‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 34 sur 298 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LOI DE8 ANGLES ET DES WERINl OU DES

THURIMGIENS.

Il nous reste à rappeler la loi des Angles et des Werini, parce qu'elle est donnée pour une loi des Thuringiens (1)-, mais il est difilcile de se faire un Jugement à son sujet. Elle est trèsincomplète ; elle semble n'être formée que de fragmens d'un code plus grand ou avoir été compilée d'autres codes (2), toutefois avec des expressions particulières et avec des contradictions, comme avec quelques déviations.

Elle donne à peine quelque solution sur la vie et sur les relations sociales ; mais elle est trèspropre h troubler la manière de voir à laquelle on arrive par les autres codes et par les historiens.

D'abord paraissent vingt prescriptions d'nn seul Jet (3). On y voit figurer des adalings^ des hommes libres et des serfs.Celui qui tue un adaling doit payer une amende de six cents sous^ pour le meurtre d'un homme libre l'amende est do deux cents sous \ elle est de trente sous pour le meurtre d'un serf. Toutes les mutilations et toute» les blessures doivent être compensées

HISTOIRE DU VmjPLE ALLEMAND.

dans le même rapport, selon que la victime est unadaling, un hommelibre ou un serf (4.)Pour la perte d'un membre essentiel par exemple, Tadaling a droit à une composition de trois cents sous, et Thomme libre & cent sous. Le nom de wehrgeld ne figure pas dans cette lot.

Qu'étaient ces adalings^ qui sont étrangers aux autres peuples de Tempire des Franks ? Que fallait-il pour être adaling? Élait-on adaling par droit de naissance, de sorte que les adalings formassent un ordre particulier dans la société, ou bien n'était -on adaling que dans certaines circonstances et dans certaines relations? Et si le dernier cas avait lieu, tout bomme libre pouvait-il dans ces circonstances devenir adaling, ou ne le pouvait-il pas? Si le premier cas existait , le taux élevé de la composition qui garantissait sa vie dépendaitil de la naissance , ou des circonstances parti- Itères étaient-elles nécessaires du moins pour celte élévation ?

La loi ne donne pas la moindre trace d'une voie qui pourrait conduire À la solution de ces questions et d'autres semblables , et les historiens se taisent. Le mot û'adaling assurément ne doit pas surprendre. Nous avons précédemment, dans le tableau des relations des Cantons «dans l'intérieur du Teutschland, donné comme vraisemblable que les grandes familles de propriétaires fonciers avaient été désignées par ce nom (5). Mais ce qui est surprenant, c'est la préférence légale donnée aux adalings sur les hommes libres ou frylings; car nous avons fait voir également que dans les mœurs des anciens Teutschs on ne trouve rien qui rende vraisemblable ou qui permette de supposer une préférence légale donnée aux adalings sur les frylings. Il résulte incontestablement aussi, d ce qu'il semble, du développement des relations parmi les hommes dans l'empire des Franks , que les Franks eux-mêmes ne connaissaient entre les hommes libres aucune distinction fondée sur la naissance, mais que toutes les distinctions que l'on peut rencontrer avaient leur origine dans la vie civile et dépendaient de la position des individus à regard de l'empire, de leurs fonctions et de leurs services. Et il ne résulte pas moins de ce développement que si en Souabe et en Bavière certains privilèges avaient été accordés héréditairement à quelques familles, ces privilèges ne résultaient que de la conquête ou de la réu-

nion par suite de traités des Allemanni et des Bavarois à l'empire des Franks. Par conséquent il pourrait n'être pas douteux que la distinction légale entre les adalings et les frylings, qui se rencontre dans la loi des Angles et des Werini, n*ait son motif que dans la domination des Franks. Mais il est remarquable (pour nous servir ici d'un mot connu) que le wehrgeld d'un fryling est fixé dans ee code au même taux que le wchrgeld d'un Fraok libre , et que le wehrgeld d'un adaling est le même que celui d'un Frank qui vit dans la fidélité du roi. II. est donc presque nécessaire d'admettre de deux choses l'une pour expliquer ce phénomène. Ou bien les adalings étaient aussi des officiers de l'empire, et ils étaient par conséquent dans la fidélité du roi, ou bien le privilège légal , le triple wehrgeld ou, selon l'expression de la loi des Bavarois, le triple honneur leur avait été accordé par les Franks en vertu des traités. Mais si l'on pouvait admettre en même temps que dans ce code il est réellement question des Thuringiens, ce singulier phénomène pourrait s'ctpliquer assez facilement. Les Thuringiens en effet furent vaincus dans la guerre ; la maison royale de Thuringe périt, une négociation avec les princes du peuple , comme elle peut avoir eu lieu en Bavière ou en Souabe, fut donc impossible \ mais il fallait maintenir la Thuringe dans la dépendance de l'empire des Franks. Que pouvaient tenter les Franks de plus conforme à leur but , dans ces circonstances, pour affermir leur domination que de diviser les Thuringiens entre eux, de détruire l'égalité du droit, de provoquer les passions? Que pouvaient-ils faire de plus conforme à leur but que de donner aussi aux familles distinguées par leurs richesses et leurs grandes possessions , aussi bien que par leurs exploits et leur gloire, et qui par là avaient trouvé dans les mœurs du peuple une reconnaissance volontaire et obtenu Ib nom d'adelings, que ^® leur donner aussi un privilège légal , un honneur qui les rendait égaux aux premiers et aux plus illustres des Franks pour les gagner aussi à leur domination , à leurs exigences et à le^*" service, pour les détacher de leur peuple, éveiller en eux l'orgueil , • et par l'orgueil éblouir leurs yeux cl assourdir leurs oreilles? Certes une telle conduite était entièrement conforme 6 la politique d'un peuple conquérant, et cW

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