CHAPITRE VIII
DISCORDE ENTRE LES FILS DE LUDWIG-LE- PIEUX. — LUTTES DE LA NATIONALITÉ CONTRE LA CONFUSION POLITIQUE JUS- QU'A LA BATAILLE DK FONTENAILLE.
Deran747àraii752.
La mort de LudwIg-le-Pieux devait enirafner de grandes conséquences. Les tempêtes continuelles qui avaient bouleversé l'empire pendant son règne, durant presqu'une génératîcm . avaient renversé ou extirpé beaucoup de choses , et rendu tout chancelant. De fréquentes vicissitudes avaient arraché aux âmes l'ancienne confiance. Des sermens contradictoires , imposés tantôt pour l'un tantôt pour l'autre, avaient étouffé la fidélité et la foi , produit l'indifférence et un froid calcul du gain et de la perte , qui détruisirent toute distinction entre le sacré et le prorane. Mais en même temps l'intelligence avait été excitée de plus d'une manière , et la réflexion sur les relations sociales s'était éveillée. Les regards s'étaient dirigés vers l'Orient et vers l'Occident; on avait mieux appris à connaître l'empire dans ses malheurs et dans sa décadence qu'au temps où Ton était trompé sur sa puissance réelle et sur sa véritable position par les heureuses conquêtes , les victoires et la gloire de Karl-le- Grand. Les diètes fréquentes et les expéditions continuelles d'une frontière â l'autre , dans l'intérieur même de l'empire, avaient aussi éclairé sur les langues et les mœurs des habitans, et révélé la différence des intérêts de l'Est et de l'Ouest. On avait reconnu et senti combien était contraire à la nature l'agglomération de ce corps monstrueux, qu'un génie tel que celui de Karl-le-6rand avait seul pu animer. Des idées de nationalité s'étaient déjà répandues longtemps avant ce puissant prince, et les. Franks teutschs et les Franks romains s'étaient trouvés les uns contre les autres dans une position hostile, s'étaient réciproquement repoussés, et avaient eherché à se séparer. Mais Karl avait encore renversé le mur de séparation comme d'un bras de géant, et tout mêlé, certainement avec Fespoir que son peuple, le peuplMcutsch , auquel il était dévoué de corps et d'âme , triompherait , et par sa force naturelle anéantirait tout élément romain , et effii*
ccrail ainsi toule difTércncc. Son fils, Ludvigle-Pieux , avait élè incapable de continuer son œuvre \ il n'avait pas maintenu les liens de Tcmpirc par sa propre force , mais par la force du litre d'etnpereur et de rhabilude. Ainsi les anciens senllmens nationaux avaient reçu une vie nouvelle , et les anciennes inimitiés s'étaient manifestées avec une vigueur nouvelle. II fallait encore la dernière lutte du développement etdc^la formation, et Ludwig, en mourant, laissa derrière lui tous les motifs qui pouvaient amener celle lulte.
Son flls favori Karl-le-Ghauve, adolescent de dix-sept ans, détesté de ses deux frères, était sous les armes contre son neveu Pippin en Aquitaine , et les discussions reçurent une nouvelle vie de la mort du vieil empereur. Ludwig, roi de Bavière, avait reculé devant âon père, mais il n'avait pas déposé les armds, et son premier soin , lorsqu'il apprit que son père avait cessé do vivre, fut de gagner tous les peuples leutschs , et de tes amener à lui prèlcr serment de fidélité comme â leur roi et à leur suzerain. Lothar enfin se trouvait également à la tète de forces armées ; car 11 avait été appelé par son père à la diète de Worms, et lorsqu'il eut été informé de la mort de l'empereur, il se hûta de passer les Alpes avec des projets d'autant plus grands, que la couronne et répée que Ludwig-le-Pieux lui avait destinées h sa dernière heure semblaient autoriser chez lui de plus hautes prétentions.
Dans le fait, Lothar prit aussitôt le litro d'empereur, et envoya des députés dans toutes les parties de l'empire, principalement par toute la France, pour y annoncer son avènement à l'empire. Il promit à tous les vas*^ suux de leur laisser, d'augmenter même les fiefs qu'ils avaient reçus de son père-, il les somma de venir au-devant de lui , ajoutant la menace de punir de mort quiconque refuse-* rail de se rendre à cette sommation. Aussitôt les vassaux de France , pressés par la cupidité et par la crainte, accoururent à la rencontre du nouvel empereur et le reçurent avec de joyeuses salutations au pied des Alpes.
Cependant Ludwig , frère de Lothar , animé par une vieille colère contre la perfidie de eelui-ci, et irrité de nouveau par l'arrogance avec laquelle il se présentait, avait travaillé contre lui. Il avait rassemblé ses Bavarois et gagné les Allemanni. Il était venu jusque sur
le Rhin , et avait mis Bur pied des forces suffît santés pour déjouer les tentatives de son Trèrc. Il s'était lui-même rendu en toute hâte chez les Saxons » pour les convaincre aussi de la nécessité d'une union solidede tous les TcuUchs contre les projets d'un roi étranger-, cl il n'avait pas travaillé en vain. Mais avant qu'il pût revenir de la Saxe , Lolhard , avec des forces qui augmentaient de jour en jour, descendit des Alpes vers le Rhin. En môme temps il envoya une ambassade à son frère Karl, pour réblouir et conserver son amitié pendant sa guerre contre Ludwig. Il fit dire au jeune prince que tout ce qu'il avait promis à leur père commun il le triendrait à lui , Karl , avoc d'autant plus de certitude , qu'il l'avait tenu sur les fonts baptismaux \ qu'en attendant il le priait de ménager son neveu Pippin jusqu'à ce qu'ils pussent s'entendre de plus près; car il voulait se ménager dans Pippin un auxiliaire contre Karl , en cas de besoin. Il cnlrepril de passer le Rhin auprès de Worms. Les troupei que Ludwig avait établies pour défendre celle position ne purent faire aucune résislancc. Elles se retirèrent , et Lolhard conduisit loule son armée sur la rive droite. Il se dirigea sur Francfort. Là il rencontra à riinprovislc Tarméc de Ludwig ^ qui arrivait en même terap». Aucun n'était préparé au combat^ aucun n'y était disposé. Lothar espérait aussi amener par la persuasion Ludwig à lui reconnaître la dignité impériale. Les deux frères s'accordèrent donc à laisser leurs armées dans leurs camps rcspec-* tifs. Ludwigoccupa Francfort ; Lothar prit pos»* lion ù l'embouchure du Mein. Sans aucun doute il espérait par celle condescendance, dans une circonstance peu importante , amener plus facilement son frère à une égale condescondance pour une chose beaucoup plus grave. Mais son attente fut trompée. Ludwig réclama avec la même énergie la possession indèpendaule de tous les pays teulschs situés sur la rire droite du Rhin. Mais Lolhar reculait devant une bataille conire les Teulschs. Il modifia donc&c« projets. Il convint avec Ludwig , qui dèsirail également gagner du temps, que, pour le moment , ils laisseraient tout indécis ; mais que le 11 novembre (J) ils se réuniraient en ce mW lieu, et que si ensuite ils ne pouvaient pas s'accorder , les armes décideraient des droils de chacun. Mais jusqu'à cette époque Lothar espérait réussir à soumettre son frère KarL au-