‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 97 sur 298 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

PIPPIN D'HERSTALL en AUSTRASIB. — RAT- BOD, PRINCI5 DES FRISONS,

De l'ia M? à V$n TH.

Tandis que Pippin exerçait son influence en Neustrie , seulement d'une manière indirecte, bien que décisive, il gouvernait officiellement l'Austrasie. Cependant nous n'avons point d'in* dications détaillées sur sa manière d'agir. Il ne négligea pas l'ancienne tactique de sa maison, de favoriser et d'agrandir le clergé , et de participer par là à la puissance que l'Église exerçait sur les cœurs et sur l'intelligence des hommes. Et dans le fait, sa famille était un rejeton de la double racine delà dignité épiscopale et do la dignité de maire du palais*, celte familles'était élevée bien haut, tandis que ses branches s'étaient étendues au loin par les honneurs ecclésiastiques et par la possession des bénéfices. Pippin savait bien qu'aucune puissance n'était égale & la puissance que les ecclésiastiques trouvaient dans la piété, dans l'ignorance et dans la superstition de ce siècle, par les paroles de salut, par les doctrines de la vraie foi et par les miracles de ses héros et de ses saints. Comment aurait- il pu ne pas proléger les ecclésiastiques, les favoriser, les combler d'honneurs ? Il n'y avait là qu'un seul obstacle : Tabrutissement des derniers temps avait causé une grande confusion dans l'organisalioa ec-

LIY. IX» GHAP. IL

clésiMiique de Tempire des Franks; depuis longtemps il n'y avait pas eu d'assemblées d'ecclésiastiques pour délibérer en commun lur les relations les plus importantes de la so-< ciélé. Les évêques avaient pris part aux guerres intérieures et oublié leur sainte vocation^ des laïques s'étaient assis sur les sièges éplscopaux pour se rendre maîtres des bénéfices \ le clergé inférieur s'était dépravé « et la discipline ce* elésiastique s'était relâchée. Il fallait de l'union li Ton voulait de Tordre ; il fallait que les prè« très fussent réellement prêtres , que les églises Hiisent réellement des églises , et ce but, s'il était possible de l'atteindre, ne pouvait être atteint que par l'évèque de Rome, qui déjà depuis plusieurs siècles était considéré dans l'Occident comme le premier évêque du monde chrétien, qui était considéré en Angleterre comme le chef suprême de l'Église, qui avait la plus grande influence en Espagne, qui devait à sa position en Italie une puissante conlidération aux yeux des chrétiens catholiques. Pippin dul reconnaître cet état de choses, et par là il fut déterminé sans doute en partie h favoriser les saintes œuvres de la propagation de la religion chrétienne parmi les peuples qui restaient encore fidèles au paganisme ou qui du moins ne reconnaissaient pas le christianisme suivant les doctrines catholiques. Et certainement personne ne pouvait être plus utile à sa famille que les saints hommes qui osèrent dans leur zèle entrer dans la voie du martyre cl mériter par lé la vénération du monde chrétien. S*il mettait son èpée au service de la croix de ces prêtres, il devait espérer que leurs bénédictions couvriraient aussi ses actions et ses projets , et tous ces prêtres se rattachaient de diverses manières au siège de Rome. Pippin, tout en restant avec ces hommes pieux dans des rapports de bienveillance et de protection, mil aussi sa maison en relation avec l'évèque de Rome , et celte alliance eut dans la suite de grands résultats.

Il se peut que Pippin ait occupé les vassaux laïques par des entreprises guerrières pour les contenir par les mêmes moyens qui les lui avaient gagnés; mais on ne connaît que peu de détails sur ses entreprises. On dit , il est vrai, que Pippin fit la guerre aux Bavarois et aux Allemanni, aux Saxons, auxThuringiens et aux Frisons ^ mais on ne le dit qu'en termes vagues ou bien avec une inexactitude mani-

feste , & l'exception peut-être de ce qui con« cerne les Thuringiens; car ces peuples doi« vent avoir été précédemment déjà soumis aux Franks et entraînés par la désunion des prin^ ces à se détacher de leur domination. Mais on peut dire tout au plus des Thuringiens qu'ils aient été sujets •, on ne peut pas le dire des Allemanni et des Bavarois, ils étaient bien plutôt alliés dépendans des rois mérovingiens. Mais les Saxons et les Frisons avaient constamment conservé leur indépendance, et les traditions les plus mensongères de cette époque les signalent à peine comme soumis aux Franks (1). L'écrivain qui nous a conservé ces détails est assez juste pour avouer, sans aucun doute parce qu'il connaissait la lutte opiniâtre que KarMe-Grand eut à soutenir contre les Saxons, que Pippin ne soumit que quelques peuples , mais non les autres; et cette assertion même peut être révoquée en doute. En effet dans plusieurs chroniques , Gotefred est nommé duc des Allemanni. Au sujet de Gotefred, un écrivain a remarqué que, de concert avec les ducs des environs, il refusa d'obéir aux ducs des Franks, parce qu'ils ne pouvaient servir les Mérovingiens comme ils le faisaient antérieurement. Il s'ensuivrait que chaque duc serait resté maître dans son pays, et que seulement après la mort de Gotefred, Karl, fils de Pippin, et d'autres princes des Franks s'efforcèrent & le gagner par tous les moyens. Ces chroniques placent la mort de Gotefred à l'an 709 ; et dans les trois années suivantes, Pippin entreprend des expéditions en Allemannie ou en Souabe, contre Withar, qui parait avoir été le successeur de Gotefred. Ces expéditions doivent avoir été malheureuses , bien qu'on parle en termes vagues des grandes victoires remportées par Pippin sur les Allemanni. Quels sont donc les peuples que Pippin aurait de nouveau soumirà la domination des Franks ? Ce ne sont pas les Allemanni ; ce ne sont donc certainement pas les Bavarois ni les Thuringiens. Dans le fait, les Bavarois et les Allemanni ne s'étaient réunis à l'empire des Franks que dans les temps de grandeur des Mérovingiens, lorsque la Gaule présentait de belles perspectives de fortune et de butin ; mais pendant la décadence de la famille mérovingienne et durant l'infinie confusion qui régna alors dans Tempire, ils s'inquièlèrent très-peu du roi, do l'empire, et en Thuringe le duc Radulf avait aspiré à Tin*

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dépendance et y était arrivé. Maintenant les princes de Souabe, de Bavière et de Thuringe étaient entièrement séparés du roi mérovingien de Neustrie, et ils pouvaient reconnaître tout au plus un égal dans Pippin. Il est donc bien possible qu'en opposition aux exigences dePippin, ils aient invoqué le nom des rois héréditaires des Franks, qu'ils raient représenté comme un duc rebelle, et que par précaution pour l'avenir, ils se soient donné l'apparence de combattre contre lui pour les Mérovingiens et pour l'empire , tandis qu'en réalKé ils ne combatlircnl que pour leur propre indépendance. Et très-vraisemblablement ils réussirent si bien dans cette lutte qu'on peut supposer qu'à cette époque les peuples teutschs furententièrement indépendans de l'empire des Franks -, mais précisément pour cette raison leur histoire est presque inconnue, car de même que dans les temps anciens , il ne lombait dans l'histoire sur les peuples teutschs qu'un rayon de l'éclat romain , de même maintenant ces peuples ne paraissent dans l'histoire que parleurs points de contact avec les Franks.

Grâce à ces points de contact, les Frisons, qui pendant si longtemps ont disparu presque entièrement, se remontrent à cette époque sur la scène, et les intérêts religieux et terrestres se mêlent dans ce contact. Il est difficile de dire si l'épéede Pippin servit la croix des prêtres , ou si les prêtres servirent le guerrier. Ce qui toutefois ne souffre pas de doute, c'estqueles prêtres et le prince suivirent la même voie, bien qu'ils aient pu s'etTorcer d'atteindre un but différent.

Nous avons remarqué en effet que ces hommes pieux qui entreprirent de porter le christianisme parmi les peuples teutschs ou de l'y affermir ne perdirent pas de vue les régions septentrionales du Teulschland, tout en se hasardant à pénétrer dans l'intérieur. La plupart de ces hommes pieux vinrent d'Irlande et d'Angleterre, où la pauvreté et les besoins des ecclésiastiques les poussaient bien plus que dans l'empire des Franks, si troublé, à la piété et à l'amour de la science. Comme les Anglo-Saxons reconnaissaient dans les habitansdc la côte de la mer Teulonique leurs compatriotes, leur véritable peuple originaire, et comme dans 1rs luttes longues et sanglantes qu'ils avaient soutenues contre les Bretons, ils élnicnl restés de plus d'une manière en communication avec CCI) habitans, ù cause d'anciens souvenirs,

aussi bien que pour trouver chez eux des secours et un asile, ils devaient naturellement désirer de leur montrer la voie de salut, qu'ils avaient eux-mêmes trouvée. On peut donc supposer que des tentatives de plus d'une espèce eurent lieu pour répandre les semences de la foi le long des côtes, depuis les frontières des Franks Jusque chez les Danois ^ et il est bien possible que plus d'un de ces germes ait poussé des racines sans qu'on puisse suivre l'histoire de ses progrès et de son développement. La mémoire des hommes n'a conservé que les faits qui se passèrent dans le voisinage des Franks, ou ce qui put arriver à la connaissance du vénérable Béda et ce qui lui parut digne d'être signalé.

Dans le temps où saint Wilfrid, en se dirigeant vers Rome, dix ans environ avant la bataille de Testri, fut jeté surles côtesdes Frisons, Adgill ou Adalgis était prince de ce peuple \ les écrivains lui donnent le titre de roi. Le saint homme fut accueilli par lui; il séjourna tout un hiver parmi les Frisons et gagna beaucoup d'entre eux au Seigneur. Alors le redoutable Hébroïn était encore maire du palais dans le royaume des Franks Neustriens. Les ennemis de saint Wilfrid, devant lesquels il s'était sauvé de son évêché d'York, le poursuivirent même au delà des mers j comme ils supposaient qu^il s'était rendu en Gaule, ils s'adressèrent à HébroTn pour se rendre maîtres de sa personne, et ils surent gagner le maire du palais. Hébroïn écrivit une lettre perflde au roi des Frisons et lui promit une grande somme d'argent s'il lui remettait révêqueWilfrid mort ou vivant. Adalgis ne s'était pas converti aux principes de la doctrine de Jésus-Christ ] mais il conservait Tancienne vertu des Teutschs , la bonne foi : à peine eut-il pris connaissance de la lettre qu'il la fil lire à haute voix en présence de saint Wilfrid et de ses compagnons, aussi bien qu'en présence des envoyés d'HébroIn ; puis il saisit la lettre, la déchira en morceaux, la jeta dans le feu, sortit de l'assemblée et laissa peser sur les ambassadeurs toute leur honte et toute leur ignominie.

Dix ans environ après cet événement , vers le temps de la bataille de Testri, le saint moine Ecgbert, qui, dans la solitude des couvens irlandais , avait rempli son esprit de connaissances et son cœur d'un saint zèle, voulut passer d'Angleterre dans le Teutschiand , avec

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