‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 111 sur 165 · UV. XXVI, CHAP. VIL · texte numérisé non relu

UV. XXVI, CHAP. VIL

la destraètion des monnments élevés à ce glorieax enfant de la Germanie ; il voulut même déraciner la liberté , en opprimant les hommes libres, en installant des seigneurs et leur donnant pour auxiliaires des évoques, des prêtres et des moines. Sa première tentative lui réussît ; mais il échoua dans la secoudc : car les Westphaliens étaient idenliflés avec la liberté ; tant qu'ils subsistaient , elle ne pouvait périr. Pendant la lutte entre les pclits-fils de Karl , les Wcstphaliens se levèrent en armes , chassèrent leurs maîtres, et rétablirent l'ancienne Enna. La glorieuse tentative échoua, et ils Texpiôrent de leurs biens et de leur sang. Mais le temps de la vengeance arriva , et les seigneurs qui revinrent, on ceux qui les remplacèrent, purent être instruits par la grande leçon qui leur fut donnée. La Weslphalic avait conser>'é beaucoup plus d'hommes libres flxés sur la propriété réelle que tout autre pays teutsch; et encore bien que la constitution par cantons, introduite par Karl le Grand, fût maintenue, il parait pourtant que beaucoup de parties des coutumes des ancêtres se replacèrent dans la législation et le système judiciaire ; car, dans la suite des temps, les Wcstphaliens restèrent habituellement livrés à euxmêmes , et ressentirent peu d'effet de toute espèce de domination. Ils se trouvèrent compris dans le grand-duché de Saxe; mais les ducs avaient leur résidence en Ostphalic , et, la face tournée contre les Wendes et les Danois, ils avaient cherché à former lit leur puissance principale. H en avait été ainsi sous là famille dont les Otto descendaient et sous les Dillungers, et les choses étaient restées les iliêmes 8ons Pempereur Lothaii^e et sous les Wclfs. Les • Westphaliens avaient été garantis des Normands par les Frisons ; les irruptions dévastatrices des Hongrois ne s'étaient pas étendues ju$qae dans ces contrées , et les tentatives hostiles des Français, des Polonais, des Wendes et des Danois contre le Tentschland , avaient étd déjouées avant que les Westphaliens eussent pu les ressentir.

Les désordres effroyables dans Tintérieur du Tentschland, qui éclatèrent sous les rois franeooicns et se prolongèrent sous les Uohcnstaufen, avaient épavgné les Westphaliens en grande partie. Dans une telle situation, on le comprend, les antiques usages, les vieilles mœurs et coutumes se conservèrent presqno

nécessairement, et se formèrent suiyaqt î^s occasions et les besoins , suivant l'esprit na; tional. La constitution par cantons, partoul ruinée, se maintint chez les Westphaliens. Lp comte de canton dressa son tribunal çommç aux anciens jours, et les comtes de centaines défendirent la justice dans leurs cercles, dans toutes les affaires qui leur étaient attribuées. Le duc éloigné, mais puissant, maintint l'ordre, renfermant chaque autorité dans sa sphère, en partie au mo^cn d'enquêtes qui sq faisaient de temps en temps, en partie en recevant les appels de ceux qui se croyaient lésés par lo, décision des tribunaux. Les Wcstplialiei^s avaient aussi des voisins qui devaient agir d'autant plus fortement sur leur antique esprit de liberté , que les communications entre eux étaient plus multipliées. Ces voisins étaient à l'est et âq nord les Frisons et les Stedingprs , à Toucst et au sud Ips villes sur le Rhin . et parmi ces villes la puissante Cologne.

Il sera question plus loin des Stedingers; mais les Frisons , répandus le long de la côte maritime, depuis rembouchurc du Rhin jusqu'à TEdder, non pas pourtant avec continuité, avaient du, comme le reste des population^ teutsches , se courber pour la plupart sous le joug si dur de la féodalité; la Hollande, la Scelandc avaient déjà des coniies héréditair(is dans le x*" siècle. Il en fut ainsi dans la Gueidré et le Zeitphçn, au moins dans le xi« siècle; vers le mêhie temps, dans robpryssel , l'évêque d'Utrecht possédait le comté, et l'on a déjà raconté combien de débats s'élevèrent entre les archevêques de Bremon et les ducs de Saxe au sujet du comté de Stade et du pays dcsDilmarschcs. Hlais, sur les côtes et sur les fleuves , l'antique liberté des Frisons s'était sauvée et maintenue dans sept cantons désignés par le nom de Séeland, auxquels le système féodal était resté étranger. Quelque nombreuses que fussent les tentatives pour leur arracher la liberté , elles n'eurent aucun résultat complet ou durable. L'assemblée de députés de tous les sept cantons, qui se tenait ordinairement à Upstallboom, près d'Aunch dans le Brokenergau , entretenait un sentiment de communauté, et savait prendre de telles mesures pour la défense de tous les Frisons, que les comtes de Hollande," Gueldre, Oldembourg et Stade, furent "aussi peu en état que les évoques de Bremen et d'Otrecht de porter do graves atteintes à la liberté de ces

Fi'isons. Protégés d'un côté par la mer, d'où étaient venues jadis toutes leurs misères , et qui les menaçait de si grands périls; de l'autre par les Westphaliens , plus paisibles; favorisés d'ailleurs par la nature de leur pays, qui ne pouvait acquérir de valeur qu'à force de travaux humains, et par conséquent n'avait pas d'attrait pour ceux qui cherchaient les profits seulement dans le tumulte des combats , ils maintinrent et développèrcot presque sans trouble, en pratiquant les coutumes de leurs pères , les forces dont la nature les avait doues, et dans la possession de la liberté ils oublièrent volontiers la jouissance des autres objets auxquels ils ne pouvaient atteindre. Ils furent sans doute pour les Westphaliens un exemple qui les attirait aux vertus antiques.

Mais assurément la vie qui s'était formée peu à peu dans les villes du Rhin n'échappa point aux Westphaliens. Si réellement la Westphalie ne devait par aucun point atteindre la limite de ce fleuve', toutefois cette limite en était à une bien faible distance, et l'histoire de Heinrich le Lion a montré que ce grand-duc prétendait à la rive droite du Rhin contre l'archevêque de Cologne. Mais les limites tracées autour des contrées et des domaines par les princes ne sont pas celles des communications; le commerce les franchit dans un mouvement d'aller et de retour. Et comment le Rhin , avec ses villes , aurait-il pu rester sans influence sur la Westphalie , lorsque les rapports ecclésiastiques des évéchés en Westphalie avec l'archevêché de Cologne entretenaient une étroite union , et que le commerce de Cologne suivait toutes les directions? Il est surprenant que la ville de Soest , qui parait au moins très-favoriséc par sa situation, ait obtenu d'aussi bonne heure que quelques autres une banlieue qui put servir de modèle pour d'autres qui tendaient à la liberté, particulièrement pour la ville de Lubeck. Ce fait , qui suppose au moins une grande bienveillance de la part du duc de Saxe pour les municipalités et leurs tendances, n^aurait pas été possible sans l'influence de Cologne.

A raison de cet état de choses en Westphalie, l'on conçoit que la chute môme de Hcinrich le Lion ne put amener de grands changements ; les choses et les institutions purent recevoir d'autres noms, mais elles restèrent les mêmes. Pendant la lutte, lorsque l'empereur Friedrich

et l'archevêque Philippe de Cologne, et le clergé entier de Saxe, s'efforçaient de tout mettre en mouvement contre l'orgueilleux et odieux duc, çà et là un comte put aussi se porter à Faltaque, et se saisir de ce. qui était dans son voisinage. Ainsi , comme le comte de Gueldre étendait son pouvoir eu Westphalie, le comte de Teklenbourg, le comte de la Lippe et d'autres seigneurs peuvent bien avoir aussi agrandi leurs domaines, afin de recueillir la récompense de leur part de prise dans la lutte, et les évèques ne voulurent pas rester en arrière. Mais pas un seul ne parvint à une puissance telle, qu'il pût exercer une véritable souveraineté , et se trouver en état d'abolir les mœurs et les coutumes des Westphaliens. Lors de la rifine de Ueinrich le Lion, l'empereur conféra le duché dans TEngern et la Westphalie à rarchevêquc Philippe et à ses successeurs sur le siège de Cologne ; mais il le lui donna de la même manière que le duché de Saxe au fils d'Albert l'Ours, en ternies indéterminés , sans le mettre réellement en possession : il laissa à l'un comme à l'autre le soin de s'attribuer ce qu'il pourrait prendre. Et couime Bernard, le duc de Saxe, ne fut jamais en état de faire valoir son pouvoir ducal dans l'Ostphalie , de même l'archevêque ne put jamais exercer une puissance de même nature on Westphalie. Il en vint bientôt à reconnaître que l'empereur ne lui avait donné que des paroles, lui avait conféré un vain droit sans terres ni sujets. Cette découverte enfanta en lui la pensée que l'empereur n'avait jamais eu l'intenGon de lui payer le prix pour lequel il lui avait vendu ses services contre le prince Welf; et de cette défiance, qui parait justifiée par rindifléreoce persistante de l'empereur, naquirent les sentiments hostiles que Philippe manifesta et conserva contre l'empereur Friedrich. Et ce que le siège archiépiscopal de Cologne n'avait pas obtenu de l'empereur Friedrich , Heinrich Yl n'était ni en disposition ni en mesure de l'accorder. Ce fut peut-être là le principal motif de l'inimitié de l'archevêque Adolphe contre la maison des Waiblingen. Après de longs refus, il se décida enfin à prêter serment de fidélité au jeune fils de Ueinrich VI , mais sans doute se réservant de le rompre aussitôt que cela serait nécessaire ou avantageux. Et, après la mort de Ueinrich , ce fut ce même archevêque Adolphe, lui seul, qui installa Otto IV comme

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