‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 119 sur 165 · LIV. XXVI · texte numérisé non relu

LIV. XXVI

contraire, les hommes d'un espxit plus éncrgiqne et d^nnc àme plus ferme, dédaignaient d'avouer des turpitudes qui leur étaient aussi étrangères qu'à leurs juges , et avaient horreur d'enlever la vie à d'autres par la honte de fausses accusations pour sauver leurs propres jours. Ils niaient l'hérésie qu'on leur reprochait, et supportaient la mort avec constance au milieu des flammes.

Ces horreurs durèrent trois années. On ne peut dire combien d'hommes furent condamnés il périr. On cite hien des chiffres de malheureux brûlés dans quelques villes; mais en général on ne trouve que ces expressions vagues : Une inflnité furent brûlés. Et en effet, qui aurait pu fixer le nombre? Comme la renommée dut enfanter de l'exagération dans ce temps cle consternation , certaines parties de la vérité purent bien aussi rester inconnues. En outre, ceux qui moururent sur le bûcher furent assurément une petite partie de la totalité des victimes. L'on ne trouve pas qu'un seul prince , ecclésiastique ou laïque, soit intervenu pour arrêter l'emportement du zèle, pour suspendre le cours de tant d'atrocités; car les grands seigneurs de ce temps n'avaient pas une grande horreur pour l'érection des bûchers. L'empereur Friedrich 11 lui-même n'hésitait pas à livrer aux flammes , en Sicile , ceux qu'il traitait de rebelles, aussitôt qu'ils lui tombaient entre les mains (6). Maître Kunradde Marbourg n'uurait pas poursuivi longtemps son horrible œuvre , si, dans le vertige que donne le pouvoir, il n'avait oublié peu h peu la prudence wec laquelle elle avait été entreprise. D abord il avait exercé sur de simples paysans sa haine contre les hérétiques. Comme ces pauvres gens lui avaient été abandonnés en proie , il s'était attaqué à des l)Ourgeois honorables , et dans cette tentative il n'avaii encore trouvé aucune résistance. 11 était monté de degré en degré, de telle sorte qu'il finit par ne plus vouloir épargner même les princes. Parmi ces princes qu'il manda devant son tribunal , était \m comte de Sayn , un cçmte de Henneberg , et une comtesse de Loz. Alors seulement l'archevêque SifriddeMayence, qui antérieurement avait agi de concert avec loi, et avait trompé le saint-père par un odieux rapport sur l'hérésie dans le Teutschland, lui fit des représentations, et le rappela aux conseils de la prudence ainsi qu'à un plus grand discernement dans sa cou*

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duite (7). Les archevêques de Cologne et de Trêves appuyèrent ces avertissements. Kunrad, qui croyait remplir les devoirs d'une charge sacrée, parait avoir pris les avis des trois arciievêques dans un sens qui vraisemblablement était justo: ils ne niaient pas l'extension de l'hérésie; Ils no blâmaient pas non plus la conduite de Kunrad; ils voulaient seulement qu'il fit une distinction entre les hérétiques d'un rang supérieur et ceux de petite condition ; il devait épargner les premiers, et pouvait poursuivre les autres. Son àme s'indigna de nouveau, et, dans sa colère « il se mit à prêcher la croisade contre les trois archevêques , dans lesquels il ne pouvait plus voir que des prêtres hypocrites, dont les vues , bien différentes des siennes, étaient dirigées sur tout autre chose que sur la pureté de' rÉgliso et sur la religion de Jésus-Christ. Par cette prédication contre les trois puissants princes , il donna incontestablement une preuve éclatante de son zèle irréfléchi , comme de la fermeté de sa conviction et de la sincérité de ses sentiments. Mais en menus temps il ouvrit un abîme qu'H ne pouvait ni franchir ni tourner. Dès lors il devait périr, ou bien tout le système ecclésiastique dans le Teutschland était expose aux plus terribles dangers. Aussi' est-il possible qu'il parût sous un tout autre aspect dans rhistoire,- s'il avait conduit sa malheureuse œuvre avec plus de prudence et de discerne* ment, s'il avait écouté la parole, des prêtres , épargné les grands de l'Église, et s'il n'avait proclamé la croisade contre ceux qui , vivant de la croix et sons la croix de celui qui n'avait pas où poser sa tête, se présentaient tout resplendissants comme de gran(|p princes de l'Église et de l'Empire.

Qu'arriva-t-il ensuite? c'est ce que Ton no peut reconnaître; il semblerait que riiistoirè a été défigurée à dessein. Mais le dénoûmeat porte témoignage. Au mois de juillet de l'année 4255, Kunrad se rendit à Marbourg ; dans lo voisinage de cette ville, il fut surpris et massacré avec son compagnon le franciscain Gi* rard. Les meurtriers sont inconnus, et l'on garda sur eux le silence. Dans tous les cas , par la mort de Kunrad fut atteint le but qu'on s'était proposé. L'état des choses fut entièrement changé. Les grands seigneurs temporels et spirituels furent rendus plus sages. Ils avaient reconnu que le feu jeté aux masures s'attaquait bien vite aux palais y et que l'aascr*

vissement de Tcsprit n'était pas aussi facile à obtenir par les moyens violents que celui du corps. Une grande agitation se manifesta donc .parmi eux. Des assemblées furent tenues, aussitôt après la mort de Kunrad, à Mayence , et en janvier de Tannée suivante à francfort , auxquelles parut aussi le jeune roi Heinrich. Assurément plus d'un haut personnage se trouvait en de grands embarras. Mais, d'abord , tous « ceux qui s'étaient tenus derrière maître Kunrad on à côté de lui désiraient faire retomber le poids de toutes les fautes sur cet homme, afin de paraître purs aux yeux du monde. Mais, en second lieu, le comte Heinrich de Sayn, et d'autres princes qui étaient accusés avec lui d'hérésie, durent être déclarés affranchis de tout soupçon. Ensuite il fut nécessaire de tranquilliser le pape, que l'on avait assailli d'accusations sur l'hérésie , et auquel le meurtre de son fondé de pouvoir ne pouvait être indifférent. Enfin, le désir pouvait bien être général de faire tomber de funestes événements dans l'oubli aussi vite que possible, en apaisant les esprits, afin que la dernière tromperie fût moins cruelle que la première. Pour atteindre ce but, ecclésiastiques et séculiers n'épargnèrent pas les efforts. L'on y parvint , et la croisade contre les malheureux Stedingers, contemporaine de toutes ces manœuvres, y contribua pour une bonne part. Mais de quelque façon que l'on vint à bout de Tentreprise, quelques vues que l'on poursuivit ou quelques moyens qui fussentemployés, sur quelque personne que retombassent les fautes , à quelque sujet que revint le mérite; pour le peuple teutsch , les horreurs des trois années qui vieanent d'être 'rappelées ont eu pour heureuse conséquence que nul tribunal d'hérésie sur le système de maître Kunrad ne put jamais être rétabli , quoiqu'il n'ait pas manqué de sentiments hérétiques jusqu'à ce jour.

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