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aussi un homme instruit et un prêtre rempli de piété ^ son cœur était fortement attaché à la religion, à TÉglise et à la vie des ecclésiastiques. Il voulait le progrés de la science, de rinstruclion et de tous les arts utiles. Une active conviction chrétienne avait plus de prix à ses yeux que toutes les subtilités tbéologiques. De plus, il éprouvait une profonde pitié pour les classes inférieures de la société ; il désirait fonder la société humaine sur la justice et la maintenir dans Tordre par une juridiction régulière. Or cet homme écrivit vers ce temps h Tempereur Ludwig une lettre qui peut être regardée comme un témoignage des intentions, des dispositions et des vues d'hommes doués d'un noble caractère. Voici ce que dit Agobard dans cette lettre.
(( Tous les hommes sont obligés à la Odélité ^ avant tous un prince de TÉglise. L'apôtre nous apprend que nous devons prier pour tous les hommes, pour les rois et pour les puissans, afm qu'ils puissent mener une vie paisible et tranquille en toute piété et en toute vertu; il nous apprend que nous devons nécessairement être soumis, non par contrainte , mais par conscience. Mais comment celui-là peut-il vous être fidèle qui , lorsqu'il voit et reconnaît votre danger, ne vous le signale point et ne vous le fait pas connaître? Je déclare moi-même devant le ])ieu loul-piiissant, qui met à Tépreuve les cœurs et les reins, que je ne vous adresse cette lettre que parce que je ressens une douleur inexprimable des dangers qui vous menacent. La présente année , au milieu de tant de frottemens et de mouvemens, d'excitations et d'inquiétudes, a fait peser tant de malheurs sur les habitans du pays que nul homme n'est en état de les décrire. Et quelle raison , quelle nécessité pousse à de telles discordes? Aucune! Si vous aviez voulu, vous auriez pu passer avec vos fils une vie aussi paisible et aussi tranquille que votre père et votre aïeul. Dieu, qui est dans votre cœur, veuille accorder que vous m'ccoutiez avec la patience qui vous distingue et que vous daigniez réfléchir à ce que je dis ! A l'époque où vous avez voulu partager avec votre fils votre titre d'empereur, vous avez posé ofiiciellement cette question : uUn homme peutil ounotn ajourner ce qui importe à raffermissement de l'empire et à la force du gouvernement? »Tous répondirent qu'il était utile, qu'il était nécessaire d'activer au lieu d'ajourner des
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mesures de cette espèce. Là-dessus vous avez déclaré que, vu la fragilité de la vif humaine et l'incertitude de la mort^ vous aviez résolu de partager, pendant que vous étiez en pleine santé , à l'un de vos fils le litre d'empereur dès que vous auriez reconnu la volonté de Dieu. Ensuite tous jeûnèrent pendant trois jours ; les prêtres accomplirent le sacrifice de la messe \ de riches aumônes furent distribuées, afin que Dieu , qui dirige avec une souveraine bonté le cœur de ceux qui espèrent en lui , pût répandre sa volonté dans votre cœur pour que vous choisissiez celui qui lui plaisait. Ainsi vous avez fait tout ce qu'il était possible de faire, et avec une telle foi et une telle espérance que personne ne put douter que votre résolution ne vous fût inspirée par Dieu. Tous avez fixé à vos autres fils des parties de votre empire; mais afin que l'empire conservât son unité et ne se divisât pas en trois États distincts, vous avez donné la préférence à celui que vous avez fait participer à votre titre. Tout cela fut mis par écrit, scellé et confirmé. Vous avez aussi envoyé à Rome celui avec lequel vous avez partagé votre litre, afin que lout fût approuvé et confirmé par le prêlre suprême. Enfin vous avez exigé de tous un sermei^l par lequel tous s'engageaient à suivre et à maintenir votre choix et votre partage. Dans la suite du temps aussi toutes les lettres impériales ont porté les noms des deux empereurs. Mais tout à coup vous avez changé votre volonté ; vous avez déchiré le traité; le nom de votre fils a été omis dans les lettres : vous avez eh toutes choses cherché tout l'opposé. Et pourtant Dieu ne vous avait pas dit, ni lui-même ni par un ange ou par un prophète, ce qu'il dit à Samuel au sujet de Saûl : c( Je me repens de ce que j'ai établi. » Do plus, vous ne savez pas encore ce qui a décidé dans les jugemens de Dieu. Celui que vous aviez choisi avec Dieu , vous l'avez repoussé sans Dieu et même sans motif et sans conseil. Et pourtant le Seigneur dit : « Tu ne dois pas tenter Dieu ! » Je te prie, seigneur, ne rejette pas ces paroles ; entre avec Dieu au fond du sanctuaire de ta pensée et parle avec lui dans la piété de la foi. N'ajourne pas cela jusqu'à demain. Qui sait ce que nous serons demain? Qu'est en effet votre vie? une légère vapeur qui se dissipe bien vite. Je ne crois pas devoir cacher à la seigneurie qu'il s'élève de grands murmures parmi les hommes à cause de ces
icrmens qui n'éloigiicrtl les uns des autres et se contredisent ^ et ce ne sont pas seulement des murmures, c'est de la tristesse et de Péloigne^ ment pour vous. Cela m'afflige, moi qui vous aime loyalement. Saint Jérôme dit : « Le ser^ Metit a pour cortège la vérité et la justice et rèquité ! si ce cortège manque, le serment ûe* vient parjure. »
Mais que pouvait produire un semblable discours? En ébranlant peut-être le malheureux empereur, il ne lit que le rendre plus incertain et plus irrésolu, et bien qu'il lui indiquât une route qui pût le tirer de ce labyrinthe, il était encore très •* douteux qu'il ne l'engagent pas dans un labyrinthe nouveau ; bien plus, il était diillcilo de trouver l'entrée de cette route. L'empereur cependant, tourmenté et torturé de mille manières par ses propres souvenirs et par des obsessions étrangères, par ses propres pensées et par les projets d'autrui, passa Thi** ver auprès de sa belle et spirituelle épouse *, écoutant l'expression de sa douleur, de sa haine et de ses désirs, ayant sous les yeux l'enranl de la persécution , son fils Karl , qui sera^ blait èti^ à la fois un suppliant et un favori ; autour do lui des hommes sincèrement dé-« Voués, mais sans prudence et sans conseil, de faux amis chez qui tout était intrigne et arti* fice , des espions et des individus indécis : il se tint ainsi dans son palais impérial d'Aix-Ia^ Chapelle, attendant le printemps -avec anxiété. Il fit tout ce qui était en son pouvoir pour ré^ sister à Toroge qui s*amoncclail sur sa tète : il somma tous les vassaux ecclésiastiques et lal-^ ques, tous ou du moins ceux qu'il ne régardait pas comme ses ennemis déclarés, même Agobard, archevêque de Lyon, de se tenir prêts au combat contre les rébellions de ce temps ^ les laïques par l'èpée, les ecclésiastiques par la parole, afin d'opposer h des forces ennemies des forces égales*, il prit d'autres mesures contre le danger qui le menaçait. Mais ses som-^ mations n'eurent quelque succès que parmi les Teutschs. Bien peu d'hommes de la Gaule montrèrent du zèle et du dévouement : les indiiïèrcns promirent tout ce que l'empereur demanda; les indécis dissimulèrent, résolus à se diriger selon la marche des choses -, mais des hommes loyaux, comme Agobard, déclarèrent sans détour à rempereur qu'ils ne pouvaient que faire des elTorts pour rétablir la paix et la concorde, et que s'il devait y avoir
une collision, il fallait espérer en la Justice de la Providence suprême plus qu'en la force des armes et, si l'oii recourait aux négociations, en la vérité plus qu*en une vaine abondanco de paroles.
D'autre part les flls de Ludwig et leurs amis n'étaient pas inactifs. Ils convinrent d'entrer en même temps en campagne avec leurs Vassaux et leurs fidèles et de marcher avec leurs forces réunies contre leur père commun. lU mirent tout en œuvre auprès des ecclèsiftfttiques et des laïques pour augmenter leur parti et pour faire hésiter, du moins pour réduire & l'inaction et mal disposer contre leur père tous ceux qu'ils ne pouvaient pas gagner. Ils rappelèrent à la liberté les hommes qui étaieni encore en prison depuis le premier soulève* ment, Wala, Hélisachar, Matfrid; iisratjpclërent tous ceux qui étaient en exil. Ces hotn-* mes, animés par la soif de la vengeance et par le venin de leur ressentiment, soulevèrent le» esprits contre le malheureux empereur ci donnèrent à leur criminelle entreprise les dehors de la religion , de la vertu , du patriotisme et même du respect pour la maison royale ; et cette hypocrisie leur réussit assex. Mais le point le plus important, c'est qu'ils gagnèrent à leur parti le pape Grégoire IV. Il n'est assurément pas vraisemblable que le pape se soit déclafé do primé abord contre Ludwig; on peut plutôt regarder comme certain qu'il aurait vu volontiers et même avec plus de plaisir que tout autre sur le trône des Franks un prince aussi pieux et aussi dévoué aux serviteurs de l'Église que l'était Ludwig, si cdui^ci avait stt placer ce trône dans une position conveilabie à l'égard du siège apostolique, l'entourer do considération et de dignité , et qu'en conséquence il ne se proposa que de servir de mé^ diatcur dans ces déplorables querollesà El certes il avait pour se charger de celte médiation des motifs graves et décisifs. Les choses, dans l'empire des Franks, ne pouvaient rester dans la situation où elles se trouvaient -^ TÉgliso n*é^ tait pas moins en danger que l'ordre civil. Si l'on voulait changer cette situation sans guerre civile, on ne pouvait attendre de secours (si toutefois ce secours était possible) que de l'in^ fluencè du pape. C'est ce que le pontife pouvait fort bien croire; c'est ce que probablement on lui assuraitde toutes parts.,Mais il sentiten même temps que s'il restait plus longtemps inac*
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iif, sa considération dans Tetlnpire des Franks serait menaûée) dam le cas où sans son inier-* Yenlion on arriverait à Une solution par Idl armes, par la mort ou de toute autre maniôre^ Lothar avait reçu sur les degrés de Tautel, des mains de l'évéque apostolique, la ooUfonhe impériale et la bénédiclioh de TÉglise. Ludwig avait retiré h ëon flli Id litre d'empereur; Il avait donc méprisé un acte du pape de la plus haute importance et rejeté la Confirmation de rÉglise. Il était de l'intérêt de rÉ«;lisé de maintenir la dignité impériale à Lothar ou de Ten déclarer elle-même indigne. Enfin le pape et beaucoup d'ecclésiastiques de Fempire de» I^ranlis se rappelèrent «ans doute dans cette occurrence lés anciennes relations qui s'étaient établies entre la maison royale, lors de son avènement au pouvoir^ et le siège apostolique de Rémé^ et Ton put regarder les circonstan-* ces comme favorables pour rappeler ces relations au petit^flls et aux arriéro-peiit-fils de Pippin. tl semble que ces considérations jusliflcnt le pape Grégoire dans son intervention dans les querelles de Ludwig-le-Pieux avec ses fils. Mais le Saint-Pêrc ne réfléchit peut-^ être pas que dans une lutte de parfis puissans, au milieu du tumulte des passions déchaînées, lorsque les armes sont levées contre Ids armes, le langage de la raison ne peut être entendu avec plaièir, et que bien plus, le médiateur) entraîné par la Force des circonstances, est contraint Tort souvent é se joindre à Tun des deux partis s'il ne veut pas se perdre auprès de tous deux; il ne réfléchit peut-être pas que lui particulièrement se trouvait déjà, comme médiateur, dans Une fausse position parla môme qu'il dut passer les Alpes à la suite de Lothar. Pour cette même raison , Ludwig-le-* Pieux n'était pas sans inquiétude au sujet dé rintervcntion du pape^ il somma- les ecclésiastiques de ï^rance ^ qui se distinguaient par leur iustruetion et leurs talens, de s'élever contre le pape et de ne pas souffrir que l'évè'^ que de Rome fit valoir sa voix où il n'avait pas le droit de la donner. Ainsi, chose singulière! ce pieux roi cherchait à. contester au siège de Rome la puissance que ses ancêtres lui avaient donnée avec tant de 2éle et sur laquelle se fon-* dait même le trôné de sa famille^ Mais les ecclésiastiques n'entrèrent pas dans ses vues -, ils pensaient vraisemblablement tout ce qu'A-^ gobard répondit è Ludwig '. a Si le pape GriH
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goire vient parmi nous dans de mauvaises in« tentions et pour amener un conflit, il doit être battu comme il le mérite et être repoussé chex lui ; mais s'il veut travailler pour votre paix et pour celle du peuple, on doit lui obéir, comme cela se conçoit, et ne pas agir contre lui. S'il veut rétablir dans son ancien état ce qui a été fait par Votre volonté avec Tassentimcnt do tout votre empire et confirmé par le sainte* siège , son arrivée est sage et désirable, parce que vous ne pouvez absolument pas changer ce qui a été établi de cette manière. »
Dans ces circonstances, l'empereur, accompagné de sa femme, se rendit, vers Pâques de l'an 833, à Worms, où il avait fixé le rendezvous de son armée. Des troupes nombreuses s'y réunirent autour de lui, car de tout le Teutschland septentrional et de tout le nord de la Gaule, les vassaux ecclésiastiques et lal^ ques répondirent ù l'appel de Fempercur et vinrent avec ceux qui leur devaient le service militaire. Bien que beaucoup d'entre eux fus*' sent très-incerialns , ce mouvement guerrier^ le rassemblement de toutes ces masses et par-* dessus tout Paspecl du pieux empereur, qui , aux approchés de la vieillesse, avait le malheur de Voir ses propres fils armés contro lui, inspirèrent â l'armée du courage et de la résolution et y éveillèrent les plus nobles sentimens. Si Ludwig avait profilé de ce moment et s'il avait été capable de promptes résolutions, il eût probablement détruit en peu de temps les pro« jets de ses ennemis , forcé ses fils a se sou-* mettre et gagné une puissance qu'il n'avait jamais eue, car le pape Grégoire se serait décidément rangé du côté do la victoire, et la cause de Ludwig aurait été représentée comme la plus juste aux yeux de celte génération cl de la postérité. Mais Ludwig avait horreur do la guerre civile; cette longue confusion, ces tourmens de toute espèce avaient encore rendu plus faible son âmo si tendre ; il ne pouvait non plus étouffer les sentimens d'ui\ père 4 et peut-être regardait-il comme impossible quo Taffeclion filiale n'ait pas le dessus dans le cœur de l'un de ses fils. De plus, il semLJc qu'il re^ douta ropiniatrcté qu'il voyait dans ses pro^ près amis, et enfin il y eut probablement aussi des traîtres dont on l'avait entouré pour lui faire prendre le change ^ l'entraver et le trou* hier par des conseils perfides. Ce qui est cerlain^ €'cit que Ludwig perdit le moment favor
fable; il resta plusieurs semaines inactir à Worms et espéra remporter par des négociations et des remontrances paternelles une victoire qui ne pouvait se décider que par Tépée.
Pendant ce temps, les fils de Ludwig, s'avançant d'Italie, d'Aquitaine et de Bavière, réunirent leurs armées aux environs de Golmar. Au milieu d'elles se trouvait le pape Grégoire lY, à côté de l'empereur Lothar. Dans ce camp régnait la même agitation qui animait le camp de Ludwig, et la présence du pape et l'émulation de ces hommes de nationalités si diverses augmentèrent encore l'ardeur des passions.
Ludwig s'attendait à ce que le pape accourrait aussitôt auprès de lui comme auprès de son empereur et de son souverain , ainsi que d'autres papes étaient venus en d'autres temps auprès de son père ou auprès de lui-même ; mais il ne vint pas. Ses fils ou leurs amis savaient trop bien la valeur de sa présence dans leur camp pour ne pas le retenir de jour en jour. D'autre part l'empereur envoya dans le camp ennemi une ambassade , à la tète de laquelle était l'évèque Bcrnhard de Worms, pour sommer ses fils de se rendre auprès de lui ; mais cette ambassade revint, et les princes restèrent dans leur position hostile. II ne manqua pas d'hommes allant d'un côté à l'autre , de messagers secrets, de transfuges et de traîtres ; il se répandait une foule de bruits qui passaient d'un camp dans l'autre et donnaient de nouveaux alimens à la colère et au ressentiment. Parmi les partisans de l'empereur, le bruit courut que le pape voulait excommunier l'empereur Ludwig et les évoques de son parti s'ils ne se soumettaient pas à ses propositions et à celles des fils de l'empereur. Alors les évèques qui se trouvaient dans le camp de Ludwig s'assemblèrent et convinrent de cette menace audacieuse : « que ce n'était ni à l'empereur ni à eux de se soumettre, mais aux fils de l'empereur; que si le pape avait passé les Alpes pour maudire, il devait savoir qu'il retournerait au delà des Alpes maudit lui-même. » On proposa même à Tompcreur de déclarer en tout cas le pape déchu de sa dignité, parce qu'il était venu en France sans son invitation et sans sa permission. Mais tous ces actes ne menaient à rien : on manquait de courage pour décider tout d'un coup (2), et Ton ne fit que pousser aux dernières limites la fureur des adversaires.
Dans cette fureur,. ils n^bésitèrent pas d'un côté , pour gagner le pape ou le maintenir dans leur parti et l'amener, en cas de besoin, à prononcer en leur faveur, de lui soumettre des écrits que Ton représentait comme déjà anciens et où on lui accordait toute la considération et l'autorité vivante de l'apôtre Pierre, et particulièrement le droit de juger tous les hommes sans être lui-même soumis à aucun tribunal humain ; et le pape fut ravi de la puissance illimitée qu'on lui donnait pour l'exercer contre l'empereur Ludwig et contre ses partisans. De l'autre côté, ils cherchèrent avec avidiié tout ce qui pouvait être défavorable à l'empe* reur^ ils envenimèrent tout et ne rougirent même pas de présenter comme des vérités les mensonges les plus absurdes : ils sentaient le besoin de justifier aux yeux de leurs contemporains et de la postérité la déplorable entreprise dans laquelle ils s'étaient engagés. L'archevêque de Lyon, Agobard lui-même, rédigea , pour la justification des fils de Ludvigle-Pieux , un écrit qui, par la passion aveugle qui s'y révèle et par ses grossières insultes, montre d'une manière frappante l'esprit qui dominait les ftmes dans le camp des fils armés contre leur père. Tout ce qui est dit dans ce pamphlet contre l'empereur se borne au seul reproche de s'être laissé aveugler par la bcaulc de sa femme , de montrer pour elle trop de condescendance et de dévouement, et de remettre aux mains de cette femme le gouvernail de l'empire au lieu de le tenir lui-même : de là ses injustices contre des hommes de mériie; de là sa dureté envers ses propres fils ^ de là celte malheureuse discorde ! Quant à Timpêratrice Judith , contre laquelle ce libelle est réellement dirigé , on lui reconnaît une grande beauté, des agrémens rares et une grande amabilité; mais on lui reproche des dér^lemens sans frein et sans pudeur, et Ton félicite les fils de Ludwig d'avoir entrepris de purger le lit paternel de ses souillures et le palais impérial du mauvais génie qui confondait le sacre et le profane dans l'intérêt de plaisirs vulgaires. Tout ce que l'on avance s'appuie sur celle base creuse : quelques-uns disent ceci et d'autres disent cela. Mais ce libelle contient quelques vérités : a L'empire est livré à la confusion; la gloire du nom des Franks , qui jadi^ avait rempli le monde entier, s'évanouil. C'est un grand malheur que les armées que lem-
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pereur lui-même devrait conduire conlre les peuples barbares, pour la propagation delà foi chrétienne, s'avancent maintenant de toutes les frontières vers le centre de l'empire, soit pour en déchirer les entrailles, soit pour mettre un terme à la plus inique discorde. Si Dieu ne vient pas au secours, Tempire deviendra la proie d'ennemis extérieurs, on bien, retombant en ruines sur lui-même, il sera détruiL » Et ces vérités devaient sans doute frapper même les esprits les plus grossiers ^ et ce libelle dut produire une impression d'autant plus forte qu'il venait d'un homme si distingué, et qu'il était écrit en partie dans le langage de la Bible et en partie richement orné de passages de la Bible et de citations.
Dans ces circonstances et après que toutes les passions, nobles et ignobles, eurent été stimulées ainsi d'une manière formidable, l'empereur quitta enfin la ville de Worms , vers le temps de la fête de saint Jean , et marcha contre ses fils pour gagner par l'épée la cause qu'il avait déjà perdue par les négociations. Lorsqu'il se trouva en présence de l'armée de ses fils et tandis que d'un moment à l'autre on attendait l'attaque , le pape se montra devant Tordre de bataille, à la tête duquel se trouvait l'empereur. Ludwig, surpris et étonné, ne reçut pas le pontife comme jadis les papes étaient reçus dans l'empire des Franks; mais il ne le renvoya pas non plus, soit qu'il n'osât pas blesser le Saint-Père, soit qu'il espérât de nouveau qu'un accommodement serait possible encore, mê^ne alors. Il n'y eut pas d'action. Le pape affirma à l'empereur qu'il n'avait pas entrepris ce long voyage dans d'autres vues que de ramener la paix entre lui et ses fils , et rien n'autorise à se méfier de cette assertion. Ludwig y crut. Les deux princes restèrent quelques jours ensemble et se firent réciproquement beaucoup d'amitiés, de sorte qu'il est vraisemblable qu'ils s'entendirent. Cependant les deux armées communiquèrent aussi entre elles : d'abord quelques individus allèrent d'un camp à l'autre ; bientôt les visiteurs furent plus nombreux; enfin l'espace qui avait séparé les camps disparut, et les deux armées se fondirent l'une dans l'autre. Les fils de Ludwig et les ennemis de l'empereur profilèrent de cette occasion pour gagner & leur parti tous ceux qui tenaient pour Ludwig. L'un se laissa gagner à prix d'argent 5 un autre fut sé-
duit par des promesses, un troisième effrayé par des menaces; tous entraînés, ébranlés, étourdis par le langage téméraire de la passion. Ainsi les esprits étaient d'heure en heure détachés toujours davantage de l'empereur Ludwig : les uns devinrent ses ennemis, les autres indilTérens; quelques-uns désespérèrent de lui et de sa cause. Il ne restait plus au malheureux prince qu'un moyen qui parût efficace : le pape était dans son camp, il fallait le retenir. Mais Ludwig, dans sa bienveillante confiance, eut rimprévoyance de permettre au pape de retourner dans le camp de ses fils. Il se peut sans doute que Grégoire ait eu le projet qu'il faisait valoir auprès de l'empereur, de proposer aux trois rois ce dont il était convenu avec lui , de revenir avec leur réponse et de tout terminer. Mais il arriva ce qu'on aurait pu prévoir. Les fils de Ludwig, certains désormais de leur supériorité , ne tinrent nul compte des paroles du pape et des propositions de leur père; mais ils retinrent le pontife et ôtèrent à leur père toute défense. Lorsqu'on sut dans le camp de l'empereur que le pape ne reviendrait pas et que probablement on fit en même temps courir le bruit qu'il n'était pas retenu de force, mais qu'il renonçait ù la cause de l'empereur parce qu'il la croyait injuste , presque tous les vassaux ecclésiastiques et laïques qui avaient entouré l'empereur le quittèrent pendant la nuit et passèrent du côté de ses fils, non avec une égale perfidie, du moins avec une égale précipitation. Quelques-uns, qui rougissaient de ce crime et s'effrayaient pourtant de la violence du moment, ou qui redoutaient plus que les autres la haine de l'ennemi, s'enfuiront pour se cacher et attendre dans leur retraite des jours meilleurs. Les évêques Drogo do Metz , frère de l'empereur, Modoin d'Aulun , Wilbrich de Brème et AIdrich de Sens résistèrent au flot de la défection avec quelques autres évêques , abbés et comtes , et restèrent auprès du malheureux empereur. Mais Lud-^ wig, pénétré du sentiment de son abandon ^ dit le lendemain matin à ces hommes fidèles, tandis qu'ils l'encourageaient et lui conseillaient peut-être les moyens extrêmes : « Allez aussi auprès de mes fils ; pour, moi personne ne doit perdre la vie, personne ne doit perdre un membre. » Et comme la multitude com-> mençait à sortir du camp des rois et à envahir les armes & la main les position$ de l'empereur^
AU
nisToiRE ut Peuple allemand.
Ludwig flt prier tes flis de ne pas «ouflrir du moinB qu'il fût rnaltrailé par celle foule grossière. Ils le firent inviter à se rendre près d'eux, promettant d'aller au-devant de lui et de le protéger. Ludwig, sans oonsci! et sans refuge, se rendit h cette injonction et se remit au pouvoir de ses fils.
Ces événemens eurent lieu dans les derniers Jours du mois de juin de Tan 833 , dix^neuf ans après la mort de Karl-le-Grand , non loin de Colmar, au pied de la montagne de Sieg* wald , dans une plaine appelée Rothfold, mais qui, par suite de Tœuvre de perfidie et de mensonge dont elle avait été le théâtre, fut nom* mée désormais Lûgenfeld, ch^mp du mensonge ou des menteurs (3).
CHAPITIiE \L