LIV. XXVI
reconnaître la force , ponr examiner les points par lesquels ils pourraient plus facilement et plus ofûcacemeot la dominer; et bientôt sans doute il apparut que les fem-gerichte ^ nés de la confiance générale et grandis par elle, pouvaient être anéantis , seulement si Ton parvenait à exciter contre eux l'opinion de toutes les classes.
Dans le fait , il est à regretter qu'une histoire des fem-genchie ne puisse être tirée de la conscience même des toissenden; beaucoup de points sans doute seraient considérés sous un autre aspect que maintenant. Il est présumable que des francs-comtes se rendirent coupables isolément de grandes inconvenances , se livrèrent à de graves abus, commirent de redoutables usurpations; mais ces actes ont été représentés comme poussés à des degrés inadmissibles; et l'homme qui s'efforce de rester impartial dans son jugement sent une juste défiance s'élever dans son esprit. Le cri d'indignation contre les fem-gerichte a fini par devenir si général , que cette unanimité même éveille des doutes. Beaucoup de calomnies circulèrent, en partie répandues par ceux qui avaient éprouvé la rigueur de la fem , ou qui en avaient vu les résultats, pour leur douleur et leur honte, en partie par ceux auxquels il importait de détruire celte justice. Peut-être aussi les francs-tribunaux furent irrités de l'immixtion des princes et des rois; des entraves qui leur étaient imposées par les papes et par les empereurs; des altérations, présentées comme améliorations , auxquelles ils furent réduits ; des imitations de leur procédure dans les tribunaux des princes et des villes, au moyen desquelles les opinions étaient jetées dans la confusion ; des attaques qu'il leur fallait subir de tous les points, et qui formaient un contraste frappant avec les éloges antérieurs. Poussés à bout par tous ces faits et par d'autres encore, des francs-comtes et des tribunaux entiers arrivèrent peut-être à penser que leur autorité ne pouvait plus être conservée par des concessions , mais par la fermeté et un accroissement de rigueur; et dans celte vue, par indignalien et par colère, ils purent bien dépasser les bornes en deçà desquelles ils avaient conservé sinon l'adhésion des contemporains , au moins l'estime et l'admiration de la postérité. Mais la conduite atroce de quelques comtes et de quelques tribunaux ne dénonce pas l'esprit de
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toute l'association , et ne peut déterminer le jugement à prononcer sur elle; car la question à laquelle on ne peut répondre d'après les relations reste toujours ; si ces comtes et ces tribunaux n'avaient pas été des instruments dans la main de ceux qui visaient à la ruine de la fem-gerichte , plutôt que les auteurs de sa dissolution intérieure.
Quoi qu'il en soit, que les fem-gerichle aient été victimes de passions et de manœuvres étrangères, et n'aient disparu que devant une puissance supérieure , on bien qu'ils aient succombé à leur propre cori*uption intérieure, il est certain qu'ils ne périrent pas avant qu'un nouvel esprit fût arrivé à la vie , et qu'un puissant mouvement se fut manifesté dans l'Église et dans l'État; avant d'avoir eux-mêmes agi fortement pendant deux ou trois siècles sur la vie du peuple teutsch , et d'avoir accompli une grande mission. Ils avaient vengé et prévena beaucoup dq crimes ; ils avaient procuré aux pauvres et aux faibles délaissés plus de sécurité que l'on n'en aurait trouvé sans eux; ils avaient contenu maints grands seigneurs , dors que la condamnation prononcée par l'empereur était dédaignée, que les analhèmes pontificaux n'étaient plus redoutés; ils avaient formé un second boulevard contre l'envahissement du droit romain , et procuré au peuple teutsch le temps de mûrir assez pour que ce droit lui fût moins nuisible; ils avaient fait sentir aux princes teutschs qu'il était nécessaire de s'occuper d'une meilleure administration de la justice dans leurs domaines; enfin ils avaient rappelé la pensée du Saint-Empire, de la nation teulsche, de la nécessité d'une justice de l'empire, à une époque où personne ne paraissait plus songer à l empire. Et par là ils ont stimulé l'esprit national , maintenu et nourri dans tous les Teutschs le désir de la réunion pour la défense commune, le droit et la science. De tels services ne doivent être oubliés ni dédaignés par personne.