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L'an 1235.
Il reste encore à parler de deux faits qui se I produisirent dans le temps où Friedrich II ,
poursuivai^t d'autres projets, laissait tomber avec linc entière indifférence la puissance impériale dans le Teulscliland dans une décadence complète ; de deux faits qui ne furent pas sans rapports avec les événements de Saxe déjà racontés, ni sans înQuence sur eux ; qui , reroaiquablcs en eux-mêmes , peuvent servir do témoignages sur ce temps , ainsi que sur l'esprit pt les dispositions du peuple teutsch; dont le
{iremier montre que Tamour de la liberté et a force de combattre et de mourir pour elle ^'étaient pas encore éteints dans le cœur des
Teutscbs.
Le premier événement est la lutte des Stedîngers contre des princes qui s'efforcèrent de les assujettir , et contre lés abus du pouvoir Sacerdotal.
Les Stedingers habitaient sur les deux rives au tVeser, au-dessous de Brenien, à peu près depuis l'embouchure de TOchle jusque par delà la Hunto, s'écartant, à quelques milles plus loin, dbs deux rives, sans que les limites puissent être bien exactement déterminées. Les bords delà vallée du Wèser, qu'ils occupaient, avaient été, dans les temps reculés, pour la plus grande partie, tantôt mer et tantôt terre , selon que le flux et le reflux faisaient monter ou baisser ce fleuve. Avec des efforts t)rodigieux, leurs pères, comme leurs voisins répandus au-dessous d'eux sur le Wescr, le long de la mer et de l'Elbe , avaient élevé , en des teînps inconnus, de grandes digues appelées beiche , pour marquer an fleuve un lit plus étroit et plus fixe. Ainsi avait été gagné un pays qui sur chaque rive, jusqu'au terrain sec, pouvait à peiné avoir un mille de largeur , et qui offrait plutôt l'aspect d'un marais que d'un sol affermi. Mais, par de nouveaux efforts, ils avaient coupé ce marais par de nombreux fossés, de sorte qu'il se partageait en une quantité de petits carrés ; et ils avaient construit à travers les digues des écluses qui, au temps du flux, empêchaient les vagues d'entrer dans le fleuve, et, au moment du reflux , ouvraient passage aux flots qui sortaient des fossés et des petites rivières , pour aller au fleuve et à la mer. De la 4M»rte le marais était mis à sec, au moins à l'époque de l'été, et le pays était devenu une plaine basse extrêmement fertile. Si l'entretien des digues, des fossés et des écluses, resta une charge très-onéreuse , réclama de grands soins et de fortes dépenses, les frais et les peines
RISTOIBE DU PEUPLE ALLEMAND
furent amplement récompensés par les abondantes récoltes de la terre, surtout par les profits de l'élève des bestiaux.
Les Stedingers eux-mêmes, placés sur les limites des Saxons et des Frisons (4 ), ont été considérés tantôt comme Saxons , tantôt comme Frisons. L'incertitude pouvait naître d'autant plus facilement , qu'il devait étre^en effet trèsdifficile d'établir une différence bien nette entre la Frise et la Saxe. Toute la distinction que l'on croit avoir découverte ne peut venir que de la situation des pays , des occupations et des rapports politiques. Mais, si Ton attache quelque valeur aux relations des écrivains romains, d'après lesquelles les Frisons demeuraient à l'ouest de l'Ëais, et les Chauques, au contraire , ancêtres des Saxons, à l'est, il parait hors de doute que les Stedingers étaient des Saxons. Mais , avec le progrès du temps | des Frisons peuvent aussi s'être établis parmi les Saxons; car, exercés par leur longue lutte contre la mer du Nord, et confiants dans leur hablleto supérieure à se défendre contre les attaques des flots, les Frisons avaient fini par ressentir une véritable passion pour ces sortes de combats et de périls , et se rendaient volontiei^ là où il s'agissait de disputer et d'arracher du tefrain à leur vieil ennemi. Des hommes de la Frise enseignèrent peut-être aux Saxons, leurs voisins, l'art des constructions maritimes , et reçurent en récompense de leurs services une partie des terres conquises sur les flots. Les Stedingers, comme les Frisons , étant parvenus dans les séelandes à se défendre dès les premières temps contre l'invasion du système féodal , purent bien ensuite, quand le danger devint plus grand et qu'ils se virent le plus exposés, se rattacher à la ligue des sept Séelandes de la Frise , ainsi que d'autres cantons voisins. Les plus proches du péril étaient surtout les Stedingers orientaux, sur la rive droite du Weser, les Osterstaders ; et ils adhérèrent à l'union frisonne , quoique leur espérance d'appui et de secours ne se réalisât pas aux jours do détresse. Les Stedingers du côté gauche du Weser, confiants dans leur ancienne fortune , dans la nature de leur pays et dans leurs propres forces, paraissaient avoir cru que leurs bras suffiraient à défendre leur liberté. Us restèrent donc en dehors de toute ligue , dans une pleine indépendance; et lorsque les désastres éclatèrent sur les communes du Midi, alors seulement les
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oommiuies do Nord se railièrent aa canton voisin de Rustringen , appartenant à la Frise. Mais toutes ces choses étaient bien propres à jeter de la confnsion , et à faire douter si les Stedingers étaient Saxons ou Frisons. Dans tous les cas, les Stedingers, comme les Frisons libres, viraient, selon les mœurs antiques des Teutschs, dans la simplicité et la vertu ; la religion chrétienne elle-même n*avait eu d'autre influence sur les rapports sociaux que de rapprocher peut-être les hommes. Le sort des serviteurs, qui ne fut jamais dur , put être encore adouci d'autant plus que le nombre en était plus restreint. Les Liten , sauf les cas de composition et d'amende , paraissent avoir été à pou prés sur le même pied que les hommes libres. Ceux-ci en général étaient égaux en droits ; la propriété territoriale faisait seule une distinction passagère entre les pauvres et les riches^ entre les Athelingen et les Frilingen. Les fonctionnaires jouissaient du pouvoir nécessaire et des avantages convenables, et le prêtre se voyait entouré du respect qu'il avait droit de réclamer, si lui-même, en administrant les sacrements , respectait et ménageait les moeurs «t les usages du pays. Au reste , le nom des Stedingers n'apparut dans l'histoire que vers le dernier quart du xii* siècle. Le petit pays n'attira pas l'attention des historiens avant que de grands seigneurs n'essayassent d'arracher aux habitants la liberté qui les rendait heureux (2). Il ne manquait pas de princes ecclésiastiques et séculiers pour convoiter le pays des Stedin* gers , et ils savaient produire Ieui*s prétentions. Cette diversité de réclamations de A part de prêtres et de laïques facilita aux Frisons les moyens de maintenir longtemps leur liberté au milieu des plus violentes secousses. Tous les pays teutschs étalent entrés dans la subdivision de l'empire en cantons par Karl le Grand, et avaient reçu leurs comtes pour l'administration de la justice. Heinrich IV avait conféré à son favori ^ le magniflque archevêque Adelbert de Bromen, le comté de Frise , et les empereurs ses successeurs avaient fait des collations ou distribué des promesses sur lesquclle^pouvaient s'appuyer des prétentions. Mais l'histoire des Stedingers est obscure , ou plutôt ils n'en ont pas; tout au plus se sont conservés quelques souvenirs, qui ont pris la forme de traditions, pour s'entourer ensuite d'une apparence historique dans to xv* siècle. Tout est resté incer-
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ni
tain , et il semble qne h liberté dis SWdingerfe
fut sauvée contre les tentatives qui puirent être faites pour l'étouffer. Mais au temps où Heinrich le Lion , engagé dans un débat contre l'empereur Friedrich , n'était plus en état de main* tenir l'ordre par la terreur de son nom et de ses armes , les comtes voisins , surtout ceux d'Ol* deiibourg, se livrèrent à de nouvelles tentatives contre les Stedingers; car il devait être d'une grande importance pour les comtes d'OI* denbourg de réunir sous leur domination l'embouchure de la Hunte et le Weser. Mais les vassaux qu*ils chargèrent de cette mission la remplirent avec une maladresso extrême.
Pleins de mépris pour les gens du pays et d'ardeur pour le service de leur seigneur ^ ib s'immiscèrent violemment dans les afiaireg in-* térieures des Stedingers, construisirent des forteresses contre eux, et de ces repaires se por^ têrent à toute sorte d'actes de violence , osani même outrager les femmes et les jeunes filles* Irrités de ces attentats, les Stedingers éta^ blis entre la Hunte et l'Ochte, qui étaient plus immédiatement^lacés sous les coups des Oldea» bourgeois, se levèrent, à ce^a'ii parait , aa moment où l'on prononçait sur le sort dtl duché de Saxe, et, le fer et la flamme h la main^ ti« rèrent une sanglante vengeance de leurs op^ presseurs. Les forteresses furent détruites, et les feudataires furent chassés ou massacrés. Ensiiite des retranchements furent élevés; totU les Stedingers se retirèrent dans les tillages derrière leurs digues , et les holnmes richei construisirent des maisons bien fortifiées , qui aux jours de danger devaient servir de refuge et cle défense. Dès ce moment les Stedingers paraissent ne plus avoir payé la dtme & l'église de Bremen , soit qu'ils eussent soupçonné l'archevêque de participation aux tentatives d'oppression contre eux ^ soit que les débats qui s'élevèrent au sujet du siège de Bremeu eussent empêché la levée de cet impôt.
Ensuite les Stedingers restèrent uil deitil«siècle à l'abri des attaques , en partie à cause de la confusion où étaient l'empire , la Saxe et Tarchcvêché de Bremen, en partie aussi parce qu'ils n'étaient pas encore regardés conlme mûrs pour l'assujettissement. Ils sa trouvèrent donc en sûreté , et leurs forces étaient en biett haute estime ^ puisque personne n'entreprit de les briser. Toutefois, en 4aOT^ l'arohetêque
Hartwich n fit une expédition contre les Stedingers, mais seulement pour arracher une somme d'argent. L'on n'en vint pas aux mains. Cette circonstance entretint peut-être encore les Stedingers dans leurs illusions; car, deux ans plus tard , lorsqu'après la mort de Hartwich 9 Hambourg et Bremen firent chacun un choix différent pour l'archevêché, ils se laissèrent entraîner à prendre parti pour Thomme que Bremen avait élu, et que le pape avait rejeté, le Danois Waldcmar , antérieurement archevêque de Schleswig, en opposition au* candidat de Hambourg , au prieur Burchard; et ils se tinrent encore du côté de Waldemar , lorsqu'après la mort de Burchard, le pape Innocent il! nomma lui-même un archevêque, Gérard I'^, comte de la Lippe, josqn'alorsévêque d'Osnabruck. Dans la guerre entre Waldemar et Gérard , ils se montrèrent Taillants champions; ils emportèrent quelques forteresses et en menacèrent d'autres ; mais en même temps ils se signalèrent au ressentiment de Rome, qui, si elle pardonne , n'a guère coutume d'oublier. Sans doute ils avaient aussi attiré sur eux la colère de plusieurs princes, en particulier des comtes de la Lippe , tout en conservant pour ennemi constant , suivant la nature des choses, le comte d'Oldenbourg. Ik finirent par délaisser l'archevêque Waldemar , après l'avoir défendu pendant six ans, et, s'étant tournés du côté de son adversaire quand Bremen se fut aussi détaché de Waldemar , ils expulsèrent celui-ci de son siège. Mais ce changement peut être interprété à leur désavantage. Par quelques motifs qu'ils fussent amenés à cette évolution; qu'ils redoutassent le pape Innocent, qui avait tenu son concile'général avec un grand éclat , ou que la retraite de l'empereur Otto IV, qui avait été allié de l'archevêque Waldemar, les déterminât aussi à reculer , ou bien que d'autres causes secrètes agissent sur leur résolution , il est certain que leurs ennemis, qui haïssaient leur liberté et aspiraient à les dompter, crurent avoir découvert en eux des parties faibles. En effet on trouve déjà dans leurs luttes pour Waldemar des traces de corruption et de trahison (5).
Cependant il s'écoula encore une suite d'années avant que tombassent sur les Stedingers les malheurs qui s'étaient préparés contre eux. Friedrich II quitta le Teutscbland , l'autorité royale s'évanouit ; les événements dont
il a été fait mention indiquaient la décadence de l'empire ; enfin la souveraineté territoriale des princes fut proclamée , et chacun des seigneurs chercha , selon les occasions, à étendre ses domaines, à fonder son pouvoir. An moment où ils se livraient à de tels efforts , les princes ecclésiastiques ou séculiers devaient sans doute se sentir gênés par la liberté des Frisons^ qui était comme un modèle à suivre placé sous les yeux des Saxons ; mais ils avaient encore plos de haine pour la liberté des Stedingers : car les Frisons s'étaient tenus paisibles dans leurs limites ; les Stedingers, au contraire, s'étaient immiscés dans les querelles des princes, et avaient conservé une force qui ne paraissait propre qu'à provoquer à la résistance, qid montrait la valeur de la liberté. En effet, un historien de ce temps remarque que les Ste* dingers avaient excité l'admiration- au lûia comme dans leur voisinage , et qu'une immense quantité d'habitants du ^ys étaient animés du désir de les imiter. D'autant plus ardent devait être le désir de mettre sous le joug cette masse orgueilleuse , vaillante et téméraire. Mais en même temps les princes voisins devaient éprouver une certaine inquiétude les uns à l'égard des autres , car chacun aspirait àjsaisir le pays, et nul ne voulait ar* river trop tard.
L'archevêque Gérard II de Bremen , neveu de Gérard I'' , jadis prieur de Paderbom , qui depuis l'an 4219 était sur le siège de Bremen , ût la première tentative en 4229. Et il ne manquait pas de prétextes. Un prêti*e avait été massacréNans le pays des Stedingers , et vengeance devait être tirée de ce crime. Hais, d'après une relation postérieure, ce prêtre, mécontent de la faible rétribution donnée par une femme au confessionnal , lui avait mis dans la bouche, à la sainte table, au lieu de l'hostie consacrée, la pièce de monnaie par elle offerte; et la plainte du mari de cette femme, irrité d'une telle offense sacrilège , n'ayant trouvé aucun accueil, cet homme avait cru devoir venger par le meurtre du prêtre Toutrage fait à sa femme et la profanation'du saint des saints. Néanmoins l'archevêque Gérartl réclama satisfaction, et lança de terribles menaces dans le cas où elle lui serait refusée. On osa pourtant la refuser ; car les parents de l'homme et de la femme avaient conseillé l'acte , et tous les Stedingers l'avaient