LIV. XII
ce fleuve, le comte Adelbert de Metz, élevé désormais à la dignité de duc des Austrasiens. Ludwig, qui détestait cet borome par-dessus tous et qui le considérait comme Tauteur du malheur qui Tavait ftrappé , Tattaqua aussitôt et le ))atlit dans un rude combat. Adelbert luimême y trouva la mort, et ce fut une grande perte pour Lothar ; avec le duc et sur son cadavre tombèrent beaucoup de vaillans hommes. Aussitôtaprès cette victoire, Ludwig passa le Rhin et envoya un message à son frère Karl pour l'inviter à venir au-devant de lui avec ses troupes pour réunir les deux armées. Karl se trouvait à Chftloos-sur-Marne. Il s'y était rendu pour recevoir sa mère, qui lui amenait des renforts d'Aquitaine. La nouvelle de la victoire de Ludwig et de son arrivée- en Gaule causa une grande allégresse dans son armée. Karl se mit donc en route sans perdre un instant, alla au-devant des Teulschs et opéra heureusement sa jonction avec eux. Les deux frères, Ludwig et Karl, pénétrés d'un égal ressentiment contre Lothar et disposés par ce ressentiment À une condescendance mutuelle, choisirent quelques-uns des hommes les plus clairvoyans , èvèques et laïques, pour les charger de transmettre à Lothar leurs justes réclamations. Ils lui représentèrent ce que leur père avait ordonné et ce qu'ils avaient eu à souffrir de Ifti après la mort de Ludwig-le- Pieux^ ils le priaient, au nom du Dieu toutpuissant, d'accorder la paix à ses frères et à l'Eglise de Dieu et de garantir à chacun ce qui lui était légitimement dû : s'il se rendait à ces prières, ils promettaient de lui abandonner tout ce qu'ils avaient dans leurs armées, à l'exception des chevaux et des armes ; s'il ne s'y rendait pas, ils étaient résolus à s'en remettre au jugement de Dieu et au sort des armes. Lothar se trouvait dans une position embarrassante. Son parti était privé de son âme : il avait éprouvé de grandes pertes ^ ceux qui l'entouraient de leurs armes chancelaient*, il ne put les retenir qu'en leur représentant comme une fuite la marche de Karl pour se réunir à Ludwig, et en prétendant que son dessein était de poursuivre le fugitif. Un autre événement, qui, s'il ne causa pas de danger, répandit du moins de grands malheurs, augmenta encore sa perplexité. A cette même époque, un nombreux essaim de pirates nordmans , qui se présentaient partout où il n'y avait pas d'hommes
CHAP. VIII
arnoés , parut à l'embouchure de la Seine , remonta ce fleuve, débarqua sur divers points, pilla et dévasta par le fer et par le feu les localités voisines, souilla particulièrement les monastères et emmena captifs tous les individus qui échappèrent à la mort. La ville de Rouen eut à souffrir une horrible destruction. Lothar néanmoins rejeta les propositions de ses frères et résolut de courir avec eux les chances du jugement de Dieu. Il ne pouvait supporter la pensée de renoncer à la dignité impériale , et à celte dignité se rattachait, selon lui, d'une manière indissoluble la suprématie sur tout l'empire. Un événement inattendu le confirma dans sa résolution. Son neveu Pippin, devant leqiiel l'impératrice Judith, mère de Karl , avait vraisemblablement reculé, s'avançait d'Aquitaine , et Lothar conçut l'espoir de réunir les forces de son neveu aux siennes, et non-seulementd'augmenter ainsi ses ressources, mais aussi de relever et d'animer le courage des siens , car Pippin nourrissait un amer ressentiment contre Karl , qui l'avait combattu si longtemps, bien qu'en vain , pour le dépouiller du pays dont il réclamait k bon droit la possession , et que sans aucun doute Lothar avait promis de lui maintenir. Lothar mit donc son armée en mouvement pour aller au-devant de son neveu. Ludwig et Karl , ignorant ce dessein, s'avancèrent également pour frapper un coup décisif, si on ne pouvait l'éviter. Les armées des trois frères se rencontrèrent dans les plaines d'Auxerre. Le duc Bernhard était aussi dans le voisinage avec ses bandes ; mais il avait Tait de grandes expériences et vu plus d'une fois les vicissitudes delà fortune : il se tint donc à une distance de trois lieues pour attendre l'issue et se donner ensuite avec des troupes fraîches une valeur d'autant plus grande aux yeux du vainqueur.
Dans cet état de choses, Lothar lui-même entama encore de nouvelles négociations , non qu'il fût disposé à la paix, mais en partie parce qu'il voulait encore une fois essayer ses artifices et ses séductions , en partie parce qu'il voulait attendre l'arrivée de Pippin. Ludwig et Karl réitérèrent leurs anciennes propositions ^ Lothar éluda toute réponse décisive. Pendant ce temps , il dressa son camp près de Fontenaille, et ses frères prirent position dans le village de Tury, à sept lieues d'Auxerre (3). Ceux-ci lui offrirent alors encore, en proie»-*
514 ttlStOIRB DÛ I»BUPï.E ALLEMAND.
tant de la loyauté de leur» vues , qne partie dfîs pays qm'IIs «'étaient réciproquement occordé». Lothar répondit que celle offre méritait une mûro réflexion. Il proposa donc uii armistice. Trois comtes aflîrmérent sous ser*n^ent qu'il n'avait eu en cela d'autre dessein que de réfléchir 4 ce qu^exigeaient la justice entre frères* le bien-ôtre de l'empire et du peu-* pie et l'intérêt de l'Église. Lqdwig et Karl acceptèrent l'armistice. Mais h peine eul-il été conclu qu'on vit arriver Pippin , que Lothar attendait. Alors jl crut n^avoir plus be^ioin de ménagemens. U lit dire ta ses frères « qu'ils savaient qu'on lui avait donné le litre d'empereur avec une grande puissance ; qu'ils devaient donc réfléchir comment il pouvait remplir les sublimes devoirs que lui imposait ce titre. >) Les frères posèrent aux envoyés cette question : u Qu'a déclai^é Lfllhar au sujet de nos propositions? — Il n'a rien déclaré, »> répliquèrent les envoyés. Ils lui firent donc dire que le lendeniain matin, jour de dimanche ^ 25 juin» ils se sQumeiirpient au jugement du Dieu tout-puissapt par les armes. Lothar répondit u qu'ils devaient savoir qo qu'ils avaient à faire. » Là-dossus ils flrenl les dispositions pour la bataille.
Elle s'engagea le lendemain à l'heure flxép. Slle fut soutenue avec la plus grande exaspération et avec des ellbrts inouïs. Les frères, dans ces longues et sauvages agitations, avaient perdu les uns pour les autres ces sentimens que la nature a placés dans le pœur de l'homme. Ils se portaient une haine d'autant plus profimde qu'ils reconnaissaient mieux, tout en tournant leurs armes les uns contre les autres, que comme frères la concorde était leur premier devoir. Lothar combaltait pour le titre d'empereur, dont la magniOccnce lui semblait d'autant plus éclatante qu'il pouvait moins en apprécier la véritable va)eur, et que dans spn éblouissemenl il ne le voyait que don» la forme sous laquelle son aipui, Karl-le-Grand, l'avait possédé. Lpdwig et Karl combattaient pour leur sûreté et pour leur indépendance, et Pippin, leur neveu» pour son maintien. Les vassaux voyaient tout ce qui leur était cher mis en danger. lis n'avaient pas pris parti en faveur de Tun om de l'autre de ces deux princes pour une grande pensée digne des efforls d'un noble cœur ^ mais à l'exception d'un petit nombre, ils se tenaient dans ia position où le ha-
sard les avait jetés dans la confusion générale *, ou bien ils étaient entraînés par de sauvages passions , par la haine et la vengeance qu'ils nourrissaient et voulaient satisfaire contre les princes ou les un« contre les autres \ ou bien .encore ils s'étaient vendus aux princes pour des récompenses, des fiefs et des prpmesses. Ils devaient donc craindre de tout perdre avec leur êeniçr^ lei|ra dignités,* leurs potseï^ sipns , leurs espérances.
Dans le cpn^bat ntème se trouvèrent eo face les uns des autres peux qui se portaient la haine la plus profonde. Ludwig fut opposé à Lothpr*, Karl chercha Pippin. Lqdwig avait occupé avec ses Teutscbs une ëmineqce, le Mont-aux-Alloqcttes. Deié sesguerriers se précipitèrent sur Lothar, qui commandait l'aile gauche de son armée, et ils piireot ses bandes en déroute complète après une forte résistance. Pippin conduisit l'aile droite contre un village qui fut défendu par un corps d'armée de ses oncles ligués, sous le conomandemeot d'un comte Adelhard et de ce Nitbard, petit«ûlsde Karl-Ie-Grand, qui a écrit avec intelligence et dignité, sinon sans partialité pour Karl-le- Gliauve, rhistoire de ces déploriibles discordes fratcrnell^îs. Sans aucun doute le dessein de ce jeune prince élait de rencontrer dans le conh bat son oncle Karl, cpntre lequel il nourrissait les sentimens les plus hostiles; mais ilmapqua son ennendi. Karl en elfe^, au n^iliep de la bataille, occupait un autre village, où il attendait peut-être son nevep Pippiq et où il fut alla' que par des bandes de Lotber, dont le commandant est inconnu- Karl rpit aisép^^nt ces baqdes en fuite. P autre part, Adelherd elNiihard rencontrèrent dans Pippin une énergie que résistance *, mois enfin pe pripee, aprè» une lutte glorieuse, fpt égalempnt contraint de reculer, soit qu'il fî^t vaineu par les Iprces et l'ardeur des guerriers et des chefs contrP i^' quels il ayail é combattre, soit qu'il fûl entraîné par le désastre général qui avait frappé les alliés. La victoire se décida donc ppur {^ud^is et Karl; mais elle avait été chèrement apbetée.
Nithard) témoin occulaire et acteur dans cet événement, et homme de »ens, n'a doop^ ^^' oune indication précise sur l'étendue de la p^rl^ qu'éprouvèrent les deux partis. Il ditsculemenl que le butin fut considérable ainsi quelcoontbre des morls. En même temps il raconte qM<i la victoire fut décidée à midi *, qjJ'PPré* 1^ ^'
m. Hli. êPAP. lit.
(ailla )ei| vitinflq^ur^ Hi^'utërent ap senjpe djrr vip et qu^ensqilp i^ eniievelifont les ^norto » ami» et enneini» , et pof tirent ^e^ lopouri q\ des cpnsplatipf)» aux Ùeasés , s^ni distinplian àeporlj. Un écrivain étranger) flP imi^n? qui yivjf j( loin 4u Ibéitrp dfl TapliQp, por^e.i quAr rante fnille le nombre fips ipqrli. A qqe époque postérieure, un écrivain frfluk a iqpulé rob-> servalion : que dfina cettp bataille les furçen des Franks rufppt tellement dinuuMées et leup célèbre vertu (ellement alTaiblîf , qup désflnnaif ils rureql bors 4'état nPP*-seulcmpnt d'étendre leurs frontières, qiais enpore de les défendre. Ces paroles ont été répétées dans la suitp dn toippsi et PPM ^ ppu on a pqpsidéré cette bataille coninie beaucoup plus importante qii'pl|Q ne le fut rpeUeippnU Mais pes paroles pe s'pp^ pujent sur aucune base historique, et elles sQn( probablement prronM» soit qne Ton se rapr porte à rasscrtipn dp récfivain étranger que nous avons ipdiqnée, soit qpc Ton réfléchissp à la marcbe des Proses, telle que Nithard Ta eipo^fï. Lps boinipcs sont portés à rattacher à qifelqups événefnens pc qui est résulté de Ten* semble des chqses, et ^ Taire do qqelqucs faits |a source des mi^lhcur^ qu'ils ont amenés par leur propfe faute, poi^r ne pas perdre le respect d'eus;- mémos, longtemps déjà avant la batjiillo dp Foptenaille Textcnsion des frontières de Tcmpire avait pessé \ longten>ps au* parqvfint déjà dps peqples barbapcs, pleins do dédajn et de niépris, avaient Torcé ces frontières et y avaient répandu les malheurs et \^ destruction. Ce n'était pas dan^ la perle de quelques p[\tiUersd'hofnmes (uésdans celte action, pt qui f|irent remplapés p^r la génération nouvelle, qui grandissait, que se trouvait Ip raisop de 1^ faiblesse*, elle se trouvait plutôt dans la ruincde rançiennesipriplicité de mœurs^ dans Tanéanlissenfent de la liberté commune, dans la fondation d'un insolpnt corps de seir gneurs, qui népessit^it une servitude dure et sans remède, dans Tambition, dans le goût du pillage, dans les passions effrénées^ dans Ip mér pris pour les bomp^c^ qui distinguèrent lps grands seigneurs de Tempire et tous les vasr saux, pn un mot dans rachèvcment progressif du système féodal. £t cette désolation ne pouvait diminuer que lorsque le monstre se détruisit lui-même peu à peu et donna ainsi aux hommes oppripiés le courage et respace nécessaires pour s'élever i la hauteur de peuples libres.
CHAPmE IX.
§yiTE }2T FIN PE5 DISCORDES EWJPE LE^ Flf-S DE tUpWlG-LE-PIEyX. — TRAITÉ DE VpppiJfî,
De r«n 841 à Fan 841.
I-ps deu^ frères copfédprés, twimt ej Ifprl, avaient ren^porté la viptoirp^ mais leurt! ennemis n'éfajpnt pps domptés. JI» se lrpuvaien| d^n? leur appiennp position. La victoire ne fu( PQs n^isc ^ profit \ les ennemie ne furen| pai poursuivis. Les vainqueurs n'psércpt pQs porter leprs armes au dc^ du champ 4^ bataille çt se sentirent probablement aussi hors d'éta| de soutenir une plus longue entreprise mili-^ taire.
Depuis Iq mort deKarf-le-GrqncJ, les pcclésiasliqups avaient dp plus en plus étendu leur influence, même sur les choses de cp mondei Tous les évpncmens de \^ vie publique avaienf été amenés ou du moins dirigés par des ecclésiastiques. Leur propre désunion et rjntprvenf lion des grands seigneun laques, qui cberr chaicnt de temps pn temps ^ secoupr leur Joug, mais qui le portaient habituellement» lOUt pi) prenant assez souvent |p dirpction quj Ipur con-r venait, avaicnl produit les intrigues dontnou^ avons parlé et Fagilalion passionnée et sau-* vage dans laquelle s'étaient épifisées lps forcef de l'empire. Dans les derniers temps, ils pvaienj eu presque tout en lenr pouvoir : c'étajl par eux que Tempereur avait été privé de toute défense ^ c'était par eux qu'il avait denouveai| reçu la couronne. Derrjérp la trqme obscurq dont, dsms Tempiro des Franks, les pcclésias-; tiques saisirent de plus en plus les Qjs, bri|lai( toujours encore , comme dans un myslérieu^iii sanctuaire, |e siège apostolique de Rome -, mai^ par suite de la lutte des partis, les ecclésiaslirt ques de l'empire des Franks ne rattachaient que rarement é cp sjégeles flls dont ils s'étaient saisis. Les papes, soit que dés le principe ili| eussent porté un coup d'opil pénétrant dapsiet^ relations, soit (ce qui est plus vraisepnblable ) qu'ils ne pussent portpr une lumière décisivp dans ces ténèbres, se convainquirent bi^nl^^t qu'ils devaient obtenir les plqs grands avantages s'ils restaient de loin tn^nquilles ^pectftlfwt des événemens. Qrégoire lY essqyp de $% ifoin 1er ouvertement de ces qfTairps et de s'en poser
Juge y mais la honte avec laquelle il revint le ramena au rôle plus prévoyant de ses prédécesseurs, tout en rappelant son souvenir et celui du siège apostolique par une impulsion et une action secrète. Il arriva donc que tous les seigneurs laïques, les rois, les princes et les vassaux se sentirent à cette époque indépendans, Jusqu'à un certain point, des ecclésiastiques*, mais il arriva aussi que ces derniers, en laissant se relâcher les liens qui depuis longtemps les rattachaient au saint - siège comme à la métropole de TÉglise une et universelle, n^acquirent qu'une puissance très-incertaine. On demandait leurs décisions ; mais on ne s'y conformait qu'autant qu'elles servaient les passions. Ils étaient forcés de s'accommoder des circonstances, et ce que cellesci exigeaient était rejeté par les passions.
Ludwig et Karl avaient marché à la bataille de Fontenaillc comme à un jugement de Dieu. Ils crurent donc que, ce Jugement ayant prononcé en leur faveur , ils devaient avant tout prendre l'avis des évêques sur ce qu'ils avaient à faire ensuite. Les évêques s'assemblèrent pour délibérer. Ils déclarèrent que l'issue de la bataille avait prouvé que les deux frères n'avaient combattu que pour la Justice et l'équité. Ils annoncèrent que de même que Dieu avait été jusqu'alors leur auxiliaire et leur protecteur en Justice, de même il le serait à l'avenir-, que pourtant plus d'une faute avait été commise*, que dans une telle cause un serviteur de Dieu d'une entière pureté devait seul ôlre appelé au conseil et à l'œuvre ; que chez beaucoup d'hommes pouvaient avoir régné en secret la colère, la haine et la vanité; que plusieurs aussi avaient péché dans la lutte contre sa volonté; qu'un jeûne de trois jours était donc nécessaire. Les rois et l'armée se soumirent à ce règlement. Ce relard leur fit perdre les fruits de la bataille: Lothar et Pippin restèrent maîtres de leurs mouvemens dans*leur retraite.
Il est difficile de dire si les prêtres furent simplement amenés par leurs pieuses superstitions à de telles prescriptions et si les rois s'y conformèrent sous la même influence, ou si les uns et les autres ne firent pas servir la religion de voile à des vues et à des faiblesses humaines. 'Certes les prêtres purent voir du danger à ce que tout fût aussitôt décidé par le glaive. Le sort des deux princes battus, de Lothar et de Pippin, et en même temps leurs
propres intérêts, pouvaient leur inspirer des inquiétudes. La position même de Lolbar envers le pape, qui l'avait Jadis couronné empereur, pouvait exiger et mériter des égards. Quant aux rois, lors même que d'anciens souvenirs n'auraient pas influé sur leur conduite, ils avaient peut-être éprouvé dans cette bataille des pertes trop grandes pour oser exciter aussitôt leurs armées à affronter de nouveaux malheurs et de nouveaux dangers. Il serait possible aussi que les prêtres leur eussent rendu un service Important en dissimulant leur faiblesse sous les pratiques de la religion aux yeux d'une multitude méfiante.
Quoi qu'il en soit, il est certain que Lothar et Pippin, en quittant le champ de bataille, ne furent pas inquiétés par leurs frères et oncles. Ils se séparèrent dans leur retraite : Lolbar prit le chemin d'Aix-la-Chapelle, que l'on considérait comme le foyer de l'empire, et Pippin 80 dirigea vers l'Aquitaine, qu'il regardait comme son héritage. Par là ils forcèrent leurs adversain^s à prendre aussi des directions différentes. Et dans le fait, lorsque ceux-ci eurent donné cours à leur douleur, rendu les derniers honneurs aux morts, accompli pieusement les pratiques religieuses prescrites et arrêté une entrevue à Langres pour le V* septembre, Ludwig conduisit son armée vers le Rhin et passa ce fleuve pour mettre là Bavière cl tous les pays teutschs de la rive droite à Tabri des armes et des intrigues de Lothar; Karl mena ses troupes en Aquitaine, afin que Pippin ne se rendu pas maître de tout ce pays. Chacun suivit donc de nouveau sa propre voie, et la chose publique resta dans la même confusion qu'auparavant.
Bcmhard, duc de Septimanie, avait attendu dans l'inaction, avec ses hommes, l'issue de la bataille. Lorsque le sort se fut prononcé, il avait envoyé son fils Wilhelm à Karl vainqueur ; il fil dire au roi que s'il voulait lui remettre les fiefs qu'il avait eus en Bourgogne, il était prêt à passer de son côté, et que son accession avait quelque prix ; qu'il était en état de forcer Pippin lui-même à se soumettre. Karl avait reçu ces ofl'res avec Joie, et Bernhard s'était rendu auprès de Pippin. Mais celui-ci, remarquant l'hésitation qui régnait dans l'armée des rois qui s'appelaient vainqueurs, ne consentit à aucune négociation et refusa de se soumettre comme on le lui proposait. La ([ucrre