‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 59 sur 298 · LIV. VIII, CHAP. IL · texte numérisé non relu

LIV. VIII, CHAP. IL

virent dans les préienUons auxquelles on voulait les assujellir qu'une soumission, indigne récompense de leurs exploits et de leur dévouement (32)^ et comme, par leur rencontre avec les Franks , ils crurent entrevoir la possibilité de retourner dans leur patrie à travers la Gaule, ils résolurent de se retirer, d'abandonner le pays théâtre de leurs exploits et de revoir le sol natal, pour lequel ils conservaient toute leur aiïection ; ils jurèrent, plutôt que de se soumettre au roi des Langobards, de contracter alliance avec les Franks, comme d'autres peuples teutschs, tout en retournant dans leurs anciennes demeures (33) ; ils conclurent un traité atec Mummolus pour obtenir un libre passage ; puis ils retournèrent en Italie, réunirent leurs femmes, leurs eufans, tous leurs biens mobiliers, et Tannée suivante ils rentrèrent dans la Gaule par le même chemin qu'ils avaient précédemment suivi. Ils s'avancèrent sur deux colonnes ou en deux coins le long des côtes par Nizza et Ëstablon, et se réunirent près d'Avignon )' mais lorsqu'ils voulurent passer le Rhône pour atteindre l'Auvergne, territoire du roi Sigibert, Mummolus vint au-deYant d'eux avec une armée prête à combattre. Cet homme n'avait pas oublié parmi les Franks les perfides artifices des Romains, et il ne put s'empêcher d'abuser de ses forces pour piller des hommes désarmés : « Vous avez, dit«il aux Saxons, violé le territoire du roi mon maître, vous l'avez pillé et dévasté -, Je vous déclare donc que vous ne passerez pas le fl(uve avant d'avoir tout restilaé. Si vous vous y refusez, mon épée vous frappera, vous, vos femmes et vos cnfans. » Les Saxons^ qui n'étaient pas préparés et qui s'avançaientpaisiblement sousla foi des traités, n'avaient rien à opposer à la menace de l'insolent Romain: ils se virent forcés de lui abandonner le butin de l'Italie et d'acheter à ce prix le droit de continuer leur marche (34).

Ils poursuivirent leur longue route à travers la Gaule et le Teutschiand sans rencontrer d'obstacles , et ils arrivèrent enfin aux lieux d'où ils étaient sortis : c'était sans aucun doute sur les bords de l'Elbe , vers l'embouchure de la Saaie en descendant le fleuve (35). A leur arrivée ils trouvèrent d'autres habilans en pos- ^on du pays qu'ils avaient jadis appelé le leur. Ces hommes étaient certainement des Teutschs "ie&vs probablement de la partie

orientale du Teutschiand, où ils ne pouvaient plus se défendre contre les peuples slaves ; par l'altération de leur ancien nom, on les appelait Souabes, et longtemps encore ils conservèrent la dénomination qu'ils tenaient d'une habitude vicieuse. Bien que le canton souabe dont il sera fait mention plus tard, dans le diocèse d'Haïberstadt, ne forme pas la limite du pays que ces nouveaux venas avaient possédé, il a pourtant gardé le nom qu'il tenait d'eux. Dans le fait, le Saxon Witichind, qui devait nécessairement connaître cette contrée, les appelle Souabes Transalbins, et il remarque qu'ils vivaient d'après d'autres lois que les Saxons (36). Grégoire de Tours au contraire prétend, il est vrai, que les rois Chlotar et Sigibert avaient peuplé le pays de Souabes à l'époque où les Saxons suivirent Alboin en Italie ^ mais cet écrivain , mal informé sur l'intérieur du Teutschiand, n'a peut-être introduit dans son récit cette indication que parce qu'il ne pouvait expliquer autrement l'apparition de Souabes dans le Teutschiand septentrional. Chlotar était mort dix ans avant l'expédition d'Alboin en Italie, et il ne se trouve nulle autre trace ; il ne résulte pas des termes de Grégoire de Tours que ces contrées au nord-est du Harlz eussent été soumises & la domination de Sigibert. Car Grégoire nous dit : « Les Saxons à leur arrivée prirent les armes contre les Souabes. Les Souabes leur proposèrent de vivre avec eux dans le pays : ce pays, disaient-ils, était assez grand pour les deux peuples ; mais les Saxons étaient décidés é les chasser ou à les exterminer. Les Souabes offrirent un tiers des terres, ils en offrirent deux^ ils offrirent enfin le tout pour éviter la guerre. Les Saxons inexorables exigèrent le combat. On se rangea en bataille ; vingt-six mille Saxons étaient opposés à six mille quatre cents Souabes. Mais le Seigneur punit l'arrogance : vingt mille Saxons tombèrent; les Souabes ne perdirent que quatrevingts hommes. Les six mille Saxons qui restaient renouvelèrent le combat avec une fureur sauvage et y périrent tous. » C'est ainsi que Grégoire termine cette inconcevable tradition; il ne dit rien du sort des femmes des Saxons et de leurs enfans ; on ne voit pas non plus que les Franks aient figuré dans cet événement, ni qu'ils y soient intervenus en aucune manière.

Pendant ce temps, les germes des mmx répandu? dans la maison royale commencèrent

A porter leurs fruiU. Gabuintba ne pouvait supporter la douleur que lui causaient les liaisons de son mari avec Fredegundis : elle proposa à Cbilpérich de garder ce qu'elle lui avait apporté et de lui permettre de retourner dans sa patrie. Le roi nia le fait dont elle se plaignait, et il tacha de Tapaiser par de douces paroles ; mais le démop de la Jalousie et du mécontentement continua d'obséder la reine -, la discorde chez le couple royal fut poussée au dernier point, enfin la maiheureuseGalsuintha l\it trouvée un Jour morte dans son lit. Chilpéricb son époux pleura sur son malheureux destin \ mais peu de jours après il épousa publiquement Fredegundis sa concubine.

Il est possible que Galsuintha soit morte de quelque manière qui est restée inconnue ; il est possible que le faible Chilpéricb n'ait épousé si précipitamment sa rivale que pour éloigner de celle-ci le soupçon d'un crime odieux ^ en tous cas ce moyen était mal choisi à cause de la réputation qu'il s'était faite. Les soupçons continuèrent de s'arrêter sur lui. La renommée nd «e tut pas. On parla aussi d'un miracle qui mit en jeu l'imagination et qui rendait témoignage d'un crime bprrible (37). Les frères de Cbilpérich crurent à ce crime. L'historien dit; sans réflexion que Ghilpërich fit étrangler sa femme par un de ses serviteurs. Brunbildis , remplie d'une douleur profonde, se crut obligée de venger sa sœur chérie , et son courroux se porta sur l'heureuse rivale, pour qui elle n'avait pas moins de mépris que de haine. Il se peut d'ailleurs qu'un ancien ressentiment contre leur frère vécût encore au cœur de Sigibcrl et de Gunlchramn. Désirant l'un et l'autre acquérir de nouvelles terres et de nouveaux leutes , ils conduisirent contre Chilpéricb une armée nom* breuse.

Ainsi s'éleva entre ces frères une guerre cruelle qui porta tous les caractères des pasaions les plus violentes, qui n'épargna ni le ^acré ni le profane, mais qui n'étendit guère §es ravages que sur les Gaules et n'atteignit qu'à peine les peuples teutoniques. Cette guerre au surplus fut embarrassée dans sa marche et féconde en vicissitudes. Comme le partage des pays et des leules entre les rois frères, après la mort de leur père Chlotar et leur frère Charibert, avait mêlé leurs possessions de la manière la plus singulière , la

lutte fut en qjielque sorte dt^émioée sur plusieurs points. II pul se faire qpie celai qni était vainqueur au nord de la Gaule eût do désavantage au midi. La guerre fut aussi interrompue de temps en temps , parce que les Langobards n'avaient pas encore renoncé à leurs desseins sur les Alpes et sur la Gaule méridionale ; parce que Guntchramn ne partageait pas toutes les passions de ses frères, qu'excitait d'un côté l'implacable et Yindicative Brunbildis, de Tautre l'ailiëre et audacieuse Fredegundis \ parce que Gunlrbramo voulut prendre souvent le rôle de médiateur, se déclarant tantôt pour un parti, laolôl pour l'autre , selon que dans sa dti)onnaire faiblesse il éprouvait de la répugnance on de l'inclination, des soupçons oudelabieitvoillance : aussi résista-t-il rarement i la séduction, et plus rarement encore à la menace.

Toutefois les peuples teutoniques ne reslèrent pas entièrement étrangers à ces désastreuses discordes. La guerre avait duré quelques années. Les possessions de Sigibert dm la Gaule méridionale avaient été ravagées delà manière la plus atroce par les fils deChilpéricb, Théodebert et Merwich ^ et Guntchramn s'était déclaré pour Tépoux de Fredegundis.

Alors Sigibert, vers l'an 674, fit passer le Rhin à une armée de Teutsobs afin de porter un coup décisif. On ne désigne du reste aucun peuple en particulier, aucun chef, aucun guerrier remarquable (38). Il n'est pas vraisemblable d'ailleurs que le roi ait eu le droit d'appeler les chefs principaux des peuples leutoniquef à prendre part i sa propre querelle; il ne l'est pas non plus que ces peuples aient répondu à l'appel du roi ; il faut {^utôt supposer que l'armée se composa de volontaires qui suivirent le roi en corps de compagnons dans son expédition malheureuse. Si Grégoire de Tours ne nomme aucun peuple, c'est sans doute psi^^ que l'armée était formée d'hommes de tous les peuples.

L'armée teutscbe s'avança jusqu'à la Seiw. Guntchramn voulut l'empêcher de passer c« fleuve ; mais sur la menace que fit Sigibert de tourner contre lui toutes ses forces , cepnace, effrayé , lui accorda le passage et abandoDDa même le parti de Cbilpérich , qui se relira jusqu'à Chartres. Sigibert le suivit rapidement

avec ses Teutschs, dressa son camp en faoo d^ l'ennemi et disposa tout pour la bataille. Ch»r

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