CHAPITRE IL
CHLOTAR ET SES FILS ; CHARIBERT^ CHIL- PÉRICH. — GUNTGHRAMN. — SIGIBERT. — COMMENCEMENT DES GUERRES CIVILES.
— BRUNUILDIS ET FREDEGUNDIS (!>,
D« Van 558 à l'an 575.
Chlothildis, épouse de Chlod wig, celte femme qui soumit les Franks à la croix et amena tent de grands événemens , ne vit point le jour où •on plus jeune fils , Chlotar, devint seul souverain de tout l'empire) eq l'année ôô8 ^ plte était
morte peu de temps attparavaot, pleiaede joso et au milieu de pieux exercices, k Tours, oa les reliques de saint Martin portaient mèmedâ hommes grossiers à la méditation et aux mor< tîfications. Ses deux fils Childebert et Chlotar firent apporter en grande pompe ses restes i Paris , et là ils la firent inhumer à côté deioo époux Chlod wig dans l'abbaye qu'elle avait fondée elle-même et qui contenait a^ssi to reliquei de sainte Geneviève.
Chloter lui*même ne survécut pas beaucoup plus de deux ans À son frère Childebert, doot la mort melUit tout l'empire entre ses maios. Le temps de Tactivité était déjà passé pour lui \ son génie s'était éteint, ses forces élaieot épuisées. Il avait aimé çt su faire la guerre: toujours vainqueur dans les combats , il n'avaii éte battu qu'une seule fois, ce fut lorsqu'il lirra bateille aux Saxons contre sa volonté. U n'avait pas non plus manqué de prudence; dans les circonstences même les plus difficiles, sa résolution ne l'avait pas abandonné. Mais il était dur et cruel , et par sa conduite d^radante il avait perdu tout droilàlacopsidéraliondu monde. Dans ses derniers jours , le traitemeot qu'il avait fait subir à son fils Chramne parait avoir tourmente son âme et l'avoir remplie dd crainte et de terreur. On sait que Chr9<noe, auquel il avait confié legouyernem^tdespan méridionaux de la Gaute? «éuit laissé eatralner par son oncte à la révolte dqraat la guerre qui, comme nous l'avons rapporté, s'était élevée entre Chloter et Childebert pour le riche héritege de Théodebald^ mais après la mort de son oncle il éteit resté seul f xposé à la Yengeanoe de son père. Il aur$ût pu se sauver es fuyant pr<>mpleffient par mer ; loais son amour pour sa femme et pqur ses filles le retiol trop longtemps \ il voulait aiant tout pourvoir â leur sûrete, et il tomba lui4pèm au pouvoir de rimpitoyable Chloter, qui, dans i^i transport de fureur sauvage, le fit périr dans les flammes, lui, sa femme moi^nte et ses filles eo i» âge (2) : de là ces fureurs incessantes q/fÀ décbirèrent son cœur.
Ce fut peui^tre au temps de m doMi<^^^ regrets qu'il publia un diplAme COQPU soin te nom de CanHikUion gé9!i4raled€CkMar{i)* Ce diplôme, tel qu'il nous à été inma^ ° ''^ dique ni te lieu, ni l'année, ni te Jour de sa co^ fection. Si en conséquence il est autheplique,» a'Uwlré«UwenMaHivr«d()(aik)!ttir,«»I»^
UV. YIH, CHAR U.
aïknetlre qu'il ne Ait pa» arrêté dans une aMemblée des leutes du roi , mais que le roi Tut détermioé par desprélals à lé publier, ce qui Tempêcbâ d'avoir des résultats immédiats ^ il était calculé pour des cas futurs et pour recevoir en* suite la force qu'on saurait lui donner. Le contenu de ceUaconsiitulion nes'oppose nullement èceltecooiiecture, car elle est entièrement à Tayantagede rÉgliseetdu clergé. £n effet, après avoir prononcé que dans toutes ]e$ affaires judiciairei,ranciendroitdevait èlreobservé et la loi maintenue, elleeqjoint ce qui suit : « Lesdiscussions eotre les Romains doivent être décidées d'après les lois romaines. Si Ton abuse par fraude de la puissance du roi, cette manœuvre n'aura point d'effet (4). Un juge qui a condamné un homme injustement contre la loi doit être châtié par les èvêques afin qu'il songe à rendre son jugement meilleur. Personne ne doit être assez audacieux pour épouser une religieuse. Ce qui a été donné aux églises par des hommes déjà morts ne peut être revendiqué par personne. Ce que les rois précédens ont accordé ou concédé à l'Église et au clergé en immunités et en possessions ne saurait leur être repris \ ils doivent aussi être maintenus sans trouble en possession de tout ce qu'ils ont possédé pendant l'espace de trente ans. »
Peu de temps après la mort de son fils Chrauine, le roiChlotar, poussé par ledésir d'expier sa cruauté, se rendit à Tours pour visiter les reliques de saint Martin ; il fit à l'église de riches préseos, et il versa d'abondantes larmes, coqjuraot le bienheureux confesseur d'obtenir de Dieu le pardon de ses péchés. Ce fut peutr êlre à cette occasion qu'il publia le diplôme dont nous avons parlé. Quoi qu'il en soit, il fut immédialeoienl après saisi par la fièvre au milieu d'une partie de chasse dans la forêt Cotlieone ; il se fit transporter «aussitôt à sa maison de plaisance de Compiègne. Après une cruelle ^onie, il rendit au roi des rois , en faisant entendre des cris de douleur, son Ame agitée par la terreur (5). Il avaii été roi des Franks pendant cinquante ans.
De sepi fils qu'il avait eus de trois femmes , M compris un huiiiè«ie fils, qu'il avait déshérité, Dommé Gundovald, quatre étaient encore Tivans. Charibert , Guntchramn et Sigibert ^entnésdela même mère, Ingundis. La sœur ^ celle-ci ^ Aregundis, av^il donné le jour é (^i^cioh (6). Ce Çhlipéricb, qui peut-être se
méfiait de ses trois frères , voulut assurer sa position aussitôt après les funérailles de son pépe. Il se rendit en toute hâte au palais do Braine, s'empara des trésors que Chlotar avait amassè^ fit d'adroites largesses et gagna des hommes puissaos parmi les Franks; puis il entra dans Paris , et il y établit sa résidence^ dans le château royal de son oncle Childebert. Mais les trois autres frères ne perdirent pas de temps ; ils s'avancèrent avec leurs forces réunies, et bien qu'il leur fût impossible de le soumettre (7), ils obtinrent pourtant ceque probablement Chilpérich voulait de son côté, un partage égal de l'empire.
Ce partage fut certainement fait dans le même sens que celui qui avait eu lieu après la mort de Chlodv^ig ; ce fut un partage de U royauté , non un partage du pays ; ce fut un partage de la domination , non un partage de la souveraineté. La preuve de celte opinion se trouve dans plusieurs particularités de l'histoire. Lorsque, par exemple, le roi Chilpérich voulut marier sa fille Rigunlhis avec un prince espagnol et qu'il s'occupa de lui donner une dot considérable, on vit arriver près de lui à Paris une ambassade du roi Childebert qui exigea qu'il ne fût donné â cette princesse au-- Gune des villes que le roi possédait, comme faisant partie du royaume de son père, aucune portion des trésors de celui-ci, point d'esclaves, de chevaux ni de bœufs , rien enfin ; et Chil* périch le promit (8). La preuve s'en trouve en-< Goredans le choix des villes que les rois prirent encore une fois pour résidence et dans la singu-> lière confusion de limites des diverses contrées que chacun d'eux reçut pour exercer sur elles son action imniédiate. Par la décision du sort, Charibert eut Paris pour résidence; Gunt-* chramn , Orléans \ Chilpérich , Soissons \ Sigibert, Reims-, quatre villes qui n'étaient pas & plus de dix milles de distance l'une de rautre« Trois d'entre elles, Paris, Orléans et Soissons, faisaient partie de la Neustrie; Reims appar* tenait â l'Austrasie. Mais les terres qui furent remises aux rois pour être administrées et exploitées par eux n'avaient pas de frontières faciles à déterminer* Le pays le plus compact^ était celui du roi de Soissons, il s'étendait depuis le pays des Frisons jusqu'au bout de la Bretagne, tout le long des côtes. Les Bretons, il est vrai, qui reconnaissaient bien la suzeh rainetèdes Franks, mats que C9ui-«i o'avaîenl
hîstoire du peuple allemand.
pu réduire à ToLéissancc , formaient en quel^ que sorle un appendice du royaume de Soissons, appendice incommode et gênant. L'ancien royaume de Bourgogne Tut remis au roi d'Orléans malgré l'éloigncment de sa résidence. Au roi de Paris appartint l'Aquitaine, pays que jadis les Wisigoths avaient possédé, et la capitale ne communiquait avec lui que par une langue étroite de terre. Le roi Sigibert, qui d'abord fit son séjour à Reims et qui le transféra plus tard à Metz, eut TAustrasie en partage, TAustrasie dans la vague acception de ce mot. Les pays purement teutschs, TAIlemannie , la Baviérect laThuringe, furent placés sous la suzeraineté de ce prince, mais il n'est pas à présumer qu'ils soient entrés réellement dans le partage, puisqu'il n'existait entre eux et l'empire frank que des relations incertaines : ils étaient réunis à cet empire par une confédération plutôt qu'ils ne lui étaient soumis. D'autre part, afin que les domaines de Sigibert ne manquassent pas de grandes villes commerçantes , on lui donna une partie de la Gaule méridionale, TAuvergne et Marseille^ Aix et Avignon (9).
Il est certain qu'une telle convention entre les quatre frères serait tout aussi difficile à concevoir que le traité conclu entre les fils de Chlodwig, si on ne voulait pas admettre ici comme là qu'il ne s'agissait pas d'une étendue de pays plus ou moins grande ou de limites constantes et assurées , mais qu^il s'agissait simplement du partage des leutes et des revenus \ et cette supposition en demande une autre, le dessein formel que l'empire, conservant son unité, fût toujours administré dans un même esprit et dans un même sens par les rois collègues. On ne peut nier toutefois que le nouveau partage de la royauté ne fût déjà plus prés d'un partage du pays que ne l'avait été l'ancien. Les circonstances étaient changées. Par l'acquisition du royaume de Bourgogne, de nouveaux intérêts étaient nés, elles leutes des rois. Jadis de simples guerriers, étaient devenus vassaux, hommes établis, pères de famille, et il s'agissait de fiefs ; aussi on ne doit pas être surpris que ce second partage ait été suivi d'événemens qui ne s'étaient pas présentés après le premier, et que la Jalousie, l'envie et l'inquiétude furent plus vives et plus amères qu'auparavant.
Parmi ces quatre chefs de l'empire des
Franks, Sigibert, roi d^Austrasie, fulbieotôi regardé comme le plus noble et le plus habile. La nature, toujours Justes envers tous ses eofans, ne Tavait pas sans doute doué de qualités plus belles que ses frères , mais le sort l'avait placé dans des circonstances plus ftvorables : il était moins entouré des vices e( des séductions romaines que les autres rois^ il éUit plus rapproché des mœurs pures des Teutscbs, et l'ancien esprit national de force el de moniilé pouvait influer plus aisément sur lui que sur ses frères. D'ailleurs ce jeune prince (10), en face des peuples teutscbs et de leurs chefi, qui devaient reconnaître en lui la suzeraioelé de l'empire frank , était obligé de veiller pios sévèrement sur lui-même ; il se trouva proToqué par eux à la vertu. De plus, il eutbieolDi l'occasion de faire revivre en lui les souveoin de ses ancêtres et d'employer son épée coolrc un dangereux ennemi.
Sigibert avait à peine pris possession de l'empire lorsque les Avares, passant à IraTcn le royaume des Gépides et des Langobards, entreprirent contre les pays teutoniques l'expédition dont nous avons précédemment parié dsBi l'histoire des Langobards et des Gépides (Ui* ^fais leur chacan n'était pas un Attila ; ils o eurent pas même de projets bien arrêtés \ ce U une entreprise aventureuse qui avait pour bat le pillage : l'occasion naquit de leurs rdalions avec l'empire byzantin et avec les peuples teutoniques près desquels ils étaient arrivés. Le défaut de toute espèce de documens ne permet pas de les suivre dans leur marche. Vraisemblablement elle ne suivit pas une direction régulière, parce qu'ils n'avaient pas un but qu'ils s'efforçassent d'atteindre; mais ils arriréreot Jusqu'aux contrées teutoniques qui appsr^ naienl à l'empire frank, à travers les peuple» du monde slave , et ils pénétrèrent bien atant dans la Thuringe(12). On ne trouve pa«'2 moindre indication sur la conduite des naliooJ teutsches ^ mais il est assez vraisemblable qu ^u souvenir de l'ancienne liberté, les Tbariogiens se rangèrent du côté de ces peuples. Les Avares formaient assurément une race sauvage e dangereuse pour les mœurs et le caractère fl TeuUchs, comme l'avaient été Jadis leurs frère» les Huns (13); mais une génération n'avait pa» encore passé sur le tombeau de rindépeudance des Thuringiens ; le souvenir de cette iadépe»dance vivait encore en eux; au ©il»^
Liv. Vin,
conséqaenees de lears pertes, Tamour de la liberté s'était réveillé , et si Alboin le Langobard, aHié par des liens de famille à Tancienne maison royale de ThurîDge, avait pu s'unir à ce peuple Imrbare pour ravir à un autre peuple son indépendance , pourquoi les Thuringiens auraient-Ils dédaigné le secours de ces mêmes Avares pour rétablir leur nationalité ? Les penses, qu'ils soient sauvages ou qu^ils se regardent conme eivHîsés , ne comptent que sur les armes pourtervir leur haine ; aussi peuventils saluer rennoni même de leurs mœurs et de leur caractère propre comme un sauveur et un aniiliaire contre un peuple voisin sous le Joug duquel ils sont placés ou par lequel ils se croient opprimés. Cette supposition nous fait comprendre Teipression d'un poète suivant lequel Sigibert trioilipha de la Thuringe et remporta unesetdevicioire^ur deuxpeujfie8(i4) . Sigil>ert s'était avancé avec toutes les forces des Aostrasiens, soutenu peut-être par le duc des Allemanni et des Bavarois. Les Avares se retirèrent. On en vint à une grande bataille (15) livrée probaMement entre la Saale et l'Elbe. Les Avares furent mis en fuite ; leur chacan fit la paix avec Sigibert, et la Thuringe rentra dans son ancienne position à l'égard de l'empire des Franks.
Mais pendant que Sigibert délivrait ainsi le Teutschiand des hordes hunniques, son frère Chilpérich, mécontent peut-être de la décision du sort qui l'avait rejeté de Paris à Soissons, suivit les inspirations de sa Jalousie et donna un nouvel aliment à des discordes fraternelles ; il enleva Reims , résidence royale de Sigibert, et quelques autres yilles. Mais après son retour de la Thuringe , Sigibert reprit ces villes ; de plus il se rendit mattre de Soissons , et pourtotvant set succès, il chassa Chilpérich de ses terres et lui enleva ses leutes. Peu de temps sprés il restitua généreusement toutes ses con- <p<iles à un frère que l'envie dévorait. Il garda, il est vrai , comme otage, le fils de Chilpérich, Théodebert, qui était tombé entre ses mains à Soissons^ pourtant au bout d'un an il le rendit à ton père , en imposant au Jeune prince pour toute condition le serment de ne jamais porter les armes contre lui (16). Sigibert fut trompé ^ ses espérances : Chilpérich ne fut pas plus touché par la magnanimité de son frère que l'héodebert ne se crut lié par le serment qu'il wail prêté.
CHAP, IL
Les Avares ne gardèrent pas mieux la paix que Sigibert leur avait accordée après sa victoire. Grégoire de Tours fait mention d'une ambassade de Sigibert à l'empereur d'Orient Justin, qui était devenu mattre de l'empire après la mort de Justinien^ l'ambassade se composait de Wamar, qui était Frank , et du Romain Firmius. On n'indique pas bien clairement le but de cette démarche: « Les ambassadeurs allaient chercher la paix, dit l'historien, et ils obtinrent ce qu'ils avaient demandé. » Peut-être les négociations eurent-elles pour objet les Avares, ennemis communs de l'empire byzantin et de l'empire frank ; peut-être les Avares voulaient-ils punir les rois des Franks de leur alliance avec leurs anciens ennemis. Ils s'avancèrent de nouveau, parce que probablement ils avaient connaissance des discordes qui existaient entre les rois franks. Maintenant ils connaissaient mieux leur ennemi, et ils étaient mieux préparés. On ne sait rien au surplus de la nature et de la marche de cette guerre. Sigibert marcha encore une fois audevant de ces hordes avec un grand nombre de soldats disciplinés ; mais il fut moins heureux que la première fois, parce que, rempli de confiance par le souvenir de ses précédentes victoires, il méprisa trop les Avares et négligea les précautions nécessaires. Les Avares enveloppèrent l'armée des Franks sur le lieu même où la première bataille avait été livrée. Ils avaient tant de corps de troupes légères que les Franks, dupes d'illusions et de préjugés, crurent avoir pour ennemis de nombreuses légions de fantômes suscités par des sortilèges ; aussi perdirent-ils toute contenance et toute résolution (17). L'armée prit la fuite, et Sigibert fut fait prisonnier ; mais ce prince, fin et rusé, sut gagner le chacan par des discours flatteurs et de riches présens. Gomme il n'avait pu (Atenir la victoire par les armes, il s'efforça de conquérir par adresse une paix avantageuse. Le chacan fit avec lui un traité d'alliance qui fut cimente par des présens mutuels. Les deux princes se promirent de ne jamais se fah-c la guerre. Les Franks se félicitèrent de la prudence de leur roi, et le chacan tint parole moins sans doute par l'effet de sa bonne foi que par suite de la tournure que prirent les affaires ; car si le chacan se décida si aisément à faire la paix avec les Franks, ce fut vraisemblablement parce qu'à cette même époque les Avares s'al-
HISTOIRE OU PEUPLE ALLEMAND
lièrent avec Alboin, roi des Langolmrds, eontre les Gépides, et que la destruction du Royaume des Gépides ainsi que Texpédilion des Lango* bards en Italie les jetèrent dans des relalions nouvelles. Toutefois les dispositions des Avares restèrent les mêmes : le pillage et le botîn étaient le but de toutes leurs totreprises. Le Teutschland septentrional ne fut pas épargné^ mais oublié par eux ; le Teutscbland eentral eut moins à souffrir. Maîtres de la Pannonfa , ils tournèrent aussitôt leurs armes coDtre les Bavarois, et ce peuple énergique, qui Ait en beaucoup d'occasions victime de la barbarie asiatique, devint par sa résistance persévérante le boulevard du monde germanique : en combattant pour sa propre liberté, û servH puissamment le christianbme, la nafioiiaUté teulscbe et la civUisation future des temps postérieurs ^ ces services n'ont pas été récompen* ses, mais ils ne doivent pas elfe ooUîés.
La discorde une fois introduite parmi les rois franks suivit une progression perntetense, prit de plus grands développemens et paralysa la puissance deTemphre contre les ennemis et* térieurs. Une fouie de ctrconslaiices peu fniportantes et petites en elles-mêmes pentenrl avoir contribué à nourrir la baine, la mèiaoce et d'autres passions. Nous n'en connaissons qu'un petit nombre, mais cela suffit povr expliquer les événemcns.
Après le retour de Sigibert de sa seconde expédition contre les Avares, une discussion s'engagea entre son frère Guntchramn et ht) au sujet de la ville d'Arles. Sigibert éleva dès prétentions sur celte ville, sort qa'3 la regardât comme une dépendance de la partie de Tempire qui lui était échue par le sort, soit qu'il crût pouvoir exiger une indelmiitè pour ses expéditions guerrières et ses exploits ^ car on ne peut supposer, d'après sa conduite envers Cbilpérich, qu'il c4t été poassé à s^emparer de celle ville par un simple désrr die s'agrandir. Celle discussion n'eut pas de sortes. Sigibert dut passer condamnaliom au sujet d'Arles et n'éprouva d'ailleurs auctme perte. Mais le sang avait coulé, Pastuce n'avait pas manqué, et les esprits furent tenus en halcrftc.
Ce qui contribua beaucoup plus à augmenter les diilicullés entre les rois frères, ce fut la mort prématurée qui frappa l'un d'eux. Charibcrt, fils aîné de Chlotar et rot de Paris, mourut vers l'an 667, après «fie vrc dépourvue
d'intérêt, vers le temps même M cette diieos' sion s'était h peine terminée dans la Gaule méridionale. Tout ce qif il y a de remarquable dans les érénemens de se ?ie, è'est ta vive résolution «vee laquelle il a 'efyfma aux évèqoêi d'Aquitaine qui avaient dépooiOè de It ëigoM «n autre èvêqoe parée 40'il n'avait été mit es possesaioA de son siège que par im ordre tfi roi Chlotar. Bfeis sa mort eut des iésidtais Met pies importans. Sa eflM il tm laissait put de fils. Ses trois frères ittrenl ceelmttls de procéder à on nouveau partage, ils le Ureat avec ta plus grande |Bloc»ie. Si aneim e'sMiot ta vBle de Paris, que tous déÂraieety «tMcmi d'esrx fagan des lerre» el des filles qui lev doonatent pour ftonfièrw lea possessIoBs dei Wisigotbs, ce qui devait produire anHf est des Intérêts si complètes qoe dtetermiotUei discussieiis ne poavaieiil guère aranqoer k s'étever (18).
Mais les pids grands frrablee «iqei^tde la vie privée du roi. Le pH«eipe dent fimportanee a été préeèdentRie^t qyprériée {i%
le principe en tertu da<piet tes eHeft dte petfpies ne détalent épeinser iftfe Ato fllfes dé ro»
00 d'autres ptincea était d^ oarblié par les M de (Modwig, ou da moins il ne fift pas cd^eefvé par eux. Chlotar, père de CharH^erl, actuellemeflFf roi, avait épousé des temetes Miké9,ei les fois actuels^ net de temeses dé cette espèce, avareni selvi feiémple et Itot père r à reieeptlon de j^gfterf, fh avafetft épeusédei flites du pay^, et par ces affiaeces hiépAe^, 1^ mariage perdit Tfaonneer de M perefé et db sa sainteté. Les femines dominèrert* emrtenl les fOîs, Mais èHes fte fiaréût iama» con«idérées; la tkmme ne fût qu'ilne eàùctiiné. DcJ exeitrtpltfi pcrîsés dans PAficten f èslamerr! antorfsaie^t ces désordres A letfrs fimt pai^^' nés; les filt de CMotar imitafent fés pcrjoiinages bffiWqaes dans Itîtirs pTaislrs, dans tetfn fairfés et dans fcttrs vtees, sans s'eflbrtef ''iniiler leuf s ver ttis : le palafc des tàHM;và hfirem, et âen passions violcn^tcs s^'agité^en^ dans \^ cbâfcmit et prodoisfrent des cruautés et dci crimes.
Char rbcrt, rot de Paris, te pîift mdotent *« fthde Chlodwi^, avait e0 déjà phrtîetrtsfemTnci toutes appelées reines (ÎO) ; ccpehrfûiiït cm ^^ vit encore donner k âenx éorars le tscm ^^ pouses : c'étafeirt Méroftcdîs et Whrcôvcfâ, mles d'un pauvre artisan. La Jalousie d» ^
I UV. VIII,
ëpooie Ingoberga ne ptft le détacher de la l>reiDière \ pour MarcoTefa, il brava Texeommuoicalkm de Tévêque de Paris , saint Germain , et la mort de la pautré religieuse qui péril mystérieusement après rexcommunica* tioB (21). Quant à lui, aucun enfant de lui surrêeut. GuDteInranifn , roi A Orléans , et plus tard à Châlons , app^ par les écritaina k Bm malgré sa cruauté j et en tout caa le plus bienveillant de ses Mres, partagea d'abord son lit avec nne servante. Mais bientél il prit une autre éfMse et vit lea fils qu'il avait euK de l'une et 4e l'autre périr de mort violente par suite de la Jaloasie élevée entre ces femmes. Enfin ane troisième épouse , Austrechildis, surnommée Bobyla, lui donna deux fils, Chlotar et Chlodomer, qui vécurent. Chilpé~ rich enfin / roi de Soissone, le plus intelligent des fils de GUotar, semble s'être plongé dans les débauches les plus effrénées , car le nombre des fèmmea avec lesquelles il vécut n'est pas iodiqBé^ peuMIre pmrceque personne ne le connaissait ; il paraît en conséquence qu'elles étaient de basse extraction. Parmi elles était Aude vera, qui lui avaif donné trois fils, Théodeberty Merwich et Ghiodwig. Mais celle qoi exerça le pltfs de pouvoir sur lui , fut sa maîtresse Fredegimdis, moms par sa beauté qae pw ion intelligence, s^ii adresse et S8t réiolntion. Letf hommes faibles voient toujoun avec peine un génie supérieur dans un iodivida d'une naissance obscure ;' ils lui par-* (kMiùent tout au phis d'avoir éo cette sopéf io> riftè lorsqu'il sùcèombe dtons hi Hitle qu'H doit soafeDir contre léa obstacles qui naissent de- Taiitlai.Tient<-ii & les èurmonler, arrivo-t-il à la gieire, & la renommée, wt honneurs, ils mt im^aneables, ils attribuent k de coupables arttâces ce «par esl te résultat de la marche DatOFeile dck choses. Fredègundis était rkhe «i mofena,' aussi te regarda •> t-on comme nêpnisaMe^ elle savait lés employer, aussi peDia4-0D Qu'elle ne reculait devant rien*, elle te maintint dans là faveur du roi, aussi la catomnfe et ftr rage àHèrerit-dlès toujours croissant : e'est dans hr calonmie que la renom* mèe ebercba ses (UUes. Gomme Fredegtfudis fit bien des dioses, elle dut avoir tout fait, et Tonvràge du hasard fut regardé commue le neo. H est difficile de reconnaître le véritable «lait de éette Ibnnné d'après rincértitu^ de nâitoire; mats ^ qui ne peut f^yrmei' an|aur-
CHAP. IL
d'hui aucun doute, c'est que sa posilion était très-dangereuse, et dans les circonstances où elle se trouva , la femme même la plus gé* néreuse paraîtrait excusable, à cause de la faiblesse de son sexe, d'avoir commis des actes devant lesquels en toute autre situation elle aurait reculé avec horreur (22).
Sigibèrt, le plus Jeune et le plus habile des fils de Ghiotar et roi d'Ausfraste, s'était conservé pur des vices de ses frères. Appelé de bonne hebre sur le théâtre de l'activité, ayant sons les yeux les mœurs si chastes des peuples teutoniques, il vit avec dégoût la conduite indigne des autres rois, et il résolut, d'après les principeë de son aïeul, de prendre pour épouse une fille de sang royal et de rame^ irèr ainsi dans le palais l'ordre, la dignité et les bienséances. Il envoya une ambassade avec de riches prèsens au roi des Wisigoths d'Espagne, Athanagild, potn* demander en mariage Brunttildis, sa plus jeune fille. Athanagild hi lui accorda. Brunhildk suivit les ambassadeurs. Sigiberi, entouré des hom* mes les plus distingués de son empire, la reçut avec beaucoup de joie et de grandes solennités, car elle apportait de riches trésors) et pour se conformer aux vœux de son mari, elle n'hésita pas à renoncer à l'hérésfe d'Arius et à embrasser la foi catholique. La princesse Brunhildis était pleine do charmes , gagnant les cœurs A la première vue, de mœurs honnêtes et de manières délicates, sage dans ses conseils, séduisante par ses discours. Elle gagna le cœur des hommes, et son époux au« près d'elle prit une belle position au-dessus de ses frères.
Son n*ère Chilpérich en conçut du chagrin ; la honte ou l'envie s^éveiila dans son cœur : il envoya également une ambassade en Es-* pagne et fit demander au roi des Wisigolhs sa fine aînée, appelée Galsuinlha. Athanagild, qui n'ignorait pas la conduite irrégulière de Chilpérich, hésita d'abord' & se rendre é sa demande^ mais Chilpérich promit de renvoyer toutes ses femmes (23), de réserver pour Galsuintha toutes sesaiïections etdela regardera jamais comme sa seifie épouse. Athanagild se rendit alors A ses vœux. Galsuintha , ayant reçu comme sa jeune sœur une riche dot, vint dans l'empire des Franks et renonça également à l'hérésie. Chilpérich la reçut avec de grandes démonstrations d'allégresse parce qu'elle ap-
portait avec elle de grands (résors (24) et qu'il réussissait par ce^mariage à se placer dans la même position que son frère (25). Maïs il ne pouvait anéantir les souvenirs de sa vie antérieure ; il était impossible de faire oublier ses torts par de simples dehors d'honnêteté à défaut de dignité intérieure, de vaincre une longue habitude par la résolution d'un moment et par une promesse précipitée. Ce mariage de deux sœurs avec deux frères, qui devait conduire les nouveaux époux, par Toubli de leurs anciennes discordes, à Tunion et à rafTection, devint une source féconde de malheurs pour la maison royale comme pour Tempire, et donna lieu à beaucoup d'actes honteui. Les femmes qui avaient jusque-là possédé la faveur du roi et qui , conformément à la parole royale , devaient être répudiées, cherchèrent à conserver ses bonnes grâces par tous les moyens. Malheureusement Galsuinlha ne se distinguait ni par sa beauté, ni par ses grâces ou son amabilité (26). Fredegundis fut donc pour elle une dangereuse rivale, qui parvint bientôt à reprendre par son génie et ses artifices sur le faible roi le pouvoir avec lequel elle avait précédemment régné sur lui. La reine, trompée, n'ignora pas longtemps la vérité^ le soupçon et la jalousie éclatèrent; rinquiétude, le mécontentement et la douleur en furent les suites ; de part et d'autre on eut recours à rintrigue et au mensonge. Ainsi se déployèrent dans la maison royale les effets nombreux et souvent contraires de passions sauvages dont la malheureuse reine Galsuintha devait être enfin victime.
Mais avant que ce tissu de débauches et de mensonges se déroulât, un événement eut lieu, assez insignifiant, il est vrai, mais digne pourtant d'être mentionné. Alboin, roi des Langobards, suivi d'un assez grand nombre de Saxons, ses anciens pmis, venait d'entreprendre la conquête de l'Italie, et il avait réussi-, mais â peine eut- il brisé la puissance de l'empereur byzantin dans l'Italie supérieure, qu'il envoya une seconde armée franchir le passage des Alpes pour s'emparer des montagnes qui protègent l'Italie, sans doute aussi pour soumettre tous les pays qui auparavant avaient reconnu la domination des Ostrogoths. Celte armée heurta l'empire des Franks. Les Franks ou les Burgundes qui supporlèrenllepremierchoc essuyèrent une grande défaite, et le danger fut même si grand que
deux évêques qui étaient frères, Salcnius et Sagiltirius, donnèrent l'exemple d'un courageux dévouement, exemple qui eut des imilaleurs et qui devint par la suite, bien quen des circonstances moins urgentes, l'origioe d'un droit exercé par lesouverain-.lesdeuxprélats se montrèrent, au milieu des troupes qo'oD réunit pour les opposer aux Langobards, armés non de croix célestes, mais de casques et de cuirasses, et brandissant Tépée d'une main vigoureuse (27). Le commandement de cette armée fut donné à Mumroolus, Romain d'origine, que le roi Guntchramn avait revêtu de ladipiléde patrice; il fut soutenu par le duc Lupus, envoyé par Sigibert en qualité d'auxiliaire (28J: il repoussa l'ennemi et mit en sûreté l'empire des Franks.
Cependant le corps saxon qu'Alboin avait amené avec lui en Italie avait pénétré dans U Gaule en même temps que les Langobards (29). Attaqués par Mummolus et ignorant ia défaite des Langobards et la force des enD^ mis qu'ils avaient à combattre, les Saxons déployèrent une redoutable énergie , et ils » préparèrent à la lutte la plus opiniâtre sans hésitation et sans faiblesse. Des messagers les éclairèrent : ils furent frappés de surprise et d'élonnement de trouver aux pieds des Alpes des Teutschs qui leur tenaient de si près par les liens du sang et d'entendre le nom de Sigibert, qu'ils avaient si bien connu dans leur patrie (30). Aussitôt se réveilla dans leur cceor le désir de revoir leur patrie, le pays où lis avaient passé leur jeunesse et la terre qui couvrait les tombeaux de leurs pères, car ils n'avaient pu l'oublier au milieu de la belle Italie, dans quelque situation qu'ils s'y fussent trouvés (31). D'un autre côté ils étaient méconlens des compagnons de leur entreprise. Les LaogO' bards, qui avaient été suivis dans leur expédition d'hommes difTérens de caractère et d'ongine, avaient cru nécessaire, pour conserTer l'Italie, de soumettre t un seul droit, à Qoe seule loi tous ceux qui voudraient prendre part aux fruits de leur victoire, afin qaede celle multitude mêlée pût se former par la suite et par l'effet du temps un seul peuple langobard. Mais les Saxons étaient fermement attachés aux usages de leurs ancêtres ; ils demandèrent à vivre suivant leurs anciennes lois. Les Langobards persistaient dans leurs exigences. Accoutumés à lalil^rté, les Saxons ne