LIV. XII, CHAP. III
nation : ce ne fut qu'après le rapport de ces délégués que l'on permit au prince de retourner dans son pays; mais on exigea qu'il remit des otages de sa fidélité. D'autre part, les Danois suivaient leurs propres voies. Ils s'éloignèrent de plus en plus d'Hériold, le protégé des Franks, et s'attachèrent aux fils de ce Godofrîd , qui avait loyalement combattu pour la liberté de son peuple. Après beaucoup de tentatives inutiles sur le royaume de Danemark, Hériold se vit réduit, Tan 826, à chercher un asile auprès de Ludwig. Il traversa la Frise avec sa femme et une suite nombreuse et vint rejoindre Ludwig à Mayence. Mais pour gagner le cœur de Ludwig etoblenir de lui des secours ou un asile, il était nécessaire qu'il reçut le baptême. Hériold, sans renoncer à Tidolàtrio, n'hésita pas à embrasser le christianisme, de même que beaucoup d'hommes des pays du Nord se faisaient ordinairement baptiser pour gagner beaucoup moiîis, tout en méprisant la crédule simplicité des chrétiens. Tous les compagnons d'HérioId suivirent son exemple. L'empereur lui servit de parrain ; l'impératrice Judith servit de marraine à sa femme, et la cérémonie se fit dans l'église de Saint-Alban. Mais, par cet acte qui lui ouvrait le ciel, il se fermait tout retour dans sa patrie; aussi l'empereur lui donna un comté en Frise, sur la Sahde, où il semblait pouvoir rendre le plus de services avec ses compagnons. On croyait que de ce point il pouvait le plus facilement agir sur son ancienne patrie pour maintenir la discorde parmi les Danois, sinon par le glaive, du moins par la parole*, on espérait qu'il avancerait Vœuvre pieuse de la conversion des Danois , qui jusqu'alors ne s'étaient nullement laissé émouvoir par le zèle des ecclésiastiques. En elTet, si les tentatives que saint Wilibrord avait faites un siècle auparavant pour convertir ces peuples étaient restées sans succès parce que les caractères énergiques du Nord, dans leur patrie et dans leur liberté, ne sentaient pas le besoin des consolations que le christianisme promettait ou assurait; tous les eiïorts que l'on avait faifs pour planter la croix parmi ces peuples de héros païens avaient échoué. Les trente jeunes garçons que le pieux missionnaire avait emmenés avec lui pour les instruire et en faire des apôtres ont disparu et n'ont laissé aucune trace de leur action. Karl-le-Grand et Ludwig-le- Picui avaient en vain nourri le désir et fait en
vain des essais de faire pénétrer ^la salutaire doctrine du 'christianisme dans ces contrées lointaines : les Danois redoutaient la domination qui s'était montrée en Saxe comme suivante ou comme compagne de la croix. Aussi personne n'était disposé maintenant à continuer Tœuvre de la conversion. Il n'y eut qu'un seul homme , le moine Ascharius , de l'abbaye de Corvei , dans lequel Wala découvrit un zèle assez grand et assez saint pour oser lui pro- ' poser cette sainte entreprise. Ascharius se ren* dit au vœu de l'empereur. Ce moine , dont le pieux, exemple entraîna quelques autres religieux, se rendit, sur les indications d'Hériold, chee les Danois pour leur annoncer de nouveau la doctrine du salut. Leur saint zèle ne se restreignit pas à leur propre action : ils formèrent comme une école pour élever, instruire et enthousiasmer de jeunes Danois, achetés en partie, procurés jen partie par Hériold, et qui devaient continuer un jour comme apôtres de la foi Tœuvre qu'ils avaient commencée. Il est hors de doute qu'Hériold lui-même rattachait des espérances mondaines à ces tentatives : ses entreprises contre les Danois le prouvent; il est également certain que les Franks en attendaient des avantageas pour leur empire, de même que rÉglise pour son but sacré et pour son but temporel. Mais l'Église seule , et bien tard encore, vit ses espérances accomplies. Enfin l'empereur fut aussi salué par des ambassadeurs venus de Conslantinople, et il ne manqua pas de rendre cette marque de considération. Cet échange d'ambassades entre les deux cours impériales prouve assurément que les relations continuaient à être pacifiques ; mais elles n'avaient pas une grande importance. Aucun des deux empires ne craignait à celte époque l'inimitié de l'autre, et pour cette raison aucun n'attachait à l'amitié de l'autre une grande valeur. L'empire d'Orient tombait de plus en plus en décadence : quelques membres étaient chaque jour arrachés à ce grand corps par des peuples barbares, et ainsi les points de contact avec l'empire d'Occident diminuaient chaque jour; à l'intérieur, grâce à l'influence d'anciennes fautes et à l'accumulation de fautes nouvelles, cet empire devenait de plus en plus faible et fragile; d'autre part, sous Ludwig-le- Pieux, l'empire des Franks n'était redoutable pour personne et se montrait tout au plus dangereux aux peuples voisins , qui, par leurs
discordes inlcslines, étaienl prêls à ouvrir un libre accès à rbabile(6 des ecclésiastiques.