‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 277 sur 298 · LIV. XII · texte numérisé non relu

LIV. XII

Tavaieni yu jadis. Lothar en avait emporté toutes les choses précieuses, destinées soit aux usages sacrés soit aux usages profanes, entre autres cette table d'argent de Karl-le-Grand sur laquelle était gravée Timage du monde. Cette table, ceuvre singulièrement admirée à cette époque et qui aurait été pour les générations postérieures un monument remarquable des idées et des connaissances de ce siècle, avait été mise en pièces par ses ordres , dans la fureur insensée qui Panlmait contre tout ce qu'il craignait de perdre, et il en avait distribué les débris, ainsi que les autres objets précieux, aux hommes dont il était encore entouré, afin qu'ils attachassent d'autant plus fermement leur sort au sien ; mais il s'était trompé dans ses calculs : ces hommes, accoutumés à trafiquer de leur fidélité, le quittèrent en masse lorsque la fortune sembla l'avoir abandonné et ne songèrent plus qu'aux moyens de conclure le marché le plus.avantageux avec ceux qui se trouvaient maintenant maîtres du pouvoir. Les deux rois, fidèles à leurs anciens principes, assemblèrent dans le palais dévasté de Karl-le-Grand les évèques et les prêtres qui étaient avec leurs armées ou qui accoururent alors, pour faire décider par eux, comme par un jugement de Dieu, ce qu'il fallait faire de Tempire que Lothar avait abandonné. Les ecclésiastiques, considérantcommentLotharavait exclu son père de l'empire ; combien de fois, par son avidité, il avait rendu parjure le peuple chrétien ; combien de fois il avaH violé les sermcns qu'il avait faits à son père et à ses frères ; combien de fois, après la mort de son père, il avait cherché à ôter à ses frères leur héritage et la vie ; combien de meurtres, d'adultères, d'incendies et d'autres atrocités son insatiable cupidité avait fait souffrir à l'Eglise chrétienne ^ combien peu il avait montré de connaissance pour gouverner l'État et de bonne volonté pour se gouverner lui-même ; les ecclésiastiques, disons-nous, décidèrent que Lothar s'était enfui coupable et condamné par un équitable jugement, d'abord du champ de bataille, ensuite de son propre royaume-, que la vengeance de Dieu l'avait réprouvé à cause de sa méchanceté et remis son royaume à ses frères meilleurs pour l'administrer avec justice. Fuis ils posèrent aux deux frères cette question : « s'ils voulaient suivre les traces de leur frère réprouvé, ou gouverner selon la volonté de

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Dieu ?» Ludwig et Karl répondirent i^l qu'autant que Dieu leur en donnerait la connaissance et le pou voir, ils se gouverneraient eux-mêmes, ainsi que leurs sujets, selon sa volonté ». Làdessus les prêtres dirent : « Nous vous exhortons donc et vous sommons, nous voifs ordonnons de prendre ce royaume avec l'approbation divine et de le gouverner selon la volonté de Dieu. » Alors les deux rois nommèrent chacun douze hommes qui devaient partager le royaume de Lothar de manière à tenir moins de compte de l'étendue et de la fertilité que du caractère national des habitans et de la position des pays. Parmi les douze hommes nommés par Karl se trouva le comte Nithard l'historien. Le partage lui-même n'est ^as indiqué dans la description de ces éyénemens par Nithard ; mais la marche des choses et les opinions de l'époque mettent presque hors de doute que l'on assigna à Ludwig non-seulement tous les pajs teutschs de la rive droite du Rhin , mais encore tous les pays de la rive gauche de ce fleuve, où la langue teulsche était parlée.

Pendant que ces actes s'accomplissaient, les deux rois quittèrent Aix-la-Chapelle. Karl établit sa résidence à Herslail, cet ancien château de sa famille, si plein de grands souvenirs. Ludwig se rendit avec ses guerriers à Cologne, dans le dessein d'entreprendre une expédition en Saxe pour mettre un terme aux troubles auxquels Lothar avait si malheureusement excité lesFrilings et les Lates de ce pays. Mais pendant qu'il était encore occupé des préparatifs, on apprit que Lothar ne songeait nullement h renoncer aux pays de ce côté des Alpes pour se renfermer en Italie , mais qu'il mettait tout en œuvre pour réunir une nouvelle armée; que ses efiTorts n'étaient pas vains; que bien plus il avait repris une attitude menaçante et voulait faire une invasion en France. Les deux frères crurent donc nécessaire d'en treprendre aussitôt en commun une expédition en Bourgogne contre Lothar , pour défendre ce qu'ils croyaient déjà avoir gagné. Ils marchèrent sur deux colonnes par des routes différentes et réunirent leurs armées à Verdun. Ludwig y arriva par Thionviile et Karl par Reims.

A Verdun, les deux frères reçurent une lettre de Lothar : il désirait leur envoyer des députés pour négocier la paix ; il demandait où et comment cela pouvait se faire? Les deux frères ré'-

on

HISTOIRE DU Peuple alleiviano.

pondir^t qu'il poutctit envoyer qui il voudrait; qu'il écrait Tacilâ d'apprendre où ilt se trouveraient. En même temps ils résolurent de continuer ensemble leur marche en se dirigeant sur GhftIons-sur-Saône. Lorsqu'ils approchèrent de IVleaux j non loin de ChftIons ^ ils virent arriver de la part de Lothar, qui s'était avancé jusqu'à Mâeon, plusieurs hommes émineos parmi lesquels on nomme les comtes Jôsip, Eberhard et Egbert. Ceux-ci déclarèrent : «Que Lothar rcconnaiséait ses Tautes envers Dieu et envers eux 9 qu'il ne désirait pas que la querelle entre eux et le peuple chrétien durât plus longtemps ; que si ^ en considération du titre d'empereur que son père lui avait donné et de la dignité de Tcmpire dont leur aïeul avait décoré leurs États, ils voulaient lui donner un peu plus du tiers do ceux-ci 4 il s'ctl contenterait; sinon 9 ce qui avait été précédemment assigné à chacun devait lui rester : à lui-même la Lombardie^ à Ludwig la Bavière, à Karl l'Aquitaine, et qud Ton partagerait le reste en trois parts égales ; chacun d'eux gouvernerait en^ suite avec l'assistance de Dieu 4 le mieux qu'il pourrait et dans une entière indépendance des autres, la part de l'empire qui lui serait échue; mais ils seraient toujours portés de bonne volonté à se secourir mutuellement ; et ainsi une paix éternelle, fondée sur la réciprocité « régnerait entre eux. M Lothar ne dit pas un mot de Pippia son tieveu.

Les deux rois,éh recevant ces propositions, réfléchirent sans doule au danger auquel ils exposeraient de nouveau leur cause s'ils en remctlaienl encore une fois la décision au glaive. Ils avaient bien pour eux le jugement de Dien manifesté parla bataille et la décision d'évéques el de prêtres ; mais le cœur de Thomme faiblit aisément. Après la victoire el lorsque l'ennemi avait pris la fuite, la confiance en ce jugement el celle décision avait été grande et générale; à l'approche de l'ennemi, (jne sage réflexion tempéra celle confiance, et il en résulta la pensée que la fortune pourrait fort bien changer. D'ailleurs ceux qui devaient combattre étaient fatigués et épuisés. Les rois pouvaient vaincre encore une fois et voir dans une nouvelle victoire la confirmation du premier Jugement de Dieu ; mais ils avaient à payer de leur sang et de leurs blessures les frais de la sentence. L'aspect des pays désolés qu'ils traversaient pour les querelles des rois ne pou-

vait leur plaii*e. Avec tout cela ^ lés ))Htiles nordmans et sarrasins ne cessaient pat^ au nord et au midi dé l'empire^ de répandre te malheur et la destruction par le pillage , lé hleurlre cl rinceddie.

Dans ces circonstances , les propositions de Lothar durent être fort bien accueillies jsat 1» rois cotnmë par Icum vassaux. Lei rois Avouèrent qu'elles contenaient ce qu'ils avaient constamment voulu depuis le ootiimeticehiebt delà querellée

Cette rois encore la chose fut soumise à la décision d'évêques et de prêtres. Et Pommelés ecclésiastiques décidèrent également que k paix était préférable 6 la guerre, on déclara aux envoyés de Lothar qu'on èe rendait A ses réclamations. Puis on procéda «u partage de l'empire, à l'exception de la Lombardic,deia Bavière et de l'Aquitaine. On s'accorda à donner A Lothar le pays entre lé Rhin et la Meuse, et plus loin depuis les sources de la Mfeusc jusqu'à celles de la Saône « el en descendant ce fleuve et le Rhône Jusqu'à la mer. Les frères de Lothar lui firent porter cette nouTetle par une ambassade à la tète de laquelle étaient les comtes Conrad, Abboet Adelhard. Lothar pourtant ne fut pas satisfait de ce partage: il prétendit que sa part n'était pas égale aux autres; qu'il était surtout affligé de ne pouvoir indemniser ceux qui, pour avoir embrassé sa cause, avaient perdu leurs fiefs. Lêii arobassadcun, pour ne pas rompre la transaction commencée, prirent sur eux d'étendre les limites de Lothar et de lui proposer d'accepter en ee moment ce qu'on lui olTrait, afllrmanl qucsfs frères diviseraient l'empire en parts cnlièrement égales et qu'ensliite lui , l'empereur Lothar^ serait màttre do choisir celle qui lui conviendrait. Lothar accepta ces offres. Puis les trois frères eurent au milieu du mois de juin une entrevue dans une tie au milieu de la Saône, nommée Ansilla, un peu au-dessus de Mûcon ; ils y jurèrent solennellement que désormais une paix hoilorable et fraternelle régnerait entre eux ; qu'ils se réuniraient de nouveau à Metz le 1" octobre; que là, quarante hommes choisis par chacun d'eux parmi leurs principaux partisans feraient un partage équitable et déUnitif de l'empire^ et que Ton seii tiendrait à la décision de ce grand nombre d'hommes éuiinens. Ils se quittèrent ainsi eo I paix et en amitié.

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