‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 66 sur 298 · LIV. VIII, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. VIII, CHAP. V

GhApérich -, iro» évèques cl Irois cenU perlODoagcs les plus éminens du royaume, à qui sans doute ses mœurs étaient bien connues, jurèrent avec elle comme conjurateurs. Ainsi la calomnie Tut réduite au silence (3). Nus rame de Fredegundis resta cruellement blessée, et il est possible que dans sa colère elle ait exhalé des plaintes indirectes, et qu'elle ait proréré des paroles dures et \éhèmeates -, on crut donc pouvoir Taccuser encore ductes odieux , et Ton attendait de grands résultats de ces accusations. Le jeune Ghiotar n'étail pas encore baptisé : Fredegundis désirait que le roi Gunlchramn le tint sur les fonts aOn qu'il le regardât et le traitât plus positiveroenl comme un fils (4); et Ton se flattait que Gunlchramn, ébranlé par de continuelles imputations, se refuserait à Taccomplissement de ce vœu cl qu'il repousserait le fils d'une mère aussi coupable. On rapporta (ô)que des paysans avaient trouvé une réclamation adressée à Fredegundis par le roi des Golhs, Leovigild, avec lequel le roi GuDtchramn était en guerre. Leovigild, disait-on , rengageait à faire périr Childeberl et à obtenir la paix avec Gunlchramn -, il ajoutait que Targent ne manquerait pas. On prétendit que Fredegundis, malgré son inimitié bien connue avec la maison royale des Uoll)s au sujet de sa fille Rigunlhis et bien que la lettre de Leovigild eût été interceptée , s'était procuré deux poignards empoisonnés et avaitengagé à l'aide de quelque breuvage magique deux ecclésiastiques à lui servir d'instrument. On assura que les ecclésiastiques avaient été arrêtés par le duc Rauching, homme de foi équivoque et redoutable pour tous, que la douleur des tortures leur avait arraché l'aveu de leur projet, et qu ils avaient npié leur crime au milieu des plus horribles» «Miiïrances. Les accusations allèrent plus loin. Prè(exlat,éYêquede Rouen, était un ancien ami dciareineBrunhildis; il avait contribué à la révolte de son mari Merwich contre son père, ^prélat avait été épargné alors par la reine Fredegundis, Chilperich l'avait seulement chassé de son siège, sur lequel il était remonté après la mort de ce prince. Le jour de llncarnation dcJ.-G.,au moment où Prétextât se mettait à genoux devant l'autel, un assassin le frappa sous lepaule d'un coup de poignard . A ucun des Kclésiasliquesqui se trouvaient dans l'église ne ^nU ion secours, malgré ses crii*, soit qu'ils

fussent retenus par la crainte, soit qu'ils fussent complices du crime. La reine Fredegundis accourut et témoigna au prélat tout son intérêt et le désir de venger sa mort. On prélendit cependant que la reine, bien que son état de veuve lui causât plus d'un embarras , avait eu avec l'évèque une violente discussion , que Prétextât mourant l'avait accusée de son meurtre; on ajouta qu'elle avait aussi empoisonné un illustre Frank parce qu'il avait émis des soupçons contre elle. Les clameurs furent si fortes, on les fit retentir si violemment aux oreilles de Gunlchramn qu'il crut nécessaire de déléguer troisévèques pour informer sur l'affaire. La calomnie s'évanouit devant eux, mais elle ne se reposa pas. Comme le roi Gunlchramn ne pouvait être déterminé par l'imputation de crimes accomplis loin de lui à remettre Fredegundis et son fils aux mains de leurs ennemis , on essaya de lui montrer le fer meurtrier levé sur lui-même. Fredegundis avait envoyé un jour quelques-uns de ses serviteurs à Gunlchramn ; quand ils eurent terminé avec le roi, ils prirent congé de lui et firent leurs préparatifs de départ. Le matin de ce même jour, le roi, se rendant à la messe, vit, à la lueur d'un cierge, dans un coin de son oratoire un homme simulant l'ivresse; sa lance était appuyée contre la muraille, mais il avait Tépôeau côté. Celle apparition frappa le roi ; il fit arrêter Phomme, qui déclara dans les tortures quil avait été chargé par les envoyés de Fredegundis d'assassiner Gunlchramn. Les envoyé)^, mis en prison, répondirent qu'ils n'avaient pas eu d'autre mission que celle dont ils avaient fait connaître l'objet au roi, et Gunlchramn, qui put bien voir que Fredegundis ne pouvait désirer sa mort et que les envoyés d'ailleurs auraient choisi un assassin moins maladroit que ce dormeur ivre, se contenta de la déclaration des envoyés. Cependant depuis douze siècles les historiens mettent aussi cette tentative sur le compte de Fredegundis.

Ainsi la reine, déjouant tous les pièges qu'on lui tendait pour la perdre , se maintint dans la faveur deGuntchramn. Lorsque son fiisChlotar fut âgé de sept ans, elle pria si instamment le roi de Bourgogne de se rendre à Paris pour tenir cet enfant sur les fonts baptismaux, que Gunlchramn céda aussitôt à ses prières : il donna l'ordre à beaucoup de seigneurs et de prélats d'assister à cette grande cérémonie.

quil voulait rendre somptueuse et magniAquo* Puis il vint lui-même à Paris , d^où il prit le chemin de Nanterre. Le Jeune prince y fut amené en même iemps par ses ordres pour y re* cevoir le baptôme. Des ambassadeurs de Childebert ne (ardèrent pas à paraître ^ ils voulaient empêcher Guntchramn d'accomplir celle cérémonie pieuse. Mais Gunlohramn les congé*dia sèohemenl : « Je liendrai, leur diUii, à mon neveu Ghildeberlce queje lui ai promis^ mais Je remplis ici mes devoirs do chrétien. Le matlre lienlbien son esclave sur les fonls^ et Je refuserais au fils de mon frère ce témoignage d'af* foction! » Lorsqu'il flt approcher le Jeune prince des fonts baptismaux , il lui donna le nom de Chlotar :« Car,dil^il, cet enfant doit grandir et devenir aussi puissant que l'élail celui dont il porte le nom. »

Mais les ennemis de Fredegundis n'échouèrent pas seulement dans leurs projets; leurs artiûces retombèrent encore sur ceux qui les avaient conceiiés avec Brunhildis \ car depuis que le roi Guntchramn, éclairé par les intrigues dont rinfortuné Gundovald avait péri victime^ serendaitcomptedcsintentionsel delà conduite des ducs et des grands vassaux , il ne se faisait plus d'illusions. Ses efforts contre les puissans de l'empire^ devenus si dangereux au trône et à l'empire lui-même , furent constans et ne rcs* tèrent pas sans succès. Mais ce prince ne sui-» vil pas une marehe assez ferme ; aussi les me-* sures qu'il fut quelquefois obligé de prendre parurent plutôt produites par des accès de colère et de haine que par une volonté calme et réfléchie.

Ghtideberl entrait à peine dans sa seixième annéei cl le maire du palais Wandelin, qui Jusqu'alors avait administré le royaume en son nom , avait cessé de vivre \ on ne nom« ma pas d'autre régent (6)« Le jcutic roi avait épousé Faileuba, femme de basse origine^ et l'orgueilleuse Brunhildis, dans la position critique où elle se trouvait, n'avait pas empê* ché cet indigne mariage [7). On crut donc avoir suffisamment pourvu è tout de ce côté. Il ne fallait plus qu'abattre le roi Guntchramn, le seul membre de la famille mérovingienne qui eût l'âge d'homme -, en conséquence des négociations fUrcnt entamées en(re les plus grands seigneurs austrasiens et ncustriens. Ces négociations curent pour résultat la convention : que le roi Childcbcrt serait assassiné

(il n'était pas encore Agé de dix-iept ans)) que les conjurés gouverneraient les deux royaumes au nom de ses deux fils, dont lafné 9 Théodobert , était à peine Agé d'un an ^ et dont le plus jeune , Théoderich , n'était né que depuis quelques semaines (8); que la reine Brunhildis serait livrée A un ignominieux abandon, ainsi qu'elle le méritait) que Guntchramn serait exclu do toute participation au gouvernement des royaumes d'Austrasie et de Neustrie. Quant A Fredegundis et A son fils Chlotar, ils étaient probablement destinés A périr (9)*

Mais l'attention du roi Guntchramn ne s'était pas endormie^ il découvrit bientôt ces perfides intrigues (10). H avertit le roi Childebert, et ce fut vraisemblablement A la suite de cet avis que le puissant duc Magnobald fut massacré A Metz, sur l'ordre de ce prince^ tandis qu'il assistait A côté de lui A un combat d'animaux (11). Guntchramn Boson, qui n'était pas moins puissant en Aquitaine que dans l'Austrasie, n'attenditpasie moment fixé par les conjurés, et avec son insolence ordinaire, il commença A insulter et maltraiter la reine Brunhildis (IS), mais il fut contraint de se soustraire par la fuite A la colère du roi , et il no trouva d'asile que dans les églises. L'avide et orgueiU leux duc Rauohing, qui était désormais l'âme du complot, vit dans ces deux aecidens la nécessité de hAter l'exécution du projet arrêté. Mais Ghildebert, averti de nouveau, le prévint, cl Rauching fut assassiné tandis qu'il ne respirait que le meurtre^ LA'-dessus les rois Guntchramn et Childebert eurent une entrevue A Trêves \ la mère et la femme de ée dernier y assistèrent. Guntchramn Boson s'était réfugié chez l'évêque Magnrich et retenait de force ce prélat auprès de lui, parce qu'il croyait garantir par lA sa propre vie. Mais le roi Guntchramn donna Tordre de metiie le feu à la maison quand même l'évêque devrait périr avec le traître. Les flammes les forcèrent A sortir l'un et l'autre de la maison^ et aussitôt lo duc audacieux fut massacré par les leules du roi. Mais pendant ce temps les ducs Ursio et Berthefred, qui avaient été désignés avec Rauching commcfuturs régens du royaume, avaient rassemblé des troupes pour accomplir A force ouverte Tœuvre do trahison. Brunhildis avait fait de vains cfforto pour détacher le duc Berthefred de cette cause odieuse. Après la mort

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