‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 12 sur 165 · LIV- XXIV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV- XXIV, CHAP. IV

il recondaisit le pape hors de Téglise; et, quand le pontife Toulnt monter sur sa haquenéc blanche, non-seulement il lui tint Tétricp, mais il mena le cheval par la bride à travers la foule curieuse et ravie de ce spectacle de dévotion, jusqu'à ce que le pape, lui donnant la bénédiction apostolique, lui accordât la permission de se retirer. Enûn, le premier août, toutes les parties se réunirent encore une fois dans le palais du patriarche de Venise, où Alexandre avait pris sa résidence. Le pape siégeait sur un fauteuil d'honneur élevé; Tempereur à sa droite; Tarchevéque Romuaido , ambassadeur du roi de Sicile , à sa gauche. Les dignitaires ecxïlésiastiques, archevêques et évéques, étaient rangés tout autour, ainsi que les princes séculiers présents et les députés des villes lombardes. Alexandre ouvrit la séance par un discours étudié , dans lequel il exprima sa joyeuse reconnaissance envers Dieu de ce que la sainte Église avait retrouvé son Hls perdu , Tempereur romain, et de ce que lui-même pouvait maintenant serrer son très-cher fils dans les bras de sa mansuétude. L'empereur, peu versé dans la langue latine, se Gt traduire le discours par rarchevèque Christian. Ensuite il jeta le manteau impérial « se leva de son siége^ et répondit en langue allemande , de sorte que Christian fut encore obligé de servir d'interprète. Friedrich confessa ses erreurs et témoigna de son repentir; il déplora que la majesté impériale elle-même ne préservât pas de l'ignorance et de l'égarement, et déclara que, trompé par des suggestions d'hommes pervers, il avait cru marcher dans le chemin de la vérité, tandis qu'il avait erré çà et là dans les sentiers de l'iniquité; mais que maintenant il sortait de son aveuglement., revenait dans le giron de la très-sainte Église romaine, reconnaissait le seigneur Alexandre comme le pape catholique, et promettait de lui montrer le respect et ta vénération qui lui étaient dus comme à un père. Après ce discours, toutes les parties jurèrent encore une fois de la manière la plus solennelle ce qui avait été arrêté : la paix entre Tempire et le saint-siége , une trêve de quinze ans entre l'empereur et le roi de Sicile, et une autre de six années entre lempereur et les villes lombardes qui s'étaient réunies en ligue contre lui. C'était à peu près la moitié de toutes les cités de la haute Italie , avec quelques anciens vassaux qui, par nécessité ou

par conviction, avaient embrassé leur canse. * Avec ces serments se termina enfln la malheureuse lutte, qui, engagée vingt-quatre ans auparavant avec une atroce cruauté, poursuivie contrairement à tous les principes divins et humains, avait bouleversé tout le monde chrétien de l'Occident, sacriûé d'innombrables victimes ; mais aussi , en soulevant les passions les plus basses dans l'homme , avait en même temps éveillé les plus nobles, et agi si profondément et si puissamment sur l'esprit, que nulle intelligence ne pourrait mesurer son action Le pape Alexandre avait arraché, aa profit du saint-siége et de l'Église de Rome , une victoire éclatante et complète, et il avait mérité ce triomphe par la justice de sa cause , la prudence et la sagesse de sa conduite , par la fermeté . la constance et l'énergie de volonté qui ne l'abandonnèrent jamais dans les jours d'infortune. Si vers les derniers temps il essaya de déplacer le fardeau qui pesait sur lui , et si par cette attitude il ne put guère échapper à une apparence de duplicité ou d'hésitation, la justice ordonne de réfléchir que devant ses y; nx était tout le monde chrétien, et que par conséquent la Lombardie devait lui apparaître comme un point insignifiant. Quand la moitié de la haute Italie tenait pour l'empereur; que l'autre moitié, tout en se proclamant réunie en une fédération, était divisée, agitée par mille petites causes de discorde, comment aurait-il pu , dans l'intérêt de ce petit eotn da monde, négliger et retarder le rétablissement de l'unité de l'Église, loi que les Lombards eux-mêmes, par leurs divisions, réduisaient à l'impossibilité d'établir son siège sur les tombeaux des apêlres ; qu'ils contraignaient plutôt, parjeurs agitations intérieures , à planter sa tente tantôt sur un point, tantôt sur un autre, à vivre errant et misérable, à n'avoir, que par instants une résidence à peine connue loin de la ville éternelle? Une circonstance grave, et qui mérite de sérieuses considérations, c'est que lui, chef suprême de l'Église chrétienne , plus élevé en puissance que l'empereur lui-même , a fait alliance avec la liberté dans les villes (le Lombardie; que par là il a donné une consécration religieuse à cette liberté, et l'a reconnue comme fondée dans la chrétienté; on pounait mônae soutenir que par cette alliance le joug du vasselage fut brisé dans tout le monde chrétieirtle l'Occident, iEnfln, ce qui

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est idigne aos^i àe recOinnftissance, le pi as grand ^rvic^ peut-être qu'il pût rendre , c'est qu'il procura atix l4)mbards un répit de six années ponr s'oQcuper de leurs afiaires. Ils avaient parlé de TUalie, delà liberté de Titalie : s'ils voulaient < réellement une Italie, s'ils étaient décidés à fonder et à déreodre une patrie libre, le temps lejiii' était assuré pour travailler à. une BÎbcUe œuvre. Alexandre avait, mis pour ainsi ^ire leur destin dans leurs propres mains ; à ce pontife dx)it donc rester dans toulie sa pureté la gloire qu'il a ai légitimement conquise. L'emper^ur.FriedricU, au contraire, on ne peut le nier, avait subi une défaite complète ; il avait été courbé par la plus profonde humiliation qui se puisse imaginer. Qui pourrait sans rougir contempler ce puissant souverain abaissé aux genoux dp, ce pape par lui rejeté, méprisé, perséCfiUé ? Qui pourrait le voir en face des Lombards^ qu'il avait traités avec tant do dédain et ^ cruauté ;Comme des esclaves mutilés , leur jurer maiutepant uAe trêve de six années çeoime h de« hoiçmes libres, comme à une puissance indépendante, comme à des. égaux , san^.^tro remué jusqu'au, fond des entrailles? L!Qn)pire romain subsista quant.au uom^mais daQ3 ^a essepçei intime il fut tué par l'eniperiei^r, Fi-iodciclu Tandis qu'il négligeait , qu'il ^daignait le trône royal des Allemands comme yidig^ie de lui , pour se dresser en Italie un magnifique trône impérial^ par sa faute Tltalie étf^it.peridi,ie pour l'Allemagne. I^a suzeraineté Qui lui restait sur la Péninsule n'était plus qu!un vain mot, propre encore à servir de symbpleà {de noi;^velles prétentions et à de nonyelle$. luttes qui devaient amener encore des iofortanes sur l'Italie , mais qui ne pouvait désormais donner ni honneur ni puissance. La ^ille étea-nelle même , dont Tempirç portait le nom, était perdue, et tout droit sur elle était une vaine prétention, La suzeraineté sur Kome ^ ritalie. avait eu rarement de Timportance réelle dans les temps antérieurs; mais le nom ^allemand avait commandé le respect, les armes allemandes étaient tenues pour irrésistibles; et moins les droits impériaqx avaient été précisés avant la décision des légistes de Bologne, moins çn s'était limité dans les espérances de l'avenir. Une dissolution complète et libre de Tunion de l'Allemagne avec Tftali^ sous un seul chef serait devenue probablement un^maiheur pour le siège apostolique; mais, pour laLombardie,

c'eût été peut-être un. grand avantage, et il n'y aurait eu aucune perte pour l'Allemagne ; les demiMuesures, au contraire, qui étaient chères à Venise , et aux effets desquelles on put à peine remédier mémo au bout de six années, comme on devait bien le prévoir, devaient être funestes aux deux pays. Le secret de la faiblesse du royaume des Allemands était révélé désormais au monde ; si l'Allemagne put encore à bon droit. passer pour le premier Etat du monde, elle dut cet honneur à la grandeur du peuple allemand , à. ses vertus guerrières, aux anciens souvenirs, et à la faiblesse des nations et des contrées voisines. EnOn , quant aux Lombards, ils avaient obtenu le prix de leurs longs efforts. La pensée d'une patrie italienne leur avait à peine traversé Tàme; ils .'n'avaient réellement désiré que de former des communes libres sous un pouvoir n'ayant aucune force par luimême. Ils n'étaient point parvenus à se mettre à l'abri des attaques des étrangers, mais ils avaient gagné la confiance que nulle puissance étrangère ne serait en état de leur imposer une domination durable; et en même temps leur était restée l'espérance que dans l'avpnir il leur serait permis de satisfaire sans empêchement leui^ passions hostiles les uns conti*e les autres, les armes à la main , et d'accomplir l'œuvre dans^ laquelle ils avaient été interrompus par les entreprises de Friedrich contre l'Italie.

Au reste , le pape avait accordé , probablement à Anagni, que les hommes qui, durant le schisme , avaient été élevés par Temperenr en Allemagne à des sièges épiscopaux , conserveraient leurs dignités, si le pape et l'empereur ne prenaient pas de concert des dispositions particulières à ce sujet. On devait s'occuper sans doute, à la première occasion favorable, des prélats déposés et expulsés. En Italie, à ce qu'il parait, le pape eut la liberté complète de ses mouvements; mais quelques difficultés s'élc* vèrent au sujet du siège archiépiscopal de ' Mayence. Le véritable archevêque, Knnrad de Wittelsbach, qui avait échappé par la fuite k la colère de l'empereur, jouissait d'ime haute faveur auprès du saint-père, .et avait rendu de grands services au siège apostolique; à cause de cela et de ses hautes alliances, le pape ne pouvait l'abandonner. Mais l'autre archevêque que Friedrich avait placé sur le siège de Mayence, Christian , avait combattu précédemment avec tant de vaillance et de fidélité pou

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