‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 112 sur 165 · LIV. XXVI · texte numérisé non relu

LIV. XXVI

roi en opposition à Philippe le Waiblingcn, fils de Friedrich !•'. El depuis ce temps l'archevëché de Cologne avait été livré à de tels désordres , à de si grands déchirements , que son duché en Westphalie ef dans TEngern n'avait jamais pn devenir une vérité, étant resté à Tétat de pnre prétention.

Maintenant eut lieu la reconnaissance de la souveraineté territoriale de tous les princes dans le Teutschiand, d'abord des princes ecclésiastiques, bientôt aussi des séculiers. Cette souveraineté, ainsi qu'on Ta déjà remarqué, ne ponvait convenir à personne, sinon aux princes eux-mêmes ; car par là s'abolissait dans le monde du vasselage l'ancienne égalité , et ceux qui dans ce temps n'étaient distingués ni par des honneurs et des dignités , ni par de grandes possessions, étaient privés de l'espoir qu'avait entretenu jusqn'alors même le dernier membre de l'ordre féodal de s'élever aux premiers degrés par des services ou par l'exploitation habile de circonstances favorables; Théredite repoussait chacun, et le Qxait sur le point où il se trouvait. Le changement le plus blessant, en effet, pouvait être celui des anciens libres qui s'étaient crus établis en sûreté sur leurs patrimoines, et n'avaient trouvé de consolation et d'appui dans leur pauvreté que par la conscience de n'avoir d'obligations envers personne, sinon envers Tempire; maintenant ils durent craindre que la Hberté , ce dernier bien qui faisait leur orgueil', ne leur fût arrachée sous le pouvoir d'un petit seigneur territorial. Dans toutes les provinces teutsches l'on se résigna au changement, parce que personne ne pouvait aider à la résistance , et que chacun craignait, en hasardant de l'opposition, de perdre ce qu'il avait. L'on supprima le bouclier qui était dressé légalement pour chacun, on l'on essaya d'en acquérir un quand on n'en avait pas. Il en fut autrement en Westphalie. Là, aucun prince, spirituel ou temporel , n'était assez puissant pour inspirer des craintes aux libres et aux petits vassaux qui faisaient cause commune, et libres et petits vassaux se tenaient là plus serrés que partout ailleurs; mais la puissance ducale manquait absolument. Un grand mouvement ébranla donc tonte la Westphalie , pour l'empire, pour l'ancienne liberté. Si le commencement et l'extension ne peuvent en être signalés d'après les relations, le rapprochement des choses et la

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manifestation de faits ultérieurs peuvent à peine laisser du doute à ce sujet.

Dans ce pays, les princes ecclésiastiques comme les princes laïques ne négligèrent pas plus que ceux des autres contrées de faitre valoir par tous les moyens le pouvoir de souverains territoriaux qui leur était attribué , ou du moins ne pouvait plus leur être refusé, et commencèrent surtout à former de nouveaux tribunaux spéciaux dont' ils instituèrent les juges, comme eux-mêmes avaient reçu en effet ou auraient dû recevoir l'investiture du roi. Le nom de ces juges était gograEs , et le ressort de chacun s'appelait gografschapt. Sans aucun doute des scabins furent aussi institués par les princes. Ces innovations déterminèrent, à ce qu'il paraît, la réunion des libres et des arrière-vassaux; non pas de tous , parce que beaucoup s'attachèrent aux nouveaux seigneurs territoriaux, mais des plus énergiques, des plus capables, des plus actifs, des plus loyaux, qui mettaient les bonnes mœurs et la simplicité des père^ à plus haut prix que la faveur incertame des cours princières. Leur ligne fut sans doute confirmée, suivant l'usage de ce temps, par un serment de ne pas s'adresser aux tribunaux des seigneurs territoriaux pour les causes où il s'agirait de l'honneur, du corps et de la vie (2), mais de former eux-mêmes une justice devant laquelle ils voulaient donner et recevoir les décisions sur leurs droit§. Le droit et la procédure devaient être tels que les avaient transmis les pères,, ou , suivant le langage de cette époque, selon que tout avait été ordonné et institué par Karl le Grand. Le nombre des hommes qui se réunirent d'abord fut sans doute très-faible ; mais bientôt Funion s'accrut, ainsi qu'il arrive ordinairement quand un sentiment existe dans tous et tend à préparer les mêmes dispositions dans beaucoup d'esprits, et elle acquit des adhérents dans toutes les parties de la Westphalie. Et comme ces confédérés ne faisaient pas d'opposition aux princes, et se montraient même, en dehors de leurs intérêts communaux, de bons et loyaux sujets, ils parvinrent à dissimuler assez longtemps leur association aux yeux des princes.

Aux nouveaux tribunaux des confédérés, dont l'introduction parait avoir été d'ailleurs facilitée par «le parti que l'on tira des anciens cent-gerichte (tribunaux de centaines [de familles];, l'on appliqua un nom connu

revêtu d'ane signification nouvelle. On les appela tribunaux francs , on francs-sièges, par opposition aux gogerichte des seigneurs terri- .toriaux; car les villes qui se défendaient contre le pouvoir des seigneurs, et les villages qui s'y dérobaient, s'appelaient villes et villages libres. Ces cités ne voulaient pas se séparer de Tempire ou de Tempereur , et prétendaient seulement ne p^s souffrir Faction des princes comme souverains territoriaux. Leurs tribunaux furent désignés aussi parTépithète d'impériaux, et le droit qu'ils appliquaient était appelé droit dp l'empire ; et il ne pouvait guère en être autrement, puisqu'ils le faisaient venir de Karl le Gran4 , le fondateur de Tempire. Le président du tribunal s'appelait franc-comte ; les assesseurs étaient nommés francs-scabins j pi le ressort de juridictiop franc-comté; le tout dans le même sens. Il n'y a pas de doute gue dès le commencement , ou peu après leur formation, les tribunaux reçurent aussi le nom ^e fem'gericht$ (5); mais il n'est guère possible de savoir par quelle raison ; car, ainsi qu'on Ta ^éjà dit, la signification de ce mot n'a pu être déterminép ayec certitude : il en est à peine resté trace dans notre langue. Il n'est pas invraisemblable que le mot vienne du latin Jama^ et par conséquent indique la renommée dont jouit un homme. Si cette explication, quelqqc forcée qu'elle puisse être, était pourtant juste , les francs-tribunaux auraient fixé la fem de l'accusé et trouvé les éléments du jugement d'après tout ce que le comte et les scabins savaient eux-mêmes sur un membre de l'association. Ce qui parait encore confirmer cette hypothèse sur cette procédure à Torigine, f^t que probablement les francs-comtes et les francsfscabins formaient une association morale, et devaient chercher à éloigner d'eux tout sujet indigne , à exclure même quiconque avait un mauvais repopi : car ils ne paraissaient pouvoir se maintenir et légitimer leurs efforts que par nne moralité sévère, et de tout candidat aspil'ant à entrer dans leurs rangs , ils exigeaient la preuve qu'il jouissait de l'estime publique. La verfemmg , mot par lequel ou exprima la condamnation d'un accusé, ne fut peul-ètre d'abord qu'une expulsion de l'union , un rejet hors des rangs des confédérés; une déclaration du comte et des scabins, devajit Dieu et sur leur conscience , que l'homme élait sans honneur, et par conséquent indigne de Tassocia-

tion. Des tribunaux pacifiques peuvent bien aussi, dès l'origine, avoir été nommés tribunaux libres, parce que, sans jouir d'autorité publique , ils étaient tenus silencieusement d'après un accord entre les ct)nfédérés. Par la même raison, et aussi parce qu'il était dans l'essence d'une telle justice que les dénonciations de certains confédérés , les opinions en général , les motifs sur lesquels reposait leur décision, ne fussent pas connus, peuvent avoir été donnés les noms de justice secrète, de ban secret, ùeverfemung. Et comme à cause de cela les membres de la fem seuls pouvaient être informés des actes des tribunaux , de leurs motifs et de leur procédure , on était bien près de les appeler les wissenden , dénomination à laquelle contribua peut-être cette circonstance , que les membres de la fem^ quand leur nombre s'accrut, adoptèrent des mots d'ordre secrets et des saluts de reconnaissance. Dans le progrès dû temps, l'on put bien aussi attacher au nom de tcts- $end€n l'idée d'intelligence , de lumière et de sagesse, d'autant plus facilement que les francscomtes et les francs-scabins avaient de belles occasions de faire des expériences , d'être mis beaucoup mieux que d'autres au courant de l'état de la société , et de se rendre plus propres aux affaires.

Toutefois cette action secrète ne put échapper longtemps à l'attention des seigneurs du pays ; mais, quand ils en firent la découverte, ils étaient peut-être en de grands emban'as; car alors, à ce qu'il paraît, l'association avait pris une si grande extension, le nombre des membres de la fem ou des tcissenden s'était accru à un tel point, parmi eux étaient entrés des hommes des freyen libres et des vassaux de si grande importance , que les princes du pays durent hésiter a faire une tentative pour supprimer violemment les francstribunaux et briser la ligue. Eux-mêmes étaient de trop petits princes , et trouvaient dans leurs feudataires trop peu de ressources pour une telle tentative, et, d'après la situation de l'empire et le manque d'ensemble de leurs ressources, ils ne pouvaient attendre d'assistance de l'empereur ou de l'empire, ou mêuïe de quelques princes plus puissants eu dehors de la Westphalie. Ils n'avaient donc qu'à laisser subsister les francs-tribunaux , et à les reconnaître, sinon officiellement, au moins par le fait.

Dès ce moment pliangea U situation des

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