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et une influence puissante tanl sur les afTaires publiques que sur la destinée des individus. Plus les usurpations des grands vassaux et des grands dignitaires étaient grandes, plus ils devaient rechercher la faveur du maire du palais afin de changer en possession légalement reconnue ce qu'ils avaient conquis par la violence. Le trafic de la fidélité put aussi, Jusqu'à un certain point, se concentrer entfe les mains du maire du palais; et probablement celui-ci ne manquait pas d'occasions pour agrandir ses propres possessions. Le roi Chlotar, pour réunir tout Tempire, dut accorder à Warnachar en Bourgogne et à Rado en Auslrasie la dignité de maire du palais avec tous les droits qui déjà appartenaient à celte dignité. Par cette concession de Chlotar l'empire resta dans le fait divisé en trois royaumes ; le nom de roi ne fit que planer sur Tensemble, comme pour rappeler encore l'unité. Car les Austrasîens comme les Bourguignons avaient leur fisc particulier, administré parle maire du palais nommé à vie -, ils avaient sans doute aussi leur Champ de mars particulier où ils délibéraient sur leurs affaires et prenaient des décisions définitives; et lorsque l'armée entrait en campagne, elle marchait sous la bannière de l'empire, mais elle suivait l'appel du maire du palais. Les maires du palais d'Austrasie et de Bourgogne furent donc dans le fait (et on leur a donné ce nom) des sous-rois (subre^uft) (9). Les rapports qu'ils avaient avec le roi différaicnl & peine du simple rapport d'alliés. Peut-être même avaient-ils plus de puissance en Austrasie et en Bourgogne que le roi n'en avait lui-môme en Neustric, parce qu'ils réunissaient l'administration du fisc au commandement de l'armée , tandis qu'en Neustrie le roi voyait encore à côté de lui un maire du palais pour administrer le trésor public. Dans le temps de Warnachar et de Rado , Gundcr land avait la même dignité en Neustrie *, il D'aTait pas pourtant la mémo puissance. Le roi avait sans doute des possessions fiscalines en Austrasie et en Bourgogne ; il tirait par conséquent de ces pays une partie de ses retenus : il pouvait aussi, lorsqu'il se montrait personnellement dans ces royaumes,ôtre honoré comme souverain et seigneur *, mais il est à peine possible de trouver que dans ces royaumes on lui ait accordé autre chose que des revenus et des honneurs. Et comme la royauté
était héréditaire, comme il y avait en Souabe et en Bavière des ducs héréditaires, comme tous les autres ducs, tous les comtes, tous les officiers veillaient soigneusement aux intérêts de leurs enfans, comme enfin tout possesseur de fiefs s'efforçait d'arriver aussi à Thérëdité, n'était-il pas dans la nature des choses humaines, n'étaitil pas conforme à la marche antérieurement tracée par l'histoire, que les fonctions et les dignités de maire^du palais devinssent aussi héréditaires, dés qu'elles tomberaient entre les mains d'un homme qui pourrait ;rendrc héréditaires les unes et les autres. Et puis le roi pouvail-il rien refuser au maire du* palais qui l'égalait ou même le surpassait, sinon en honneurs , du moins en puissance ?
Telle était la situation où Chlotar se trouvait comme seul roi desFranks; et son génie fut tout à la fois assez énergique et assez souple pour résister et céder tour & tour. Frédégaire^ après avoir raconté le meurtre horrible de la reine Brunhildis , ajoute : a Chlotar était un homme très patient, instruit et craignant Dieu. Il fit de grands dons aux églises et aux prêtres, et beaucoup d'aumônes aux pauvres ^ il se mon* tra bienveillant et compatissant pour tous; seulement il se livrait trop à la chasse, et il aimait trop les Temmes et les filles, du moins cela lui fut reproché par les ieutes. » Mais on connatt trop peu la vie de Chlotar pour pouvoir apprécier celte observation , qui semble prouver toutefois qu'en général on ne fut pas mécontent de ce roi, peut-être parce que la plupart des grands seigneurs laïques et ecclésiastiques avaient obtenu tout ce qu'ils pouvaient réclamer dans le moment. Il y eut pourtant quelques mécon(cns> Chlotar était à peine assis depuis un an sur le trône des trois royaumes que de nouvelles et sanglantes dissensions éclatèrent dans la Bourgogne : le roi jugea nécessaire d'en tirer une terrible vengeance (10). L'évoque Leudemund essaya aussi de séduire la reine Berthetrudis, de la porter à trahir ses devoirs d'épouse en faveur du duc Aletheus, qui avait contribué à l'infortune de Brunhildis, et à voler le roi-, mais la reine reçut avec mépris lespropositionsdeccprétrcperfidequi la voulait rendre criminelle. L'évèque fut protégé par son carcalère sacré; mais le duc Alethcus expia sa coupable audace par le supplice (11).
De tels symptômes devaient naturellement disposer le roi Chlotar & conclure une paix
HISTOIRE BU PEUPLE ALLE3IAND
déflnitive avec les Langobards^ les rapports entre les deux peuples étaient depuis long temps vagues et douteux, pour ne pas dire hostiles. On prétend que les Langobards achetèrent cette paix au prix de trente-neuf mille sous : car les trois maires du palais une fois secrètement gagnés par le don de mille sous fait à chacun , il fut ensuite facile d'obtenir le consentement du roi, moyennant trente-six mille sous (12).
Mais de tels faits nécessitèrent pcut-èlre aussi la convocation des deux grandes assemblées nationales auxquelles Chlolar appela tous les époques, tous les grands olïïcicrs et tous les vassaux. La première pour la Ncuctrie, fut tenue à Paris en 615, Taulre pour la Bourgogne à Boncil Tannée suivante. Au sujet de cette dernière, Frédégaire dit que le roi se rendit à toutes les justes réclamations de rassemblée^ mais il n'indique aucune de ces réclamations (13). Les résolutions au contraire de la première assemblée ont été conservées pour la plus grande partie (14). Par ces résolutions, telles qu'elles furent acceptées par le roi et signées comme loi devant avoir force à perpétuité, le 16 octobre de ladite année, on apporta jusqu'à un certain point un remède au mal dont le pape Grégoire-le-Grand s'était plaint avec tant d'amertune. Car il fut ordonné qu'à l'avenir les évèqucs seraient élus par le clergé et le peuple de leur diocèse, et qu'ensuite, si l'élu était jugé digne, il serait consacré sur l'ordre du roi par le ' métropolitain et les évoques de sa province. Le roi néanmoins se réserva, contre la volonté du clergé (15), le droit de créer des évoques en vertu d'une simple ordonnance, et le but qu'on s'était proposé fut presque entièrement manqué par cette réserve. On établit , il est vrai , que l'évêque choisi de cette manière devait être un homme probe et instruit (16); mais on ne déclara point par quelle autorité sa probité et sa science devaient être reconnues. Il fut aussi défendu à tout ecclésiastique de s'adresser au roi sans l'intermédiaire de sou évèque; il ne lui était même permis de paraître devant le prince que pour demander grâce. Dans les questions de droit, l'ecclésiastique ne devait être soumis qu'à l'autorité temporelle lorsqu'il était accusé d'un crimc^ mais il ne devait être jugé qu'avec 'c concours d'ecclésiastiques dans un tribunal public (17). D'autre part on confirma aux
ecclésiastiques et aux laïques toutes les possessions qui leur avaient été une fois concédées, et l'on rendit et assura aux leutcs et aux fldèlcs tout ce qu'ils avaient perdu durant les troubles. On décida encore qve tous les juges et tous les fonctionnaires appartiendraient à la province où ils étaient établis, afin que leurs propriétés servissent de garantie pour leur équité. Enfin on prit aussi quelques mesures pour les villes et pour les hommes libres plus pauvres. On donna une plus grande sûreté personnelle aux affranchis; les impôts nouvellement éla* blis devaient être diminués par charité (18); on défendit aux juifs d'élever des réclamations contre les chrétiens , et l'on interdit pour la même raison aux chrétiens toute association usuraire avec les juifs (19).
Évidemment toutes ces résolutions sont conformes à l'état des choses et résultaient des relations établies. On confirma légalement tout ce qui était sorti des tempêtes politiques , et pour conserver aux églises, faux leules, à la nationalité, ce qui leur était dévolu on fil les additions qui parurent nécessaires.
Il n'est pas question d'une assemblée de cette nature en Austrasie ; et pourtant il n'est pas vraisemblable que les grands et les hommes puissans de l'ordre ecclésiastique et de l'ordre séculier de ce royaume aient montré moins d'empressement que les Neustriens et les Bourguignons pour consolider légalement ce qui s'était établi. Mais les historiens n'ont probablement rien su de ce qui se passa en Austrasie, parce que ce. royaume agissait avec plus d'indépendance et tenait moins compte du roi. €e qui fortifie cette conjecture , c'est que dès Tan 622 Chlolar crut nécessaire de donner pour roi aux Austrasiens son fils Dagobert , qui pouvait être âgé d'environ seize ans (20). On ne peut guère douter que de grandes négociations n'aient précédé cette résolution, et Chlolar ne la prit certainement que sur les instances les plus énergiques des Austrasiens et de peur que ceux-ci, s'ils n'obtenaient pas un roi particulier, ne se détachassent tout à fait de Tcmpire des Franks dans la Gaule (21). Évidemment on voulut distinguer les deux royaumes par des limites naturelles ; car il fut décidé que les hauteurs des Vosges et la forêt des Ardennes serviraient de frontières. On n'a aucun détail sur le reste de ces conventions ; mais il parait que les deux royaumes furent
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regardés comme cnlièremetil indépendans Tun de raairc, bien qu'ils restassent obligés à se soutenir et à se protéger , & cause du nom et de Torigine qu'ils avaient en commun , et de la parenté de leurs rois. Le même Pippin qui avait contribué à éloigner les enfans de Tbeuderich fut élu maire du palais d'Austrasie, et pendant la jeunesse du roi il dirigea pleinement Tadministration. Mais Pippin, homme plein de génie, de vertu et de vigueur, exerça uneinflucnce d'autant plus grande dans ce royaume , qu'un autre homme, égal à lui en génie, en vertu, en vigueur, partageant ses vues, agissait d'accord avec lui; c'était A rnulf, évoque de Metz, le premier prélat du royaume , le même qui avait déjà contribué à décider les Austrasiens en faveur de Chiotar. L'union de ces deux hommes prévint les dissensions et lit taire la discorde qui s'était élevée ou menaçait d'éclater entre le clergé et les vassaux laïques. Au reste, l'alliance de Pippin et d'Arnulf n'avait pas seulement pour but le soin des alTaires publiques , ils avaient encore comme particuliers des intérêts communs. En effet, le fils d'Arnulf, Ansegis, avait épousé Begga, fille de Pippin, et cette alliance établit un lien plus étroit encore entre le maire du palais et l'évêque (22.)
Les traditions de cette époque ne donnent aucune indication précise relativement aux peuples teutschs de la rive droite du Rhin ; il. n'est donc pas possible de déterminer l'influence que le partage de l'empire eut sur ces peuples. On parle, il est vrai, d'une grande guerre que Chiotar, tantôt seul, tantôt avec Dagobcri, flt aux Saxons et à leur duc Berlhoald, guerre qui se termina, dit-on, par une grande victoire remportée sur la rive droite du Wéser. Mais cette indication n'est donnée que par des écrivains postérieurs qui ont tous puisé à la même source ou qui paraissent du moins s'être mataellemcnt copiés. Leur récit presque fabuleux est rempli d!erreurset de contradictions, et Ton ne peut le concilier avec les événemcns subséquens. Aussi n'a-l-il absolument aucune valeur pour l'histoire ; il n'est probablement fondé que sur ce qu'on a confondu Chiotar le jeune et Chiotar l'ancien, h qui la tradition, qui invente ou qui défigure tant les événemens , attribue une guerre acharnée contre les Saxons et désastreuse (23) pour ces derniers. Frédégaire raconte , il est vrai, qu'un homme riche d'Au9trasie,Chrodoald,issu de la noble race des
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AgilolOngs, avide, fier, orgueilleux et téméraire, s'attira la colère du roi Dagobert, qui, excité par l'évêque Arnulf , le maire .du palais, Pippin, et d'autres personnages distingués, résolut de punir Chrodoaiddu dernier supplice en expiation de ses crimes. Il ajoute que Chrodoald s'enfuit auprès du roi Chiotar ^ que sur la recommandation de celui-ci, Dagobert lui accorda la vie, à condition qu'il réparerait ses fautes; qu'alors Chrodoald se rendit à Trêves auprès de Dagobert , mais qu'à peine arrivé il fut {pis à mort par Tordre du roi. Mais cette indication est trop vague en ce que l'auteur, par cette seule et de plus incertaine expression : de la noble race des ^gilolfingSj pourrait reporter nos idées sur la famille royale de Bavière. Il semble d'ailleurs évident que Chrodoald n'est pas un duc ou un prince, mais seulement un leutc puissant d'Austrasie (24). On ne peut rien dire de certain pour ce qui concerne la position que le nouveau roi d'Austrasie prit à Fégard des peuples teutschs, à l'égard des Souabes, des Bavarois et des Thuringiens. Mais comme Dagobert ne possédait sur la rive gauche du Rhin qu'une langue de terre très - étroite , sans appui et sans force, et comme le gouvernement du royaume était entre les mains d'hommes aussi sages et aussi bien intentionnés que Pippin, le maire du palais, et Arnulf l'évêque, on peut conjecturer avec raison, parce que cela est fondé sur l'état des relations, que d'un côté on mit tout en œuvre pour gagner les Teutschs, les unir plus étroitement au roi , et assurer à celui-ci Une plus grande considération de leur part; mais que d'un autre côté les peuples Teutschs , à cause de leur position à l'égard des Slaves et des Avares, s'attachèrent plus que jamais & un roi teutsch pour assurer leur union et leur force. Il n'est donc pas invraisemblable que la première rédaction ou tout au moins l'amélioration des lois du peuple teutsch (que nous avons examinées dans le livre précédent), se rapporte à cette époque, c'est-àdire au temps compris entre l'an 622 et l'an
En faveur de cette conjecture et de celte probabilité (25) on peut évidemment citer le passage suivant de Frédégairc : « Comme Dagobert au commencement de son règne profita des avis de l'évêque Arnulf et du maire du palais Pippin , il exerça la puissance royale en Aus-
trasie avec tant de succë»- qu'il acquit au loin la plus grande gloire. Son aclivilé répandit une telle terreur, que les peuples se soumirent avec respect à sa domination. Ceux mêmes qui habitiiient sur la frontière des Avares et des Slaves le prièrent avec instance de les protéger et de les secourir, et il promit avec assurance de soumettre au loin les Avares et les Slaves et d'autres nations (i6). » On peut aussi appuyer cfitle conjecture sur un événement qui arriva Fan 625, trois ans après le partage de Tcropire. Dagobert, sur Tordre de son père (27), s'était rendu à Clichi sur la Seine, non loin de Paris, avec toute la magniHcence d'un roi et une escorte considérable, pour épouser Gomatrudis, sœur deSichilda (28) seconde femme de Chlo* tar. Trois jours après la célébration du mariage, Dagobert demanda que tous les pays qui avaient jadis appartenu au royaume d'Austrasie y fussent de nouveau réunis. Le père rejeta d'abord la demande de son fils. Une vive discussion s'éleva. Enfin on s'accorda à soumettre Taiïalre à la décision de douze nobles franks , parmi lesquels se trouvait Arnulfévêque de Metz. La paix fut maintenue par Tintervention de ces hommes \ mais Chlotar dut céder. Tous les pays qui avaient fait partie de TAustrasie et qui confinaient immédiatement avec ce royaume y furent de nouveau réunis (29) , on n'en excepta que les possessions plus éloignées de la Gaule méridionale. Sans doute Chlotar n'aurait pas fait ce sacrifice, si d'un c6lé il n'avait regardé son fils comme roi indépendant, et si de l'autre il n'eût pas craint les forces supérieures de celui-ci. Et où pouvait-on chercher la supériorité de Dagobert ailleurs que dans la force des peuples teulschs de la rive droite du Rhin? Cet événement semble donc indiquer sans doute un lien plus étroit eptre les peuples teutschs et le roi frankd'Austrasie, de telle sorte que le roi, bien qu'il ne pût les forcer à la guerre, pouvait compter néanmoins sur l'assistance de leur belliqueuse jeunesse.
Il était naturel que Chlotar cherchât aussi à augmenter sa puissance pour l'opposer & l'Austrasie devenue plus forte , et ce dé^ir fut accompli : un an après ce diiïérend avec son fils, Warnachar, maire du palais en Bourgogne, mourut. Chlotar convoqua tous les seigneurs et les leutes de ce royaume aune assemblée i Troyes, et il les pria d'examiner mû*
rement s'il était sage d'élire pour la Bourgogne un maire particulier du palais dans les circonstances présentes et de maintenir séparées par cette élection la Neustrie et la Bourgogne en face de la puissance croissante du royaume d'Austrasie. Les Bourguignons^ qui, de même que les Neustriens, avaient adopté les usages et la langue gallo-romaine, reconnurent le danger qui les menaçait de l'intérieur du Teutschland; ils renoncèrent donc au droit d'avoir un maire du palais particulier, et se placèrent immédiatement sous l'autorité du roi et du maire du palais de Neustrie (30). Ainsi la Bourgogne et la Neustrie formèrent ud seul état opposé à l'Austrasie , et les noms d'Austrasie et de Neustrie prirent un sens plus élendu (31).