‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 41 sur 298 · LIV. VII, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIV. VII, CHAP. XII

grandes propriétés, de grands domaines, comme (oui peuple doii en désirer , comme il peul mCroc en avoir besoin, et les lois des peuples (eulscbs, que noas avons analysées , prouvent que le nombre n'en ayail pas diminué (10). Déjà la passion de la chasse, qui ne peut s'ac-> corder qu*avec de grandes propriétés foncières, avait atteint les Romains , et celle passion n'avait rien perdu de sa force. Les plaisirs de la chasse et de la pèche n'étaient interdits à aucun homme libre, et on avait à peine ridée du braconnage (11). La chasse était soumise, comme un art^ à certaines régies. On poursuivait le lièvre eC le renard , la bète fauve et la bète ooire, Tours et le buffle , le chamois et le bouc des rochers, de même que les oiseaux de toute espèce. On se servait pour la chasse aux oiseaux de faucons , d'éperviers et de vautours dressés ^ pour prendre les bêtes fauves et noires, on creusait des fosses, on tendait des pièges el des chausse-trapes. On savait aussi allaqoer directement le gibier -, et les chiens propres h la chasse, les lévriers, les chiens d'arrêt, les chiens courans, avaient une grande valeur (12)*, ils étaient désignés comme savans el comme mattres (13). D'autre part les métiers étaient à terre! Sans doute on ne manquait pas d'ouvriers . Les arts que les Teutschs connaissaient dés le temps où écrivirent Pline et Tacite(14) n'étaient cerlaioement pas oubliés : l'état de l'économie rurale, ainsi que les armes des peuples, en donne la preuve \ ils pouvaient même avoir reçu diverses améliorations par l'expérience et parlecontacl avec lesRomains.Iieslmême parié d'ouvriers qui travaillaient l'or el l'argent, bien que les trésors des mines nationales n'eussent pas encore été révélés. Mais tous les métiers étaient dispersés dans les champs, entre les mains des serfs, dans les biens ruraux, et ils pouvaient tout aussi peu arriver à une perfection remarquable qu^obtcnir une influence importante sur la formation des relations sociales. Les villes de l'intérieur de la Gaule et même quelques villes de la Belgique restèrent dttarément en possession de leur ancienne industrie , de même qu'en général elles furent , jusqu'à un certain point, protégées dans leurs droits et dans leur constitution intérieure; mais elles exercèrent peu d'action sur le véritable Teulschland , bien qu'elles fussent soumises à la domination des Franks. Il se peut V>e l'empire ait tiré des avantages de plus

d'une sorte des arts qui s'exerçaient dans les villes; elles fournirent aussi probablement aux Franks Saliens des moyens d'instruction , mais le bienfait fut perdu pour les peuples purement teutschs. Par là même ceux-ci n'eurent aucun commerce capable d'influer sur la vie sociale. Assurément l'activité commerciale ne manquait pas entièrement; on trouve dans les écrivains beaucoup d'expressions qui font supposer qu'il y avait des relations commerciales de plus d^une espèce entre les villes de la Gaule et l'empire romain d'Orient , de même qu'en général les communications , même sous le rapport scientifique, peuvent avoir été beaucoup plus grandes entre l'Occident et l'Orient qu'on n'ose le croire. Les Juifs d'ailleurs avaient déjà commencé à former ces liens commerciaux qui dans la suite furent si étendus et si importans; ils avaient déjà découvert la roule qui devait les conduire plus loin , c'est-à-dire la faveur des rois, des évêques, des grands (15). Mais le Teulschland semble n'avoir livré à ces transactions que les produits de ragriculture, et faut*il le-dire? une marchandise qu'on ne peut nommer sans une indignation douloureuse : des hommes , des esclaves , que les marchands de la Gaule' et de l'Italie emmenèrent souvent en grand nombre dans tous les pays de la terre. Les lois prouvent à quel bas prix on arrachait ces infortunés au pays qui les avait vus natlro et qu'ils ne pouvaient appeler leur patrie -, mais elles prouvent aussi que des hommes libres n'étaient pas sûrs de ne pas être enlevés par unecriminelle cupidité pour être vendus comme esclaves. De tels actes démontrent que ce ne sont pas seulement, comme on pourrait le croire , des étrangers , des prisonniers de guerre ou leurs desccndans , par cgnséqucnt des Romains, des esclaves et d'autres infortunés que la victoire ou le hasard aurait fait tomber au pouvoir des Teutschs, qui devenaient l'objet de cet affreux trafic *, il prenait aussi ses victimes parmi les hommes nés dans le pays, qu'ils eussent entendu longtemps ou non les cris douloureux de l'esclavage. Il peut être vrai et facile à comprendre que le nombre des esclaves était devenu trop grand, et que les peuples teutschs se justifiaient à leurs propres yeux de ce trafic odieux par ce grand nombre même et par l'opinion qu'ils avaient de la valeur et de la dignité de l'homme. I Au fond , sous ce rapport , ils n'étaient pas

restés au-dessous des peuples les plus illustres et les plus célèbres de Tantiquité *, mais il n'en est pas moins vrai que les Teulschs se privaient ainsi eux-mêmes des bras qui auraient pu cultiver leurs terres : on peut tirer de là celte conséquence qu'ils avaient sous la main des moyens dont ils ne savaient pas se servir. Toutefois Phomme qui réfléchit sans passion peut aisément soupçonner que Tenlévement des hommes libres était le plus souvent Touvrage des grands seigneurs, qui trouvaient li un moyen facile de s'emparer des biens des hommes libres d'un ordre inférieur. Plus Tattention s'arrête sur ce fait, plus il paraît odieux.

Dans cet état de choses ; un seul moyen de salut restait donc aux Teulschs pour leur développement national et pour leur civilisation : il fallait augmenter le nombre des petits propriétaires fonciers , de ces hommes libres qui cultivaient leur propre champ de leurs propres mains, et qui se réjouissaient ensuite de l'œuvre de leurs mains avec un cœur libre ; il fallait les encourager par tous les moyens. Cette augmentation et cet encouragement étaient rendus impossibles par le système féodal, qui pénétrait partout : car devant la force de ce système, aucune liberté nouvelle ne pouvait se faire jour ^ bien plus, comme nous l'avons fait voir, il était dans sa nature que tous les hommes libres de Tordre inférieur disparussent du sol dés qu^il aurait atteint son complément et dès qu^en se développant il aurait éveillé les passions des hommes et jeté dans les âmes la vanité et les préjugés. Les fortes amendes établies même pour des délits peu graves, et qu'il était impossible à un homme libre de l'ordre inférieur de payer, facilitèrent au système féodal ses malheureux progrés. La servitude dut devenir plus commune , le marché d'esclaves se remplir davantage, la dépopulation et la désolation du pays s'accrottre rapidement.

Et quelle espérance laissait une telle perspective? Cette espérance repose sur l'éternelle nature de l'esprit humain et sur la force morale toute particulière qui s'était manifestée partout et souvent de la manière la plus noble chez le peuple teutsch depuis sa première apparition sur la scène de l'histoire. Le système féodal, qui alors n'était qu'à sa naissance, devait sans doute recevoir des formes complètes -, car ce n'était pas un édifice sans fondement , imaginé par les hommes dans une folle va-

nité , mais il était sorti de la violence des rapports existant entre eux, et il avait la même bâte que toute la vie sociale elle-même. Si par conséquent cette vie sociale n'était pas détruite par une force extérieure, si les peuples teulschs restaient indépendans et si les Franks ne perdaient point leur influence sur le reste des peuples tcutschs , le système féodal ne pouvait être de nouveau repoussé du monde que lorsque, suivant la marche des choses humaines, il $e survivrait à lui-même ou qu'il s'écroulerait sur ses bases ; mais tant qu'il subsistait , un changement en mieux était à peine possible. Heureusement le système féodal s'était donné ud ennemi, et il continua à rendre cet ennenii grand et fort , parce qu'il espérait de son côté devenir grand et fort par cet ennemi. Gel ennemi, comme nous l'avons montré, était le clergé, qui^ déterminé par TÉglise universelle, devait tourner contre le système féodal la force qu'il avait acquise à la faveur de ce système. C'était de l'Église seule que l'on pouvait espérer la destruction du système féodal et les progrès d'une liberté nouvelle. Déjà à celte époque elle garantissait à plus d'un homme pauvre et persécuté un asile assuré contre la force brutale ; en même temps plus d'un homme orgueilleux se trouvait amené par elle à expier les péchés de sa jeunesse par des actes pieuï et à donner la liberté à des serfs pour le salut de son âme. Dans la suite , elle admit dans les rangs du clergé beaucoup d'hommes des classes inférieures de la société ] et par l'échelle des dignités ecclésiastiques plusieurs de ces hommes parvinrent à une hauteur d'où ils ne craignirent pas de lutter, même contre le plus puissant. Voilà comment le génie s'est vengé de la force brutale!

Mais en général l'Église ne pouvait produire ou encourager que ce qui orne et embellit la vie, ce qui la rend sereine et agréable, ce qui lui donne de la valeur et du prix.

Il n'est pas à présumer que les beaux arts, dans ces siècles de guerre et d'ébranlement, soient allés plus loin qu'à l'époque qui se rattache aux indications transmises par Tacite. Comment l'architecture, comment la sculpture auraient-elles pu faire des progrès? Les chants héroïques des anciens temps n'avaient pas encore cessé et le son des instrumens à cordes trouvait des oreilles attentives. Mais le barrit, le chant sacré de mort, quand il fa^'^*

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