‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 78 sur 298 · LIV. VIII, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. VIII, CHAP. VIII

en partie «ontro des Slates libres , et partie 1 dans la Gaule le canton des Semnones (19) . ooDtre des liâtes soumis et contre leurs mat- Vers Tan 630, des marchands IVanks arri-

tres, les Ayares. Pendant ce temps les Slaves libm combattaient contre les Avares pour maintenir leur indépendance, el les Slaves soumis luttèrent souvent contre leurs oppresseurs ; il y eut aussi des guerres entre les Avares soutenns par leurs sujets et Tempire romain. Le taUeau que nous venons de tracer semble rèiuller en général d'indications incomplètes et décousues -, les détails sont en partie inconnus, en partie étrangers à Phistoire du peuple teutsch (16). Mais il paraît qu*au temps où fiagoberi était roi d'Austrasie, un empire slave , une puissance importante se forma dans la Bohême ^ le danger dont les Avares menaçaient la contrée lui donna probablement naissance. Le r(H de ces Slaves s'appelait Samo* Frédégaire rapporte à ce sujet la tradition suivante : « Samo était un Frank du canton des Semnones ( 17) ; il vint pour des affaires de commerce avec un grand nombre d'associés dans le pays des Slaves surnommés Wînides (i8)« Les^aves à cette époque avaient recommeiwé la guerre contre les Avares ou Huns et contre leor roi ou chagan. Samo marcha avec eux, et il montra dans Texpédition une telle babilelé qu'une multitude prodigieuse d'Avares tomba sous l'épée des Slaves. Lorsque les Slaves eurent reconnu les talens de Samo, ils le choisirent pour leur roi; Samo régna hemreesement sur eux pendant trente-cinq ans, el sur ses instances et sous sa conduite, beaucoup de batailles furent gagnées par les Wiaidea sur les Avares. »

n est impossible d'apprécier la valeur historique de cette tradition ; elle ne saurait être bien grande assurément : toutefois une chose n'est peut-être pas indigne d'attention. C'est qu'on voit ici figurer encore une fois les Semnones, qui, selon Tacite, avaient eu jadis la prétention d'être le peuple le plus important des Suèves. Ces Semnones auraient-ils été soumis aux Slaves, et Samo serait^il sorti du sein de cette peu|rfade soumise pour s'élever à la souveraineté par ses vertus et ses exploits ? ou bien les Semnones étaient-ils encore un peuple libre , et Samo avait-il marché au secours des Slaves avec un corps de compagnons. Car la remarque de Fréd^aire , que Samo était un Frank, ne nous force pas sans doute à lui asaigner la Gaule pour patrie ni à chercher

vérent dans les États de ce roi Samo*, on les y reçut beaucoup moins favorablement qu'il n'y avait été reçu lui-même , car ils furent pour la plupart massacrés et pillés par les Slaves. Làdessus le roi Dagobert députa vers Samo un ambassadeur nommé Sichar pour demander réparation de ce crime. Samo refusa d'abord de voir l'ambassadeur. Gelui-ci toutefois se revêtit, ainsi que tous ses compagnons, du costume slave, et Q parvint ainsi ]usqu'& la personne du roi. Il lui exposa les réclamations de son souverain. Samo répondit <( qu'il y aurait à examiner bien des choses de cette nature ^ que les torts étaient réciproques-, que sans doute il fallait que Justice seflt, mais qu'elle devait se faire 4es deux côtés. » L'ambassadeur s'écria avec orgueil et insolence : n II faut que toi et ton peuple vous deveniez les serviteurs du roi - Dagobert. )» Samo lui répondit avec douceur : « Nos terres et nos leutes sont au service de Dagobert (20), s'il est disposé & vivre en amitié avec nous. — Il n'est pas possible , s'écria Sichar, que nous, serviteurs de Dieu, nous fassions amitié avec des chiens (21). — Mais il est bien possible , dit Samo , que nous , les chiens de Dieu , nous mordions les serviteurs. » Et & ces mots , il congédia Tiosolent député.

Mais le roi Dagobert crut devoir chfttier le roi des* Winides de l'insulte que , selon lui , son ambassadeur avait reçue ; il résolut donc de lui déclarer la guerre, et pour se mettre en état de la faire avec plus d'avantage , il détermina les Langobards à envahir ^le territoire des Slaves de leur voisinage , c'est-à-dire les pays qui plus tard ont pris le nom de Carniole, de Carinthieet deStyrie. Les Allemanni, commandés par leur duc Chrodobert, entrèrent également en campagne , et assistèrent , à ce qu'il paraît, les Langobards ; il n'est pas question des Bavarois, et l'on ne parle pasdavantage des Avares. Ces derniers peuvent fort bien n'avoir pris aucune part à cet événement ^ peutêtre , selon leurs habitudes nomades , avaientils porté la guerre dans une autre contrée , à l'est ou au sud ; et dans le fait on rapporte à celte année une guerre des Avares contre les Bulgares, au sujet de la suprématie (22.) Il se pourrait aussi que l'historien ait oublié de faire mention des Avares, parce qu'il ne voulait s'occuper que de l'empire des Slaves sous

te roi Samo. Ce qu'on ne saurait cnure y c'est que les Bavarois soient restés intciifs. L'historien n'a peut-être d'autre motif de les laisser de côté que l'ignorance où il était de toute Tîctoire ou de toute défaite qui se rapporte exclusivement à eux. D'autre part, il leur fait jouer un rôle dans la guerre des Avares contre les Bulgares, rôle aussi inconcevable ^ il est vrai, qu'odieux. Il prétend que, sur Tordre de Dagobert , ils reçurent parmi eux neuf mille Bulgares vaincus et fugitifs , et que, toujours sur l'ordre de ce prince, ils les égorgèrent traîtreusement en une seule nuit dans leurs maisons, à l'exception de sept cents familles qui se sauvèrent chez les Winides. Sans doute Frédégaire avait entendu dire que les Bavarois avaient pris part à cette guerre ; mais la vérité, avant d'arriver jusqu'à lui, s'était transformée en un conle fabuleux et absurde (23). Toutes les forces d' Austrasie marchèrent contre le roi Samo ; et les Thuringiens s'étaient sans doute réunis aux Franks , bien que Tbistorien ne fasse pas non plus mention de ce peuple ; la marche de la guerre elle-même est inconnue. Frédégaire rapporte seulement que les Langobards et les Allemanni remportèrent la victoire et emmenèrent une grande multitude de Slaves prisonniers. Il scoute que les Austrasiens s'étaient avancés sur trois colonnes vers la place forte de Wogastisbourg, où s'étaient réunies les forces des Winides ^ c^tte citadelle, do^t on ne peut indiquer d'une manière probable la situation (24), f^t investie. Mais après un combat qui dura trois jours et coûta la vie à beaucoup de Franks, toute l'armée prit la fuite, abandonnant tout le bagage et tous les équipages. Les Winides, vainqueurs, ûrent à plusieurs reprises irruption en Thuringe et dans d'autres cantons de l'empire frank. Dervan, duc des Sorbiens, peuple de race slave, qui auraient déjà appartenu à l'empire des Franks , abandonna leur cause et se soumit au roi Samo. Cette dernière assertion , bien qu'un peu ificertaine (iô), est remarquable en ce qu'elle prouve qu'il ne faut chercher qu'en Bohême l'empire de Samo, car les Slaves Sorbiens demeuraient, vers ce temps du moins, au nord de la Bohême, dans le pays situé entre l'Elbe et la Saale. Cette assertion peut d'ailleurs corroborer la conjec^ ture que nous af ons énoncée plus haut au sujet du canton des Semnones.

Frédégaire n'attribue pas la déraite des

Franks à la bravoure des Slaves , ma» au roécontentement des Franks contre leur roi. Cependant Dagobert assembla, l'année suivante, à Metz une nouvelle armée austrasienne à laquelle se joignirent plusieurs corps de troupes de braves partisans venus de la Neustrie et de la Bourgogne avec leurs ducs et leurs comtes (26). Le roi vint avec cette armée à Mayence. Il avait le projet de passer le Rhin ; mais toute l'entreprise fut abandonnée sans qu'on puisse dire au juste pour qud motif, car les indications de Frédégaire n'édaireisseiit pas les faits : elles sont d'ailleurs erronées, contradictoires et improbables. Selon lui en effet, les Saxons auraient envoyé à Dagobert des ambassadeurs pour lui annoncer qu'ils offkiaîent de résister aux Winides avec leur» propres foTM et de protéger de ce côté les frontières des Franks si le roi les exemptait do tribut qu'ils étaient obligés de payer au fisc royal ; car, «^{oute Frédégaire, Chiotar l'ancien les avait soumis à une fourailore annuelle de cinq cents vaches (27). Dagobert aurait accepté cette oin*e d'après le conseil des Neostriens ; les ambassadeurs saxons auraient juré sur leurs armes, selon l'usage de ce peuple, d'exécuter le traité; mais ils n'auraient pas tenu parole dans ta suite , el cependant le tribut ne fut plus payé. Mais il est contraire à l'histoire de parler d'un tribut imposé aux Saxons par Chiotar I*' (28). Ce n'est pas pour cinq cents vaches qu'oa entreprend une guerre contre un empire puisr sant, et la position du pays des Saxons ren* dait impossible la défense dont ils offraient de se charger. Il est donc vmisemklaMe que l'interruption de cette expédition fut rendue nécessaire par la situation intérienre de l'empire des Franks , et avant tout par Tantipathie nationale qui existait entre les Franks Teutsclis et les Franks Romans.

Vers ce même temps et à l'époqvc où, la guerre commen^it contre le roi Samo, mourut Charibert , trëre de Dagobert et roi d'Aquitaine. On a prétendu qu'il avait eu un fils nommé Chilpérich \ mais comme ceioi-ci ne parut pas sar la scène après la mort de son père, on ajouta qu'il avait été assassiné par l'ordre de Dagobert (29). Cependant on a plus tard attribué au roi Charibert deux autres enfens^ fioggis et Bertrand , nés de Gisela , fille d'un 4vc des Wasc(ms , afin de pouvoir supposer pour les ducs postérieurs d'Aquitaine une cri-

LIT. VIII, CIJAP. YIII.

giae royale et les représeoter comme rejetons de la maisoB mérovingîenoe ; mais les noms singuliers de ces préleodus fils de Cbariberl sembteiii déjîà les exclure de cette famille. L'âge iocertain de Ghariberl (il n'avait peutêtre pas plus de douze ans) rend celte assertion Irés-douteuse (dû) , et un âiplômc assez suspect, postérieur de deux siècles, ne peut pas servir de preuve (31). De quelque manière que la cboae se soit passée, Dagoberi réunit de aouveau, apràs la mort deCharibert, toutes les possesaioos des Franks Jusqu'aux Pyrénées. Il dot par conséquent paraître très-puissant aux peuples étrangers, et, dans le Càit, il exerça une grande influence en Italie et en Espagne -^ mais daoê son propre empire la discorde édata encore une fois après cette réunion. Il est trèsvraisemblahle que l'expédition du roi ne fut abandonnée que parce que les Austrasiens ne voulurent pas servir avec les Neustriens et les Bourguignons , et que les peuples teutschs regardèrent comme dangereux d'accorder à ces éfrangers le passage par leur pays. On ne saurait cependant rien conclure contre cette opinion de ce que plus tard, sous Karl-lo-Graod, on souffrit sans résistance de semblaUes passages et qu'on entrq[>ril des expéditions en commun ; car un génie puissant a bien pu en- Iralaer les peuples et les amener sinon à oublier, du moins à comprimer leur caractère national, que, sous un roi faible, ils savent toujoara faire valoir. En faveur de cette opinion, on trouve cette circonstance , que l'année suifante^ 632, au moment même où les Wiaidee faisaient en Tburioge de nouvelles et formidables irruptions, le roi Dagobert se rendit è Metz, et Ut , d'accord avec les prélats et les grands, et du consentement exprès de tous les hommes influens du royaume , il éleva sur le trtoe d'Aostrasîe son fils Sigibert, bien que e^i-ci, néd^une femme austrasienne , Rageainida, ne fûl ftgé que de trois ans. Toutefois il ne paraît pas qu'il lui ait donné l'indépendance , car Pippin resta maire du palais dans les deux royaumes, et la régence de i'Austrasie fut confiée à Chunibert, évêque de Cologite et au duc Adalgiscl (32). Le siège du gouvernement resta à Metz ; mais Tesprit qui avait r^né dans cette transaction se révéla bientôt de nouveau ^ car la reine Nanthildis , Neostrienne de naissance, donna à son époux, peu de temps après cette séparation de la Neus-

trie et de TAustrasie, un fils appelé Chlodwig. Les Neustriens et les Bourguignons demandèrent sur-le-champ qu'il fût conclu immédiatement avec le royaume d'Austrasie un traité solennel où il serait établi qu'après la mort de Dagobert, ce Jeune prince, Chlodwig, serait seul reconnu roi des deux royaumes de Neustrie et de Bourgogne, et qu'à l'avenir il y aurait l'un à côté de l'autre deux royaumes indépendans. Car, dirent-ils, cette réunion et celle division, établies par une constitution stable et invariable, sont demandées par les peuples et par les pays (33). Dans le fait, la transaction dont il s'agit eut lieu avec I'Austrasie, et le traité fut Juré de la manière la plus solennelle. Dans la suite, il est vrai, cette décision fut renversée par la marche des choses et des passions humaines ] mais elle est remarquable sans aucun doute en ce qu'elle montre encore une fois à quel point était déjà arrivée la distinction introduite entre les Franks -, ce qui permet de lire en quelque sorte dans l'avenir et de prévoir la séparation définitive.

A peine cette séparation de I'Austrasie et du royaume occidental fut-elle établie que la guerre contre les Winides et leur roi Samo prit une autre tournure; les Teutschs repoussèrent les Slaves et les tinrent constamment éloignés de leur frontière. Ce succès toutefois fut dû en majeure partie aux peuples teutschs particuliers : Radulf , fils de Chomar, que Dagobert avait nommé duc des Thuringiens, acquit parmi eux le plus de gloire. Mais la victoire remportée sur les Slaves réveilla dans Radulf et dans ses Thuringiens le sentiment de la force. Il semble que dans l'intention de Dagobert, Radulf devait simplement prendre chez les Thuringiens la même position qu'avait dans la Gaule un duc frank à la tête de ceux qu'il était chargé de gouverner. Radulf et les Thurln^ giens au contraire prirent poiù* modèles les Bavarois et les AUemanni -, ils voulurent être ï l'égard de l'empire dans la même situation que ces peuples et avoir comme eux leurs ducs héréditaires. Ainsi , à l'époque où Sigibert étaiit encore roi d'Austrasie à côté de son pérè, roi du royaume occidental, des dissensions sé^ rieuses s^élevèrent déjà dans Le Teutscbland (34). Toutefois le Teutschiand fut préservé de toute invasion ultérieure de la part des Slaves. Le roi Dagobert étant mort en 658, on exécuta le traité conclu cinq ans auparavant.

Chlodwig fut proclamé dans le royaume occidental, et Stgibert resta roi du royaume oriental.

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