‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 40 sur 298 · LIV. VII, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIV. VII, CHAP. XII

en servitude, de vaquer le dimanche à des tra* vaux de celle salure« il semble résulter inconcoDlestablement de là que les hommes libres ètaieol accoutumés à ces travaux et ne les Dégligeaieot pas les autres jour$ de la semaine. Le nom de travaux serviles, appliqué par les lois à ces occupations, n'est pas non plus contraire à cette supposition (2), car les ecclésiastiques, auteurs de la défense, étaient dirigés par les idées romaines et se servaient des expressions qui leur étaient familières.

L'agriculture était d'une grande importance; ces peuples n'avaient pas moins de Jardins que de vignes. La propriété foncière avait une telle valeur que pour une limite contestée on risquait sa vie dans un duel, et le désir d'ajouter à sa possession un lambeau de terre poussait un homme è de misérables artifices *, il le portail à déplacer , à voler les pierres qui servaient debomes. Pour faciliter l'inspection, la comptabilité et les transactions , la propriété foncière èlail divisée en aneedinge, arapennes ei perti-tes (3), Il est fait mention de beaucoup de travaux de détail , de l'engrais et du labour, de la taille et de la mise en grange ; on nomme divers iostrumens, et parmi eux les plus utiles; on indique plusieurs productions. On cultivait ta plupart des céréales qui font maintenant la prospérité de la patrie ; la pomme, la poire, la cerise, figurent à côté du raisin; enfin il est expressément parlé de granges, de greniers à blé, de celliers, de hangars et de caves (4).

On ne donnait pas moins de soin aux prairies ; déjà les Romains avaient admiré la beauté de celles du Teutschland : celles étaient closes ou entourées de haies viyes, arrosées et engraissées; mais les bois, les landes et les tourbières paraissent avoir été, du moins en grande partie, possédées encore en commun, comme aux temps antérieurs, et les membres d'une marche en usaient, ce semble, à leur volonté mais avec discrétion (6).

Avec une telle exploitation du sol et du ternin, il était naturel et nécessaire d'élever beaucoup de bestiaux. Depuis le cheval, l'ancien favori du Teutseh, jusqu'à l'oie, jusqu'à la poule et an pigeon, on avait tous les animaux domestiques. On aimait chez le cheval une longue queue ; toutefois Pusage d'écourter nepanu pas avoir élô inconnu. On savait aussi bongrer un cheval, et alors on l'appelait chen- 9i*(o {hengsê en allemand moderne). Il y avait

des haras ; ils étaient placés sous la direction d'un maréchal {marescalk). Pour douze cavales au plus on entretenait un étalon. On voyait aussi par grandes troupes des chevaux de races inférieures et de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de porcs, de ces derniers surtout, à ce qu'il semble (6). Ces troupeaux étaient , comme aux anciens jours , laissés en liberté dans lea p&turages et dans les bois, et ils acquéraient sans aucun doute une vigueur et une santé que n'auraient pu leur donner dans les étables les soins les plus empressés et la nourriture la plus régulière. Toutes les bêles d'un troupeau étaient munies d'une clochette pour les empêcher de s'égarer et faire retrouver plus facilement par le pâtre et ses chiens une bête fourvoyée ; on les marquait aussi pour les reconnaître. Chaque troupeau avait en tête un animal dressé à le conduire, auquel on attachait un prix tout particulier. Du reste on fit plus d'un essai pour améliorer les races inférieures en les croisant avec des races plus nobles (7).

Mais de même qu'on peut présumer sans crainte d'erreur que dans le Teutschland le produit de semblables exploitations était soigneusement utilisé pour la conservation, la culture et l'ennoblissement de la vie humaine, de même on peut croire avec non moins de confiance que l'économie rurale était dans un état prospère et progressif ; et bien que les communications avec les pays qui jadis avaient appartenu à l'empire romain eussent conduit à diverses améliorations, donné plus d'élan aux anciennes dispositions des Teutschs pour les occupations les plus nécessaires et les plus nobles de l'homme , l'origine ainsi que le développement en était tout national et d'une nature propre. Il ne faut point perdre de vue que dans l'état présent des choses la vie et les relations des villes devaient nécessairement naître et se développer peu à peu dans le Teutschland, car on y était porté par les rapports établis avec la Gaule et par l'aspect des villes élevées dans la Bavière et l'Allemannie ; on y était porté encore par la nouvelle religion, qui chaque jour s'établissait plus solidement et se répandait davantage, qui par son organisation ecclésiastique devait opérer une plus grande réunion des hommes et fonder pour ainsi dire des centres pour le progrès des communications religieuses, qui devait déta-

cher les hommes de« anciens sanctuaires païens , des bois , des collines et des sources, pour les attirer aux sanctuaires nouveaux, près de la résidence de leurs ministres ] on y était porté même par les relations de l'économie rurale et par des besoins toujours croissans« Quand on a fait toutes ces réfiexîons, on doit s^altendre à voir les temps qui suivront s'élever par un nouvel et plus noble essor.

Mais cette espérance est vaine. Dans la Gaule, si voisine duTeutschland, s'était formé un nuage gros de malheurs ; il s'étendait pesamment sur le Teutschland et menaçait cette contrée d'un désasUeux orage : c'était le système féodal, auquel les peuples teutschs ne pouvaient plus se soustraire par suite de la puissance acquise par les Franks. Quelques grandes propriétés territoriales offrent sans doute un grand avantage pour tout pays et dans toutes les circonstances ; elles sont nécessaires au progrés et au perfectionnement de l'économie rurale^ parce que le petit propriétaire n'a ni le temps ni les moyens de faire des essais d'agriculture, d'éducation des bestiaux ou de toute autre branche de cette science, ou de subir les chances du mauvais succès. Lorsque rindustrie a une grande activité , lorsque les fabriques et les manufactures sont trèsdéveloppées , les relations commerciales trèsétendues et les communications très-animées entre les divers pays de la terre (8), la concentration de toutes les propriétés territoriales d'un peuple entre les mains d'un petit nombre de possesseurs peut être (9) longtemps sans inconvénient , car la vie, en de telles circonstances, ouvre diverses voies d'acquisition , et chacun trouve aisément sa carrière. Chez un peuple au contraire qui est en très -grande partie refoulé sur lui-même, qui a peu de communications avec la mer, qui n'a point de commerce important et pour cette raison ne peut offrir à ses membres une riche source d'acquisitions dans de grandes villes, dans des fabriques ou des manufactures, chez un tel peuple , la propriété foncière [doit être extrêmement divisée afin que beaucoup d'hommes puissent cultiver leur bien avec amour et assiduité, et jouir du fruit de leurs travaux, si le sol doit répandre tous ses bienfaits, si les habitans doivent arriver à toute la civilisation que le pays comporte. Dans un pays de cette nature, quand la propriété foncière est concen-

trée entre les mains d'un petit nombre d'hommes, le génie et la civilisation sont en danger, et il est impossible de repousser la barbarie el l'abrutissement. L'activité humaine tombe dant le mépris, et l'on ne peut éviter ni la domination d'un corps de seigneurs arrogeas ni le déplorable esclavage de la multitude. Les grands propriétaires fonciers perdent le goût des travaux de l'économie rurale, parce qu'ils ne savent pas en utiliser les produits, et qu ils ne sont pas excités à de nouvelles entreprises par l'enthousiasme du succès, ou même parce que les connaissances disparaissent avec l'activité. Le reste des hommes se traîne çè el li sans propriété sur le bien d'autrui ; ils ne sèment pas avec espoir et récoltent sans plaisir, ils ne calculent pas , ils ne pensent pas , ils ne forment pas de projets , et bien qu'ils craignent les rigueurs de l'hiver, ils ne désirent pas voir arriver le printemps ; ils n'avaaceDt qu'autant que le fouet les y force: lorsque leur faim est apaisée et que leur nudité est couverte , le monde a épuisé ses charmes el le sommeil est pour eux le bonheur suprême. Ainsi naissent d'une part l'arrogance, ledédaiD et le mépris des hommes ^ les mouvemens du cœur poussent vers une carrière sauvage, les chiens et la chasse deviennent l'objet des plas hautes pensées. D'autre part naissent l'indidèrence, la paresse, l'imbécillité^ et l'homme, le premier des êtres après Dieu, n'est plus qu'uoe brute. Le sol se change en grande partie en désert *, il devient la proie de forêts dont les arbres tombent pourris, de ronces usurpatrices, d'eaux débordées et sur toute sa surface s'étend la rudesse d'un ciel sans ét«>ile$.

Et le Teutschland était un pays de celle nature. Il manquait encore de villes ; elles allaient seulement s'élever. Les villes romaines établies sur le Rhin et sur le Danube aiaienl péri pour la plupart, et bien que leur destinée ait pu être différente, leur vie intérieure était certainement partout confuse, détruile, anéantie. Dans l'intérieur du Teutschland il y avait bien sans doute de grandes réunions d'habitations, mais certes on n'y connaissait pas les occupations des villes. On ne trouve rien dans les lois qui indique la moindre opposition entre la ville et la campagne : tout est économie rurale , tout est relation de campagne. Il y avait eu dans le Teutschland, dès les temps les plus anciens, de

Page 1