LIV, VII
cane preuve. Si les Fraoks avaient été plus forU par les armes et s'ils se vanlaient d'uqe plus grande bravoure que les Romains, ceux-ci élaienl d'autre part en possession de beaucoup de connaissances et d'arts dont Tulilité » dont la nécessité ne pouvaient être méconnues par les Franks dans leurs nouvelles relations, et qu'ils devaient apprécier d'autant plus qu'ils y étaient plus étrangers. Dans le fait aussi les rois des Franks ne se sont pas seulement entourés de Ronoains dont ils ont fait leurs convives et que par conséquent ils ont reTftlQs de fonctions de la cour (11), ils ont aussi confié de trés-boone heure, et vraisemblablement dés le premier établissement de leur domination , à des Romains les fooclk>ns les plus importantes de leur royaume , parce qu'ils étaient convaincus que parmi leurl Dation ils ne trouveraient point d'hommes capables d'exercer ces fonctions (12). Il est impossible que ces hommes investis de leur eonflance aient été regardés avec mépris. Mais les fonctions de l'Église chrétienne , à laquelle se convertirent les Franks, furent toutes, pendant très-longtemps, exclusivement entre les mains des Romains , et le Frank professait un profond respect pour le prêtre de sa nouvelle foi. Cependant non-seulement la différence du wehrgeld pour le Frank et le Romain s'est maintenue, mais les personnages mêmes qui exerçaientles premières ou les plus importantes fonctions dans l'Église ou dans l'État ne sont pas arrivés personnellement à une meilleure position (13). La raison de cette différence doit donc être cherchée sur un autre point ; et comme , dans le sens des Teutschs , la liberté était basée >ur la possession territoriale , où pourrait-on chercher ailleurs les causes du chéii( toehrgeld donné pour un Romain , si ce n'est dans le nuinque de propriété foncière, qui était commun à tous les Romains ? Ainsi l'opinion que nous avons exposée ne semble plus être une simple hypothèse, mais une vérité historique. Mais le corps de compagnons avec lequel Chlodwig gagna la dernière victoire qui le conduisit jusqu'à la Loire, sur les frontières des Goths et des Burgundes , n'avait certaineloent plus été formé, comme nous l'avons remarqué déjà, dans les anciens cantons des Franks situés sur la rive droite du Rhin. Ce corps de compagnons se composait de Franks Pftljcqs , et rbjsloîrç m connaît pas dç Franks
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Salions sur la rive droite du Rhin (14); ils ne se montrent que dans la Gaule septentrionale, entre la Meuse et le Waal, la Somme et la mer. Les Batavcs et les habilans de l'île de Seelande s'étaient aussi de bonne heure adjoints à la coiffédération des Franks et peuvent avoir été ta véritable souche des Salicns , parmi lesquels on ne peut tenir compte de quelques jeunes gens que peut-être la passion de la guerre et la fortune attirèrent de la rive droite du Rhin. Mais la Gaule septentrionale, où le nom de Saliens se présente sur la scène et où furent jetées les bases de l'empire des Franks , était déjà perdue pour les Romains plus d'un siècle avant Chlodwig (15). Le soulèvement des Bataves sous Glaudius Givilis avait attiré sur elle de grands ravages ; les temps postérieurs ne lui avaient jamais garanti de protection ni de sûreté : le danger de la captivité avait été sans cesse suspendu sur la tête des habitans. Il n'est pas invraisemblable que ce pays, dans le cours de quelques générations , ait été nonseulement ravagé d'une horrible manière, mais de plus abandonné en majeure partie par des habitans qui n'étaient pas de race teulonique \ car celle désolation générale fut incontestablement le motif qui décida les Romains à placer comme colonies dans ces contrées tant de familles leutsches qu'ils avaient peut-être emmenées prisonnières à la suile de quelques irruptions faites dans des cantons teutoniques ou quela fortune des combats jetaentreleursmatns. Quelques villes fortifiées, qui conservèrent le nom romain et qui rendirent encore possibles aux armées romaines quelques expéditions dans ces parties lointaines de l'empire, firent peut-être illusion sur le danger qu'il y avait & établir de semblables colonies-, elles maintinrent longtemps l'espoir que ces colons deviendraient dans la suile du temps d'obéissans et utiles sujets de l'empire, comme l'étaient devenus les anciens Belges -, mais celte espérance ne pouvait être accomplie, parce que le repos nécessaire manquait , parce que la loi n'avait plus de force elle gouvernement plus de puissance. Les Teulschs restèrent Teutschs.
Ainsi les corps de compagnons franks , en conquérant successivement le pays, rencontrèrent beaucoup d'alliés de leur peuple , soit les petits-fils des hommes qui quatre siècles auparavant avaient succombé dans une lulig ftpngl(|ï)l^ soutenue pour la liberté CQnlrp JmIcï
César, soit les nouveaux colons, que le malheur avait arrachés à Tancienne pairie. Sans doute ils traitèrent ces compatriotes avec toute sorte de ménagemens , non-seulement par sentiment national^ mais aussi par prudence, car ils devaient désirer que leurs expéditions , que la continuation de la guerre , que le succès de leurs exploits fussent facilités et assurés par eux. On peut supposer en conséquence qu'ils laissèrent et confirmèrent volontiers à tous les biens fonds qu'ils possédaient , avec un entier droit de propriété, conformément aux coutumes nationales; pourvu qu'ils se montrassent comme compatriotes et qu'ils se missent , à Tégard des conquérans, dans la même relation où les anciens propriétaires fbnciers libres des cantons teutoniques avaient coutume de se mettre è regard des corps de compagnons -, pourvu qu'ils se chargeassent d'alimenter, d'appuyer, de renforcer ces corps. Dans cette relation toutefois la position respective des deux parties changea nécessairement. Dans les cantons teutschs, les propriétaires fonciers libres étaient maîtres et seigneurs de la terre; les corps de compagnons, nés du moment et des relations civiles, ne dirigeaient leurs forces qu'au dehors pour proléger et défendre la patrie , pour acquérir de la gloire et du butin -, dans la patrie même, ils avaient seulement l'influence que valent ordinairement à des hommes leurs exploits et leur gloire. Dans le pays nouvellement acquis au contraire les corps de compagnons étaient seigneurs et maîtres, et les habitans teutschs de ce pays , délivrés par eux du joug des Romains, recevaient comme un présent dos vainqueurs et leur liberté et leurs libres possessions foncières. Il était en conséquence naturel qu'ils se soumissent aux dispositions que les vainqueurs jugèrent nécessaires , et qu'ils vécussent d'après la loi salique , c'est-à-dire d'après la loi que les vainqueurs, les Franks Saliens, crurent convenable d'établir.
Mais parmi les habitans du pays, moins peut- ^tre parmi les colons teutschs que parmi les anciens Belges, iS peut s'en être trouvé beaucoup qui n'osèrent pas se résoudre à entrer dans celte relation. Les vicissitudes deschoses, qu'ils avaient si souvent éprouvées , peuvent les avoir fait hésiter devant cette grande démarche. Une nouvelle vicloit'c des Roinai:/3 ;,(iuv:iiî î?A:o tomber sur eux Ic'3 Icriiblci- jhûliracnj rlservt'S i': !a
trahison. L'indolence humaine se fit sans doute sentir; Thabitude de l'obéissance avait peutêtre anéanti l'ancien esprit de liberté ; la dégénérescence n'avait pas fait faute, et de longues tempêtes avaient courbé et brisé plas d'Oimes qu'elles n'en avaient élevé. Il se peut que les hommes de cette espèce, quoiqu'ils Tussent de race teutsche , quoique les vainqueurs les ménageassent par humanité , aient été soumis à une condition presque semblable t celle où furent placés les Romains et les Gaulois qui tombèrent au pouvoir des Franks. Leur état dut en tout cas être ou devenir très-équivoque. Cet état de choses semble fondé sur la nature des relations et des tendances nées entre les conquérans franks et les habitans des pays conquis. Mais par lui s'explique peut-être d'une manière satisfaisante la formation de différentes classes d'hommes de race teutsche qui figurent dans l'empire des Franks Saliens. En premier lieu en effet paraissent, dans la loi salique, des Franks Saliens. Ge sont sans aucun doute les conquérans, les membres du corps de compagnons victorieux : ils ne sont jamais nommés d'une manière plus précise; mais il n'existe non plus aucun motif d'attribuer ce nom à d'autres. Ce sont ceux qui ont donné le nom à l'empire et à la loi, et l'empire et la loi portent le nom des fondateurs. Plus loin il est parlé des hommes libres. A ces hommes libres appartiennent sans aucun doute ces Franks dans les relations civiles et légales; mais il est aussi fait mention des Franks à côté des hommes libres. Ils ne sont par conséquent pas les seuls hommes libres , et ils ne sont pas sous tous les rapports sur la même ligne que les autres hommes libres. Ces autres hommes libres peuvent bien en conséquence n'avoir été que ces hommes teutschs que les conquérans trouvèrent dans l'empire romain et auxquels ils accordèrent des propriétés foncières libres (16). De plus on voit paraître des barbares soumis à la loi salique. Il semble que l'on ait donné ce nom aux hommes libres lorsqu'ils devaient être désignés seuls et en dehors de leur union avec les conquérans. Enfin paraissent aussi des barbares romains , et il serait difiîcile d'appliquer cette dénomination i d'autres individus qu'à ces habitans teutschs de la Gaule qui s'étaient refusés à rattacher Icjf tori à <•(.!:'. des con'"Jcrans et à se se a-
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