‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 270 sur 298 · LIV. XH, CHAP; VIL · texte numérisé non relu

LIV. XH, CHAP; VIL

Sur ces entrefailcs et au commencement de Tan 839, Pempereur se rendit à Maycnce, où il avait appelé ses fidèles. Il envoya une invitation à son fils Ludwig; mais celui-ci, rempli de douleur et de colère, n'obéit pas à son père. et lorsque l'empereur essaya de passer le Rhin pour le chftlier, il prit contre lui une attitude mt!naçante. L'empereur remontait et descendait le Rhin afin de trouver un endroit favorable pour passer ce fleuve , mais en vain : le roi Ludwig suivait tous les mouvemens de son père, qui le trouvait partout en face de lui. Il ne manquait de part et d'autre ni de provocations ni de séductions^ des vassaux passaient d'un côté à l'autre, abandonnant les drapeaux de l'un pour ceux de son ennemi. Enfin l'armée du roi Ludwig se sépara -, il retourna lui-même en Bavière, et son père trouva l'occasion de passer le Rhin : il en profita et entra sur les terres des Allcmanni ; mais il n'y pénétra pas bien avant et n'y resta pas longtemps. Un^nouvol événement, qui semble avoir déterminé la retraite du roi , le força aussi de repasser le fleuve. Les amis de l'empereur ont encore essayé de représenter ce fait comme une preuve de sa douceur et de son indulgence paternelles et de son horreur pour la guerre civile.

On avait su en Aquitaine de quelle manière l'empereur voulait disposer de ce royaume, ou du moins son faible abandon avait inspiré de la méfiance. On se hftla donc de prévenir Tin- Juslice qui menaçait les fils de PIppin : on plaça l'aîné d'entre eux, Pippin, sur le trône de son père, et on le salua roi d'Aquitaine. Mais une partie des vassaux, espérant obtenir des avantages s'ils se séparaient des autres pour se rapprocher de l'empereur, ou croyant amener un accommodement, redoutant peut-être aussi un nouveau malheur qu'ils désiraient détourner, accoururent auprès de Ludwig. Parmi eux -étaient deux beaux-fils du défunt roi Pippin. Il résulta des nouvelles qu'ils apportèrent à l'empereur qu'il n'avait pas de temps à perdre s'il voulait réussir dans sa dureté h l'égard de ses petits-fils. Ce furent probablement ces relations qui déterminèrent le roi Ludwig, non pas à renoncer à son entreprise, mais à la suspendre; ce furent elles également qui déterminèrent l'empereur à ne pas continuer son expédition.

Dans ce môme temps , Lothar vint d'Italie %uv le Rhin, cédant moins à l'invitation de sa

telle-mère qu'à Tespérance d'obtenir de grandi avantages. On était au mois de juin. Ludwig le reçut à Worms avec une grande satisfaction. En présence des vassaux rassemblés, il se Jeta aux genoux de son père : « Mon père et monseigneur, dit-il , je reconnais devant Dieu et devant toi que Je me suis rendu coupable ù ton égard. Je ne demande point un royaume ; non : Je ne demande que grftcc et pardon. » Ce langage d'une avide hypocrisie, lorsque déjà tout était non-seulement convenu, mais juré, plut au vieil empereur, ou du moins il feignit de le croire sincère et de s'en réjouir. Il accorda À son fils gr&ce et pardon : mais dans la délibération, Ludwig dit à son fils : « Vois , tout l'empire est devant toi, comme je le l'ai pro* mis; parlage-le à ton gré, et laisse le choix à ton frère Karl ; ou si tu veux que nous fassions le partage, le choix te restera. » Lothar préréra le premier parti; mais après trois Jours do travaux inutiles, il pria son père de faire lui^ môme le partage et de lui laisser le choix. Et la méfiance était si grande, inème au moment où l'on se réunissait pour un brigandage corn* mun, que les conseillers de Lothar durent jurer à l'empereur que son changement de volonté n'avait d'autr^ motif qu'une complète igno^ rance des pays. Le bon Ludwig se flattait do les mieux connaître; il se chargea donc dq partage et le fit do manière que les deux parts lui semblèrent entièrement égales, ainsi qu'aux siens, sinon en étendue, du moins en puissance et en valeur. Une ligne était tirée depuis le pied des Alpes sur la Méditerranée jusqu'au lao Léman et au delà de celui-ci et du Mont- Jura jusqu'à la Meuse, et enfin le long de la Meuse jusqu'à la mer. Tous les pays situés à l'est de cette ligne, y compris l'Italie, mais à l'exclusion de la Bavière, devaient former Tun des royaumes; tous les pays situés à l'ouest de cette ligne devaient former l'autre. Lothar choisit le premier, et Ludwig donna le second à Karl. L'empereur fut très-salisfait de cet accommodement, surtout parce que toute rassemblée l'approuva, non qu'elle le vît avec plaisir, mais parce qu'elle prévoyait que le nouvel ordre de choses ne durerait pas plus que l'ancien. Il remercia Dieu d'avoir enfin exaucé ses vœux, exhorta ses deux fils à la concorde et à la bonne foi, fit jurer encore une fois à Lothar coque celui-ci lui avait déjà promis, lui permit ensuite do retourner en Ita^

lie et se livra, suivant son habitude , aux plaisirs de la chasse.

Cependant l'empereur envoya une ambassade à son fils Ludwig^ lui ordonnant de ne pas sortir des limites de la Bavière sans sa permission , et lui annonçant que s'il contrevenait à cet ordre, Tempereur irait avec des troupes à Augsbourg, au commencement de septembre, pour le traiter en ennemi. Le roi Ludwig feignit de se laisser tromper ou effrayer par cette menace ] toutefois il ne se prononça pas d*une manière formelle. L'empereur crut avoir gagné assez de temps pour pouvoir entreprendre son expédition contre les Aquitains. Il se renditdonc au mois d'août à Ghàlons-sur-Saône, où il avait convoqué pour le 1'' septembre une assemblée de SCS fidèles , pour soutenir par les armes la dureté avec laquelle il voulait traiter ses petitsfils en faveur de son fils chéri. Les Saxons toutefois et les Tburingiens furent dirigés d'un autre côté , car des Danois et des Slaves, Abodrites, Willzes, Sorabes, avaient fait irruption dans l'empire et commis de grands ravages sur les frontières de la Saxe , tandis que la Frise était exploitée par les pirates nordmans (3). Et pourtant Ludwig, aveuglé par les passions -de sa femme, n'hésita pas à marcher en ennemi contre un pays dont il avait été roi dans sa jeunesse, et contre des princes de son sang dont le Jeune ftge demandait sa protection, pour maintenir un partage de son empire, partage aussi imprudent qu'injuste. Quelques hommes élevèrent hautement la voix contre une telle conduite; mais Ludwig-Ie-Pieux dit à ceux qui le blâmaient : « Je n'envie aucun honneur à ceux qui descendent de moi : Je veux qu'ils restent honorés ; mais j'ôle ce royaume à mes petits -fils parce que leur extrême Jeunesse en compromettrait le bonheur. » Ses fidèles , assemblés à Ghâlons, ne suivirent pas sans doute l'appel du vieil et caduc empereur, mais cédèrent à leurs passions et à leurs espérances; ils entrèrent en Aquitaine, pillant et dévastant tout. Les Aquitains, malgré leur désunion, firent une vigoureuse résistance. Ils n'avaient pas à leur tête d'homme capable de maintenir la concorde parmi eux ; cependant ils sacrifièrent leur vie et leurs biens pour des jeunes princes que repoussait leur propre aïeul. Beaucoup périrent dans la résolution de ne pas laisser succomber la cause de l'innocence et delà Justice; ^d'autres passèrent successivement du côté du

plus fort et jurèrent fidélité au fils de l'impératrice Judith. L'hiver arriva; des maladies désastreuses affaiblirent l'armée de l'empereur; lui-même se sentait souffrant : il se vil donc forcé de renoncer à la lutte pour aller attendre le printemps à Poitiers et achever ensuite une entreprise qui semblait devoir être doublement honteuse si on la laissait non terminée.

Mais dans le cours de l'hiver, l'empereur s*affaiblit beaucoup. Il souffrait de la gouUe, il respirait avec peine ; on croyait qu'il avait de l'eau dans l'estomac et que sa fin approchait. Lui-même songea à sa dernière heure et tourna son âme vers le ciel par des pratiques religieuses. 11 fut tout à coup effrayé par une nouvelle qu'on semble lui avoir longtemps cachée. Son fils Ludwig avait encore une fois cclalé : il réclamait tous les pays de la rive droite du Rhin; l'AIIemannie était en son pouvoir; il était en Thuringe avec son armée ; il y avait aussi des Saxons sous ses drapeaux. Cette annonce ébranla ce vieillard malade ; il craignit encore une fois de voir s'écrouler l'œuvre de sa Joie et de ses espérances. Il recueillit donc ses dernières forces. Laissant derrière lui sa femme avec son fils Karl et l'armée de Poitiers pour continuer la guerre, il accourut lui-môme à Aix-la-Chapelle vers le temps de Pâques. Il y célébra celte fête solennelle ; puis il continua ^sans s'arrêter sa route vers le Rhin, et au delà de ce fleuve vers la Thuringe.

Mais on n'en vint pas à des actes mililaires. Peut-être le roi Ludwig, qui cherchait à renforcer son armée même par des guerriers slaves, rougissait-il de combattre son père, puisqu'il ne pouvait ignorer combien celui-ci était malade et approchait de sa fin; peut-être, et cela est plus vraisemblable , l'empereur craignit-il d'attirer des peuples slaves dans l'empire et se sentit-il lui-même trop épuisé pour tenir plus longtemps la campagne. Quoi qu'ii en soit, il revint vers le Rhin et indiqua encore une diète qui devait se tenir à Worms.

Mais cette diète, à laquelle Lothar devait être appelé d'Italie, ne fut pas tenue. Pendant le voyage de l'empereur, il y eut une grande éclipse de soleil, qui , dans le mauvais étal do santé de ce prince , semble avoir produit sur lui une forte impression (4). Il devint si malade qu'il ne put supporter le passage du Bbio ou n'osa pas s'y risquer. Il se fit débarquer dans une fie en face du palais dlngelheim ; oo

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