‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 268 sur 298 · PLE ALLEMAND · texte numérisé non relu

PLE ALLEMAND

Lorsque Ludv^ig, après son retour de Saint- Denis, eut séjourné quelque temps & Aii-la- Chapelle, il célébra la fôle de la naissance de Jésus-Christ auprès de son frère, l'archevCque Drogo. Puis il se rendit à Thionvillc. Là &c réunit, au mois de février de Tan S35, un grand nombre d'évèques et d'abbés, convoqués par l'empereur. Dans cette assemblée, qui s'occupa de diverses affaires relatives aux tgliscs elaux couvens, il fut aussi question des crimes dont des ecclésiastiques s'étaient rendus coupables à l'égard de l'empereur. On pensait que ces crimes ne devaient point passer inaperçus, mais on n'était pas disposé à les punir sévèrement. Plusieurs membres de la réunion cuimômes ne se sentaient pas la conscience bien pure, et craignaient que leur conduite ue fût mise au grand jour ^ tous redoutaient que ie grand nombre et la haute position des coupables n'entraînassent de nouveaux troubles. De ceux qui furent en butte aux accusations les plus fortes aucun n'était présent, à rcxceplioQ du bon et malheureux £bo de Rheims, qu£ Tempereur retenait prisonnier: les uns s'étaient réfugiés en Italie et s'étaient mis sous la protection de Lothar *) les autres, comme Agobard do Lyon » n'avaient pas répondu à l'appel de l'empereur. On crut donc que ce qu'il y avait de mieux à faire était de tout faire expier à l'archevêque Ebo, comme précédemment on l'avait mis en avant* Ebo, sentant bien qu il n'améliorerait pas son sort en entraînant d autres personnes dans sa ruine, eut assez de fon^ sur lui-môme pour se présenier comme seule victime expiatoire. Le dimanche suivant, 1 empereur se rendit à Metï avec toute l'assemblée Une messe solennelle fut célébrée dan? U" glise de Saint-Etienne, le premier martyr; p^ sept archevêques prononcèrent l'absolution dv Ludwig-le-Pieux ^ ensuite ils prirent une a uronne sur Taulcl, et la placèrent sur sa l^îen le bénissant et le saluant : et le peuple^;* semblé, égaré dans sa foi, trompé par le^* ar.Jfices des prêtres, accoutumé aux contradicli-^"^ les plus criantes, qui toutes étaient dissiniui'^' sou» la solennité des cérémonies rcligiei^^'sembla oublier tout ce qui s'était passé, cl *•« milieu de vives acclamations fit des vœux [^ ^^f le bonheur et le salut de l'empereur, connût s'il était animé d'espérances toutes nouvc:'^- Alors Ebo, placé dans un endroit réscrvtS ê^^| la voix et reconnut devant l'assemblée que ioai

UV. XII, CIIAP. Vil.

ce qui avait été fait contre l^cmpcreur était digne de réprobation et contraire h ia justice ; qull avait été replacé justement sur son trône*, qu'ainsi lui-môme, qui avait présidé à la déposition du pieux empereur, se reconnaissait indigne des sublimes fonctions de l'épiscopat, et y renonçait pour jamais. Après celte 'scène , l'assemblée retourna à Tbionville. Là tous promirent encore une fois à l'empereur fidélité et dévouement. Ebo reconnut encore une fois ses crimes, rédigea par écrit la déclaration qu'il avait faite dans l'église de Metz, et la fit re* mettre à l'empereur par les évêques. Il fut conduit prisonnier à Fulda, où il attendit, au milieu des souffrances, que les choses prissent une autre tournure. Agobard , qui avait été sommé trois fois de se présenter, et qui n'était pas venu, fut déclaré déposé de son siège archiépiscopal ; mais ce ne fut que pour la forme, non parce qu'il avait contribué plus que tout autre t la défection dont l'empereur avait été victime, mais à cause de sa désobéissance *, et certainement avec la conviction que bientôt il rentrerait en possession de son siège.

Tous ces événemens étaient une œuvre d'intrigues et d'hypocrisie. Un petit nombre seulement agissait avec loyauté. Mais si la multitude était aveuglée, l'empereur lui-même se laissa encore une fois éblouir, ainsi que sa femme Judith et tout son entourage. Il se crut désormais solidement assis sur le trône^ où il était remonté d'une manière si inallondue, et sur lequel il avait été salué d'une manière si solennelle au milieu des saintes cérémonies de l'Église.Aussitravailla-t-il aussitôt sanscrainle à satisfaire le désir le plus aident de sa femme et le vœu le plus cher de son propre cœur. Dès le mois de juin de celte môme année il tint unediùleàCrémieuxprèsdc Lyon(l)el soumit à l'approbation de celle assemblée un nouveau partage de l'empire. Ce partage n'est pas indigne d'attention, parce qu'il montre que l'on désirait obtenir le résultat le plus nécessaire, des frontières convenables au caractère des divers peuples. En effet, il n'est pas question de rilalie dans ce diplôme : le pays séparé du reste de l'empire par les Alpes était regardé comme l'héritage bien délimité do Lolhar. Le royaume dePippin, l'Aquitaine, fut étendu au delà de la Loire et de la Seine jusqu'à l'Escaut, de sorte qu'il embrassait la Gaule occidentale. L'Allcmanie, qui précédemment avait été des*

tinée à Karl-lc-Chauve, fut étendue sur la gau* che à travers la Bourgogne et en descendant le Rhône jusqu'à la Médilerrannée, et à droite dans le nord de la Gaule jusqu'aux pays belges. Ludwig enfln, roi des Bavarois, devait enfln réunir non-seulement tous les peuples teutschs de la rive droite du Rhin, à l'excep* lion des Allemanni , mais aussi tous les peuples teutschs établis sur la rive gauche du Rhin, dans l'ancienne Belgique jusqu'à l'Escaut, de sorte que le palais impérial d'Aix-la* ^ Chapelle appartenait à son royaume.

*Mais ces dispositions restèrent sans effet. Peut-être les fils de l'empereur, Pippin et Ludwig, qui étaient présens à Crémieux, s'opposèrent-ils aussitôt à ce partage, de sorte qu'il fut impossible d'obtenir l'approbation de la diète ; ou du moins, après que ce consentement eui été demandé, montrèrent-ils un tel mécontentement, que Ludwig et sa femme sentirent renaître leurs inquiétudes. Car à peine Ludwig fut-il revenu à Aix-la-Chapelle, que des négociations furent entamées avec Lolhar. L'impératrice Judith, afin d'obtenir l'appui de ce prince pour son fils Karl, l'excita contre ses deux frères. On donna pour prétexte à ce rapprochement la santé de l'empereur et les années, qui , en s'avançant, l'affaiblissaient -, on prétendit qu'il avait pour but de rendre à Lolhar la faveur de son père et la dignité impériale qu'il avait perdue. Lolhar fut invilé Renvoyer vers son père des hommes investis de sa confiance pour entendre ses propositions. Lolhar pouvait à peine, si près du pape, concevoir quelque inquiétude au sujet de la dignité impériale -, mais il sentait qu'en Italie il n'était pas chez lui -, il ne savait pas apprécier ce beau pays -, d'ailleurs il n'en possédait avec sûreté que la partie supérieure, et il pouvait moins espérer de jour en jour d'y réunir la partie inférieure -, il se considérait donc presque comme déshérité, comme banni, et tournait avec envie ses regards vers le pays de ses pères et le palais de Karl-le-Grand -, mais hors de l'Italie il ne pouvait rien espérer, si son père mourait avant qu'il se fût réconcilié avec lui et avant qu'il eût fait un autre partage do l'empire. Il se rendit donc facilement ; il envoya vers son père le vieux Wala, qui avait obtenu par lui l'abbaye de Bobbio , et Wala, à ce qu'il semble, se chargea loyalement de celte affaire, si ce n'est dans de bonnes dispositions {)our l'empereur,

du moios par bienveillance pour Lothar. S'il reportail ses souvenirs vers les troubles qu'il avait constamment fomentés et entretenus \ s'il considérait les fruits que ses tumultueuses passions avaient produits ; et si maintenant dans un âge avancé, et aux portes de Téternité, il tournait ses regards vers l'avenir , il était difficile qu'il vît quelque chose de plus méritoire que de réconcilier Lothar avec son père. Ludwig et sa femme reçurent ce vieillard avec prévenance , amitié et cordialité. On laissa le passé de côté ; tout fut pardofkné. La négocialion ne pouvait être difficile; les deux parties voyaient trop clairement leur intérêt. On conclut un traité qui fut juré des deux côtés. Une diète devait avoir lieu à Worms, en automne ] Lothar devait s'y rendre avec ses fidèles, et. l'on devait niettre publiquement à exécution ce dont maintenant on était secrètement convenu. Wala revint avec ce traité en Italie, au-* prés de Lothar, qui était à la fois son protecteur et son protégé.

Mais ce traité ne fut pas exécuté. Cette même année régnèrent en Italie des maladies contagieuses auxquelles on donna le nom de fièvres. Wala en fut atteint, et il était trop vieux pour y résister. Sa mort porta la première atteinte au projet de réconciliation entre le père et le fils. L'empereur cependant se rendit à Worms, selon les conventions faites. Au lieu de Lothar qu'il attendait , il vil arriver une ambassade ; elle lui annonça que le roi lui-même avait été atteint de la fièvre et se trouvait hors d'étatd'entreprendre le voyage. Dans l'intervalle les insinuations et les mauvais conseils n'avaient pas manqué. Lothar fut accusé d'avoir agi de nouveau contre son père, d'avoir fait éprouver des vexations à l'église romaine ; d'avoir usurpé et donné à ses fils des terres qui , bien qu'elles fussent situées en Italie, appartenaient à des églises de France ; des vassaux ecclésiastiques cl laïques , dont les propriétés étaient en Italie et qui étaient restée fidèles à l'empereur, élevèrent des prétentions sur ces propriétés , dont Lothar avait disposé. L'empereur conçut de la méfiance; il envoya donc en Italie son frère Hugo et le comte Adalgar, en partie pour connaître exactement ce qu'il en était de la maladie de lothar, en partie aussi pour sommer celui-ci de rendre à leurs anciens possesseurs les propriclcs dont il avait disposé ; il envoya de même un député

au pape Grégoire pour s^assurer son appui.

La maladie de Lothar fut mise hors de doute. Ludwig se vit d'autant plus forcé d'y croire qu'il fut en même teihps informé de la mort de beaucoup de personnages qui jusqu'alors avaient exercé une profonde et malheureuse iofluence, et que la contagion avait enlevés presque subitement. Les évêques Jessè d'Amiens et Hélias de Troyes , et les comtes Matfrid, Hugo, Lambert^ Gottfried et d'autres moururent si promptement les uns après les autres , que beaucoup de personnes , cédant à la douleur profonde que celle longue suite de si grandes funérailles produisit, oublièrent tout, et s'écrièrent, pénétrés de douleur, que c'en était fait maintenant de la splendeur de la France, que ses nerfs étaient coupés et sa sagesse détruite ! Ludwig lui-même ne vil plus dans les victimes de celte affreuse maladie ses ennemis anéantis, mais des hommes d'éDergic, de hautes qualités et de grandes vertus; il pleura sincèrement leur mort.

D'autre part les injonctions de l'empereur ne plurent pas à son fils. Lothar promit de se rendre à quelques-unes , en déclarant qu'il lui était impossible d'exécuter les autres*, et cela était peut-être«vrai. La discussion fut vive; pendant qu'elle durait, Lolhar fut informe de l'alliance que son père avait cherché à former avec le pape Grégoire. Il apprit davantage encore. Grégoire» bien qu'il fût malade et faible, avait reçu avec une grande Joie les députée de l'empire ; peut-être espérait-il que mainlenanl le moment était venu de réparer l'échec qu'il avait essuyé sur le champ du Mensonge, et d'assurer au saint siège de Rome la puissance qu'il avait eue ou qu'il s'était efforcé d'acquérir, et qui lui avait même été reconnue officiellement dans la lutte des factions, mais dans laquelle il avait été inquiété par le fait. Bans cet espoir, il résolut d'envoyer aussitôt luimême une ambassade à l'empereur pour ach^ ver promptement ce qui avait été si heureusement commencé. Mais Lothar, instruit de ces projets, fit arrêter les ambassadeurs à Bologne et les empêcha de continuer leur voyagions réussirent pourtant à faire parvenir à Ludwig-le-Pieux la lettre que le pape les avait chargés de lui remettre, par l'entremise de l'envoyé impérial qui les accompagnait.

Ces choses et d'autres analogues firent ronaître la méfiance et le soupçon. L'empereur

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