‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 116 sur 165 · LIV. XXVI · texte numérisé non relu

LIV. XXVI

trouvé jQste. Alors l'archevêque réunit nne paissante armée, et son frère, le comte Hermann de la Lippe, eu prit le commandement. Les-Slediogers attendirent Teunemi avec confiance , et, Tattaque ayant eu lieu le jour de la naissance du Seigneur, ils remportèrent une victoire écla.tante. Le comte Hermann périt, et sa chute jeta un tel désordre dans Tarmée , qu'elle se livra à une fuite honteuse. Dès lors une trêve n'était plus possible. Saisi de douleur et de honte, transporté de rage , Gérard pensa qae tout était permis contre de tels ennemis; aussi n'hésita-t-il point à employer, sans pudeur ni pitié, tous les moyens qui se présentèrent.

Probablement il prononça aussitôt Texcommunication sur les criminels Stedingers, qui avaient osé résister et immoler son frère dans l'action. En conséquence tous les prêtres et tous les moines quittèrent le pays, envers lequel, par sympathie pour Tarchevêque et à cause du meurtre d*un prêtre, ils avaient sans doute déjà montré des sentiments hostiles ; et il est bien possible que dans leur fuite ils n'aient pas toujours été traités modérément par les Stedingers. Ces gens cherchèrent alors, par nécessité, à s'arranger sans prêtres. Tout cela fournissait ample matière à des accusations , d'autant plus que les ecclésiastiques fugitifs ne négligèrent certainement pas de faire à Tarchevêque une description animée de leurs souffrances , de les représenter comme un vrai martyre, aûn d'être plus assurés de la faveur de l'archevêque et de celle de l'Église.

Aussitôt Gérard fit relever le fort de Schlatern, que les Stedingers avaient détruit dans la guerre précédente soutenue pour Waldemar. 11 convoqua tous les ecclésiastiques et les laïques des alentours et des contrées plus éloignées contre la race sacrilège; et comme Tbérésie, depuis la lutte des Albigeois, était d'autant plus redoutée qu'elle saisissait tout autour d'elle, il représenta les Stedingers comme des hérétiques qui méprisaient TEglise, foulaient aux pieds ses libertés, maltraitaient, torturaient ses ministres , et de plus étaient en communication avec les mauvais espritg, s'adonnaient à la magie, et se livraient à toutes sortes do profanations et de souillures sur le saint-sacrement. 11 ne manqua pas non plus d'élever des plaintes amères auprès du pape Grégoire IX , qui sur ces entre£ûtes était parvenu au saint-siége , et

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de réclamer l'excommunication générale de l'Eglise , qui dès lors , d'après les lois de Friedrich II , avait pour cortège la condamnation de l'empire. Cette activité de l'archevêque ne manqua pas son effet. Les Stedingers réussirent à détruire de nouveau le fort deSchlatern ; mais ils enflammèrent encore l'irritation du prêtre. Ils paraissent pourtant avoir continué la guerre. Ces vaillants hommes, dit un écrivain contem* porain, firent des attaques redoublées contre les * peuples voisins , ou plutôt contre les comtes et les évoques, souvent vainqueurs , quelquefois vaincus ; mais ils ne tirèrent aucun avantage durable de leurs triomphes; caries accusations d'hérésie et d'impiété soulevèrent partout les esprits contre eux, surtout ccu^ des grands seigneurs, qui détestaient la liberté de ces hommes simples et vaillants , et ne pouvaient pas plus souffrir leur bien-être que leur ardeur guerrière. Mais le saint-père se fit rendre compte par les trois évêques de Minden , Lu-* beek et Razebourg, des accusations portées contre.les Stedingers ; et comme sur ces entre* faites les contes répandus par les ecclésiastiques fugitifs avaient partout trouvé créance , et avaient encore été fortifiés par desbmits calomnieux, les trois honorables prélats ne se firent pas scrupule de 'déclarer les accusations bien fondées. Sans doute les Stediqgers et leurs affaires étaient entièrement inconnus du saintpère, qui avait même ^e justes raisons de craindre, comme on le verra plus tard, que l'incendie à peine éteint en f rahce ne se rallumât dans le Teutschland. Sur la plainte de l'archevêque de Bremen et sur le témoignage des trois prélats sus-nommés , il prononça la condamnation de TEglisc sur les Stedingers , permit de prêcher la croisade contre eux, etaccorda même à tous ceux qui prendraient la croix toutes les bénédictions pour le temps et Téternité que les papes avaient coutume de promettre pour une croisade en Terre-Sainte. Cela se passait au commencement de l'année 4252.

Aussitôt des prédicateurs traversèrent tout le Teutscbland septentrional, appelant les fidèles au salut de la foi , à la destruction de l'hérésie, depuis l'Elbe jusqu'à la frontière de France. Cependant ces missionnaires n'obtinrent pas à beaucoup près le succès que rarchevêque Gérard et le saint-père s'en étaient promis; car les bénédictions pour une croisade furent offertes à un faible prix. En général les hommes

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HISTOirtE DO PÊÛPLB ALLEMAND.

des classes Inférienres ^'intéressèrent au sort des Stedingers, et furent amenés h de nouvelles espérances par les efforts de ces persécutés; et même certains nobles seigneurs , places sur le troisième ou le quatrième bouclier, purent bien s'inquiéter du redoutable abus que Ton faisait du pouvoir religieux. Mais les princes ecclésiastiques et séculiers des pays teulschsdu Nord, qui avaient à craindre du préjudice de la liberté

' des Stedingers et des Frisons, jugèrent h propos de faire sur eux un terrible exemple, afin de les contenir et de déjouer les espérances illusoires de leurs propres sujets. Ils prirent donc la croix, poussèrent leurs vassaux sous la ban-

' nièro sainte, en attirèrent d'autres encore, et la Tille de Bremen elle-même se laissa gagner, et prit une part, peu active à la vérité, à l'expédition. Dans la même année 4255, une grande masse de croisés se réunit près de Bremen ; ils attaquèrent les Stedingers sur la rive droite du Weser, tandis que ceux-ci étaient menacés du côté opposé par les Oldenbourgeois, qui voulaient conper leurs communications avec les Osterstaders. L'attaque se fit sur les deux points. Une partie de l'armée croisée

^descendit le Weser sur des bâtiments, menaçant de percer les digues, ou dans l'intention de pénétrer en descendant des digues; l'autre portion, la plus forte, s'avança par terre. Les Osterstaders ne purent résister à ce double danger. Jl parait qu.'ils tentèrent la chance du combat, mais sans succès. Les vainqueurs promenèrent partout le fer et le feu , la dévastation et l'outrage. On ne sait combien de victimes tombèrent sous l'épée, combien il en périt dans les flammes ; on ignore encore plus les mauvais traitements qui furent exercés sur les vaincus échappés à la mort; mais ce qui est certain , c'est leur assujettissement. De l'autre côte du Weser, les attaques tentées dans TOIdenbourg échouèrent. Le comte Burchard périt avec 200 .croisés , et la victoire resta aux Stedingers.

Mais ils n'eurent pas longtemps à se féliciter do leur triomphe. Au printemps suivant, le duc de Brabant , le comte d»e Hollande, le comte de Clèves, avec d'autres comtes et seigneurs, meflèrentdegrandes troupes de croiséssur le Weser; et le comte Heinrich d'Oldenbourg , qui avait à venger deux défaites, l'archevêque de Bremen, qui avait à combattre pour son propre honneur et celui de l'Église , s'étaient donné beaucoup

de mouvement pour réunir de tiombretit guerriers sous la bannière de la crdix. De Bremen , Delmenhorst et Oldenbourg, les croisés s'approchèrent des foyers des Stedingers. Ceux-ci purent bien s'étonner de la quantité d'ennemis qui s'étaient armés contre eux en se couvrant de l'emblème sacré des chrétiens; mais ils ne perdirent pas courage, se confiant à la justice de leur cause. Les hommes héroïques qu'ils avaient élus pour leurs chefs leur rappelèrent le souvenir de la patrie et de laliberté, et les fortifièrent dans leur confiance par des allocutions ardentes. Trois surtout sont signalés : Volk de Bardenfleth, Tomino de Huntorp et Thedmor d'Agger; Ils se rangèrent en bataille à Altenesch (4) sous ces chefs te dimanche 25 juin , et cette petite troupe ne craignit point d'attendre l'attaque de la masse énorme de leurs ennemis. Les croisés fondirent sur eux avec impétuosité ; le comte de Hollande et le duc de Brabant, avec leurs troupes, menaient Tavant-garde; les aatres se précipitèrent après eux. Mais les Stedingers soutinrent le choc , repoussèrent les ennemis et les poui^suivirent avec la plus grande audace. Mais dans cette poursuite l'ordre ne fut probablement pas toujours observé , et de là vinrent les revers. Le comte de Clèves, qui avait tourné l'armée des Stedingers, ou s'était avancé dans la direction d'Oldenbourg , tomba tout à coup sur leurs flancs et sur leurs derrières, et décida une confusion générale. Dès ce moment la journée fut irrévocablement perdue. Les malheureux , accablés par « l'armée du Seigneur , « selon l'expression d'un vieux chroniqueur, furent percés à coups de lance, hachés à coups d'épée, ou écrasés sous les pieds des chevaux. Plus de la moitié des Stedingers restèrent sur le champ où ils avaient combattu. De ceux qui avaient essayé dé se sauver, beaucoup se jetèrent dans le Weser , ne voulant pas survivre à la liberté. Le petit nombre de ceux qui échappèrent au désastre, soit par lâcheté, soit qu'ils voulussent se conserver pour de meilleurs jours, se dispersa dans toutes les directions , et trouva un accueil hospitalier chez les Frisons. De l'arm(e du Seigneur y il ne périt que neuf hommes, d'après la tradition; mais le comte Heinrich d'Oldenbourg gisait à côté de ces neuf cadavres.

Le plus important, c'est que les Stedingers de la rive occidentale du Weser , qui avaient

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osé défendre avec leurs propres forces leur liberté contre les princes seigneurs territoriaux, avaient été vaincus de même que les Osterstadcrs; mais ils avaient succombé avec honneur. Leur pays fut soumis eu partie à Tarchevêque de Bremen , en partie au comte d'Oldenbourg. De nobles chevaliers et seigneurs , qui avaient aidé à Tœuvrc d'assujettissement j reçurent leur récompense en biens Inféodés. Les propriétaires libres furent placés sous leur dépendance, et aussitôt qu'ils se furent résignés à cette espèce de servage, s'éteignirent les clameurs contre leur hérésie; car cette hérésie c'était l'amour de la liberté. L'excommunication prononcée contre eux fut levée , et eux-mêmes furent reçus de nouveau comme bons chrétiens dans le sein de l'Église la bonne mère (5). Les autres auxiliaires de la croisade durent, à ce qu'il paraît , se contenter du butin que le hasard avait jeté entre leurs mains, et de l'honneur d'avoir combattu dans Tarmée du Seigneur pour la conservation de rÉglisb et de la foi. Mais' tous les Stcdingers n'eurent pas le même destin. Il parait que l'assujettissement de ceux de l'ouest ne s'étendait pas beaucoup au delà de Tembouchure de la liunte ; car , plus d'un siècle encore après ces malheureux, événements, un peu plus au nord, il y avait des Stedingers libres qui appartenaient au canton frison de Vastrlngcn et aux sept Séelandes frisonnes comprises daus ce canton. Mais on ne peut guère décider s'ils appartenaient antérieurement à cette cir* conscription, ou si les Vastringers intervinrent en faveur de leurs voisins après le désastre d'Altenesch , et les reçurent dans leur communauté. Toutefois il n'est pas invraisemblable que les princes et les seigneurs , instruits par la journée sanglante d'Altenesch, regardèrent comme une chose grave de pousser contre eux tous les Frisons libres sous les armes, et qu'ils se retirèrent devant les représentations et les forces de ces peuj)Ies.

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