit de parti se manifesta encore dans cette circonstance. Si le pape n'avait pas été la créature de ceux qui s'étaientdéclarés pour Lothar, il se serait cerlainemenl opposé à une mesure qui, sous prétexte de mettre un terme aux iniquités, était elle-même inique et ordonnait des spoliations pour réparer des spoliations ; mais les amis du pape étaient aussi ceux de Lothar, et le parti que tous deux favorisaient gagnait en force. Aussi tout fut oublié.

Lothar alla plus loin encore. Avant son départ de Rome, il donna en son propre nom une ordonnance qui contient les dispositions suivantes ; (( Tout homme qui se met sous la protection du pape ou sous sa protection particulière doit être complètement en sûreté. Toute violence exercée contre lui sera punie de mort. La même peine sera appliquée à toutes les spoliations qui auront lieu à l'avenir ; les spoliations antérieures doivent être réparées. A l'élection du pape ne devaient participer que ceux des Romains à qui ce droit avait élé reconnu de toute antiquité : tout homme libre ou serf qui troublera l'élection expiera son

crime par le bannissement. Des déléguée seront nommés chaque année par le pape, et par lui pour faire une enquête sur Tadministration de la justice. Toute négligence des ducs et des juges sera d'abord dénoncée au pape, aQn que celui-ci prenne les mesures nécessaires ou en réfère à lui. Le sénat et le peuple doivent être consultés sur la loi qu'ils ne veulent suivre, aûn qu'ils exécutent d'autant plus certainement la loi qu'ils auront eux-mêmes choisie. Tous les ducs , tous les juges et tous les autres magistrats doivent paraître devant lui , l'empereur Lothar, pendant son séjour à Rome : car il veut apprendre à connaître leur nombre et leurs noms et rappeler à chacun l'accomplissement de ses devoirs. Enfin tout homme doit être obligé , sous peine d'encourir la disgrâce de Dieu et celle do l'empereur, à montrer en toutes choses de l'obéissance et du respect au pape de Rome* » De cette ordonnance (qui fut sans aucun doute rédigée sous les yeux et avec l'assentiment du pape), il résulte assurément, ce dont personne ne pouvait douter, que la suzeraineté de l'empereur sur Rome, que Lothar s'attribuait maintenant, subsistait et était réelle, et que le pape reconnaissait sans réflexion à l'empereur Tautorilé suprême en fait de justice : mais il en résulte aussi ou que le pape avait une position très-élevée, ou du moins qu'il sut, en face de ce jeune empereur, s'attribuer une position tellement élevée qu'il se plaçait au même rang que lui , et au-dessus de lui sous le rapport honorifique, et que l'autorité impériale ne paraissait que lorsque celle du pape était insuffisante ou méconnue. Pourtant on ne peut tirer grand parti de cette ordonnance. Son origine est équivoque; elle fut l'œuvre du moment et des circonstances. Elle peut témoigner de ce qui existait ou de ce qui fut convenu alors même ; mais elle ne causa pour l'avenir aucun avantage , aucune perte ni d'un côté ni de l'autre. Des forces vivantes brisent sans peine les entraves de la lettre, et les-relations de TÉglise comme celles de l'État étaient encore bien loin d'une organisation qui portât en elle la possibilité de la durée. Aussi , dans les temps postérieurs, a-t-on attribué trop de valeur à cette ordonnance, qui peut-être n'arriva même pas à la connaissance de l'empereur Ludwig. Et quand môme il serait vrai (comme le raconte un écrivain avec assez de vraisemblance, bien qu'il ait vécu trop loin de

ces événemens pour mériter une grande confiance) que Lothar, de concert avec le pape Eugène, ne se contenta pas d'obliger par un serment solennel le clergé elle peuple de Rome à une entière fidélité envers son père et envers lui , mais qu'il leur fit encore promettre de ne jamais soulTrir l'élection d'un pape , si elle n'était conforme aux prescriptions des lois de l'Église, ni la consécration d'un pontife également élu avant qu'il n'eût prêté serment devant l'envoyé de l'empereur et devant le peuple romain , ces dispositions n'auraient pas amené le moindre changement dans la marche des choses : ce serait un essai pour satisfaire aux besoins les plus pressans, et rien de plus. Quoi qu'il en soit, Ludwig montra une grande satisfaction de la conduite de son fils, autant qu'il put la connattre. Il apprit avec joie que Lothar était signalé comme ami de la Justice et delà vérité. Il ne sentit pas que sous les dehors de l'équité, Lothar s'attachait à l'inique Mammon et que les amis du fils étaient les ennemis du père. Il semble qu'en général Ludwig à cette époque et pendant les deui années suivantes, vécut dans un agréable repos, à moins que sa femme ne lui ait causi* des inquiétudes domestiques. Il partageait son tenips entre des exercices religieux et les plaisirs de la chasse. Deux fois pendant l'hiver il rassembla les officiers et les grands vassaux de son empire et reçut les ambassadeurs de peuples soumis et de princc$ étrangers qui reconnaissaient sa suzeraineté ou recherchaient son amitié. Les Bulgares, qui avaient pénétré entre les deux empires d'Orient et d'Occident, en grande partie aux dépens du premier, maintinrent les relations qu'ils avaient nouées avec Ludwig. L'influence des Franks sur les nations slaves devenait toujours plus grande. Des hommes éminens parmi les Abodrites adressèrent à l'empereur des plaintes contre leur prince Ceadrag; dc^ hommes éminens parmi les Sorabes accusèrent de félonie l'iin d'entre eux nommé Tunglo. Ludwig ordonna à tous deux de comparallrc devant lui àingelheim ; ils vinrent. Tunglo fut obligé de donner son fils en otage et obtint h liberté de retourner dans sa patrie^ le duc Ceadrag, auquel son peuple donnait le titre de roi . fut retenu prisonnier jusqu'à ce que des délégués impériaux eussent été envoyés chez K^ Abodrites pour étudier les dispositions do celte

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