‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 117 sur 165 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

PERSÉCUTION DANS LBTEUTSCHLA1VD CONTRE LES HÉRÉTIQUES. — MAITRE KUNRAD DE MARBOURG.

L'an I23&.

Le sort des Stcdingers était lamentable, mais

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il résultait nécessairement de Fétat des choses. Comme le pouvoir était partout daus la féodalité , que les chefs des vassaux étaient devenus seigneurs territoriaux, l'ancienne liberté du pays devait enflammer d'autant plus les haines que la nouvelle liberté des villes s'élevait plus menaçante. Si la vieHle indépendance des cam* pagnards fut encore tolérée dans les Séelandes frisonnes , cela vint de ce que personne ne se sentait encore assez fort pour i'anéantir, et parce qu'il fallait attendre l'occasion. Mais les Stedingers ont conservé un nom honorable dans rinstoire; au lieu de se soumettre lâchement, ils luttèrent avec vigueur pour l'ancien héritage de leurs pères , donnant un digne exemple à leurs descendants. Ils furent aussi et restèrent bons chrétiens. L'hérésie dont on leur fit un crime, aûn d'avoir un grief contre eux, leur était assurément étrangère, et les erreurs dont on les accusa ne leur étaient pas connues même de nom. Mais, vers ce temps, lorsque le grand désastre frappa les Stedingers, la persécution des hérétiques était grande daus le Teutschiand, et quiconque aurait osé provoquer la colère d'un prêtre eût difficilement échappé à la dénomination d'hérétique. Cette persécution religieuse est la seconde dont il faut faire mention avant de revenir aux affaires générales de l'empire, à l'empereur Friedrich et au jeune roi Heinrich. Ce sont des événements plus effrayants que ceux de l'histoire des Stedingers ; rien ne peut soulager Tàme du poids qui Taccable à l'aspect de telles horreurs.

£n maintes occasions Ton a signalé dans cet ouvrage qu'au milieu des actes de violence des trois derniers siècles l'esprit humain devait se fortifier nécessairement, et qu'en effet il montra chaque jour une vigueur nouvelle. Mais plus les connaissances s'étendaient , plus la pensée mûrissait, plus les hérésies se multipliaient. Dans les époques primitives, rarement un doute s'était élevé sur le. pur enseignement de Jésus; peut-être même personne ne doutait alors. Un seul point était incertain : quelle était la pure doctrine du Christ? Beaucoup d'hommes lisaient les saints écrits des évangélistes et des apôtres, et en venaient à l'opinion que les croyances de l'Église, pour laplus grande partie , ne s'accordaient pas, n'étaient pas même conciliables avec ces écrits. Ils les regardèrent comme des opinions humaines , auxquelles ils

opposèrent lenrs propres opinions , avec d'autant plus d'assurance qu'ils étaient in&itués de ridée qu'ils pouvaient être arrivés à ces lumières seulement à Taide de TEsprit-Saint. 11 s'éleva des communautés , des écoles ou des sectes qui , dans leurs doctrines tirées des saintes Écritures et des anciennes traditions , et soumises à leurs propres réflexions , s'écartaient plus ou moins les unes des autres, et peu à peu en vinrent toutes à combattre et à rejeter l'Église même, telle qu'elle s'était formée dans le cours des siècles , 'avec son chef suprême, son organisation, sa distinction des ' fidèles , sa domination , ses richesses , la sensualité de beaucoup de ses membres , comme n'étant pas fondée sur la pure doctrine de Jésus-€brist. Arnold de Brcscia avait dédaigné de fonder une école, parce qu'il espérait convaincre tout le monde chrétien de ses principes; il ne voulait ni lutte ni persécution, il n'en appelait qu'à la persuasion. Mais la semence qu'il avait jetée au loin avec audace et persévérance avait poussé abondamment, et, cultivée par la science et l'étude, avait porté des fruits. Irrité des enseignements de cet homme , le saint-siége de Rome avait oublié ses anciens principes de douceur et de modération; sous la protection cruelle des armes impériales, il n'avait point hésité à livrer aux flammes le coupable hérétique. Le bûcher fut dressé dans les ténèbres de la nuit; et quand Arnold eut été consumé, la cendre fut dispersée à jamais. Néanmoins bien des àmcs s'étaient allumées à ce foyer dans les contrées méridionales de l'Europe. Mais l'Église romaine tomba dans la malheureuse erreur, si souvent partagée par les puissants de la terre, que la vérité , les convictions , les pensées et les idées pouvaient être étouffées, déracinées par la persécution et les rigueurs. L'Église elle-même, par sa propre existence, fournissait pourtant Ja preuve la plus éclatante que rien n'est obtenu par le cruel « CruciGez-le ; « mais elle s'abusait, grâce aux changements que Friedrich I" opérait en Italie par ses combats et les ruines qu'il entassait. Ces combats et ces ruines détachaient les pensées des hommes des choses divines pour les fixer sur les objets terrestres , et l'Église pouvait follement attribuer le silence des hérétiques aux flammes salutaires qui avaient consumé Arnold. Elle s'attacha donc fortement à cette

opinion : l'obéissance , sinon la foi , peut être maintenue pai* les condamnations^ les recherches, la surveillance sévère, les brusques perquisitions, la terreur constante; et cette opinion put être accompagnée de l'espoir que l'obéissance envers l'Église, quoique contrainte, finirait par enfanter un amour durable pour l'Église.

Le siège de Rome ne fut pas arraché à son erreur, même par de grandes expériences. L'hérésie fit des progrès, se développa de plus en plus , et, les saintes Écritures des chrétiens ayant été traduites dans les lajigues populaires, elle pénétra dans toules les classes de l'Italie supérieure, dans une grande partie de la Boui^gogne, dans la France méridionale. Uîs hérétiques parurent acquérir la prépondérance dans ces contrées. Ces gens, appelés Katharins et Vaudois, croyaient être bons chrétiens , et s'efforçaient de mener une. vie sincèrement chrétienne , à la manière des premiers disciples du Christ, rejetant le pape et le sacerdoce. Ils se signa/aient par une piété simple , par des habitudes morales , par toutes sortes de vertus. Ils ne négligeaient pas non plus les devoirs du citoyen et du sujet. Mais aux enseignements et aux pratiques de l'Église ils opposaient toujours le mot de Dieu , auquel ils voulaient être fidèles dans la vie et dans la mort. Tout en s'attachant toujours au principe qu'elle était fondée sur un rocher contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudraient pas, l'Église devint inquiète; elle se donna tonte sorte de peines pour ramener ces brebis égarées au grand bercail des fidèles; mais les exhortations et les enseignements échouèrent, aussi bien que les exégèses profondes et les savantes conférences. Pas plus de succès ne fut obtenu par les accusations , les châtiments et les violences. Enfin le pape Innocent 111 s'irrita d'une telle obstination, et, selon ses procédés hautains et méprisants, il crut tous les moyens permis pour la briser. Aussitôt qu'un prétexte plausible se présenta, il n'hésita point à faire prêcher la croisade contre leS hérétiques. 11 ne se fit aucun scrupule de prodiguer pour cette croisade toutes les faveurs de l'Église qui jadis .avaient été promises aux croisés contre les infidèles profanateurs da tombeau du Christ ; et l'on conduisit habilement les opérations contre les Albigeois : car, sous ce nom insignifiant, qui appelait la pensée seulement sur une petite ville , l'on comprit

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