LIV. VIII, CHAP. IX
hautement, dil-oo, le roi d'avoir épousé la fille de son oncle (13). Dans une querelle entre Té véque Priejectos et le sénateur Hictor de Mar* scille, le roi prit le parti du premier, Léodegar le parti du second. D'autres causes de discorde se Joignirent à celles-'ci. Le roi fit périr Hictor et enfermer Tévêque Léodegar dans le même couvent de Luxeuil,où se troutait son ancien ennemi HébroTn, expiant la puissance qu^il avait osé exercer. Mais le roi n^y gagna rien. Les deux anciens ennemis firent entre eux dans le clottre une paix hypocrite, et du fond même de leur prison, ils dirigèrent leurs partisans, favorisés qu'ils étaient par Tabbé (14). Childérich , comme la plupart des nnsde sa race, fut accusé, mais seulement en termes vagues , de mener une conduite indi« gne , quoiqu'il n'eût que vingt et un ans. On raconte aussi que, contrairement aux lois, il fil attacher A un poteau et flageller un Frank illustre nommé Bodilo, et que cet acte de violence, aussi invraisemblable que difficile A croire , excita tous les nobles franks à la révolte. Ge qui est plus certain , c'est que vers Tan 673 le roi Childérich fut assassiné À la chasse A Chelles , prés de Paris , par un des premiers officiers de sa cour (15). On assassina également sa femme Bilichildis , qui était en*ceinte , et un de ses fils en bas âge. On dit toutefois que le second de ses fils fut sauvé et recueilli dans un couvent : on crut du moins que le moine Daniel, qui vingt-quatre ans plus tard eut A porter le lourd fardeau de la royauté sous le nom de Ghilpérich, était fils de ce malheureux Childérich II.
Âpres cet éyénement reparaissent deux rois des Franks. Le même Theuderich, fils de Chlodwig II, lequel avait été enfermé dans un monastère en même temps qu'Hébroln , fui placé sur le trône de Neustrie ^ en Australie au contraire, on reconnut comme roi ce Dagobert, fils de Sigibert, qui, dit-on, avait été transporté en Irlande par Tévêque Dido, A l'instigation du maire du palais Grimoald. On ae saurait indiquer avec précision quelles circonstances amenèrent ces deux événemens ^ Wuifoald, maire du palais sous Childérich, »*i(«it sauvé en Austrasie aussitôt après le meurtre du roi pour se soustraire A la mort ; ci comme on le voit dans ce pays figurer encore comme maire du palais, il est A présumer 4u'U contribua phu que tout autre au rappel da
Bagobert. Le rétablissement de ce prince eut lieu par le moyen de saint Wiifrid, alors évoque d'York , chez lequel Dagobert , durant son exil (16), avait trouvé tant d'amitié et de protection qu'il ne l'oublia Jamais, et qu'il désira le récompenser dignement lorsqu'il fut devenu roi (17). Theuderich au contraire fut sans aucun doute replacé sur le trône par le même parti qui l'en avait précédemment fait descendre, car A la nouvelle de la mort de Childérich, les deux ennemis nouvellement réconciliés, Léodegar et HébroTn, sortirent aussitôt du couvent de Luxeuil, manifestement après s'être promis d'agir désormais dans les mêmes vues et dans un même esprit. Dans le fait ces deux hommes, le prélat comme le laïque (car celui-ci dans son couvent n'avait pris d'un moine que Thabit) r<^unirent un grand nombre d'hommes armés choisis parmi leurs partisans mutuels qui, A ce qu'il paraît, étaient accourus vers Luxeuil au-devant d'eux pour les délivrer (18). A la tête de ces bandes armées, ils arrivèrent, unis encore, A Autun (19) , pour se rendre de lA auprès du nouveau roi Theuderich, et lui imposer leur volonté comme loi. Mais, soit que dans l'Ame d'HébroTn une injuste méfiance se fût éveillée contre ce redoutable évêque, qui flit reçu avec de grands transports de ]oie par les habitans d'Autun, soit qu'il eût des indices réels de la trahison de l'évêque (20), il se sépara tout A coup de lui, partit avec ses partisans, et au lieu d'aller trouver le roi pour lequel, A ce qu'il semblait, il avait essuyé tant d'humiliations et de mauvais trailemens, il se dirigea vers les flrontières d' Austrasie. L'évêque Léodegar réussit donc A se rendre maître du roi et A tout diriger A son gré dans ce premier moment ^ ce fut par lui que Leudésius, fils d'Erchinoald, ancien maire du palais , fut revêtu de celte dignité , parce que lui-même en sa qualité d'évêque ne pouvait y élever de prétentions. Tout ce quo le nouveau maire du palais put faire ne fut aussi que son œuvre. Mais fiébroTn n'était pas homme A regarder sa cause comme perdue; son génie d'ailleurs ne manquait paa de ressources. Il établit roi un enfant , le nomma Chlodv^ig, et le présenta comme fila de Chlotar, frère atné de Theuderich (21). Aussitôt on vit accourir près de lui tous se& anciens partisans, tous les ennemis de Léodegar, tous ceux qui avaient & craindre ou A es^
pérer, (ous ceui enfin qui croyaient que Theuderich était mort, et que Chlodvig était réellement de la race mérovingienne et seul roi de Neustrie (22). Dans ces circonstances, il envoya de la rive droite de TOise un de ses affidés & révêque Audoen de Rouen, pour lui demander conseil comme & un vieil ami. L'évéque lui fit par écrit celte simple réponse : « Souviens-toi de Fredegundis (23)! » Hébroln crut voir dans ces paroles une invitation à la rapidité, à la ruse, à l'assassinat ^ il passa promptement roise et dirigea sa marche sur Nogent, où se trouvait le roi Theuderich. Celui-ci se sauva , et Hébroîn le poursuivit *, réduite la dernière extrémité, il entra en négociation avec Hébroîn. Le maire du palais Leudésius se rendit lui-même dans le camp ennemi. Hébroîn lui avait assuré par serment la vie et la liberté -, mais à peine Tut-il arrivé qu'il fut traîtreusement assassiné. Le roi tomba lui-même aux mains d'Hébroïn ; celui-ci, qui venait d'atteindre le but vers lequel il tendait, sacrifia son roi Chlodwig, laissa la dignité royale à Theuderich et conserva le pouvoir comme maire du palais. Léodegar, soit qu'il en eût reçu l'ordre, soit quUl eût pris la fuite, s'était sauvé à Autun , son siège épiscopal. Les grands de Bourgogne, qui de même que ceux du reste de l'emi^e se déclaraient toujours pour le plus heureux, se liguèrent contre l'évêque, se montrèrent en armes devant Autun, s'emparèrent de cet homme Jadis si redouté, et dans leur sauvage fureur, ils lui crevèrent les yeux. Ainsi Hébroîn fut débarrassé encorede cet ennemi. Lui, toutefois, Hébroîn, poussé par l'ambition et par la vengeance, peut-être aussi par la conviction qu'il fallait briser l'insolence des grands officiers et des vassaux si l'on voulait rétablir l'ordre et la tranquillité, ne se contenta pas de ce triomphe. .Sous prétexte d'infliger aux meurtriers de Childérich un chftUment bien mérité, il commença une persécution qui s'étendit peu à peu à tous ceux qui montraient de l'opposition à ses vues ou qu'il croyait dangereux : ces poursuites dégénérèrent en horribles cruautés. Beaucoup d'hommes persécutés ou craignant de l'être s'enfuirent, les uns dans le duché d'Aquitaine, qui, à cause de sa position éloignée, se maintenait indépendant de l'empire et jouissait d'une grande prospérité, les autres dans le royaume d'Auslrasie. Beaucoup d'autres subi-
rent la mort. De ce nombre furent l'ëvèque Léodegar et son frère Gemius. Ce dernier fut lapidé. Léodegar résista longtemps d'une manière miraculeuse à tous les mauvais traitemens, même aux mutilations qu'on lui fit subir; on dit qu'il jouit de la vue bien quMl n'eût pas d'yeux; il parla avec éloquence quoiqu'on lui eût arraché la langue ; mais enfin, dégradé de ses dignités ecclésiastiques par le clergé des Gaules, il reçut la mort pour être honoré pkis tard comme saint par l'Eglise.
L'histoire de cette époque est abs<riument muette pour ce qui concerne TAustrasie. Les limites du royaume sont aussi peu connues que les événemens qui s'accomplirent à rinlérieur. Il semble qu'il y eut des guerres entre l'Austrasie et la Neustrie ; mais il est difficile de dire si ces guerres eurent lieu de royaume à royaume , ou si ce ne furent pas plutôt des guerres privées, des brigandages de seigneur à seigneur, des querelles particulières entre les ducs des deux partis. Dans cette lutte, la Champagne eut surtout à souffrir comme pays frontière et contesté par les deux royaumes. Sainte Salaberga , qui avait fondé un couvent dans la contrée de Langres, se vit forcée, suivant l'auteur de sa biographie, à. se soustraire par la fuite aux terribles dévastations qui désolèrent ce pays, dévastations commises non par des barbares étrangers, mais par lesFranks eux-mêmes; elle se réfugia dans la ville de Laon. Là seulement elle trouva un asile contre des hommes pour qui les reliques mêmes des saints n'étaient; pas sacrées (24). Ce qui arriva dans l'intérieur est presque plus incertain encore. On a élevé contre le roi [Dagobert de virulentes accusations, mais toujours sans motifs réels et sans fondement. D'après Eddo, écrivain de ce temps, auteur de la vie de saint Wilfrid , et plus éclairé que la plupart des hommes de cette époque , Dagobert fut asrsassiné l'an 678 par suite de la perfidie des ducs, qui agirent d'accord avec lesévêques(25). A celte même époque, dit cet écrivain, saint Wilfrid revint de Rome. En arrivant dans le royaume d'Auslrasie, il rencontra un des ducs à la tête d'une grande armée, et il fut arrêté-, un évêque austrasien le reconnut : « Comment oses-tu , dit l'évêque au saint prêtre , voyager à travers le pays des Franks? Tu a» mérité la mort, car tu as ramené parmi n<>w^