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adversités de la vie. La solitude du clottre avait toujours séduit sa pensée: son âme avait soupiré après le pieux silence de Tenceinte sacrée; mais maintenant qu'on voulait lui faire franchir par force des portes dont il avait depuis longtemps les clés en ses propresmains, il refusa d'entrer. Il permit à sa femme de prendre le voile, parce qu'il désirait la sauver des tempêtes qui l'entouraient', quanta lui ^ il demanda du temps pour réfléchir. Car une double espérance vivait encore en lui : il ne croyait pas que son fils Lothar consentirait à laisser consommer ce que Pippin et ses partisans avaient attendu de leur crime, et en même temps il comptait sur l'antique fidélité des Teutschs, qui était encore sans tache, et sur son fils Ludwig. L'impératrice Judith fut conduite au couvent de Sainte- Radégunde de Poitiers ; quant à l'empereur, on était dans un grand embarras.
Cependant, au mois de mai, l'empereur Lothar vint également d'Italie à Compiègne avec une armée. Vraisemblablement il s'était mis en route au même moment que Pippin pour prendre part à la campagne contre les Bretons. Mais depuis longtemps un grand désordre s'était emparé de son âme si faible-, il avait sans aucun doute été instruit en roule de ce quLs'était passé en Gaule, à Compiègne. A son arrivée, le pouvoir se trouvait déjà entre les mains des rebelles, et son père était abandonné et sans appui. Que pouvait-il faire ? Il n'aurait pu opérer un changement que par les armes : et certes il était dangereux d'exciter les siens à une lutte de cette nature, lors même qu'il n'aurait pas reculé devant les horreurs d'une guerre civile. Lothar d'ailleurs, dès qu'il parut, fut salué empereur par tous et poussé à la place d'où son père avait été renversé. Il se déclara donc pour les rebelles, et il ne pouvait faire autrement, pour prendre la direction des affaires. Pourtant il n'ajouta pas aux souffrances de son malheureux père*, il le prit sous sa protection, ainsi que son petit frère Karl, ou plutôt il les tint prisonniers avec les apparences de la liberté. Assurément il n'aurait pas vu sans plaisir son père se résoudre volontairement â la vie monastique: mais il ne voulait pas la lui imposer par la violence. En général, il semble que personne ne savait plus maintenant ce qu'il fallait faire. De farouches passions agitaient beaucoup de cœurs, tous peut-être ; mais chacun ne considérait que son propre bien ou
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son propre mal; l'envie et la méfiance régnaient chez les uns comme chez les autres, et il ne fallait pas songer à une entière conformité de vues. D'ailleurs la première fureur était passée, et plus d'une personne était satisfaite delà vengeance qu'on avait exercée. Ce que le plus grand nombre pouvait attendre de la prolongation de ce tumulte ne compensait pas les désavantages que devait entraîner une plus longue présence sous les armes. La plupart désiraient donc* retourner dans leurs foyers.. L'assemblée se sépara, et l'état des choses fut plus incertain encore qu'il ne l'avait été.
L'été se passa dans cette incertitude. On était convenu d'une nouvelle assemblée pour l'automne : elle devait avoir lieu en France, et décider sans aucun doute ce qui était resté indécis à Compiègne. Mais Ludwig, dont la première espérance s'était réalisée, comptait d'autant plus fermement sur la seconde. Le fantôme d'empereur que Lothar, empereur lui-même, yoyait devant lui dans son père, ne pouvait manquer son efTet. Lothar, en songeant au passé et à l'avenir, devait se sentir de plus en plus enchaîné par les liens sacrés qui atta* chent un fils & son père. Il avait entouré Ludwig de moines qui devaient le familiariser avec la vie du clottre et le décider à l'embrasser. C'étaient des hommes prudens, ceux à qiil l'on avait confié cette tâche ; mais de tels hommes n'étaient pas disposés à favoriser la cause d*un fils qui retenait son père prisonnier , d'autant plus que même la retraite de Ludwig dans un monastère ne faisait nullement espérer le retour de la tranquillité et de la concorde entre les frères royaux. Ils ne songèrent qu'aux moyens de faire tourner ces malheureuses dis* sensions au profit de leur ordre et deTEglise, et comme on acquit en peu de temps la certitude qu'après la déposition de Ludwig tout serait livré à une confusion plus grande encore, parce que chacun faisait des usurpations et tirait à lui tout ce qu'il pouvait saisir, les moines exposèrent à l'empereur détrôné les principes d'après lesquels, selon eux, il fallait gouverner. Ludwig promit d'agir conformément â ces principes s'il arrivait de nouveau à Tempire. Alors les moines mirent en œuvre tous les artifices que leur rendaient possibles les habitudes du cloître pour changer les dispositions des ecclésiastiques et des laïques en faveur du vieil empereur. On se servit surtout
d'un moino habile el inslruil, Gunlbald, du oouveni de Sainl-Médard de Soinsons, pour éveiller en Pippin el Ludwig, iFois d'Aquitaine et de Bavière, de la méflanee eonlre leur frère Lolhar, tandis qu'on travaillait auprès de oe^^ lul-ci pour paralyser oomplôtemenl la force de sa volonté. Il arriva done que Ludwig acquit un pouvoir toujours plus grand, ouvert sur son fils Lotbar, caché sur les âmes de beaucoup d'hommes qui s'étaient tournés vers lui dans i(on malheur. Bientôt il parut incertain quel était rempereur, du pore captif ou du fils qui avait osé retenir le père en captivité.
Dans cet étal de choses, la diète dont on était convenu fut convoquée, non dans un endroit de la Gaule, comme on l'avait voulu, mais A Nimègue en Germanie : car Ludwig désirait se rapprocher des Tcutscbs, qui (il en était convaincu) ne démentiraient pas leur fidélité, bien que Jusqu'alors, cédant aux Impressions de sa Jeunesse, il leur avait montré beaucoup moins d'égards que Karl-le-Grand son père. 11 obtint plus encore. Les vassaux et les soigneurs du Teutschiand, touchés de cette confiance et saisis de respect pour un infortuné, fils d'un père illustre, pour un empereur d'un caractère doux et d'une âme bienveillante, en lutte avec ses fldéles, en lutte avec ses propres» fils, entouré d'égoïstes et de traîtres, victime de sa faiblesse et de sa bienveillance, et qui se fiait é eux et & eux seuls , ils se préparèrent à se rendre en grand nombre et en toute halo à Nimègue, résolus à tout et prêts h tout. D'autre part les vassaux et les ministériaux do France reçurent l'injonction de ne pas venir avec une suite, afin que Tordre no ^i pas troublé, cl de se présenter seuls , autant que cela serait possible. De plus, les plus grands ennemis de Ludwig, les véritables auteurs des troubles, furent tenus éloignés de Nimègue. Le comte Lantbert reçut la mission de surveiller les frontières, et l'abbé Helisaohar lui fut adjoint pour concilier les querelles de droit. L'abbé Hilduin, chancelier de Ludwig, qui n'était pas satisfait de trois grandes abbayes (7), un do ceux qui avaient attisé le feu avec le plus d'ardeur, se permit de transgresser iV^'dre qu'il avait reçu el de venir é Nimègue avec une escorte militaire. On lui enjoignit de quitter immédiatement le palais impérial et depasserriilverà Paderborn dans un but militaire. L'abbé VVala reçut l'injonction do no pas quitter son couvent de Corbie
et d'y vivre rlgoureusemant selon la rôgle de son ordre. Toutes ces dispositions, qui, laDi aucun doute, furent Jusliflèes par des nmlifi particuliers, furent exécutés grAce A la bonne volonté des Teulacbs.
Les ennemis de l'empereur sentirent la portée de ces préparatifs. Ils voyaient leurs pnijelt déjoués par l'irrésolution do Lolhar, Ils claieni venus A Nimègue sous l'impreision d'un iiner ressentiment) ils se virent avec une rage venimeuse, dans cette ville, sur les ruines de l'édifice do leurs espérances. Dans leur fureur, ils pénétrèrent de nuit dans la demeure de Lotbar, Tassailllrent en désordre el lesommèreol de se décider promptement^ ils demandèreoi de deux choses l'une, ou qu'il prit aussitôt le» armes contre son père, ou qu'il s'éloignât avec eux de Nimègue pour rassembler des foreet plus imposantes et pour en finir, Il se peul que, pressé ainsi, Lothar ait préféra ce dernkf parti, el vraisembloblement on fit les proporalifs do départ. Dans la matinée qui suivit celU nuit tumultueuse, l'empereur Ludwig Gl prier son fils de venir auprès de Iqi comme un 111» auprès de son père. Lothar se rendit A ^^^^^ invitation, soit que ces mota sacrés do pi^reei de fils eussent ébranlé son cœur, soil qu'il fùi effrayé lui-mémo des menaces de cesbruyans amis; ceux qui se trouvaient prés de lui voulurent en vain le retenir. Ludwig ne lui o(|rcs»i ni menaces ni dures paroles ; il ne lui donna que des avis avec une douceur toute paterndie, el Lothar ne résista pas A la voix de son p^re. Dès que ce retour de Lothar A Ludwig /"u^ connu, la foule des rebelles, «'adressant dei reproches mutuels, entraînés comme par une folie tumultueuse et confuse, poussant des cris furieux, se précipitèrent l'épée nue les uni f^^ Irc les autres et contre l'empereur, et entourèrent le palais impérial. Alors Ludwig, tenant son fils Lothar par la main^ se présenta audevant do cette sédition. A lu vue des deux empereurs, du père et du fils, cette masse ^&^^ se retira en silence, d'autant plus vite que vraisemblablement les Toutschs, ayant à leur \^ l'autre fils de l'empereur, Ludwig roi de Bavière, s'avancèrent tout armés pour le combat' Les volontés de l'empereur furent psi^^' écoutées ^ par ses ordres, les chefs de la con\^' ration furent mis en prison, et une double dièie fui indiquée pour entendre l'aecusaiion ^i ^' dèfi^nse, et pour juger les coupables.
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Ivo aHcnd^nt) l'elnp^reur garda ses fils prés de lui j surtout il ne perdit pas de vue Lothar, Tatnë. VaMembièe se tint à Aix-Ia^Chapelle, au mois de février de Tannée suivaqte. Avant qu'elle ne s'piivrtt^ Lqdi^ig fil sortir d\\ couvent sa femme Judith, ainsi que ses frères Conrad etBodulf. Car Tasse/nblée de Nimègue avait résolu, aprésTarrestaliop des conjurés, que Tinipèralricc Judith, qui avait élé.injustement arrachée à son mari, contrairement à la loi pt sans jugement, paraîtrait à lu prochaine diète pour se défendre conformément aux lois, s'il se présentait un accusateur, et entendre le ju^ gement des Franks. Celte résolution avpit été approuvée par le pape Grégoire, qui était monté 8|ir le saint siège de Rome après que celui-^ci 6\it été occupé pendant un mois par Yulentii), successeur d'£;ugène III, Tan 827* liOrsque la dièlp fut ouverte, les rebelles prisonniers furent apnenés devant elle. Ils furent tous déclarés criminels de lèse majesté. Après cette déclaration, Temperegr somma d'abord ses trois fils de fixer le châli^ncnl des coupables. Toiis trois volèrent pour la mort. Lolhar toutefois, sentant combien, par sa condescendance et son irrésolution, il avait participé au crime do ces infortunés, voulut toucher par ses supplications rame si tendre de son père, et Ludwig, ému par sa propre pitié et par les prières de son fils, défendit tout supplice et toute mutilation. 11 ne désirait que mettre les condamnés hors d'état de nuire. Il fit donc conduire ceux d*cnlre eux qui étaient laïques dans divers couvens, les forçant à se faire moines, sans penser à la corruption qui avec de tels hommes pénétrerait dans les enceintes sacrées; d'autres furent retenus en prison : les ecclésiastiques furent mis en surveillance dans des cloîtres. En dernier lieu Timpérairice Judith parut devant rassemblée. En sa présence cha-r cun fut »ommé d'énoncer contre cette femme infortunée toute accusation qu'il pourrait exprimer* Personne ne s'avança. Elle se purgea alors par un serment solennel \ puis elle fut déclarée innocente de tous les crimçs dont on Tavait accusée^ et elle revint pure auprès de son mari» Celui-ci, après que la diète se fut séparée, congédia ses trois fils : Lothar se rendit en Italie, Pippin en Aquitaine, Ludwig en Bavière. Tous trois promirent sansaucun doute à leur père fidélité et obéissance *, mais Lolhar, contre lequel Lud^wig nourrissait la plus grande
1 méfiance, dut lui Jurçr sol^nnetlefnQnt.de se contenter de ritalie, de ne pas élever de prétentions à rassocialioQ à Tempirç, et qqll n'entreprendrait sien que par la volonté el l'or* dre de son père.