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LIV. XXVI, CHAP. V

se préserver de cette canaille , les marchands durant aassi voguer sur mer en compagnies ; il leur fallut réunir en flottes plusieurs vaisseaux qui pouvaient s'appuyer et se prêter as- ^ sistance mutuellement. Ce fut donc encore une occasion de ligues parmi les marchands. Ces lignes prirent nécessairement une plus grande extension que celles formées entre les marchands par terre; il fallut qu'on les tolérât aussi, ou plutôt il n'y avait aucun motif pour les interdire. Sur les flottes marchandes , que les bâtiments fussent petits ou grands , nombreux ou en faible quantité , il se trouvait sans doute toujoni's une certaine masse d'objets qui devaient être offerts h la vente. Une partie pouvait être placée, Tantre attendait acheteurs. Arrivés dans les pays de langues et de mœurs étrangères , les marchands ne se défaisaient probablement pas de suite de ces objets; ils devaient s'occuper de les faire transporter en lieu sûr. Ils voulaient réunir aussi des objets de retour, et leurs achats na pouvaient se faire à la fois. Il leur fallait encore, pour ces marchandises, des remises assez vastes^ pour les emmagasiner , en attendant que se fit le chargement à Lord , et que le départ pût avoir lieu. Ils cherchèrent donc , non-seulement à Venise et à Londres, mais aussi à Bruges, Wisby, partout où les portait régulièrement leur esprit d'entreprises, où ils désiraient entretenir des relations constantes , à acquérir les bâtiments nécessaires, on bien à en obtenir la possession permanente. Ils avaient coutume de joindre à ces bâtiments une maison qui parfois était la salle de l'association d'une ville teutsche chargée des plus grandes affaires et de la direction du commerce des Teutscbs ; toutefois on l'appelait communément la maison de commerce , et toujours on la considérait comme la maison de la hanse ; Ton y traitait les affaires. LÀ était la résidence spéciale des marchands ; là se tenaient leurs réunions; là étaient étalées les marchandises pour l'achat et la vente, et se faisaient aussi les achats ou les ventes aux étrangers ; enfin c'était là que s'opéraient les payements et les recettes.

Autour de cette maison de la hanse teutsche se groupaient non pas seulement les marchands d'une ville arrivés avec la flotte même , mais tous les marchands du Teutschland qui vivaient en ce lieu ; ils s'y rattachaient spontanément pour trouver auprès de leurs compatriotes plus

de sûreté et de protection , et aussi parce que les gouvernements des pays étrangers leur imposaient peut-être de limiter le cercle de leurs affaires à la maison teutsche. Néanmoins elle ne s'ouvrait pas à quiconque y accourait en se prétendant négociant teutsch. La maison , les greniers , tous les magasins appartenaient à la compagnie qui les avait acquis. Celui qui voulait participer à ces avantages devait être admis dans la compagnie , verser pour subvenir aux frais une contribution dans la caisse commune, et se soumettre aux règlements sans lesquels une telle société n'aurait pu subsister en pays étranger. Peu à peu sans doute ces règlements se formèrent nettement , et s'appliquèrent avec vigueur. Il eût été impossible à une association de ce genre de subsister et de prospérer en pays étranger, sans un ordre sévère , sans la loyauté et la moralité de ses membres. Nécessairement il y survenait des complications qui dans la patrie eussent concerné seulement les partica* liers, mais qui à l'étranger devenaient les affaires de la communauté, étaient dirigées, réglées, décidées par elle. II y avait aussi des infortunes, il fallait sauver tel ou tel membre de l'association ; il y avait des maladies qui réclamaient des remèdes et des soins. Les morts anssientratnaient nécessairement mille incidents, les soins des succession?*, le payement des dettes, le recouvrement des créances , etc. Enfin , nonseulement les marchands qui étaient membres de la société , mais la société entière , avaient mille points de contact avec les habitants de la ville étrangère , et même avec l'État entier auquel appartenaient la ville et ses habitants. Il leur fallait payer des droits pour le bâtiment et les marchandises à leur arrivée , des droits aa départ, le tout compté en monnaies étrangères, d'après des bases arbitraires et changeantes ; dans leur réunion et comme particuliers, l'ignorance des lois, des droits, des moeurs et des usages du pays, la précipitation, la passion, devaient les amener souvent en présence du pouvoir public ; les achats et les ventes provoquaient bien des ca$ âe collision avec les habitants, lis auraient donc été exposés à des punitions et à de mauvais traitements, si la société qui formait un être collectif n'avait pu défendre elle-même ses membres par la prévision , la surveillance et les enseignements et les avertissements , et pris enfin la place de chaque membre pour le maintenir dans son droit et le protéger. Cet en-

HISTOIRE DU PEUPLE ALtÊMAND.

semble, cette surveillance, comment auraient-ils été possibles sans des conventions précises auxquelles cbacun était obligé de se tenir , sans dès hommes h la tète de la société pour appliquer ces décisions d'une manière fixe , d'après iïri ordre établi?

Ainsi, dans le cours d'une génération, s'éleva en pays étrangers une nouvelle espèce de hanse 3e marchands teutschs, avec des statuts arrêtés qiii probablement se transmettaient oralement Aè famille en fandille, avec des institutions et des usages qui , fruits de l'expérience , main- Icnus par le succès , considérés comme des coutumes, obtenaient force de loi sous des présidents et des surveillants , des barse-grafs appelés les anciens; et ces chefs, familiers avec les inœùrs et les Usages dés pays étrangers , maiûîèniiient Tordre, dirigeaient lès affaires, conservaient les institutions^, appliquaient les lois et représentaient partout la société.

Ces* hanses teutsches à l'extérieur avaient iinë vaste étèriâue; tout nlarchand appartenant â la nation et au iiom de^ Teutschs jpouvaily être admis, ou quelque ville qu'il eut sa résidence ; elles formaient en même temps iin faisceau si solide, qu'on pouvait lé briser ptùt5t que le délieh Sans doute la plupart des marchands étaient toujours de retour dans leui* patrie pOur l'hiver; mais assurément tous ii'àgissâieilt pas de même. L'iin était retenu par

Î'ëtat de sa santé , un autre par une affaire non èrminéé; la maison de la hanse exigeait des iurveillahts et des représentants niômc pendant 'biver. Vu ancien restait avec quelques assiskùts 6ù conseillers. La hanse subsistait donc mijours dans la pei-sonne de ces fondés de ibuvoir, et chaque membre y était rattaché ))ar ses intérêts. La maison de la hanse était un piïare siir ieqiiel chaque membre avait l'œil pxô; quand le printemps rappelait sur les ^gties , chac^un savait où il avait à diriger sa iourse . où il trouverait un lieu sûr pour la fcoursiiite de ses affaires. Ce n'était pas seulement les marchands teutschs qui se tournaient iérs cê centre , mais aussi les négociants des .

{iàys étrangers engagés avec eux en des relalons commerciales. La pensée s'élançait au ïoin véH les pays producteurs des marchandises qui éraient,portées au marché ; le regard i^teiloait de plus en plus; un monde commercial s'ouvrdit , dont les parties se réunissaient par des intérêts communs. Et comment

en aurait-il été autrement? Ces hanses commerciales, formées au dehors et pour le commerce extérieur, avec Jours coutumes, leijrs prescriptions, leur direction d'affaires et toutes leurs institutions, devaient agir puissamment sur la vie et les tendances des villes dans le Teutschiand ; elles devaient exciter Tardeiir, vivifier les forces , rendre plus ardent et plus général le désir d'une libre activité et de garanties pour le commerce, enfin préparer les âmes à des résolutions décisives, à des actes énergiques.

Tandis qu*une bourgeoisie libre, qtiî pourtant n'était pas comptée dans la société politique, se créait pour ainsi dire une existe/ice inorale , et allait être appelée de plus en plus il la vie officielle, l'Etat germanique était atteint par la dissolution; la puissance royale disparaissait de la réalité pour ne plus vivre que dans le monde des idées. Friedrich 1**, dont l'esprit avait été si puissant, la main si vigoureuse , avait négligé les droits de la couronne pour gouverner un rtiotide qui n'existait pas «et ne pouvait être créé par lui. it s'épuisa dàris cette œuvre liripofssîble. Ce qtil lui resta de force et d'intelligence lui sdRIt seulement pour anéantir un grand et liobfc ennemiy et jeter son propre fils en des embarras inextricables, lilais il fut impuissant à relever l'empire, à recueillir les droits nîéprisés, à reconstruire le trône démoli pièce à pièce. Les passions vulgaires de tîeinrich Vl n'auraient pu aider l'empire germanique, quand bien même il se serait consacré entièrement à cet Etat , et s'il ne s'était pas perdu si vite par sa propre fureur et la vengeance de là Sicile. Ensuite, le teutschiand fut déchiré par les factions àïx années consécutives , pendant lesquelles aucun des deux jeunes rivaux, ni le Wàiblingen Philippe, ni le Wcif Otto, n'eût le temps ou Toceasîon de s'informer des droits de l'État et de la dignité du trône , où tous deux furent plutôt forcés de céder à chacun des princes teutschs ce qu'il demandait , et donnèrent avec d'autant moins d'hésitation qu'ils ne connaissaient guère la valeur des concessions , et ne se croyaient guère obligés à tenir ce qui leur avait été extorqué ou soustrait. Lorsqu'enfin Otto fut délivré de son adversaire , entraîné par la rapidité de sa fortune, par sa jeunesse et le destin de sa maison , il sacrifia aussi le bien-être , l'intérêt de TEtat germanique au vain éclat de la couronne

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iliipërttile et km pâs^lbhs^ jtis^ti'à (ne qi)c lô fantôme trompeur <)ii'il poiti'suivait $6 fût évanoui, etiju'en définitive qliel(|ues débris à peine pussent étiiB sauvés dans 1â Germanie. Une nouvelle discorde qtti dùrft sit ans ramena les mêmes scènes au milieu desquelles l*£tat n'apparaissait jamais , et te trône, dépouillé dé toute dignité, fut occupé par celui qui , grâce à H protection sacerdotale, sut s'en emparer. Lorsqu'enfln Friedrich il fut parvenu seul à là dignité royale dans le Teutschiand , il ne se soucia pas le moins du monde de TEtat et du peuple du Teutschiand; il attacha le titre royal eu nom de son fils mineur, comme si c'était un vain mot, n'autorisant, n'obligeant à rien. Faute d'alinieht , la lampe brûla toujours pins faiblement, la clarté alla toujours diminuant» et fit place à l'obscurité ; à peine resta- t-il encore assez de lumière pour rendre les ténèbres visibles.

Les princes avaient reculé devant l'éneN gie et rbabileté de Friedrich !•'. Nul n'aurait oft affronter la colère du puissant souverain qlii avait pu enlacer, dompter, renverser à terre Hcinrich le Lion , sinon un prince spirituel et temporel. Et comment les villes dû Teutsohiand, à l'aspect des ruines de Crème et de Milah , à la vue des désastres de Mayence , auràient-elIes osé manifester l'esprit dont elles (talent animées? Elles ne pouvaient que désirer obtenir de la faveur impériale la continuation de leur paisible activité ; et, en face des encouragements donnés par Heinrich le Lioii et les Zœringen aux efforts des bourgeois, Friedrich ne poiivait pas toujours refuser cette fuveiir; car, depuis des siècles, depuis les temps de Karl le Grand, les marchés avaient toujouns été sous la protection duxoi , et avaient assuré au trésor royal un revenu important. Dans le cours du temps, à la vérité, beaucoup de droits royaux s'étaient perdus ; ils avaient été donnés en fief par les rois à des princes de Témpirc , à des ecclésiastiques d'abord, puis à des séculiers; souvent aussi les princes se les étaient attribués sans l'agrément des rois. En conséquence, Friedrich, qui pouvait aussi peu se passer des villes^pour la guerre que dans la paix , dut craindre qu'un grand préjudice ne fût porté à sa cause s'il ne consacrait aucun soin aux villes royales pour les opposer à ses ennemis. Ainsi , sons lui les villes se maintin-

reiit en boaoa situation, et poursuivirent

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mèsië Ibtir ihârché daïts la mhîèVi bti elles ëialent entrôes. Maîâ f'èniperëur Finedriiéll hé- Jk)ussa les villes comme lès t)rihces, ^it les laisser à ehx-mèmcs; il fit sentir à tous quepléfri sonne he pouvait rien édifier ^U'aVeu àcà j^Vo^ près forces. Non-seUlement il négligea l*ëmplrfei mais il le déchira par colère, pàt indirTérencé [ ou dans fe fol espoir de îdii-e ^sortir un ilbuvel édifice mieux ordonné des ruihéâ de rancieril tl divisa les masses de doihaities quelé témpè, avait formées , que la cotitûihe avait r^léés : et en dispersa Ie$ morceaux çà et là, sans lès rattacher au trône par de nouveaux lîehs , oit les retenir les uns avec les autres d'une fliçôil quelconque. H sépara le clroit et le poûVeh^i* dëi dignités, et ise fit un jeii de fa distribbtiôn tth du retrait des titres , sans doute jparte <|tt^, sût^ vaut lui, tous disparaisshient et devaient s'ér néantir devant la dignité impériale. Pat là il força chacun à jeter le§ yeux tout &tltôtir de soi', à 'calculer sa situation et ses ressources ; ëtft peser ce qu'il y avait à faire |^ôur se tndiitëlltf débout sur ses |)ropres pieds en cas de teîb^ pètes. Les villes surtout durent bien rëcorihattlrè qu'au milieu de l'excitation de grahdes passlotii dans les princes , elles âuraiehè des motlfb de hé tenir sur leur garde potit ne pni perdre entièrement ce qu'elles âvtlient gagtiévetlei durent bien reconnaître que, si telles étaient hors d'état de se protéger elles-tiièmeâ ; TBhll se décomposant , elleâ tt)thberaieiit tbotes sOtîâ le pod voir des princes. ]Hâi$, dans ce bas, Il étatt à craindre qUe i si bienveillant tt tà fUVoMbli que tel ou tel prince se f6t montré |)ouf léd efforts des bourgeois , quelque éohcotiré qû^ii eût prêté au développement de lëUrs llbertéè^ elles ne flissent contraintes à servir de petite) vues ; elles ne fussent pressurées et inquiétées dans leur comnlérce daUs 16 Tent^hlâUd lUèffiè^ elles nç vissent ranéaUtissemeUt^ de leurs af-^ ratrës avec l'étranger. Cette conviction dnt fhirè sur elles une impression d'autant plui profonde, que les bases d'une vie civile, pluif libre posées par elles ét&iebt plus lai^ges^ que les institutions sodales introduites peu à petl dans le silence leur promettaient de p\M grands avantages. Ainsi les habitante des pItiM grandes villes dites royales, et surtout les chefil des corporations marchandes, les présidentii des hanses, suivaient d'un œil attentif lit marche des choses, pour saisir tonte occasion favorable qui pourrait se |>réMliter.

Le Teotschland était dans cette situation, lorsque Friedrich 1"' fut enlevé par une mort queToD pourrait appeler heureuse, parce qu'il aurait pu difficilement se maintenir le reste de sa vie à la hauteur où il était parvenu, et parce que tous les tristes souvenirs des Teutscbs s'effaçaient devant la croisade du souverain.

Sous Hcinrich YI rien ne fut changé ni amélioré. Redouté quand il menaçait , fêté où il se trouvait, méprisé là où Ton n'avait rien à craindre de lui , ce roi ne put ni fonder ni rétablir; et comme le Teutschland n'était pour lui, comme pour son père , qu'un moyen et un nouveau but, tous ses efforts n'étaient propres qu'à maintenir dans le Teutschland la situation décrite tout à l'heure, qu'à donner une nouvelle vivacité aux sentiments des villes et des princes dont il vient d*être question; et comme, durant la lutte de Philippe et d'Otto, ces princes ne manquèrent pas l'occasion d'agrandir leurs domaines, d'augmenter leurs droits, de saisir partout où il y avait quelque chose à prendre, les villes ne négligèrent certainement pas non plus de poursuivre leur marche parallèlement, mettant à profit autant que possible les changements si multipliés des choses. Elles s'avancèrent d'un pas rapide. Si les princes arrivèrent à la souveraineté territoriale , les bourgeois de certaines cités devinrent seigneurs dans l'enceinte de leurs murailles et dans leurs possessions au dehors; ils devinrent bourgeois libres de villes libres, en vertu d'actes authentiques pour quelques-unes, par le fait pour un plus grand nombre, jusqu'à ce qu'en définitive la liberté de celles-ci îiij, reconnue, avec le progrès du temps, publiquement et officiellement. Les relations sont trop pauvres pour que nous puissions signaler la marche de ce développement, et appuyer par des preuves et des témoignages ce que Ton croit reconnaître. Nous ne savons pas quelles ressources les villes ont employées^ pour arriver à la liberté, ni ce qu'elles ont fait pour cet objet de leurs efforts , ni ce qu'il leur a coûté. Nous pouvons seulement comparer la situation antérieure avec celle qui suivit, et nous sommes réduits à des comparaisons, à des rapprochements, à des conjectures, pour comprendre la transformation des choses , sans oser soutenir que tout se soit passé de telle ou telle manière. Ce que nous serions en état de présenter comme certain , d'après des témoignages et des preuves sur certaines cités , nous force*

rait à entrer dftns des détails qui conviendraiei^ peu à cet ouvrage. Il faut laisser ce soin aux historiens de villes isolées, ou au moins des villes teutsches en général. Qu*il nous suffise ici de quelques remarques.

Il peut à peine rester un doute sur le bat poursuivi par les villes , les premières à la vérité , et les plus importantes dès l*origine el jusqu'au temps de l'empereur Otto IV. On Ta déjà dit tout à l'heure , elles voulaient être leurs propres maîtresses; en d'autres termes, elles voulaient, délivrées de toute inflaence étrangère, libres de tout pouvoir extériear, avoir leur code, leur administration , leur jorîdiction propres. Elles voulaient suivre leur io« dustcie, leurs affaires, d'après des institutions qu'elles s'étaient données, ou qu'elles se don* neraient après de nouveaux essais , de noavelles expériences; elles voulaient décider ellesmêmes de l'adoption ou du rejet des étrangers, de la collation ou du refus du droit de faoargeoisie; elles voulaient défendre avec leurs armes et leurs propres forces leur vie et leurs biens de la manière qui leur palraltrait la plus salutaire ; exercer librement et en sécurité leur commerce sur toutes les routes, les mers et les rivières où elles auraient l'espmr de faire des bénéfices; et, pour tout cela, elles voulaient se réunir sans empêchement, à l'effet de délibérer, de prendre des résolutions aussi soovent qu'elles le jugeraient nécessaire , et de choisir toutes les autorités et magistratures dont elles auraient besoin; en un mot, elles voulaient former des communes libres et indépendantes. Mais, avant tout, elles désiraient s'affranchir du pouvoir des bnrgrafs et des garnisons sur les* quelles il s'appuyait, de ses officiers et représentants, et ne plus être soumises à la juridiction du comte palatin, du préposé ou d'autres officiers qu'elles n'avaient point élus. Les hommes les plus intelligents avaient sans d^ute des vues nettes et distinctes sur toutes ces choses , quoique la masse moins éclairée , moins formée par l'expérience , ne fût poussée que par de vagues sentiments. Toutefois l'on peut présumer en toute assurance que les rapports qu'elles prétendaient entretdtir avec l'empereur et l'empire, une fois qu'elles seraient parvenues à la liberté, restaient complètement obscui*s pour les villes. Certes il ne leur vint pas à la pensée, pas plus qu'aux princes , de se détacher de l'empire et de l'empereur; elles

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voulaient plntAt être et rester Tilles libres oa * impériales. Klles voniaient donc , cPaprès notre manière de parler, persister à reconnaître la souveraineté de l'empire, et rester membres da grand corps; mais, aux droits renfermés dans cette souveraineté, aux obligations par elle imposées , elles paraissent avoir à peine songé. Dans la marche du temps, elles dépassèrent de beaucoup leur but primitif , et prirent , à ce qu'il parait , ce nouvel élan, quand elles virent le dédain de Friedrich II pour l'empire , l'indifférence avec laquelle il abandonnait des provinces teutscbes à des étrangers, comment il dépouillait le trône de' ses droits pour les remettre aux princes. Quand un bien est livré en proie à tout venant, rarement une main reste inactive , et chacun tire à soi pour ne pas laisser échapper ce qu'il peut saisir. Ainsi les villes qui avaient été les plus heureuses dans leurs efforts allèrent toujours plus loin dans leurs prétentions. Elles firent constamment valoir leur nom de villes impériales, de villes libres, quand elles espéraient obtenir par là quelque avantage; mais elles furent disposées rarement à supporter les charges que l'on imaginait de leur imposer. De même que les princes , avec leur souveraineté territofiale, restaient membres du corps germanique , ainsi les villes voulaient faire partie de l'empire, toutes ayant une existence à part ; elles prétendaient vivre et croître sur le sol germanique , mais sans se confondre danr l'empire , et poursuivre leur but particulier. D'abord elles ne demandèrent que la liberté , comme on l'a décrite , dans l'intérieur de leurs murs; bientôt elles désirèrent étendre cette liberté à des hommes qui vivaient au dehors , dans des limites indécises; ensuite elles conclurent des ligues mutuelles, des banses,Hantôt entre peu de villes, tantôt entre un plus grand nombre, quelle que fût leur situation, pourvu qu'elfes se trouvassent comprises toutes dans. le cercle de l'empire; puis elles ne se Orent aucun scrupule d'admettre dps villes appartenant à d'autres pays, à d'antres États , selon que l'occasion se présentait , on qu'il y avait à espérer quelque avantage pour le commerce et l'industrie; enfin, postérieurement, elles se crurent autorisées à soutenir avec leurs propres forces, pour leur propre compte, sans se soucief de l'empereur et de l'empire , des guerres avec des rois et des princes, à soutenir des luttes, à conclure des traités et

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à exercer une espèce de souveraineté sur les routes , les ileuves et les mers , formant des réunions indépendantes dans les grandes choses comme dans les petites.

Déjà pendant la lutte entre Otlo et Philippe certaines villes purent réussir à se délivrer du burgraf , à se soustraire au palatin, à éloigner tout officier des princes , à s'affranchir par là de la domination et de la juridiction princières, excepté pour les crimes où il y allait du corps, de l'honneur et de la vie. Si la ville parvenue à cet affranchissement avait été considérée jusqu'alors comme ville royale, n'avait été soumise à aucun prince , il parait qu'elle prenait le titre de ville libre impériale ; mais si elle avait appartenu à un prince spirituel on temporel , soit que ce prince l'eût fondée , ou qu'elle lui eût été donnée en fief par l'empereur, alors elle croyait devoir faire partie de l'empire directement, et se nommait ville de l'empire. Souvent, dans les commencements surtout, elles atteignirent probablement leur but avec de l'argent , soit qu'elles l'offrissent comme le prix de leur affranchissement , soit qu'elles fissent un prêt : car les jeunes rois belligérants , aussi bien que les princes, avaient besoin d*argent dans ce temps ; les villes , dans leurs alliances , avaient coutume d'établir ex« pressément , sans doute parce qu'elles regardaient cela comme une mesure efficace contre des burgrafs et des princes oppresseurs ou malintentionnés, que personne ne devrait leur prêter d'argent. Parfois aussi le hasard put les favoriser. L'expérience qu'elles avaient acquise dans leurs associations dans l'intérieur et à l'étranger, leurs institutions, leurs réunions , leurs corporations et leurs gilden, les mettaient en état de tirer facilement parti de toutes les occasions pour se saisir de ce qui était à prendre, et de faire ce qu'il fallait pour conserver et défendre ce dont elles s'étaient emparées. Quiconque, dans ces temps, se trouvait en possession d'un bien , et avait des armes pour le défendre , ne se mettait pas en peine du droit. Au commencement, une reconnaissance authentique était désirable; plus tard, à raison des vicissitudes dans les choses humaines, elle ne fut pas à dédaigner; mais le temps sanctifiait toujours le fait, et remplaçait la lettre et le sceau.

En 4207, le roi Philippe accorda à la communauté des bourgeois de Ratisbonne, à cause

niSTOlRE DU PRUPLE ALLEMAND.

de Ift longtte fidélité ot du dévoùment constant que cette ville loi avait montrés , et qu^ctle Ini témoignehiit à l'avenir , avec I aide de Dien , pour rhonncur et rtitilité commune de ladite ▼elle, un acte dans lequelil fait d'une main libérale d'importantes concessions , reconnaissant son droit communal et ses coutumes.

Probablement voilà les stipulations les plud importantes de cet acte : « Les bourgeois de Hatisbonnâ doivent avoir la faculté d'élire librement un maitre bourgeois, appelé communément hansgraf, lequel, eu vertu de sa charge, doit maintenir les droits et les cou<tûmes des bourgeois dans les marchés ; et s'il trouve dans l'intérieur de la ville quelque chose à régler, les mesures ne peuvent être prises ^ne d'après les institutions civiles et avec l'agrément des habitants de la ville (5) . En outre, nous leur accordons et confirmons tous les droits et le^ bonnes coutumes qui leur avaient été conférés par notre père ou notre frère , et personne ne pourra jamais être investi de l'autorité d*abolir cette confirmation on d'y porter erimidellement atteinte. » De tels acteà doivent aVoir été donnés fl plusieurs villes, à un grand nombre même; car désormais, et surtout vers le milien de ce siècle , se présentent des autorités et des magistratures libres , élues par les bourgeois eux-mêmes; des biirgers meisters, des consuls, des avoyers, des trésoriers et antres des conseils et des communes, apparaissent, et les présidents, les fonctionnaires, sont désignés comme seigneurs. Et quand ces noms se trouvent au milieu du siècle, le langage n'indique pas que les institutions auxquelles ils se réfèrent soient nouvelles : les seigneurs, dans les villes, suivent plutôt les négociations et les affaires publiques comme s'il s'agissait de choses pratiquées depuis longtemps et connues par l'usage. De quelque manière que la liberté des villes se soit élevée « {lar achats on au moyeu de prêts, par des enyahissements et des actes de violence; qu'elle ait été confirmée authentiquement, ou qu'elle ait acquis sa valeur silencieusement et à l'aide du temps , il n'y' a pas de doute que dans le premier tiers du xiii'' siècle beaucoup de villes possédaient déjà une existence propre, et qu'elles étaient devenues sinon libres, du moins villes de l'empire.

Et dans ce temps elles faisaient déjà un tel

Qsago do cette existence ^ que les princes de

l'empiré s'inquiétèrent pont 6ttx-inAmâ ^ et que dans leurs alarmas ils éditent reconn tantôt an roi Ueinrich , fantôt à son père 1 empereur Friedrich. Ils paraissent avoir craint que les choses n'allassent dans le Tentschiand comme elles s'étaient passées en Italie ; que ie système féodal, que la dignité, la puissance piincières ne pussent longtemps subsister <jlevant l'ardeur sans cesse renaissante avec laquelle les villes poursuivaient leurs elToKs : car ces villes commençaient non-seolemeht à donner le «droit de bourgeoisie à des hommes demeurant en dehors de leurs murailles , pour accroître ainsi leurs forces, étendre leur iiberté; non-seulement elles admettaient dans leur sein les gens des princes mortaillables et serfs , et augmentaient ainsi le nombre de lenrs habitants ; mais elles se mettaient aussi à faire des ligues entre elles , pour se protéger mutuellement, pour tenir en iiespect leé princes mai disposés contre elles, pour aider chaque membre de la confédération à soutenir son droit, pour procurer sécurité à leur commerce avec des ressources communes , sans avoir besoin d'escorte ou de sauf-conduit des princes (4)^ Dès l'année ^226, l'archevêque Sifrid de Mayence porta une double plainte devant le roi Heinrich; d'abord contre la ville d'Oppenheim , qui avait accueilli des gens de l'archevêché; en second lieu, contre les villes de Mayence, Bingen, Worms, Spire, Francfort, Gelnhausen et Friedberg, qui s'étaient liguées par serment au préjudice de l'églisd de Mayence. Dans une réunion de princes à Wurtzbourg, où se trouvaient, outre l'archevêque Sifrid, deux archevêques, sept évêques, trois abbés, et, parmi les princes séculiers, le duc Louis de Bavière et le iandgraf Louis de Thuringe, le roi rendit une ordonnance qui enjoignait à la ville d'Oppenheim la restitution des hommes de larcheFéque de Mayence , lui défendait d'en accueillir d'autres, et prescrivait la dissolution complète de la ligue.entre les villes ci-dessus nommées.

Mais une telle ordonnance peut être considérée seulement comme un témoignage de l'état des choses dans ce temps. Des ordres et des prescriptions, des paroles faciles à prononcer n'acquièrent leur signiûcation que par le pouvoir avec lequel on les fait valoir; et l'on manquait de ce pouvoir. Si Oppenheim obéit , si la ligue des si^pt villes fut en effet dissoute,

ee fait n'arrêta nuUemeat lo développement de

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la liberté dltlle ■ petit-étre même V^ceéUt^^U il. La rcicine était vivace , le tronc ^aifi ; les brancheis â^éteDdaient de plus en plus sar fà patrie ; le dorïihiage n'était pas bien grand si fin raitïéfsin étaîl eonpé çà et là ; il y avait à peine un vide appréciable, la Itiinière et Tc»pace appfelaient de nouvelles pousses et provoquaient relancement de la séve«

En efTet , les princes paraissent avoir bientôt reconiiii qu'ils armaient tous de semblables motifs de craindre les envahissements des tilles. En 1252, ils poussèrent le jeune rôi à tine ordonnance générale qit\ porte témoignage snr ee point. ÔtUfe les dispositions dont il a déjà été question ci-dessus, on peut en tirer, relativement ant villes, les citations Suivantes : « Les serfs des princes, des nobles et ûës feddsttatres de^ églises, ne doivent trouver aucun accueil dans nos villes. Les propriétés et les ûefts dbift nos villes auraient pris possession dtiivent être restitués aux prihces, anx liobles, aux fendataires et aux églises, et Jamais désormais ne pourront être saisis de Id sorte. Kous n'empêcherons nous-mèmo ni par les nôtres J'escorte fournie ^ar les princes à travdris leur pays, et nous ne souffrirons pas qde l'on ruine ce droit. Nul ne doit être forcé par hos àvoyers à restituer ce qu'il aurait reçu de gens non établis encore dans nos villes , on a'vant que ces gens ne fussent soumis immédiatement à l'empire. Dans nos villes ne doivent être admis sciemment ni coupables, ni accusés, ni condamnés; ceux que Ton aurait accueilli^ devront être repoussés. Nous ne voulons faire frapper dans les domaines d*ûn prince aucune monUaie qui pourrait faire perdre de la valeur aux monnaies de ce prince. Nos villes ne doivent pas étendre leur juridiction au delà de leur enceinte. Dans nos villes, le plaignant doit Suivre Taccnsé devant le tribunal; là oiV l'accusé ou le principal débiteur est trouvé , là il doit répondre à la justice. Nui ne doit accepter en gage des biens dont quelqu'un est Investi en fief, sinon avec l'agrément du suzerain. Les gens qui demeurent dans nos villes doivent payer à leurs seigneurs et à leurs prévôts les revenus accoutumés sur les biens situés hors de l'enceinte, » Toutes ces dispositions et d'autres encore furent conGrmécs , l'année Suivante , par l'empereur lui-même, et la confirmation fut revêtue du sceau de la majesté impériale, Il est )iors de doute que cette fois il

ne fut nullement question d^éventsalités^* ttais de cas précis, parce que les princes avaient élevé des plaintes ^r ces points. Il est done clair que les villes qui s'intitulaient villes lm« pénales, et que l'empereur appelait ses villes, firent tontes sortes de tentatives pour faire valoir leuf libeHé, à peine acquise, contre ceux dont Tépée les avait tenues si -longtemps en crainte.

Mais, vers le temfjs même oti l'empereur approuvait l'ordonnance de son fHs, on pouvait bien avoir déjà entrevu qu'il ne serait paà possible d'arrêter le fleuve dans son cours, tout en essayant de lui opposer çà et là des digues; mais qu'il fallait le laisser rouler librement , on chercher à boucher les sources d'crti il sortait et qui l'alimentaient. Mais ^ui aurait osé faire une telle tentative? A la vérité, l'on attribua à l'empereur Friedrich 11 une ordonnance de . 4232, rendue à Ravenne, mais |luUiée à Aqoilée dans lé Frioul, dont le but tie pouvait être que d'anéantir le système féodal danâ toutes les villes du Teutschland, et de mettre cntièi*ement le destin de ces villes dans les mains des archevêques et des évoques; mais qui n'est pas confondu par une telle ordonnance ?

Dans l'introduction à cette constitution im-» périale, ainsi <|ue se nomme cette dlrdonnance^ sont exposés les motifs avec une certaine em-> phase. « 11 corivient à la majesté impériale , dit Friedrich, tion-seuiement de maintenir et de protéger dans leurs anciens droits ceux par le moyen desquels l'empereur a obtenu la plénitude du pouvoir» et dans lesquels consiste l'élévation de sa gloire , mais encore , autant que le permet l'équité et que le conseille la prudence, de les honorer, de les décorer, de les parer de nouvelles grâces. Mais certaines pratiques odieuses ont passé en usage dans le Teutschland , déguisant l'iniquité sous le man* tcau du bon et de l'utile. Par ces coutumes, des atteintes sont portées aux droits et à l'honneur des princes de l'empire , et l'autorité impériale elle-même en serait affectée ; mais il m'appartient de veiller à ce que ces coutumes, que je tiens pour pernicieuses , ne subsistent pas plus longtemps. Comme nous voulons que nos bienaimés princes jouissent pleinement des privilèges et des faveurs qu'ils ticnnetit ou qu'ils tiendront à l'avenir de notre souveraineté,

qu'i)6 les possèdent dans |a plus grau4e traa^

qnîllité , nons déclarons comme nuls et nous supprimons dans chaque ville .du Teutschland les conseils communaux , les bourgmestres ou recteurs, ainsi que tous autres ofGciers qui ont été établis par la commune, sous quelque nom que ce soit, sans l'agrément des archevêques ou évêques. Nous supprimons également et anéantissons toute corporation d'artisans , sous quelque nom qu'elle existe (5). Nous ordonnons en outre que dans chaque ville où se bat monnaie il n'y ait ni achat ni vente de marchandises ou de vivres , sinon avec les deniers qui sont généralement introduits : car, depuis les temps anciens , l'institution des villes et de tous les domaines conférés par la souveraineté impériale a été attribuée aux archevêques et évéques, et elle doit leur demeurer inféodée pour jamais à eux ou à leurs officiers. Mais, afin de prévenir toute irrégularité et tout abus, nous déclarons de ce jour pour nuls et de nul effet tous les privilèges , "toutes les chartes publique et privées , qui ont été accordés par nous , par nos ancêtres , et aussi par des archevêques et des évêques , soit à des particuliers , soit h des villes. Nous ordonnons que désormais ni grand ni petit, ecclésiastique ou laïque, n'ose contrevenir à la présçnte constitution , et que celui qui aurait l'audace d'y porter atteinte supporte une amende de 50 livres- d'or pur payables à notre fisc. Pour la fortifier davantage, etaûn qu'elle soit toujours en vigueur , nous l'avons fait revêtir du grand sceaq de notre majesté dans la bulle d'or. »

Telle est la constitution en tête de laquelle on trouve le nom de Friedrich II. Mais qui peut comprendre que Friedrich , prince dont l'esprit avait une portée si grande , dont Tintelligence était si nette, eût pris la responsabilité d*une telle loi ? On serait disposé à regarder l'acte comme supposé du commencement jusqu'à la fin, par considération même pour l'empereur, si les plus puissants témoignages n'attestaient son authenticité. Dans sa situation critique en Italie, en face des Loml^rds menaçants, l'empereur put bien regarder comme une chose très-grave Taudacieux esprit d'envahissement des villes teutsches. En réfléchissant sur ses rapports avec son fils, sans doute il jugea prudent de montrer aux princes leutschs qu'ils pouvaient être assurés de toutes sortes de faveurs de son* côté; mais il était pourtant impossible qhe Friedrich se dissimulât qu'en

raison même de sa position en Italie et de ses relations avec son fils , il était absolument hors d'état de donner à ses ordres la force exécutoire ; il connaissait aussi trop bien l'esprit des villes pour avoir cru que ses paroles, résonnant au loin , suffiraient pour imposer aux bourgeois de toutes les villes. 11 dut se dire que tout ce bruit resterait sans résultat. Et comment concevoir qu'il se soit ainsi résolu h prononcer ces vaines paroles? Dans le fait maintes circonstances provoquent le doute sur l'authentiaté de l'acte, ou plutôt certaines choses fortifient le doute qui déjà s'était éveillé. Quelques termes s'écartent du style de ce temps ; d*antres sont étranges pour les idées qu'ils doivent indiquer. La pièce, dans son ensemble, présente un travail d'imitation; l'époque et le lieu de la rédaction sont . diversement cités; enfin d'autres actes que Tempereur doit avoir rendus, soit pai* le contenu, soit par le temps, ne peuvent être mis en accord avec celui-ci. Si l'on voulait admettre la pensée d'une falsification , l'on ne pourrait non plus s'empèeber de songer à l'activité de la main des prêtres sur \d Rhin , dont l'habileté en ces sortes de matières s'était déjà manifestée (6). Et une telle tentative ne serait pas inexplicable : depuis longtemps les évêques étaient partout, et particulièrement sur le Rhin , en procès avec les villes de leurs sièges; ces procès étaient nés de. causes diverses, mais n'avaient qu'un seul but; dans le moment même plusieurs prélats, entre autres l'archevêque de Mayence et l'évéque de Worms, étaient en lutte ouverte avec les villes qui s'efforçaient d'arriver à la libellé et à Tindépendance. Le roi Heinrich , comme on Ta raconté, avait prononcé , l'année précédente, soit spontanément , soit d'après le désir de son père, la déclaration que les villes avaient formé des institutions municipales sans y être aucunement autorisées; que nul prince spirituel ou temporel , que lui-même ne serait autorisé à permettre d'établir de trllcs institutions ; que ce droit était réservé exclusivement à l'empereur; mais que ses propres relations avec son père l'empereur étaient d'une double nature , et que personne ne pouvait pinâvoirà quelle solution cela pourrait conduire. Dans une situation aussi incertaine, il était d'une assez grande importance de jeter, pour les éventualités possibles , une confusion légale sur les idées de droits et de devoirs relativement

UV. XXVI,

aux villes, afia qnest la souyeraineté de Tempirc sur les villes se perdait eDtièrcment, la domination de TÉgiise pût s'établir sur toutes , les cités, ainsi qu'elle s'était fondée sur la Rome impériale.

.De quelque façon que les choses se soient passées , quelque résolution que l'on adopt&t en général, et quelque entreprise que Ton exécutât contre les villes , certaines cités vécurent en mauvais termes avec les princes , quelquesunes enrent à supporter des persécutions; Ton en vit çà et là perdre de nouveau la liberté qu'elles croyaient tfVoir assurée , ou ne la sauver qu'en partie. Mais Tesprit municipal , l'esprit de liberté civile n'est pas étouffé , n'est pas même arrêté en général ; il est plutôt fortifié d'année en année , et devenu plus énergique dans son développement. Non-seulement les villes se sont formées en communautés libres et indépendantes derrière des murailles et des fossés , mais elles n'ont pas cessé de se liguer pour protéger pluspuissammentleurs communications avec lesressourcescommunes, et donner plus d'extension à leur commerce. Dans le second tiers de ce siècle , ainsi que le prouvent des actes authentiques , un grand mouvement se manifesta dans les villes par tout le Teutschland, depuis les sommets des Alpes, jusqu'aux plaines basses du littoral de la Baltique et de la mer Germanique , de l'Oder, des frontières de la Bohème et de la Hongrie à la limite de la France. Des hanses s'élevèrent en grand nombre ; des villes voisines s'allièrent d'abord enive elles, puis une première ligue s'unit à une seconde, à une troisième, à une quatrième, et toutes fondèrent une vaste association établie sur des principes inviolables de communauté loyale et de probité commerciale. Après le milieu du siècle, parmi ces associations de villes, la ligue des cités du Rhin s'éleva à une. hante importance , et dans le Nord commença à se former cette grande confédération qai, aprà^ quelques générations, s'étendit par delà les frontières du Teutschland , comme on l'a déjà remarqué, *sous le nom de hanse germanique, exerça une domination imposante et redoutée , fit abaisser les pavillons des rois qui lui lai^rent interposer sa médiation d'une manière décisive dans leurs querelles.

Qui pourrai! contester qu'il y a un grand enseignement à tirer des événements au milieu desquels les villes du Teutschland acquirent

CHAP. V

l'indépendance ? Ce sont de grands faits que ces apparitions de hanses qui agirent sur la marche des choses , sur le développement de l'esprit, d'une manière inappréciable pour une intelligence humaine; mais, quand on est dominé par le désir sacré d'une unité vivace du peuple teutsch, quel'on aspire à voir une patrie grande, forte et libre, on ne peut se défendre d'un sentiment douloureux à l'aspect de cette élévation des villes à l'indépendance : car; par la formation de cette existence à part des communes , l'empire germanique, sous la bannière duquel un peuple teutsch , une patrie teutsche étaient possibles, se divisa de plus en plus dans ses parties ; les bornes , les séparations se multiplièrent; les âmes des hommes furent troublées, divii^ées, parce que dans l'intérieur des murailles l'arbitraire trouvait en face de lui Tamour de la liberté fortement alimenté ; au delà de ces enceintes, les ordres des seigneurs feudataircs devaient être obéis par les colons, les mortaillabies et les serfs. Les ligues urbaines, enfin, devaient occasionner nécessairement des débats, provoquer d'un côté l'orgueil et Tinsolence, de l'autre la colère et de sombres ressentiments, et de la sorte entretenir l'ancienne confusion au milieu de laquelle ne pouvait s'accomplir aucun progrès national. Mais la vie des peuples et des États ne doit pas s'apprécier selon les vues et les sentiments des individus , et les désirs qui s'élèvent dans le cœur des fils ne peuvent s'appliquer pour mesurer les événements auxquels participèrent les ancêtres. C'en est fait maintenant d'un peuple teutsch uni et compacte au moyen d'un puissant État germanique. Le grand et puissant Etat dont l'existence* fut réelle, auquel rien ne manqua qu'une administration dévouée, fut abandonné par plusieurs rois, entre autres par les Hohenstaufeu , pour un autre empire dont la majesté n'existait que dans l'imagination, dans des traditions mal interprétées , dans l'intérêt de l'Eglise et de la papauté. Dans un Etat unique comprenant tout le peuple teutsch, les villes, sous la garde et la protection de rois puissants, auraient pu sans doute subsister et progresser comme membres du grand corps ; elles auraient acquis une situation libre et bien mesurée, où, recevant et donnant sans cesse, elles auraient vécu de la vie nationale , contribué à former la patrie commune. L'Etat s' écroulant au contraire , la population se morcelant , la patrie

tombant 00 di«olotioii , une vie civile , des mouvemeots exécutés par les bourgeois n'étaient pas possibles sans indépendance , sans ligue des villes. Négligées ou abandonnées par Tempereur, entourées d'ennemis avides et me» naçants, les villes n'avaient qu'une alternative : ou bien il leur fallait passer sous la souveraineté territoriale d'un prince voisin , spirituel ou temporel , ou bien elles devaient se poser en communes libres en face des princes, et chercber à protéger leur indépendance par tous les moyens, couvrant Taudaciense entreprise par le nom impérial. Dans le premier cas , elles apeit^vaient , sinon l'anéantissement , do moins la réduction de tout ce qu'elles avaient acquis ; leurs institutions sociales ne paraissaient pas pouvoir subsister devant la puissance des princes, leur industrie pouvoir profiter en fece des besoins et des efforts de ces advei*saires. Mais leur commerce principal, source do Texistenee communale, no pouvait trouver aucune voie dans les limites étroites des sei«gncurs de petits domaines , et en dehors de ces limites il devait être ruiné par les sauF-con-i duits, les droits et les empêchements de tonte nature. Ainsi , réilécthissant h Tabondanco des ressources qui jaillissaient d'une source inépuisable , de leur activité; songeant en outre que derrière leurs murailles elles trouveraient protection, et offriraient même un abri à d'autres , à des hommes de Tordre des chevaliers ; se disant enfin que le poids d'une épée n'était pas trop loufd pour les bras des bourgeois, elles prirent la résolution hardie de 's'aider elles-mêmes, de briser le joug de l'assujettissement, de vivre et de mourir en hommes libres.

La liberté antique, fondée sur la propriété offlotelle , conciliable avec tous les nobles sentiments du cœur humain, qui avait animé les Teutscbs lorsqu'ils apparurent, treize siècles auparavant, sur le théâtre de Thistoire, a'tte liberté avait été altérée, mutilée, détririte dans la lutte de cinq cents ans soutenue eontre les armes et les artiGces de Rome. Les restes de cette liberté échurent aux vatnqiieurs des débris ensanglantés de Tempira romain, en récompense do leurs exploits et de leurs sacrifices. Après trois siècles d'effroyable confusion, elle fut anéantie ou défigurée au point de devenir méconnaissable. .

Ikfm 9 le système féodal , eo poids écrasant,

avait été jeté sur fe peuple teutsch , opprimant toute propriété légitime, mettant la liberté da service à la place de la véritable lil>erté , arrêtant, en vertu de sa nature négative, tout * progrès intellectuel. Si l'Eglise, en lutte avec le pouvoir temporel , n'avait pas excité ^ entretenu la vie spirituelle ; si un enthousiasme religieux n'avait pas soulevé ou brisé los liens de fer qui enserraient la société humaine; si la vie commune entre beaucoup d'bommcs placés derrière des fossés et des murailles n'avait pas aiguisé l'intelligence , stimulé l'activité , le fleuve antique, aux eaux transparentes, serait allé se perdre dans une mer morte. Mais maintenant , au milieu des vassaux qui s'oubliaient jusqu'à vouloir être souverains eux-mêmes au lieu do se soumettre à l'État , s'éleva pour les affronter un monde de communes libres qui offrit aux. hommes opprimés Toecasion de développer les forces qui étaient en eux. C*é(ait l'esprit primitif du peuple teutsch qui se manifestait dans ces communes , et ckercbait avec des efforts admirables à réparer le temps qn'U avait tristement perdu dans le serrage. Ce qui fut gagné en moralité, en civilisation , dans les sciences et dans les arts, tout cela est sorti des villes, ou bien a trouvé encouragement, alimentation dans Fenceinte de leurs murailles, jusqu'à ce qu'enfin le monde du vasselage, reculant devant la civilisation 00 pénétré par elle, livra la place à la liberté générale, et parla fit cesser la nécessité de l'indépendance des

villes.

CHAprruE vî.

CHANGEMENT D.VNS LA SITUATION DE TOCS LES VASSAUX , OPERE PAR LA SOUVE- RALNETK TERRITORIALE DES PHUtCBS.

<^— 0RGANI8AT10N Dfi LÀ N0BL£5SK TEUT8CIIE. — NOUVEAUX GODBSi — LB MIROIR DE SAXE.

L'an 1360.

La décadence du pouvoir royal dans le Tenisehiand s'étant opiérée peu à peu dans le cours de cinq généra tioas, sioMiitanémeBtavee celte décadence oh peut signaler l'élévftlîoa graduelle de la souveraineté {erritorialo des prinees; quant à l'indépendance des villes, elle fut lonQueoMiit préparée*^ Toutefois , (oauM on

UV. XXVf,

ne poimât plus se disrimiiler rabaissement de k Foyanlé , il fallait bien reconnaître la souveraineté des princes ; alors le troisième élément apparut à tous les yenx, et Ton s'aperçut q»un changement immense, inouï, s'était opéré* l^out individu y de quelque ordre qu'il fût, à (fuelqoe classe qu'il appartint, se tiXMiTa entraîné dans de nouveaux rapports, et un autre avenir à peine soupçonné par les races antérieures se dressa devant les ragards du penseur ; car uae liberté nouvelle , qui n'était pas attachée à la terre» qui no dépendait pas du service de* Tautol ou du tr6ne , d'nn^ nature toute morale, i*eposant sur Tesprit et l'activité de rhomme , et qui par conséquent ne pouvait être renversée qu'avec l'homme lui-même^ avait pris place dans la vie, attirant, séduisant, animant tout do' son souffle. Et comme, par le développement ou plutôt par la complèle tl'aiisformationdei'ancien état des choses, to«s les rapports de la vie sociale étaient affectés, de m^me le nouveau, lorsqu'il ne fut plus possible de le méconnaître , dut exercer une grande, une ineonteslablc influence sur toutes les relations sociales , et entraîner des conséquences importantes. La lutte de nouvelle . espèce qui était engagée dut se poursuivre , et , à la manière des choses humaines » continuer durant des siècles encore, comme en effet elle n'a pas cessé jusqu'à ce jour. Ce qui était ancien dut conservâr ses honneurs dans r£glise eqmme dans l'État; le nouveau dut subir ses épreuves, contester leurs droits à toutes les choses. £t les étranges contradictions qui se produisaient partout, mais que peu de regards signalaient, qui ne frappaient personne, entre* tenaient des frottements continuels , offraient des motife et des occasions multipliés de coa-^ tinueroude renouveler la iutle. Les eilortsdes hommes devaient se croiser en tous sens : car il s'agissait non pas seulement d'avancer ou d'étnestationnaire ; bien de^gens, qui pensaient que ce quû existait ne pouvait se maintenir , auraient «ieux aimé reculer que marefaer en avant, et, plutôt que de reconnaître le nouveau et do le favoriser 9 auraient préféré mettre à la plaoe de l'aneien du plus ancien encore. Il n'est besoin ici que de mentionner quelques circon^ élances qui^ s'accordent parfaitement avec ee qui vient d'être rappelé, se produisirent dans eetenps, et agirent puissamment sur la forme date, via soeiftle^ et Ton ne peut gnèrt les «î«

CHAR VI

gnater que relativement à leur origine et à leur importance.

Depuis trois siècles qu'Otto 1*^: , applaudi d'abord à cause des services de son illnstm père , puis ébloui par l'éclat de trois couronnes, fasciné par les mœurs slaves de la cour de Byzance, était arrivé au dernier degré do Ve%9à^ tation de l'orgueil , dans le Teotschland s'était introduit jin cérémonial étrange qui bientôt | pratiqué h la cour impériale, se substitua aux anciens usages , et força la simplicité nationale à se retirer devant les prétentions de la fausse dignité. Des locutions rafOnées prirent la place du langage laconique de la vérité^ et une adroite génuflexion mérita plus de faveur qu'une môle attitude. En se formant à ces ma«> nières , on obtenait auprès de tous ceux qiii se croyaient grands, ou qui aspiraient à de grandes choses, beaucoup plus que par une intelligence développée, des connaissances et du savoir. Mais une telle éducation ne pouvait être reçue que par les flis d'hommes haut piaeés) en conséquence les études sérieuses étaient abandonnées , sauf quelques exceptions , aux gens des classes inférieures qu'un sentiment intérieur poussait aux sources sacrées, et qui avaient besoin de consolation dans leur bumi# liation. Au déploiement des belles manières était attachée l'idée d'une haute naiss^noe^ avant de s'informer de oe qu'était un homme, on demandait quel était son père, quelle était sa descendance. Une famille élevée avait plus de valeur que l'intelligence , la vertu , Ja eapa« oité. L'Église elle-même n'était pas exempte de ce vain orgueil. Les choses saintes pouvaient toujours être administrées par les mains d'hommes partis des rangs inférieurs, et les consolations de la religion arriver aux âmes souffrantes de la bouche d'un prêtre de basse naissance; mais les dignités de TÉglise^ qui fournissaient à l'homme noble l'occasion elles moyens de soutenir la vérité et de faire le hien^ n'arrivaient guère qu'aux sujets pouvaBt se glorifier d'une haute naissance. Tandis qqe le saintrstégo de Rome était encore accessible aax hommes des dernièi'es classes qui se distior gaaient par leur intelligence et leur savoir > Tardeur de leur piété et la pureté des ttoeurs; dans le Teutschiand, les évêebés, les abbayes > tous les bénéflces passaient eacore, autant que possible, en la possession des fils de girandes fmmilm. A la vérité les rois et lee eÉHf^troun

HISTOIBE DU PEUPLE ÂLLEHÀND.'

de la maison do Franconie tantôt combattis rent franchement ces tendances, tantôt les

dédaignèrent, et montrèrent encore sur ce point leurs noble^ sentiments ; mais les désor(ires infinis qui éclatèrent sous Heinrich IV paralysèrent leurs forces, et déjouèrent leurs projets. Les Hohenstaufen, au contraire, entretinrent Torgueil et l'encouragèrent avec une prédilection toute particulière. Comme ils cachaient volontiers leur propre origme , sans pourtant la nier , afin de ne point paraître des parvenus ; qu'ils se donnaient comme appartenant à la race des rois de la dynastie franconienne, la descendance d'une souche antique , connue par des honneurs élevés et de grandes possessions, était auprès d'eux la meilleure recommandation. Ceux-là seulement devaient être abaissés, qui étaient assez élevés pour tenter de s'égaler à eux.

Au milieu de telles dispositions, l'échelle des honneurs et des dignités sociales reçut non pas légalement, mais dans' les moeurs et l'usage, de nouveaux degrés. Les descendants d'hommes qui s'étaient trouvés égaux étaient ensuite bien loin les uns des autres , l'un sur le dernier échelon, l'autre sur le plus élevé, sans qu'il y eût faute ou mérite ; tout était le résultat de la fortune et du hasard , de la faveur et de la négligence , des eaprices ou des passions de ceux dont les mains dispensaient les honneurs et les dignités. £t lofô même que le temps amenait des changements multipliés, renversant le puissant de la hauteur où il siélait cru assnré, ceux qui se trouvaient en bas n'osaient guère espérer qu'ils parviendraient jamais, à force d'ardeur, de savoir, par des exploits et des actes de vertu , à grimper assez constamment pour atteindre le sommet de l'échelle.

Un tel état Se choses était bien propre à disjoindre le monde des vassaux , et enfin à confondre la société , à jeter en bas ce qui était en haut : car les derniers, qui étaient par euxmêmes les plus forts, possédaient les éléments propres de leur force, tandis que la puissance des premiers reposait sur les derniers. Personne ne pouvait dire non plus comment les choses se seraient disposées si le monde des vassaux avait été abandonné à son propre développement ; mais certains éléments qui n'avaient pas leur germe dans ce monde agirent sur lui, rétinrent ensemble ce qui menaçait de 8c disjoindre, et fortifièrent par de nouveaux

liens ce qui paraissait devoir se rompre. D'abord l'Église, quoiqu'elle s'opposât scavent à la royauté, était entrelacée étroitement avec l'État, et ne trouvait que dans le maintien da système féodal , tel qu'il s'était développé y les moyens de sa propre conservation , de la domination qu'elle avait acquise ou qu'elle s'était efforcée de conquérir. Elle n'avait aacun scrupule à imprimer le cachet du ciel sur l& choses terrestres, et, selon la croyance de ce temps, rarement l'authenticité de ce cachet était mise en doute. En second lieu, l'enthousiasme qui produisait et entretenait les croisades élevait aussi au-dessus de toutes les divisions de la vie terrestre , et devant la mort qui frappait des milliers d'hommes lancés dans la sainte entreprise par les impulsions da cœur, il n'y avait ni grandeur ni humilité; tous marchaient , combattaient et tombaient comme des soldats du Seigneur. Troisièmement, maintenant se formèrent dans la Terre- Sainte des ordres de chevalerie spirituelle, des confréries guerrières et religieuses, qui portaient en elles tout l'esprit des croisades, la piété et l'ardeur belliqueuse, et réunissaient le sacrifice et l'action. Comme deux , trois associations existaient juxtaposées, qu'elles voulaient acquérir de la gloire et des richesses, par l'effet de l'émulation, de la rivalité , de la jalousie, de l'envie, ces ordres s'écartèrent peu à peu de leur esprit originel , et , dans le progrès du temps, succombèrent sous les coups des puissances terrestres. Ils offrirent même des foyers où s'alinnentaient le faux orgueil , les prétentions de Tétiquette vaniteuse, et s'appliquèrent ensuite à ne remplir leurs rangs que de jeunes gens et d'hommes de haute naissance. Mais ils restèrent assez longtemps dans une situation intermédiaire, et ouvrirent même leurs établissements au guerrier éprouvé, sans d^ mander quels avaient été ses ancêtres* Quatrièmement , lorsque les sentiments élevés eurent disparu de ces ordres, qui se livrèrent entièrement à des intérêts terrestres, à de vaines passions , déjà ils avaient agi puissamment sur les peuples de l'Europe , et contribué fortement à faire transformer le service féodal à cheval en une chevalerie qui , sans offrir les vertus de la fraternité, avait pourtant cela de commun avec Tassociation, que le nom et l'honneur devaient être conférés , et non pas acceptés par un individu. Cette cbevalerie était

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