‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 109 sur 165 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

LES TRIBUNAUX VEHMIQUES.

L'an 123e.

Parmi tous les peuples teutschs , les Saxons

avaient conservé avec le plus de persistance le caractère et le type da la race teutschc , et s'étaient le moins mêlés avec les nations étrangères. Eux ou leurs pères avaient fait le plus pour préserver ce caractère. Ils avaient brisé le joug imposé par Rome sur la Germanie , et avaient sauvé le peuple teutsch et le monde du servage général. Ils avaient lutté pendant toute une génération contre le puissant conquérant Karl le Grand , et ils n'auraient pas succombé sous l'effort de ses armes, s'il n'avait pas employé le zèle des prêtres et des moines pour les courber devant la croix , et les accoutumer à là sujétion. Réunis aux Frisons, ils avaient opposé une digue aux irruptions des terribles Normands, et repoussé des frontières tcutsches ces audacieux aventuriers. Les premiers ils avaient tiré une vengeance sanglante des hordes dévastatrices des Hongrois, châtié l'insolence de ces barbares, ramené le reste des Teutschs au sentiment de leurs forces ; ils avaient formé le boulevard avancé du Teutschland, contre les iuvasions des nations slaves, par une suite de markgraviats le long do l'Elbe; par eux la Bohême s'était rattachée à l'empiré germanique, les Polonais avaient été contenus, le pays entre TElbe cl l'Oder avait été conquis , les côtes de la mer Baltique jusqu'à Tembouchure de l'Oder avaient été acquisesauTeutschland; la civilisation, la langue, les mœui*s germaniques s'étaient étendues au loin sur ces côtes jusqu'au golfe de Finlande ; et de même qu'ils avaient, dans les anciens joui*s, fondé un État en Bretagne et implanté dans cette lie leur genre de vie, leur langue, leurs mœurs , leur liberté, si fortement, que , malgré d'effroyables ébranlements, malgré* le système féodal le plus vigoureux introduit par un conquérant étranger , le véritable caractère, les vraies allures teutsches s'y sont mieux conservés que dans le Teutschland même, et que le nom saxon s'est maintenu glorieux et respecté auprès du peuple si fier et si grand de l'Angleterre; de même ils avaient aussi imposé leur nom à une grande partie du Teutsclîtand qui s'étendait de IJiider à l'Erzebirge , jusqu'à la forêt deThuringc et jusqu'à la Diemel, et depuis le Rhin, le fleuve royal, jusqu'à l'Oder. Ils avaient donné deux rois aux Teutschs , dont Tun , par sa sagesse , sa modération et toutes les vertus princières , avait fondé réellement l'empire germanique , «-uvait montré aux Teutschs, quoique vainement, la direction

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qu'ils devaient donner à leurs efforts, et, par la constmction de plusieurs villes, posé les bases d'une civilisation plus haute; dont Tautre avait répandu sur le nom teutsch un éclat dont les antres rois de la terre s'étaient sentis comme éblouis. Enfin , dans les derniers temps , alors que les artifices et l'habileté des prêtres enveloppaient tout, que régoïsme, la convoitise, la trahison et le parjure régnaient presque généralement , les Saxons , dans ce même pays d'où était jadis sorti Armin , avaient su maintenir inaltérable l'ancienne vertu des Teutscbs, la sainte fidélité.

Un tel peuple avait donc des prétentions légitimes parmi les Teutscbs. H savait peu de chose de son histoire; les noms de ses grands hommes lui étaient à peine connus ; celui d' Armin môme n'était pas répété. 11 s'était opéré une telle transformation , la parole des prêtres avait agi si puissamment sur eux, qu'ils ne ' s'inclinaient devant aucun nom avec plus de respect que devant celui du prince qui les avait dépouillés de la liberté, et leur avait imposé le servage de la féodalité du grand empereur Karl. Tout ce qui existait ou ce qui devait exister ne paraissait pas pouvoir résister aux épreuves, s'il ne se rattachait à cegrand homme. Mais l'histoire des Saxons était en eux-mêmes ; ils étaient les enfants de leurs pères, les élèves du temps, s'étaient développés à travers les souffrances et à l'aide des faits des temps antérieurs. Maintenant il s'offrait k peine une occasion pour de grandes actions. Les Saxons devaient donc ^ sentir d'autant plus fortement appelés à exercer une influence morale sur le peuple teutsch ; et ils remplirent noblement cette mission, sans pourtant se préserver de ces grandes erreurs que l'homme ne peut éviter, tant que se poursuivent ses efforts sur cette terre. Dans les choses légères, dans les purs amusements dcx l'esprit , d'autres purent les devancer ou les surpasser ; mais dans les matières graves qu'il s'agissait de pénétrer, ils ne sont jamais restés en arrière ni au-dessous de personne. A cette époque, le besoin le plus impérieux était la liberté, puis un^ ordre social d'où put sortir, avec le progrès du temps, nne civilisation plus haute. La liberté et l'ordre étaient les conditions de la science, de Tart et de toules les cultures de l'esprit. L'on a déjà indiqué ce que l'on devait attendre des Saxons pour la liberté. La hanse teutsche , comme le

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démontrera la marche de l'histoire , donna à la liberté dans les villes sa véritable significa* tion , l'éleva au plus haut d^ré dans cette di* rection , lui procura une vaste sphère d'action , et la garantit , sinon des périls , au moins de l'oppression. Le centre de la grande ligne était en Saxe ; de la Saxe orientale ou de l'Ostphalie était sorti le Miroir des Saxons.- Quoiqu'il y ait à blâmer dans ce code, d'après nos vues sur les choses humaines et nos idées sur les rapports dé la vie sociale, et quelque incomplet qu'il puisse nous paraître , il faut respecter et louer grandement ses efforts pour mettre fin au chaos et donner nne forme à une masse confuse.

. Le rédacteur n'avait à sa disposition aucune puissance pour mettre à exécution ce que la morale et la religion réclamaient ; il pouvait essayer seulement de calmer , s'il était possible , les passions de ceux qui avaient l'épée à la main , et les amener de la violence et de la confusion à la pensée du droit et du devoir, il fallait donc qu'il procédât avec ménagement et qu'il laissât à chacun ce qu'il possédait , de quelque manière que cela fût venu. Pour employer une expression de la glose, il- ne pouvait se présenter qu'en médiateur , et ne pouvait choisir d'antre place qu'au milieu des circonstances de son temps, pour les faire comprendre aux hommes de toutes les classes. C'est ainsi qu'il agit si fortement sur les Saxons, et qu'il porta son influence au delà de la Saxe. L'on s'étonnera peut-être qu'il ait osé rappeler le souvenir de Dieu et du Sauveur, de l'équité et de la vérité. Ce ne fut pas non plus un faible mérite que d'avoir entrepris de réveiller le droit antique et national dans la pensée des hommes, et d'imposer ainsi aux races futures l'obligation de s'occuper à leur tour d'un développement ultérieur de civilisation selon les besoins et les lumières. Nous ne connaissons pas assez l'ensemble véritable des choses; peut-être le droit romain, qui était favorisé par les Hohenstaufen et par le clergé, et que de jeunes Teutscbs ainsi que des* hommes d'un âge mùr s'étaient efforcés d'étudier, peut-être ce droit , que les ancêtres des Saxons avaient repoussé avec plus d'horreur que les armes des Romains, avait-il pénétré aussi en Saxe, et peut-être le Miroir des Saxons devait-il senir de boulevard contre ce 'funeste ennemi. Dans cette hypothèse, le mérite du rédacteur paraîtrait d'autant plus grand.

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