‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 29 sur 298 · LOIS DES ALLBMÂNNI ET DES BAVAROIS · texte numérisé non relu

LOIS DES ALLBMÂNNI ET DES BAVAROIS

La loi des AUemanni a sans aucun doute été rédigée plus lard encore que la loi ripuaire (1)*, mais les mêmes observations que nous avons faites plus haut s'appliquent ici. Ce qui avait longtemps existé dans la vie fut enfin consigné par récriture ; et le code des AUemanni peut, BOUS le rapport de la composition , être placé i côté des autres codes, d'autant plus que l'on peut admettre avec plus de confiance que, sauf les dispositions, les additions et les interpola- "ons qui peut-être y ont été introduites jusqu au temps de Karl-le-Grand, il fut réellement niis en vigueur dès le temps où les AUemanni

^appartenaient pas encore à l'empire des

Frank*.

Sans doute il ne faut pas attribuer à cette partie du code la série de dispositions par laquelle il commence et qui concernent l'Église H ses possessions.^ Elles sont entièrement étrangères à la loi salique, et la loi ripuaire itt connaît à peine ^ mais il semble en résulter que Fôrganisation de l'Église chrétienne ^lait encore tout à fait nouvelle chez les AUemanni , et que soit la religion chrétienne, loil rorganisation ecclésiastique trouvaient encore beaucoup d'adversaires chez ce peuple (2).

CHAP. IX

La loi en effet ordonne qu'il sera permis à tout homme libre de donner sa fortune à l'Église pour servir Dieu et sauver son âme. Aucun individu , pas même les enfans et les héritiers du donateur n'auront le droit de le contredire. Mais elle ordonne en même temps, et cette disposition semble prouver que les ecclésiastiques ne négligeaient rien pour étendre les biens de l'Église et qu'ils ne réfléchissaient pas toujours sévèrement au choix des moyens, elle ordonne en même temps que la donation à l'Église se fera par une charte qui, signée par le donateur et par six ou sept témoins, devra être déposée sur l'autel de l'église. Elle veut de plus que si cette charte venait à être brûlée ou à se perdre , il serait permis à l'héritier du donateur de jurer avec cinq témoins dans l'église que son père n'avait fait aucune charte de cette espèce, qu'il n'en avait déposé aucune dans le lieu saint , et que par conséquent le bien paternel devait continuer à lui appartenir; elle veut enfin qu'aucune charte n'ait de vigueur si elle ne porte pas la date du jour et de l'année où elle a été faite.

La loi accorde un asile dans l'église aux esclaves comme aux hommes libres *, mais elle ordonne aussi qu'un prêtre qui accueille un serf doit veiller sur lui et le payer s'il le laisse échapper. Pour le meurtre d'un homme libre, au contraire, commis dans Tintérieur d'une église, elle établit, outre l'amende du wehrgeld habituel , une autre amende de soixante sous envers l'église et an fnedegeld d'une somme égale pour le fisc.

Le vol des biens de l'Église entraîne de fortes peines *, et non-seulement (ce qui témoigne également de l'état des choses) il est fait mention de beaucoup d'offenses envers des personnes ecclésiastiques, mais il est parlé aussi d'insultes et de mauvais traitemens envers des ecclésiastiques dans l'église et devant l'autel.

Puis il est sévèrement ordonné d'observer la solennité du dimanche. Trois fois celui qui refusait au jour du Seigneur l'honneur qui lui était dû était puni par une réprimande*, celui qui tombait pour la quatrième fois dans cette faute perdait le tiers de son héritage , et si cette peine elle-même ne le corrigeait pas, il perdait la liberté et devait rester esclave toute sa vie, vraisemblablement au service de l'Église.

Enfin on voit figurer dans la loi des AUc-

maimi un crime inconnu au droit des Saliens et à celui des Ripuaircs, qui , à cause de son caractère atroce , surprend fortement chez un peuple teutsch et qui probablement ne peut s'expliquer que par la confusion de tous les sentimens humains dans la lutte d'une religion nouvelle avec les mœurs nationales ; nous voulons dire le crime du meurtre prémédité des parens, des frères, des alliés. La fortune de Fauteur d'un tel meurtre était confisquée au profit du fisc; mais lui-même (et ceci semble confirmer notre conjecture) était abandonné aux expiations ecclésiastiques (3).

Les dispositions qui concernent le duc et sa position à l'égard du peuple appartiennent tout aussi peu à cette partie de la loi ; car ces dispositions, qui sont étrangères aux codes des Saliens et des Ripuaires, semblent également prouver que Thérédité de la dignité ducale était encore toute récente parmi les Allemanni ; que la relation de cette dignité avec le peuple n'était pas encore solidement établie, et que par conséquent ces prescriptions légales appartiennent au temps où les Allemanni avaient été réunis à l'empire des Frauks. La loi déjà, qui^ comme nous Tavons indiqué précédemment , suppose et punit le soulèvement d'un fils du duc contre son père, indique un état de choses incertain. Ce même état résulte des dispositions par lesquelles le vol d'objets appartenant au duc est puni triplement ^ par lesquelles les femmes qui sont au service du duc sont garanties par une triple composition ; par lesquelles le meurtre d'hommes qui sont à la cour du duc, qui se rendent prés de lui ou viennent de chez lui, est expié par un wehrgeld triple^ par lesquelles l'altération du sceau ducal est punie d'une amende de douiesous; par lesquelles enfin des embûches contre la vie du duc entraînent la peine de mort. La loi môme qui ordonne que personne ne sera assez hardi pour décider des questions douteuses de droit s'il n'a été établi juge par le duc avec Tassenlimcnt du peuple peut faire supposer un ordre inaccoutumé auquel beaucoup d'hommes se montraient encore récalcitrans ; et l'apparition d'hommes que le comte et le centenicr ne pouvaient contenir et qui pour cette raison devaient être ramenés par le duc lui-même dans la voie de la justice fait aussi supposer un état social troublé et ébranlé par les passions.

Enfin on ne doit probablement pas non plus attribuer à cette partie du code ce qui conceroQ l'inégalité dos hommes libres. La loi allemaonique en effet établit une distinction entre les Allemanni libres , les Alleoianni moyens et les premiers Allemanni. Cette cKstinction, qui, dans les temps les plus anciens, était incoonuo parmi les Teutscbs et dont ne parlent pas doq plus les lois des Franks , a sans aucun doole son origine dans la réunion des Allemanoi à l'empire des Franks ; mais il est difficile de dire de qiiels hommes se composaient ces divisions: la loi n'en fait mention que deux fois et Wnsa tout incertain. D'abord en effet elle ordonoe que si un homme libre tue un homme libre, il paiera une amende de cent soixante sous ] mais si l'homme tué est un AUemann moyen, celui qui l'a tué doit payer k ses parens deux ceoU sous. Puis une addition à la loi , et qui sans aucun doute est postérieure, fait mention d'un autre crime et impose à celui qui s'en est rendu coupable, dans le cas où il appartient aui Allemanni ordinaires, aux Minoflides, une amende de cent soixante-dix sous ] mais s'il est Allemann moyen, il doit payer deux cents sous, et s'il compte parmi les prensiers Allemanni, il en doit donner deux cent quarante (4). La distinction ne va pas plus loin ; la loi ne connaît du reste, outre to vassaux et les serfs, que des hommes et des femmes libres. Mais &i l'on réfléchit que les Allemanni n'existaient plus comme peuple indépendant, mais quHs appartenaient à un empire fondé par un autre peuple \ que par leur réunion A cet empire le duc avait acquis une dignité héréditaire , et qu'en acceptant celle-oi, il s'était probablement soumis à Tobligation de combattre en cas de besoin à côté du roi et de ses leutes ; que pour cette raison même leducentreteaait vraisemblablement un corps de compagnons dans lequel chaque individu voulait et devait être égal aux leutes du roi si Ton prétendait maintenir la paix dans l'armée ; qu'enfin, pour nous servir d'une expression plus ancienne, le pays avait besoin de princes qui rendissent la justice dans les communautés et les cantons et- veillassent A la paix, et que les parens du duc héréditaire vivaient aussi dans une position particulière^ si l'on songe à -tout cela , il est impossible que la distinction entre les hommes libres paraisse surprenante. Les Allemanni libres formaient la véritable masse du peuple -, les Allemanni

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