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reor et des Lombards, afin de travailler en coqimun à en fixer la base. On s'observa bien au dehors ; on craignait d'irriler les Lombards. En conséquence , le pape déclara que les Lombards eux-mêmes devaient ôtrc appelés aux négociations, et qu'on ne deva'rt traiter de leurs affaires qu'en leur présence. Il promit de se rapprocher lui-même des Lombards, pour faciliter les communications entre lui, l'empereur et les confédérés; et les ambassadeur impériaux, assurés du pape, donnèrent volontiers leur adhésion. Après ces conventions , les évoques allemands retournèrent auprès de Tempereur.
Alors il y eut de grands mouvements pour, tout conduire et tout préparer. Le pape entra . en communication avec tous les partis, et l'empereur ne manqua pas d'en faire autant. Les messages et les lettres se croisaient entre le pape et Teropereur , le pape et le roi de Sicile, le pape et les Lombards, la fédération comme les membres de cette ligue. Les effoits se multiplièrent de la part de tous ceux qui craignaient de perdre ou espéraient gagner^ les sentiments nobles et \ulgaircs se faisaient jour^ et l'on voyait éclater aussi de sauvages passions. Les relations entre le pape et l'empereur ne furent généralement point troublées; elles devinrent même de jour en jour plus amicales. On ne peut guère se défendre de penser que ces deux souverains avaient travaillé de concert h conduire de plus en plus les Lombards derrière la lumière , si cette expression vulgaire est admise, et que rien ne fut oublié pour les attirer, les diviser et les désarmer. Ces tentatives réussirent complétemeat. Ln seul fait digne d'attention en ce sens peut servir h montrer l'état de la Lombardie , les dispositions des hommes et la situation des partis. Les deux villes de Crémona et de Tortona firent avec l'empereur une paix paiticulière, sans se soucier de la ligue et des membres de la confédération. Crémona, jadis ferme dans sa lidélité envers Tempereur , puis zélée pour la ligue lombarde, avait, dans les derniers temps, hésité entre les deux partis. Les classes inférieures nourrissaient des sentiments libres , patriotiques et fédéraux ; les riches et les grands , au contraire , avaient conservé leur affection it l'empereur. Sur Tortooa tout jugement est diflicite. La petite ville divait précédemment donné un glorieux exemple
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aux Lombards et au monde par une granSè résolution, des actes et des sacrifices; deux fois elle avait été livrée à une furieuse destruction, et deux fois elle était sortie de ses cendres. Qui pourrait hasarder de prononcer une dure parole contre une telle ville? £t pourtant, de quelque façon que les choses se soient conduites^ Crémona et Torlona se soumirent à l'empereur, et reçurent en récompense le droit d'élire el\e^, mêmes] leurs consuls, et la participation à tous les privilèges qui pourraient être accordés auj^ autres villes. Les Lombards furent violemment irrités de cette séparation ; ils flétrissaient du nom de traîtres surtout les Crémonais. Le papa semblait partager le mécontentement des LoiUr bards, et pourtant on ne trouve pas que les rapports entre lui et l'empereur aient, été troublés le moins du monde.
Cependant l'année 4476 s'était écoulée, et 4 4 77 commençait, quand le pape quitta Anagni, et se rendit par Benevento sur la côte de l'Adriatique à Vaslo; là l'attendaient quiq galères envoyées par le roi de Sicile. Il était convenu que Tentrevue avec l'empereur aurait )ieu h Bologna. Les cardinaux qiji accompagnaient le pape s'y transportèrent pour la plupart par terre, parce qu'ils craignaient la me;*; mais le saint-père fit charger tous ses bagages , ses chevaux blancs sur des vaisseaux , et montalui-même à bord, sans se laisser troubler par la nouvelle de la défection de Crémona et de Tortona. Une violente tempête jeta la flotte sur la côte de Dalmatie. Après bien des dangers, Alexandre entra enfin , le 24 mars , dans le port de Venise. Cette ville l'accneillil avec la plus grande pompe, au milieu des acclamations publiques; en reconnaissance, il y fit des fondations religieuses qu'il sut accommoder aux pieuses dispositions de la population. Bientôt arrivèrent des députés de l'empereur, qui so ti'ouvait à Cesena : il désirait que leur entrevue n'eût pas lieu à Bologna , parce que son chancelier, l'archevêque Christian, était odieux aux citoyens de cette ville, contre lesquels il avait combattu; en conséquence il priait le pape de vouloir bien désigner un autre lieu, comme llavenue ou Venise. Cette demande surprit le pape; peut-être la rapprocha-t-il des rapports sur Crémona et. Tortona. Il répondit donc que Bologna avait été choisie comme le lieu de réib nion par l'empereur, par lui-même e( par les Lombards ; que nul changement ne pouyiût se
faire sans l'accord de toutes tes parties. Néanmoins il adressa aussitôt des brefs à tous les ecclésiastiques éminents de la Lombardie, et aux personnages puissants des villes, leur donnant avis de la proposition de Temperenr , et les invitant à se trouver à Ferrare, où il se rendrait lui-même pour s'entendre avec eux. Le pape se dirigea en eiTet sur Perrare, où il arriva au tempe fixé des fôtes de Pâques. Les invités y parurent en grand nombre ; il en vint ôncore beaucoup plus qui ne Tétaient pas, prêtres ou laïques. Les envoyés du roi de Sicile étaient présents ; parmi eux, le personnage le pins important était Tarcbevéque Ronnaido de Salerne, l'historien. Le pape ouvrit la grande assemblée dans Téglise de Saint-Georges par un discours plein d'onction, qui, adressé à tous les assistants , était pourtant plus particulièrement destiné aux confédérés lombards. U exprimait sa joyeuse reconnaissance envers Dieu de ce que, après d'effroyables dévastations , ébranlements , bouleversements, et tant d'horribles cruautés de toute espèce, la pierre que les maçons avaient rejetée était enûn devenue la pierre angulaire. 11 regardait comme un miracle du Seigneur, comme un jugement manifeste de Dieu , qu'uu vieux prêta*^ sans défense ait pu résister à la fureur des Allemands, etcoml)attre sans guerre la puissance de l'empereur. Mais il reconnaissait aussi que les Lombards s'étaient dressés comme un mur pour la maison d'Israël , qu'ils avaient su combattre vaillamment pour le maintien de l'Église et la liberté de l'Italie. Aussi n'avait-il pas voulu accepter sans eux la paix que les Lombards lui avaient olïerle. Compagnons de ses souffrances et de son oppression, ils devaient aussi partager sa joie, et il accepterait seulement la paix qui recevrait leur adhésion et celle du roi de Sicile. Les Lombards répondirent à ce discours d'une manière remarquable; car, ajoute l'historien, ils étaient forts dans deux espèces de combats, avec l'épée et avec la parole. 11 ressort clairement de cette réponse qu'ils n'étaient pas sans inquiétude sur les négociations du pape avec l'empereur. Ils peignaient avec de fortes couleurs, mais en traits vrais et lidèles, hMirs peines et leurs sacrifices inouïs, U-urs souffrances et leurs actions pour Thouneur et la liberté de Mtalie et pour le maintien de rÉglise. Ils lui disaient sans ambages, en fiice, que ses travaux et ses dangers devaient être supportés encore
en une certaine mesure ; qu'il avait peu fait pour eux, tandis qu'eux-mêmes avaient fait beaucoup pour lui ; qu'il avait pu accomplir son œuvre avec une certaine sécurité , tandis qu'eux, au contraire, en poursuivant la leur, s'étaient exposés avec leurs enfants à la mort. « El à cause de cela, ajoutèrent-ils, à cause de cela , très-saint-père , nous osons demander que vous n'acceptiez pas sans nous la paix que l'empereur vous a offerte , et même que vous ne ï'écoutiez pas sans nous. Il nous a aussi plus d'une fois proposé la paix sans y comprendre rÉglise ; nous ne l'avons pas acceptée. Il a tente de faire avec nous un accommodement sans vous; nous ne l'avons pas accueilli. D'après cela,Votre Sainteté et l'Altesse impériale doivent clairement reconnaître que nous accepterons avec reconnaissance la paix de l'empereur, si l'honneur de l'Italie est préservé, et que nous désirons avoir ses bonnes grâces, si notre liberté reste intacte. Nous accordons volontiers que l'Italie lui a d'anciennes obligations^ nous voulons bien ne pas contester ses antiques privilèges ; mais notre liberté, que nous avons héritée de nos pères et de nos aïeux , nous ne voulons pas y renoncer. Nous préférons mourir libres d'une mort glorieuse , plutôt que de mener une vie misérable dans l'esclavage. » Après ce discours, le pape donna sa bénédiction apostolique à ces hommes courageux , qui n'avaient pas gagné ses affections particulières par de telles paroles.
Trois jours après, parurent sept plénipotentiaires impériaux à Ferrare; presque tous étaient des évêques allemands; Christian dé Mayence était leur chef. Aussitôt le pape nomma aussi sept plénipotentiaires, et les Lombards en choisirent autant. Ces vingt-un personnages, appelant à eux les envoyés du roi de Sicile, délibérèrent sur le lieu où l'on négocierail la paix. Les Lombards , soupçonneux , insistèrent sur Bologna, que l'on avait désigné à l'unanimité. Christian de Mayence ne voulut plus entendre parler de cette ville; il proposa Venise. Les Vénitiens étaient suspects aux Lombards ; ils avaient violé la ligue, disaient-ils, et, au mépris de leurs engagements, pratiqué des négociations avec l'empereur. Plusieurs jours se passèrent dans ces débats. Cependant le pa|)c se déclara aussi pour Venise, soit qu'il craignit que cette division n'entraînât la rupture de la négociation, ou qu'il fût déjà d'accord avec
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l'empereur, et qu'il voulût lui complaire. Eofin les Lombards Turent déterminés à céder par les envoyés du roi de Sicile , mais toutefois sous la condition que le duc et le peuple de Venise accorderaient des garanties complètes à eux et à tous ceux qui viendraient dans la ville pour assister aux négociations , et qu'Us s'engageraient par serment à ne pas permettre à l'empereur d'entrer dans la ville sans Tagrément du pape. Le duc et le peuple de Venise firent la promesse et prêtèrent le serment. Aussitôt rarchevèque Christian courut à Venise, prenant les devants sur tout le monde; les autres suivirent peu à ^en. Le pape célébra la fête de Pâques à Fcrrare, y resta encore quelques jours après, puis s'embarqua; et le 10 mai , au milieu de nouvelles acclamations , de la pompe la plus magnifique , il fit une seconde entrée soleanelle dans Venise.
Les négociations, qui dès lors se tinrent dans la chapelle du palais du patriarche, furent ouvertes sous de tiistes auspices. Pas une àmen'était sans préoccupation , pas un cœur ouvert et libre. Pour les Lombards,, qui avaient pour orateur Girard Pesta, juge à Milan, il était devenu clair, au moins à Ferrare, sinon antérieurement, qu'ils devaient être trompés, et que le pape , depuis longtemps d'accord avec l'empereur, ne s'efforçait plus d'obtenir rien pour eux, sinon un accommodement sans garantie,qui dans tous les cas devait conduire loin de l'ancien but.
La première offre du pape aux médiateurs de la paix dut les fortiGer nécessairement dans leur déGance. 11 demanda, ou plutôt exfgca que l'on s'occupât d'abord de la paix entre l'empereur et les Lombards, parce qn'elle réclamerait de longues conférences ; tandis que la paix entre l'empereur d'une part, et l'Église et le roi de Sicile d'autre i)art, pouvait sans inconvénient être traitée après, car il n'y avait pas d'intérêts à y régler; c'était une simple pacification. Les Lombards devaient se sentir un énorme poids sur le cœur, et ne pouvaient désormais faire un pas en avant sans inquiétude. Mais que leur restait-il? Le lien qui avait uni une grande partie des villes de la haute Italie était déjà rompu ; chaque ville était ouverte aux^ trames et aux querelles. Nulle part il no manquait d'hommes habiles; mais, comme on l'a déjà remarqué, nulle part non plus il ne manquait d'ftmes lâches et vénales ^
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d'esprits disposés à la trahison. Avec le pape ils pouvaient bien résister à l'empereur, avec l'empereur se maintenir contre le pape>; mais contre la puissance réunie du pape et de l'empereur ils sentaient bien qu'ils étaient trop faibles : tandis que l'un les menaçait de son épée , l'autre , se mêlant parmi eux , troublait leurs plans, ébranlait leurs résolutions! Les représentants des Lombards tinrent donc à Venise un langage ferme et hardi; mais ils étaient découragés, embarrassés, flottant entre la crainte et l'espérance. Au contraire, les députés de l'empereur et du pape étaient devant eux avec la conGance de lutteurs qui voient chanceler leurs adversaires. Christian dp Mayence fit valoir les artiGces du langage, dans lesquels il était passé maître comme dans^ les armes. Le saint-père maintint extérieurement sa position ; il sut couvrir habilement ses inclinations du manteau delà religion «t de la dignité apostolique. Les envoyés du roi de Sicile avaient seuls des vues sincères et honorables sur la paix; mais ils avaient un rôle secondaire. La cause de leur roi était étroitement liée à celle de l'Église ; ils ne pouvaient en aucun cas contrarier le pape ; leur rôle de-^ vaiC donc se borner à celui de médi^urs, pour apaiser les passions.
tl est inutile d'exposer les négociations ellesmêmes; les discours et les réponses, les raisons et les répliques sont sans intérêt; elles contiennent à peine. quelque chose de nonveau. En résume , Christian de Mayence demanda, au nom de l'empereur, le maintien de la décision que les juges de Bologna, comme il appelait les légistes, avaient prononcée dans le camp de Roncaglia. Les Lombards rejetèrent cette prétention. Les décisions de Roncaglia, dirent-ils, n'étaient nullement un jugement légal et judiciaire , mais des déclarations arbitraires de l'empereur. Quant à eux, ils reproduisirent les points qu'ils avaient toujours réclamés : ils voulaient bien reconnaître la suzeraineté de l'empereur , le respecter et l'honorer comme leur seigneur et leur roi ; mais , dan^ leurs propres affaires , ils prétendaient être libres, conserver ce qu'ils avaient, et no pas donner plus qu'il n'avait été accordé jadis par eux-mêmes ou par leurs pères. Les deux parties persistèrent dans leurs réclamations, et, quand on en venait à des démonstrations, les Lombards avaient ordinairement l'avau*»
tage. Le pape Alexandre, remarquant cette obstination, et craignant qae i'œnvrc pacifique n'échouât entièrement , après s'être entendu préalablement avec l'empereur , fit une nouvelle proposition, celle d'une trêve, d'un arinisticè pour six années. Ce temps paraissait suffisant ou pour peser mûrement tons les intérêts, ou pour mêler tous les fils dans un désordre inextricable. En même temps il demanda aux ambassadeurs allemands si , dans le cas Oti uWé paix définitive ne pourrait avoir lieu entre l'empereur et le roi de Sicile , il ne sw'iiit pas possible de conclure une trêve de quinze années. Il paraîtrait que les Lombards, embarrassés, gardèrent le silence sur la proposition flu pape ; mais rarchevôque Christian déclara qu'il était senlehient chargé de pouvoir spécial pour 'négocier une paix, et que sur la projMJ^tion d'une trêve il devak en référer à l'empereur. A cemomebt Friedrich se trouvait h. Pomposa , lieu de plaisance 'entre Venise et ltav(^nne. Là se présenta Christian avec les tfffres du (Jape. Friedrich affecta de le maltraitei' ,' le renvoya avec colère au pape , lui et ses compagnons, en déclarant qu'il conclurait volontiers une paix avec le pape et avec l'Eglise , maiis qu'il ne se laisserait pas décider à 'une trêve avec le roi de Sicile et aVec les Lombards. ^
' MaisàpeineCbristian etsescompagnonsétaient de retour h Venise, que Tempcreur envoya, avec un secret bien calculé,' d'autres députés an pape, pour dire qu'il était prêt aux deux trêves avec le roi de Sicile et avec les Lombards, si le pape voulait consentir à un désir de l'empereur, qui serait communiqué non an pape , mais à deux cardinaux nommés par le saint-père. Lé pape devait promettre que si ces cardinaux lui conseillaient de satisfaire au désir en question , quand ils lui en auraient ensuite transmis l'objet, la concession se ferait aussitôt sans plus d'informations. Le pape* y consentit. Le désir impérial fut communiqué aux deux eardinaux, qui conscillèrerît la concession. Le pape lui-même allait prendre connaissance de la chose, quand il prétendit s'être ravi é, et déclara qu'il ne voulait rien savoir de la demande de l'empereur , qu'il retiiait sa n^*omesse, parce qu'il ne convenait pas à la dignité apostolique de s'engager sur une chose inconnue et incertaine ; que l'on pouvait lui communiquer le désir de l-'cmpereur ; Vil n'é-
tait pas contraire à l'honneur de Dieu et préjudiciable à l'Église, il y satisferait volontiers. Alors les députés de l'empereur, qui sans doute en avaient reçu l'autorisation avant leur départ, découvrirent tout ce grand mystère. L'empereur avait jadis promis au pape , par ses envoyés, probablement à Anâgni, que si le pape concluait la paix avec liri , il lui restituerait les États de la marquise Mathilde. Maintenant Friedrich demandait que les revenus de CCS domaines lui fussent accordés pendant les quinze années de la trêve avec le roi de Sicile; après l'expiration des quinze auDées, une négociation s'ouvrirait sur le pay"s Iirimêma» Le pape fit aussitôt la concession d(% revenus, mais en exigeant la restitution des domaines à TEglise , à Texpiration des quinze années, sans négociations nouvelles. L'crape- ^ fcur rejeta cette condition; en conséquence il ne fut plus question de l'affaire , à laquelle personne peut-êtie n'avait songé sérieusement.
Maintenant l'archevêque Christian et ses collègaes parurent devant le pape comme s'ils apprenaient à l'instant même la correspondance dans laquelle leur maître venait de s'eogager avec le saint-père. Ils affectèrent une grande confusion et une profonde douleur d'avoir perdu la confiance de l'empereur. Assurément , disaient-ils , on avait dû les calomnier auprès du grand monarque; l'envie et la haine s'étaient levées contre eux ponr ies faire tomber dans la défaveur iraiH'îriale. Us voulaient la paix , mais il y avait des hommes pervers qui s'efforçaient de rempêclicr. Ils craignaient que ces hommes ne parvinssent à étouffer dans l'àme de l'empereur les dispositions pacifiques, si le traité n'était bientôt conclu. Aussi croyaient-ils devoir conseiller au pape de permettre à l'empereur de se rappn>cher, afin que les messages s'expédiassent, que les courriers revinssent plus rapidement, et que l'on mît fin aux retaixls actuels. Alexandre s'entendit avec les envoyés du roi de Sicile et les représentants des Lombards, et accorda aussitôt à rempereur de prendre sa résidence à Chiozza. L'empereur se rendit en ce lien ; mais à pdne y était-il arrivé que les Vénitiens > coururent en foule. La plupart étaient pousi^'S par la curiosilé de voir le puissant empereur dont le nom était répété depuis une lonsuo suite d'années par toutes les bouches, tantôt la terreur , tantôt l'objet des railleries de ritalie;
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mais,, parmi enx il y avait aussi plusieurs hommes qui avâiedt de tout autres vues, ou qui les adoptèrent Ù l'aspect de rempcreur. Ccn\"-ci s'approchèrent du grâud monarque, ôt le pressèrent de venir de sa personne à Venise, saùs plus tarder, sans s'inqiûéterde Tagrément du pape ni du consentement de la ville. Us lui promettnientde veiller àsa sûreté, lui disant qu'à Venise il pourrait dicter au pape et aux Lombards la paix selon ses désirs, et s'engageaient à lui porter toute espèce d'appui. Ces offres ne déplaisaient nullement à rempcreur, mais il pensait qu'il fallait réiléchir avant de s'y rendre. En conséquence, il chargea ses amis de préparer l'œuvre, et d'y gagner le peuple (le Venise à force d^dresse et de prucjenec. Leâ amis n'y ménagèrent pas leurs efforts, ils furent écoutés favorablement. Le peuple de Venise , ambitieux de Thoanear de posséder en même temps dans sa ville le pape et l'empereur ; avide des fêtes et des cérémonies pompeuses autquelles donneraient nécessairement lieu l'entrée de l'empereur et son séjool' à Venise ; déterminé peut-être aussi par de plus nobles senliinefifts, le peuple de Venise embrassa volontiers la pensée de tirer de ses embarras le premier prince du monde, dont l'esprit audacieux, la constance et la volonté énergique , dont les grà-^ ces et les qualités personnelles étaient reconnues et admirées même par ses ennemis, et de réduire rorgueilleux pontife à la condescendance. Pour n'être pas retenu par le serment qui obligeait les citoyens h ne point accorder à l'empereur i'entréedela ville contre la volonté du pape, l'on prétendit que ce serment ne subsistait f'ius; que le pape en avait relevé en accordant à l'cm-^ pereur sa résidence h Chiozza , ville située dans l'intérieur des limites de Venise (6). Une grande agitation se fit sentir à Venise. Les roprésenlauts des Lombards ne s'y jugèrent plus en sûreté , et quittèrent la ville. Les autorités tremblèrent pour un soulèvement; le vieux dogeGiani, inQdèle à son serment, ne con* naissait plus aucun moyen de contenir ce peuple irrité, et se vit réduit à courber sa tète blanchie comme un suppliant devant la multitude. Le papo Alexandre avait perdu toute piésence d'esprit, et se livrait h dos plaintes inutiles, l^s envoyés du roi de Sicile seuls ne (lé- Hiirent pas , et gardèrent tout leur sang-froid. D'abord le noble historien , rarchevéque Romualdo de Saloruo^ s'effor<;a de calmer le pape
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éperdu, en lui montrant les quatre galères bien équipt^s de son souverain, qui seraient j)rôtes à le recevoir à chaque instant et à Téloigner de la ville révoltée. Ensuite if se rendit', accompagné de ses collègues, an palais du doge. Dans une grande assemblée, il parut avec lô èalmc du courage devant le premier tnagistrat de la république, et lui rappela en termes énergiques le traité juré. Confiants dans son serment et dans, celui des Vénitiens ,' dit Romualdo , ils avaient persuadé au pape et aux représentants lombards de se rendra à Venise , et maintenant ces serments seraient oubliés! n termina par la déclaration bien positive qu'ils n^attendraient pas l'arrivée de reihpereti'r h Venise , mais reprendraient la ix)ute de leur patrie, et rendraient compte aii l'ôî des iniquités et des offenses qu'ils auraient souffertes dans la capitale de la république, Lb doge répondit par des paroles mielleuses et dilatoires, et ajouta d'un tou de flatterie plutôt que dci* menace que Ton ne permettrait pas le départ dès ambassadeurs, parce que l'on avait besoin de leurs sages conseils, donnant l'assurance quMls pouvaient attendre paisiblement Tàrrivéd de l'empefi'eur , qu'ils n'auraient rich à redouter: Mais rarchevècjile s'éloigna en prononçant ces paroles avec indignation : •« Noussommes venus sans votre permission , nciiis partirons de môme , et nous saurons vengci' l'offense faîte à notre roi , non par des paroles, mais par des actes» » Aussitôt il ordonnâmes préparatifs du départ. Cette attitude agit sur les esprits. Venise entretenait des relations de commerce étendues et avantageuses Tivec leroî de Sicile; un grand nombre de citoyens vénitiens étaieïit répandus pour leui>) affairés de négoce dans toutes les parties du royaume; des marchandises et des vaisseaux se^ trouvaient dans les ports de Guillaume , qui avait ainâi mille occasions de tirer une rude vengeance ; profltable à lui-méma : il pouvait s'emparer des biens des vaisseaux, et (aire rietenir prison*' niers les citoyens vénitiens qui vivaient dans ses États. Celte crainte saisit une grande partie de la ville; il s'<»leva donc un mouvement darti un sens entièrement opposé. L'empereur et les espérances que beaucoup de gens pouvaient avoir attachées à son apparition s'évanouirent devant la pcnsJe du roi de Sicile, et devant la crainte d'exposer à de grands dangers dêà pareals et des richesses. Avant vîngt-qualrQ .
henros, Venise était tranquille; personne ne demandait plus d'introduire Tempereur dans la ville; toutes les pensées, tous les désirs étaient tournés vers un seul point, retenir à Venise les ambassadeurs du roi Île Sicile.
Ainsi fut déjouée la dernière manœuvre de l'empereur ou de ses amis pour le remettre en position de décider enûu en maître les grandes et difficiles questions qui avaient coûté tant de larmes et de sang , pour lesquelles avaient été déployées tant de prudence et tant de ruses. Informé du tour qu'avaient pris les choses, Friedrich reconnut lui-mônie que désormais ses moyens etses artifices étaien t épuisés, et qu'il ne lui restait plus qu'à se soumettre sans réserve aux propositions du pape. Que se passa-t-il entre lui et son entourage d'évéques allemands? porsonire ne peut le raconter. L'on assure que ces prélats, surtout l'archevêque Christian de Mayence, lui auraient déclaré sans ménagement (i qu'ils voyaient bien qu'il était égaré par des hommes pervers ; qu'il cherchait à revenir sur ce qui avait été arrêté, touchant la paix, à Anagni avec le pape , le roi de Sicile et les Lombards; mais qu'eux, tout prêts à lui obéir dans les choses temporelles , et à lui prêter le service obligé pour leurs régales, ne voulaient nullement perdre leurs ùmes et mettre les objets terrestres au-dessus des intérêts du ciel ; qu'ils reconnaissaient Alexandre pour pape catholique , et ne voulaient obéir qu'à lui dans les choses spirituelles , et qu'ils étaient bien rétotus à ne pas prier devant celte idole qu'il avait dressée dwis la Toscane. » Mais cette espèce d'admonestation a bien toute l'apparence d'avoir été composée, sur des bruits , ou bien tirée du récit postérieur d'un évêquc allemand présent , qui aurait fait volontiers une manifestation bien tranchée en faveur du pape, afin d'obtenir auprès de lui une faveur décidée. Quoi qu'il en soit , il est certain que dès lors Friedrich déclara nettement qu'il voulait observer fidèlement la paix entre l'Église et l'Empire, la paix avec le roi de Sicile et les Lombards, telle qu'elle avait été traitée et résolue , et qu'il la jurerait dans son àmc par la bouche du comte Henri de Diessa, comme elle serait jurée aussi par douze princes de l'empire. Les plénipotentiaires allemands coururent avec cette pièce auprès du pape. Aussitôt Alexandre fit rappeler les représentants des- Lombards, qui s'étaient éloignés de Vcni$c. Là , le lendemain , le comte
Henri de Diessa prêta, devant le pape, les cardinaux , les ambassadeurs siciliens et les députés lombards , et devant une grande foule de peuple , le serment promis dans l'àme de l'empereur. Le chapelain de l'archevêque Philippe de Cologne prononça le même serment dans Tàme des princes présents. Ensuite, d'après les dispositions du pape, des Vénitiens sercn* dirent a'vec six galères à Chiozza pour amener l'empereur avec les siens à Venise.
Le soir du 27 de juillet, la petite flotte revint , ayant l'empereur à bord. Le lendemain était un dimanche; le matin, de bonne heure, le pape , accompagné des envoyés siciliens et lombards , et suivi d'une grande foule de peuple, se rendit à l'église de Saint-Marc; de là il dépêcha l'évêque Ubaldo d'Ostia , qui avait joué un rôle très-actif dans les scènes exposées antérieurement , avec deux autres évêqiies et quelques cardinaux , aux vaisseaux , pour lever l'excommunication qui pesait sur l'empereur et les siens. L'anathème fut révoqué. Aussitôt l'archevêque Christian s'avança , posa la main sur les Évangiles, et dit à haute voix : « Pour montrer que de nom comme de fait je suis un vrai chrétien , j'abjure le faux pape» et j'accepte Alexandre comme légitime souverain pontife catholique. » Les autres prélats présents répétèrent ce serment. Ensuite l'empereur fut conduit à terre par le doge de Venise, par le patriarche et d'autres dignitaires ecclésiastiques , et ensuite à l'église Saint-Marc, escorte par une grande foule de peuple, au milieu des croix , des bannières et d'autres emblèmes de fête. Le pape, entouré d'un clergé nombreux , attendait 1 empereur sur le seuil de Féglise. Lorsque Friedrich fut arrivé, il jeta le manteau impérial de ses épaules, et se courba de tout son corps jusqu'à terre pour baiser les pieds du pape. Alexandre , voyant son ennemi si redoutable dans cette situation humiliante , écla* ta en sanglots, le releva et lui donna le baiser de paix. Ensuite l'empereur prit la droite du pape, et le conduisit dans l'église, à l'autel; là il reçut la bénédiction pontificale. Le jour suivant, à la fête de Saint-Jacques, sur la demande de l'empereur, le pape célébra lamesse en personne, entouré de toute la pompe de l'Église ; et, quittant le costume impérial, Friedrich remplit l'humble fonction de servant daus cet acte sacré : il y montra la plus grande piété. Après l'accomplissement du sAint sacrifice,