‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 273 sur 298 · LIV. XIÎ, CHAP. Vil t · texte numérisé non relu

LIV. XIÎ, CHAP. Vil t

quel jusqu^alora il avait perfldcmenl cherché ù donner le change ; il comptait augnnenter ses propres forces par celte soumission , et aiïaiblir tellement celles de Ludwig par Tintrigue et par d'autres artifices , qu'il sortirait enfin Yiclorieux de la lutte.

Lothar repassa le Rhin. Il y fut joint par des députés de son frère Karl. Celui-ci lui demandait une explication loyale^ il le priait de ne pas lui enlever ses vassaux , de respecter les réglemcns de leur père ; de lui laisser son royaume : qu'ensuite il lui garantirait la déférence et la fidélité qu'un jeune frère devait à soji atn è. Lothar éluda, répondit par des paroles évasives , et remit tout dans Favenir. Par \ii il inquiéta le jeune roi de la manière la plus cruelle *, cl les craintes de celui-ci augmentèrent chaque jour, car sa lutte contre le jeune Pippin continuait. Les Bretons , si souvent vaincus, si souvent maltraités, mais jamais gagnés, voulurent également profiter du moment favorable , et se soulevèrent selon leur habitude. Et lorsque Lothar pénétra plus avant en France , les vassaux ecclésiastiques et laïques qui avaient prêté serment de fidélité à lui, Karl^ se rangèrent sans honte et sans pudeur du côté de Lothar. Le vieil abbé Hilduin, de Saint-Denis, donna celte fois encore aux ecclésiastiques l'exemple de la défection \ Gérard , comte de Paris , le donna aux laYques. Dès lors chacun craignit d'arriver trop tard. Tout le pays au nord de la Loire fut perdu pour Karl \ et le pays au sud àe ce fleuve ne lui semblait pas as-* sure, en partie parce que Pippin n'était pas dompté, en partie parce quo Lothar essayait partout ses arlifices et ses séductions *, il se pourrait aussi que les bruits qui jadis avaient couru sur la naissance de Karl eussent produit encore quelque impression , bien qu'il fût maintenant un jeune homme plein d'espérances. Il obtint, il est vrai, quelques avantages sur Pippin ^ mais ils étaient si faibles, qu'il ne pouvait plus trouver un lieu sûr où résidât Judith , sa mère. Cependant il vit s'attacher d'autant plus fermement ù sa personne ceux qui s'étaient une fois prononcés pour lui , et qui voyaient maintenant son danger, sa douleur cl la trahison dont tant d'hommes se sentaient coupables. Ils prirent , dans un conseil de guerre, la résolution de mourir plulôt avec honneur , puisqu il ne leur restait plus que la vie, que d'abandonner honteusement leur roi,

qu on avait si indignement trahi. Et dans cette résolution , ils s'avancèrent v#rs Orléans con^ Ire Lothar et sa fortune.

Lorsque les armées furent arrivées Tune près de l'autre, Karl envoya encore unafois des dé* pulés à son frère, et proposa une paix équitable. Le petit nombre de ses guerrierii lui faisait redouter l'issue d'une bataille. Lothar consentit à négocier. Il avait reporté ses re^* gards en arrière vers le llhin , et sentait bien qu'il n'en finirait pas sans une guerre avbc le roi Ludwig. En même temps il espérait attirer à lui, pendant les négociations, les guerriers de Karl , par les mêmes moyens qui jadis, sur le champ du 3Iensunge, avaient sans combat enlevé toute défense à son père. Voilà pourquoi il cherchait à gagner du temps. Mais lorsqu'il vit le temps se passer sans avantage pour lui, il proposa un accommodement provisoire, pour se rendre possible une expédition dans le Teulschland. Karl devait conserver le pays au delà de la Loire, et de plus dix comtés entre la Loire et la Seine. Mais le 8 juin de Tannée suivante, les deux frères devaient avoir une entrevue à Altigny,et terminer loyalement leurs différends. Karl consentit ù cette convention, à condition que dans Tinlervalle Lothar ne ferait aucun acte d'hosliiilé contre le roi Ludwig leTeulsch ;et sous cette réserve les Aquitains jurèrent le traité. Aussitôt Lolhar se retira, et, sans s'inquiéter des réserves des Aquitains, il conduisit son armée vers le llhin. Mais le jour pour lequel il élait convenu d'une entrevue avec son frère Ludwig était passé , et personne ne semblait s'en être souvenu.

Pendant ce temps Ludwig avait fait tous ses elTorts pour réunir tous les peuples teutschs. II. y avait réussi en apparence ; mais il n'avait pu gagner encore tous les Teutschs. ni les enthousiasmer pour une action commune. La saison avancée avait arrêté les armemens ; la position menaçante des peuples slaves détournait la pensée du Rhin; beaucoup aussi pouvaient douter qu'il fût de leur intérêt de renoncer ù tout lien avec la Gaule , qui avait aidé tant d'hommes h acquérir une haute position et de. grandes propriétés -, ce qui peut-être exerça le plus d'influence, ce furent les intrigues et les perfides artifices par lesquels Lothar sut tromper les peuples teutschs. Deux princes qui avaient un grand crédit le secondèrent par leur considérationet par leurs lalens. C'étaient l'ar-

chevèque Otgar, de Mayence, et le comte Adalbert , de Metz. Tous deux étaient anciens ennemis du roi des Tcuischs. Otgar. pouvait craindre aussi que son siège archiépiscopal , qui avait étéérigé proprement pour le Teutschland, et qui avait exercé la plus grande puissance dans ce pays , ne perdit de sa considération , de ses dignités et de ses revenus , si le Rhin devenait la frontière d'un nouveau royaume indépendant. Adelbert, de son côté, passait pour rhomme le plus prudent de ce siècle. Une telle renommée avait fait naître en lui une ambition démesurée, et cette circonstance, qu'il venait précisément d'échapper à une maladie dangereuse, semble lui avoir donné la croyance qu'il était destiné ù donner une forme nouvelle aux relations. Deux hommes de cette espèce, ayant tous les moyens nécessaires , pouvaient beaucoup dans une position si incertaine.

Au commencement du mois d'avril , Tan 841, Lothar passa le Rhin près de Worms avec une armée très-considérable. Il avait envoyé en avant un certain nombre d'hommes adroits qui devaient chercher à séduire la multitude, toujours sensible aux flatteries, aux promesses et aux menaces. II réussit des deux côtés. Sous prétexte qu'il était impossible de combattre avec succès une si grande armée, une partie des guerriers de Ludwig passa aussitôt du côté de Lothar-, une autre partie retourna dans ses foyers -, les autres , effrayés de cette défection, devinrent incertains -, un petit nombre seulement persévéra dans sa fidélité. Ludwig se vit donc contraint de renoncer à toute résistance. Il se replia sur la Bavière.

Lothar ne le poursuivit pas. Lorsque Lothar avait quitté la Loire pour se diriger vers le Rhin et pour passer ce fleuve , il n'avait pas négligé de soulever et de séduire les esprits en Aquitaine au moyen des atndés qu'il avait dans ce pays , d'attiser partout le feu , d'introduire partout la confusion -, car il espérait ôlcr par ce moyen toute défense à son frère Karl et l'anéantir sans guerre, ou du moins l'aflaiblir tellement par ces artifices qu'il ne pût rien entreprendre pendant son expédition dans le Teutschland et ne pas lui résister dans la suite. Mais Rarl ne prit pas le change. Il le contrecarra de toute manière et non sans succès. Sa Jeunesse inspira de Tinlcrèt j son activité lui acquit des compagnons \ la loyauté et la probité, dont il savait garder les dehors par op-

position avec les intrigues de Lothar, lui firent des amis. Il parvint, à force de douceur, de bienveillance , de gratifications, de promettes, de menaces , enfin par les moyens les plus nobles et par les moyens les plus durs , à calmer les Bretons, à détacher de son neveu Pippin, son appui principal, le duc Bemhard (i); à rattacher toujours plus étroitement les vassaux et ik faire naître partout de grandes espérances. De cette manière , il lui fut possible de pénétrer toujours plus avant, sous prétexte de se rendre à l'entrevue convenue à Attigny. Sur la Seine, plusieurs comtes que Lothar avait chargés de la défense de ce fleuve, cherchèrent à l'empêcher de passer -, mais les Aquitains, qui étaient d'autant plus containcus du succès de sa cause que la fortune semblait davantage se déclarer pour lui, forcèrent le passage et prirent possession de Paris et de Saint-Denis. Puis il alla plus avant aa delà de la Meuse, et ne rencontra presque pas de résistance, parce que Lothar avait emmené dans le Teutschland les vassaux de ces contrées. Il fit des réponses évasives t plusieurs députés que Lothar lui envoya -, à des accusations il en opposa d'autres , et il fut assez prudent pour assurer constamment qu'il ne voulait autre chose que l'exécution des trailés Jurés. Aussi se trouva-t-il réellement à AUignj au Jour iïxé^ comme s'il croyait à l'arrrréede son frère Lothar. Il devînt d'autant plus nécessaire pour celui-ci de renoncer à son expédition du Teutschland contre Ludwig, cl de marcher centre son autre frère, qui avait également pris à son égard une position hostile. Mais dans le même temps où Lothar commença sa retraite, Ludwig s'avança de nou-

veau pour le suivre. Comme le premier effroi se dissipa , et que ceux qui avaient compté sir les promesKCs de Lothar commencèreol â craindre de s'être trompés dans leurs calculs, ils revinrent à celui qu'ils avaient abandonné afln de faire oublier ce qui s'était passé. Ma» ces premiers revers décidèrent Ludwig à une nouvelle démarche. Il envoya des députés au roi Karl pour se réconcilier avec lui cl faire alliance pour une entreprise commune contre l'ennemi commun. Karl reçut ces offres avec Joîe^ il remercia Ludwig et le fit prier de hâter sa marche. Ludwig ne perdit pas de temps. J^ accourut à travers l'Allemanie vers le Rhm. Lothar avait laissé derrière lui, pour iHeodre

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