CHAPITRE V
FORMATION DES VILLES ËJ^ COMtttlMES
UBtifiS.
Pendant que se fondait h souventineté ter-
ritoriale des princes teutschs , ainsi qu'on vient de le raconter, ces princes , comme on Ta déjà remarqué une fols , n'avaient nullement Tintention de se séparer de l'Etat ou du roi. Ils furent d'ailleurs ramenés à TEtat et au roi par rintervention d'un nouvel ennemi dans Tinté- Nrieur du TeutschJand ; car ils reconnurent bien qu'ils ne pouvaient lui résister qu'au moyen de la réunion des forces communes, et une réunion n'était possible qu'en vue du trône aux diètes publiques. Cet ennemi , c'étaient les villes. Déjà, depuis une suite de générations, les villes , comme on n'a pas manqué de le çignaler dans cet ouvrage, avaient commencé à remuer, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Ces mouvements n'avaient échappé ni aux empereurs ni aux princes, sans pourtant attirer une grande attention , parce que certains événements prouvaient de la manière la plus claire que chaque ville était plus facile à dompter quand elle tentait de dépasser les limites dans rintérieur desquelles on la regardait comme inoffensive. La terrible lutte des cités d'Italie contre l'empereur et les vassaux avait bien révélé peu à peu la iorce qui résidait au sein des murailles urbaines , et le but auquel tendaient les bourgeois; mais ce qui s'était passé en Italie paraissait être impossible dans le Teutschland.
L'Italie était couverte de villes en état de se tendre la main ; les princes n'avaient à leur disposition que des forces insignifiantes, et pouvaient disparaître entre les cités, avant que leur suzerain passant les Alpes, fût à portée de leur prêter secours. En outre, les villes d'Italie étaient secondées par la nature du pays , la proximité de la mer, la situation de quelques-unes sur la côte , par la civilisation qui se raffinait , et les jouissances plus délicates; les restes d'anciens chefs-d'œuvre de l'art que renfermaient les murailles combattaient pour les habitants ; et pourtant la victoire ne fût pas restée du côté des villes , si l'Italie avait eu un roi indigène , et n'eût pas été obligée de reconnaître pour suzerain un prince qui était étranger pour les vassaux comme pour les bourgeois.
Le Teutschland, au contraire, n'avait relativement qu'un petit nombre de villes , excepté dans les provinces du Rhin et du Danube , qui avaient jadis appartenu à l'empire romain ; et ces villes , dispersées sur la vaste surface do la
patrie, étaient isolées, sans union, sans cours,. tout entourées de forteresses, de châteaux et d'armes des feudataires; comparées aux cités d'Italie, elles étaient jeunes; créations récentes des empereurs ou des princes, aacime pensée nationale n'était atta*cbée à leur nom , aucun grand souvenir d'un passé glorieux qui pût fortifier les âmes des bourgeois, et les entraîner d'un présent désolant à des pensées d'un avenir plus brillant ; nul droit traditionnel , non plus, tiré de l'oubli pour fonder ou légi- 'timer des prétentions. Les villes teatscbes devaient commencer de nouveau à montrer de suite le front , partir des degrés Tes plus infimes pour édifier la vie civile; et il leur fallait entreprendre ce travail sous les armes des barggrafs, sous le tribunal du palatin ou du prévôt, sous la surveillance de l'Église , au milieu des artifices des prêtres. Comment eût-il été possible qu'une telle masse d'hommes sans défense , qui habitait une. ville , eût attiré l'attentioa des grands seigneurs, dont Tàme était dirigée sur de tout autres choses ? Ces gens étaient plutôt on objet de pitié que d'inquiétude. H arriva aussi que les empereurs et les rois, que les princes spirituels et temporels, en établissant des villes ' comme des lieux de protection et d'asile , n'hésitaient nullement à encourager les habitants par tous les moyens , à leur assurer la paix, à leur conférer des libertés suivant les circonstances et les occasions, afin d'ouvrir de nonvelles voies à leur activité : car ils savaient qu'ils pourraient reprendre ce qu'ils avaient concédé ; ils savaient qu'ils tenaient en main les rênes, ft qu'ils étaient toujours en mesare de les ramener si elles étaient trop flottantes. Ils ne voyaient pas non plus d'un œil mécontent les villes, par le déploiement de leur activité intérieure, gagner en population et en bien-être : car ils savaient qu'une partie des bénéfices industriels coulaient dans leors propres coffres, et qu'en définitive il dépendait d'eux de fixer ce qui resterait aux industriels. En outre , à mesure que la vie sociale se développait, et qu'eux-mêmes, en Lombardie, à Rome et i Constantin^ple , se familiarisaient avec les richesses et les jouissances du monde, ils pouvaient d'autant moins se passer des produits de l'industrie urbaine ; du moins les marchés et le commerce leur étaient indispensables^ parce qu'il leur fallait placer le superflu des produits do leurs bicus et d^ leurs possessions ,
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et qoe par ce moyen seulement ils pouvaient se procurer les objets que les contrées étrangères ofrratentà leurs besoins ci*oissants, à leur goût d*aisance et de jouissance. Enfin il n*était pas sans importance pour leurs relations politiques d'avoir ainsi des masses considérables d*bbmmes réunies derrière des fossés et des murailles. En cas de nécessité , ils pouvaient donner des armes aux gens des villes , et employer leurs forces et leur énergie à se maintenir. C'étaient des gens propres à être employés que les bourgeois des villes, et un bomme utile a toujours sa valeur , tant qu'il conserve ses facultés spéciales et qu'il ne perd pas l'envie de les laisser mettre à l'œuvre. Au milieu de telles circonstances, tandis que régnaient ces vues et ces sentiments , les villes travaillaient en silence, les anciennes depuis le jour de leur assujettissement, les nouvelles dès le moment de leur fondation, à l'œuvre de leur liberté ; ici avec bonheur, là sans succès ; recommençant en cas d'échec; toujours infatigables, rarement impatientes. Nulle part elles n'obtinrent la liberté : car les franchises particulières accordées à certaines villes étaient des concessions sans garantie ; elle^n'étaient que des anneaux isolés pouvant servir à former une vaste chaîne, mais sans union entre eux, sans fortes attaches. Néanmoins' la vie en commun de beaucoup d'hommes sur un étroit espace, leurs communications mutuelles et journalières, amenaient le frottement des esprits, et conduisaient nécessairement à un ordre social qui ne manquait que d'une reconnaissance légale pour que la vie s'organisât et se r^ularisàt. Ceux qui se livraient à des occupations semblables, ceux qui joignaient leurs mains dans le travail , devaient arriver à des principes d'après lesquels ils voulaient agir, et se rattacher les uns aux autres pour maintenir ces principes. 11 y eut sans doute des conférences entre ceux qui exerçaient le même genre d'industrie ; ils durent souvent se concerter. Les marchands étaient probablement partout sur le premier plan , en partie parce qu'ils avaient été les plus anciens habitants, les constructeurs, afin que les ouvriers qui vivaient dispersés comme serfs sur les domaines des vassaux, et les seigneurs fonciers eux-mêmes, eussent des occ^ions de vente et d'échange ; en partie parce qu'ils avaient le plus de connaissances et vivaient dans une plus grande
aisance : mais les marchands pouvaient aussi peu se passer des ouvriers et des artisans que ceux-ci des marchands , et même ce nom de marchands ne parait pas avoir toujours été appliqué à une classe précise d'hommes, mais avoir été employé pour désigner tous ceux qui apportaient quelque chose au marché. Mais comme les ouvriers affluaient de plus en plus dans les villes , et que le travail se divisait davantage, non-seulement les marchands, mais encore tous les gens occupés à la même industrie, songèrent sans doute à se réunir, à contracter des engagements, et cela n'était guère possible sans une direction. La réunion n'eut lieu probablement qu'avec la permission du burggraf, et la présidence fut peut-être occupée par le prince auquel la ville appartenait. Mais une vie urbaine n'est guère admissible sans des réunions de ce genre ; et ce qui était un besoin pour les industries particulières en (Hait un aussi pour toute la ville. Déjà la proclamation de prescriptions et d'ordonnances rendait nécessaires des convocations d'habitants influents-, et, pour savoir si ces ordonnances étaient applicables , propres au but que l'on se proposait, comment on pouvait les exécuter , il fallait prendre conseil des habitants intelligents, au courant des rapports de la ville, de la situation et des occupations des particu** liers, pour les gagner à la chose et les disposer à prêter leur concours. Les villes aussi accomplirent des œuvres qui exigèrent des efforts infinis, comme des églises et des couvents, comme le pont hardi sur lé Danube , à Ratisbonne, monument admirable de l'ardeur et de la grandeur de cette ville ; et comment de tels travaux auraient-ils pu jamais être entre* pris et achevés sans de longues délibérations et des préparatifs de quelques-uns, sans décisions communes de tous? Enfin, «dans les cas où les hommes de la ville devaient être rangés sous les armes et mis en mouvement, quand il s'agissait pour eux d'exposer leur santé et leur vie polir leur défense , il était indispensable de les ras«* sembler, de leur parler, de les entendre, de tout faire pour les remplir^d'une seule pensée , pour les amener à la grande résolution de com-> battre en hommes, de triompher ou de périr. On peut donc admettre avec confiance que de grandes réunions eurent lien de temps en temps, et qu'il s'en tint de plus petites pour traiter des affaires communes. Les convocations ne pou-
taieot se foire qoe snr Tordre du seigneur do Ift ville, sous la direction et la surveillance de sou représentant ou de son envoyé. • ' Maid toutes ces dispositions > qui pai'aissaient résulter nécessairement de la vie commune de ]iei9kiicoup d'hommes actifs concentrés sur un éiroit espace entre des murailles et des fossés ^ M firent point avancer les villes d^m degré âuBs teur àtuatiou régulière h Tégard de Fempereur et de Tempire; jusqu'à la fin du XH* ^iécie elles re^(t^reot complètement dans leur «neientie dopendanoe de service. Toutes lis eoQC€tssions appelées franchises ne pouvaient qu'oAlretiuiir lea désirs dans le coHir des haditopt», saos : leur offrir une satisfaction. Ils VQyti^ se desainer de plus en pluQ Timage d'uM vie civile régnliéremeAt organiaée ) mais ccitle vie méeoie ils oe TotHenaient pas , parce qpe la ms^in étrangère qui avait tout hrisé 4'Mvreit et &e fermait arbitr^rement. Ils furent prépaies à dee réunions , à des délibératjm»* SMÛs ils n'osaient se rassembler que s'ils étûeet appelée, ^t traiter quedea choses qui leur étaient proposées. Us ol^éissaient ii une impulm» étraagère, et devaiçût se courber devant des décisio^a i^iuxquelleft ils n'auraient peut^ ^(re poiat adhéré* çà et là ils étaidat bien for- 9^ aift maiûement des armes, mais Tusc^e ne Iwr procurait ni honoeur ni droit ; dans les cas })» . plus belireux , ils recevaient quelques remerclmenta passagers. La croisade méfiie du Seigneur n'avait pas amélioré leur situation lég%le« fieauooup de boui^eois étaient partis pour la T«rre^iote comme soldats du Christ, ^% avaient,a>Qsi que les princes et les chevaliers, assisté à toutes les rudes épreuves, partage to^t^s les infortunes qui avaient fondu aur les pèlerios; vaais, à leur retour, il leur avait fallu ^i§Q^r répée , et se résigner à ôtre regardés iiommé iadignes des fondions militaires. Friedrich 1'^ avait perjiûs aux négociants voyageui's de porter une épéc pour se défendre contre les luigands qui les guettaient partout ; «nais il le^r avaiit défcndu de c^iadre cette épéey et il leur fallait la iucr à la selle (4). Ordiuairement lea mai'cbaod&i \es premiers parmi les boorgeoia, ét^nt confondus avec les Juifs comme a'ila avaient été légalement les égaux de ces serfs impériaux (2).
Alai^, tandis que les rapports des villes ieutsches étaient ainsi toujours gênés de plus m pltu, parce ^e la contradiction entre les
HISTOIRE BU rSUPUB AULEMAND.
besoins et les droits devenait plus grand» et plus tranchée, le commerce des marobMds teutschs avec les conti*ées étrangères s'établbsait , indépendant à la vérité de la situation dos villes mémos, mais ep prenant des dévelep* pements tels, qu'il acquit une grande influmiee sur elles, influence qui devait s'aceroltre encore en raisqn de Textension des affaires. D^ les temps les plus anciens, les Teutschs avaient entretenu quelques relations commerciales avec le^s pays étrangers , ainsi qu'on Ta souvent indiqué dans cet ouvrage. Toutefois il serait difficile de préciser le^ rapports avec les peuples du ^k)rd et do TOrient, mais les tt*aces a'en retrouvant assez fréquentes. Depuis le eonlaet des Teutschs avec les Romains dans la guerre et dans la paix, des marchands italiens s'éuient chargés des transactions entre le TeutscMand et le» pays qui appartenaient à remptreTomain. Les villes fondées par los Remaios k Touest du Rhin et au sud du Danube se remptira&l de msrchands d'Italie qui tenaient les affaires , faisaient dos expéditions paît terrset par ner. ' Le commerce fut continué par ces maoeiMmds jusque dans les siècles delà lutte oii weoonba Tempire romain; car on ne combattait pas toiijoiu:s, et tontes le» villes ne furent pas détruites par la guerre. Assurément les villas en masse souffrirent bien des iniortones , et queh]ues-unes subirent d'horribles traileneots; k> commerce fut iateiTompu, entravé ces* stamment et plusieurs fois anéanti; mais, comme l'existence était laissée aux villes , les sources devaient rester ouvertes, ou du moins pouvaient se rouvrir pour alimenter eelte existence. Lorsque les villes romaines furent tombées sous la domination de rois et da peuples teutschs , les marciiands continoére»! l'ancieB commerce ou le reprirent, autant que cela pouvait réussir, selon retendue de leurs forces et de leursL ressources ;. ci ils mireol en pratique , autant que les circonstances le per* mettaient, les piincipcs comoMrciaox qui s'étaient consei*vés dans les jours antérieurs* Après la disparition de la civilisation romrâe des villes le long du Rhin eidu Danube, eivi* iisation qui , à cause de l*usiige de la langue latine dans les transactions publiques , se eosserve beaucoup plus longtemps qu'on ne sermit tenté de le croire, Texpérienee des marcbaads latins passa aux Teutschs, qui stuvireiU fours traces et se c^ltargèrent d'établir les
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