‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 275 sur 298 · LIV. XII · texte numérisé non relu

LIV. XII

continua donc en Aquitaine entre lui et Karlle-Chauve; et Texcmple de Bernhard n'en- Irafna qu'un petit nombre d'hommes à se détacher de Pippin et à vendre à Karl, non leur fidélité, mais leur promessede fidélité. Pendant ce temps, Karl avait envoyé dans le pays au Nord de la Loire, appelé alors France (1), des délégués, au nombre desquels était le comte Adelhard, pour sommer les vassaux de se déclarer pour lui. Adelhard les convoqua dans la villa de Kiersy ^ mais un petit nombre seulement se rendit à son appel, et ils lui répondirent : <( Que si Karl était présent, ils n'hésiteraient pas à le saluer comme leur roi et leur seigneur ; mais que comme il ne se présentait pas, on ne savait pas s'il était encore en vie. » Car Lothar avait Tait courir le bruit que Karl avait été tué à la bataille de Fontenaille et que Ludwig, grièvement blessé, avait cherché son salut dans la fuite. £t comme les envoyés de Karl firent des instances plus vives, les vassaux assemblés résolurent de s'assurer de leurs personnes par la Torce, et ils n'échappèrent à ce danger que par la Tuile. Ils se rendirent à Paris, priant instamment leur roi de venir à leur aide s'il ne voulait pas que toute la France fût perdue pour lui. Karl, sentant que Lothar réunirait bientôt à ses forces celles de la France s'il ne se hfttait de les lui enlever, quitta l'Aquitaine et se dirigea vers la France. Dans ce pays, il alla d'un endroit à l'autre, intriguant pour se faire reconnaître par les vassaux. Il se rendit par Compiégne à Soissons et à Reims. Mais quelque libéral qu'il se montrât des biens de sa famille, de ceux du fisc et de fiefs; quelques concessions qu'il fit aux moines et aux ecclésiastiques , le petit nombre d'hommes qui l'accompagnait ne garantissait à personne l'exécution de ses promesses ; aussi ne trouva-t-il nulle part que l'on fût disposé à lui prêter serment et à agir pour lui : tous se refusèrent, pour diiïérentes raisons, à ce qu'il demandait. Karl tomba dans un nouvel embarras. Il n'avait plus d'espoir que dans l'entrevue dont il était convenu avec Ludv^ig. Mais de Reims Ludwig était dans l'impossibilité de se rendre à Langres, comme il l'avait promis , parce que Lothar menaçait de l'attaquer sur'son propre territoire.

Lothar, après la bataille de Fontenaille, n'avait rien négligé pour réparer ses pertes et augmenter ses forces. Il connaissait l'inconstance

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des vassaux de France et n'avait pas une idée très-haute de la bravoure des fidèles ; il avait donc de nouveau tourné toutes ses intrigues et tous ses artifices \ers le Teutschland, où, comme il le savait fort bien, continuaient à se trouver la plus grande fidélité et la plus grande énergie, bien que sur plus d'un point Tancienne vertu eût disparu avec l'ancienne liberté. Il réussit, par ses promesses, par ses assurances et par toute sorte de moyens, à séduire quelques Souabes et quelques Thuringiens. Il tenait par-dessus tout à s'assurer le secours des Saxons, qui, par leur merveilleuse résistance contre la puissance, le génie et la fortune do son aïeul, avaient fait naître une grande idée de leur bravoure et de leur force. Dans le fait il avait déjà précédemment attiré à lui une partie des vassaux et des seigneurs, qu'en Saxe on appelait edelings; mais une autre partie, et la plus nombreuse, avait résisté à ses séductions et s'était fidèlement et loyalement rangée du côté de Ludwig. Comme celte partie des edelings ne pouvait être gagnée et que l'autre ne semblait plus mériter d'égards, Lothar n'hésita pas à recourir au moyen le plus affreux que l'on puisse imaginer. Il connaissait l'ordre de choses si violent que Karl-le-Grand avait établi en Saxe : l'antique liberté avait été anéantie ^ une multitude d'hommes avait été privée de ses propriétés et abaissée jusqu'à la condition servile; les hommes libres de l'ordre inférieur avaient perdu leurs anciens droits et avec eux toute dignité civile ; un corps insolent de seigneurs s'était élevé sur les ruines de la chose publique, et Ton avait abusé d'une nouvelle religion, imposée par des cruautés et au milieu de flots de sang, pour maintenir cet état violent et comme pour le sanctifier. Lothar fit un appel à ces hommes opprimés[et maltraités, et réveilla en eux le souvenir du bonheur qu'ils avaient perdu. Il promit aux Frilings et aux Lates de rétablir leurs anciennes lois et leurs usages, tels qu'ils étaient au temps du paganisme, s'ils se prononçaient pour lui. Les Frilings, dont le ressentiment contre les seigneurs laïques et les prêtres était d'autant plus amer qu'ils l'avaient plus profondément caché dans leur cœur devant la double puissance de Fépée et de la croix^ écoulèrent les paroles mensongères du roi hypocrite qu'ils appelaient empereur. Un empereur les avait soumis au joug; un empereur leur offrait la liberté. Sans de-

inahdëf cdttlmcril ta par tiucl moycn^ «ans Chercher te qub c'était et où cela les eondùirail , ils sâiélrënt4n corde qii'on leur tendait pour èttlappci&^à ràbtmb de destruction od iil avaient 6lé ïirécipités. Ils se souicVèreiit donc, s'attroupèrent, Chassèrent du pays les seigneurs tjU'oh Icuratait imposée, rétablirent l>uwa de leuh (jêres cl les dsùgcs nationaux, sans respecter là croix ; ils ^e donnèrent le nom de SMIifl^d. Lothar accrut sbs Ibrces de (oUs ces tidmhies étoiles, ioit quIU Vinssent & son socobrs, soll qu'ils itiépirasébnt A Ludwig la Crainlb ({Uc tout le Teutschlahd Tût entrdfné dans ce Soulétbhibrit. Lothdr, ddns Son aTbuglcment, allé \À\M Idin : il ftltira les pirates nordmans et les ctctta du pillage et fl la dbslructidti , et pour leur BssUi'ci' tin appUi et Une occasion consiante d'dccdrii^lir leur dbuvrb déraslalrice, il leur céda Ttle de WAlchbrh^ tiulls ardicnt si souvent tisilèe. Il crut de cetlc nndhiére atoir accutudlë tant de ddngeré^ qbb ébii IVère Ludvig ne serait plus â Crdiridré poui- lui, el dans bette convictidri M ihsircha contre lui. II ras^ sembld ses force) à Wôfmè: il voulait passer le Ahin^ sané dôUtë pbur rèutiir lés Allemanni êous ses drapeaut et s'atancer ensuite contré la Batièi*e, tandis qùè les Savons soulevés rendraient tout incertain dans le Nord et augtnbilteraibrit la terreur.

Karl-Ie-Chduve, informa do l'embarras où se trouvait Llidwig, crdt devoir opérer en toute h&te uhe dircrsidn. Il Ht donc tous ses eiïorls p6\ït renfoncer son armée et marcha par Saidt-Queritin vers le bas Rhin. Il avait sans ducuh doute un double projet: il voulait en sb Jetlant dans les pays belges, qui alors encore conservaient le nom d'AUstrasie, mais qui appartenaient à la France propre, d'où Lothar avait tiré ses plus grandes forces , inspirer à celui-ci des inquiétudes au sujet du palais impérial d'Aix-la-Chapelle et effrayer ses vassaux pour leurs femmes, leurs enfans et leurs propriélés-, il Youlait d'autre part menacer les Saxons, les empocher de secourir l'empereur Lothar, et faire ainsi échouer toutes les intrigués de celui-ci en Saxe avant qu'elles eussent pu lui procurer aucun avantage. Dans le fait Lothar renonça dussitôt h son projet d'attaquer Ludwig danè son ancien royaume. Il s'éloigna du Rhin, assembla tous ses guerriers ù Thionville, clse dirigea ensuite vers l'intérieur de la France pour ft>rcer Rart |i revenir sur ses pas.

Il atteignit ce but. Karl renonça ( sa marche sur le Rhin bt revint par le chemin qu'il a^ail suivi; il prit une forte posItioU ft Paris et dans les environs derrière la Seine j et établit une ligne de rctranchemens. Lothaî* ^e plaça on tiice de lui h Saiht-Dciiis, rësolii à forcer le passage du fleuve et â dompter Karl par les armes. CMe tentative échoua. La Seine se gonfld soudain â Un point qui partit miraculciii aux hommes de ëetté époque cl qui fctidit inulilet iOMi les elTorU de Lothar. Karl, pendant sa rc^ traite hiètnc sur PaHs^ avait envoyé des députés A Lothar pour lui proposcl- de nouveau uh accommodement, sbit qu'il éproiitàt réellement une profbnde douleur des maux causés par ces discordes fraterhelles, soit qu'il craignît que Lothar n'arrivât avont lîii; ne Ht ss jonction avec Pippih et n'acquft ainsi des forces devant lesquels lui, Karl, succottlbèrait nécessairement. Alors Lothar U'aVait pas daigné répondre & son frère. Maintehant t[Uë les circonstances étaient changées, il changea, iinob de pensée, du moins de conduite : il déelara qu'il était prêt à la paix \ mais il établit pour condition ft des négociations ultérieureè que tous deux renonceraient â leurs dlliancbs, luimême à ses engagemens envers Pippin, et Karl à seè engagemens avec Ludwig. Karl ne vil qu'un piège dané ces propositionii ; Il crut qu'oh voulait par là lui ôter tout appui et l'attirer dvec d'autant plu^ de deriitudë ft sa perte ^ el par conséquent il rejeta ces propositions. Les deux t)rinces reètèreflt donc jusque bien avant dans l'hiver en fhce l'un de l'autre sur les bords de la Seine, et toUi deux n^épargnèrcnt ni pensées, ni intrigues, ni perfldictf poUr se nuire ttiutuellement.

EnUn Lothar quitta sa position de Sflinl- Dcnis, remonta la Seine, passa ce fleuve cl conduisit son armée â Sens. Là il fit sa jonction avec Pippin, qui était venu d'Aquitaine âson secours. Mais Lothar avait déjà perdu loule contenance el toute direction. I! comptait plw sur l'arliflce que sur une lutte loyale, qu'il cherchait à éviter après le jugement de Dieu, qui s'était manifesté à Fontenaille. Il s'élâll aussi perdu dans ses propres intrigues. Comnie après son départ Karl quitta aussi Paris el « mit en mouvement vers le Nord, il était évident qu'il ne cherchait que respdcc nécessaire pour se réunir à Ludx^ig , qui pendant ta temps n'avait rien négligé pour augmenter se*

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