CHAPITRE X
GRÉGOIRE IX. — DÉBATS ENTRE LE PAPE ET L^BUPEREUR. — ACCOMMODEMENT DE LA QUERELLE. -^ COMMENCEMENT DE LA MESINTELLIGENCE OUVERTE ENTRE FRIEDRICH ET SON FILS LE ROI HEINRICH.
De Tan 1227 à Tan 1204.
Le jeune roi Heinrich avait été témoin in-
volontaire , inactif et impuissant , de tons les événements et de tous les faits qui ont été racontés ou seulement indiqués précédemment , ainsi que de beaucoup d'autres encore contemporains de ceux-ci, mais dont il n'a pas été question, parce qu'ils paraissaient moins importants pour la connaissance des relations de ce temps; et souvent il dut sentir son cœur s'enflammer en observant tant de manifestations si grandes dans l'empire contre TÉtat, sans aucune intervention du chef suprême. De son côté, son père, l'empereur Friedrich II, continuait à se tenir éloigné du Teutschiand , et agissait dans son royaume de Sicile ainsi qu'il avait commencé de le faire , se souciant peu da Teutschiand et de ce qui s'y passait. Il trouva en effet assez à faire dans les* rapports où il s'était engagé. Plus il jetait ses regards au loin, plus ses vastes projets devenaient saisissables, pins il excitait les passions contre lui, plus^il soulevait la défiance et la haine. Après son retour de la malheureuse expédition de Lombar^ die , sa situation à l'égard du saint*siége était devenue plus difficile. Mécontent , humilié , irrité , Friedrich oublia les procédés bienveillants qu'il avait observés jusque-là ; et le pape, auquel les. embarras de l'empereur n'échappaient pas, se mit à tenir un langage pins énergique. Néanmoins Friedrich et Honorius HI n'en vinrent pas à une rupture.
Mais, le 48 du mois de mars 4227 , mourut le pape Honorius , et, deux jours après, fut élu à sa place le cardinal Ugolino , que nous avons souvent rencontré comme légat pontifical dans le Teutschiand, des mains duquel Temperenr Friedrich H avait aussi reçu la croix à IVpoque de son couronnement à Rome. Ugolino, appartenant à la même famille de comtes dont Innocent 111 était sorti, arrivé à un âge avancé lorsqu'il fut porté sur le ^ége apostolique, bien informé sur les trouWes du temps , versé dans les affaires spirituelles et temporelles par une longue expérience, montra aussitôt, par le nom qu'il prit, d'après quels principes il prétendait diriger l'Église : il se nomma Grégoire IX ; et sa famille, sa vie entière , garantissaient qu'il se tiendrait fermement attaché à ces principes , et qu'il chercherait h les fiiire valoir contre l'empereur et contre le monde entier. En effet Grégoire avait ù peine occupé la chaire de St*Pierrc depuis six mois, qu'il lança l'excommunication de l'Église contre
UV. XXVI,
Friedrich II , excommunieation qu'Honorîiis avait tenue prête, mais en la montrant toujours dans le lointain. Tel avait été le motir de la décision du nouveau pontife : Friedrich s'était en effet embarqué avec une foule de croisés d'Italie, du Teutschland, de France et d'Angleterre, pour exécuter enûn l'entreprise sur laquelle le saint-siége insistait depuis une longue suite d'années; mais, après une navigation de trois jours, il était revenu et avait fait manquer toute la croisade. L'empereur essaya d'apaiser le pape, en prétextant une maladie gui lui avait rendu le voyage impossible ; mais cette tentative avait échoué complètement.- Non-seulement l'anathéme fut répété , mais des brefs, rédigés avec dignité et non sans vérité, furent adressés dans tontes les contrées, pour rappeler les services que le saint-siége avait rendus à l'empereur, et pour signaler l'ingratitude avec laquelle ce monarque avait retenu , amusé et trompé les pontifes ses bienfaiteurs. Friedrich , d'autant plus irrité contre le pape qu'il était moins en état de démentir les faits •qui lui étaient reprochés, mécontent auçsi de voir échouer auprès du nouveau pape les artifices avec lesquels il avait si bien entretenu Honorius IH , se laissa emporter à une défense qui était une attaque contre l'Église subsistante. D'une main impitoyable , dans des lettres aux princes tentschs , au roi d'Angleterre, on pourrait dire au monde entier, il déchira le voile sacré dont les papes avaient, su jusqu'alors couvrir leur redoutable pouvoir. Il montrait, par des exemples éclatants, l'abus que les papes avaient fait des auatbèmes de l'Église, les employant non pour la gloire de la religion de Jésus-Christ , mais pour satisfaire leur soif de pouvoir et leur cupidité. 11 opposait la richesse de rÉglise à la pauvreté dans laquelle avaient vécu le Christ et ses apôtres, et, poursuivant cette Toute, il proclamait des principes qui ne différaient nullement des doctrines d'Arnold de Brescia et d'autres hérétiques des temps posté- . rieurs (4). Il montrait ainsi de la manière lapins claire qu'il connaissait parfaitement l'étSt de l'Église , mais en môme temps que son humilité passée devant l'Église n'avait été qu'un calcul, son langage respectueux envers le souverain pontife un purartifice, et qu'il avait simplement attendu le moment de manifester ses véritables sentiments , son inimitié « contre les loups revêtus des habits de bergerst » Friedrich ne né-
CHAP. X
gligca pas de faire connaître sa défense au monde par tous les moyens , afin de faire de sa cause celle de tous les rois , et, s'il était possible, de réunir le monde contre l'Église et le siège apostolique.
Les reproches que l'empereur Friedrich adressait au pape, aux légats pontificaux, au haut clergé en général, étaient bien fondés; cela est incontestable. Dans les derniers temps, par l'impulsion d'Innocent III, et depuis Innocent III , s'étaient passées des choses qui, considérées en elles-mêmes, ne pouvaient être défendues par aucun parti, des choses qui son« lèvent l'horreur et le dégoût. Mais Friedrich aurait dû porter ses pensées plus loin'; il aurait dû considérer que les papes et les ecclésiastiques en général n'étaient pas plus que lui-même en dehors de l'ensemble des choses. S'il avait réfléchi aux projets et aux actions de son père et de son aïeul, et s'il s'était nettement rendu compte de ses propres desseins, peut-être serait-il arrivé à voir qu'il n'était pas facile dé marcher dans le droit sentier au milieu de tant d'embarras, et que personne ne serait en état de discerner dans les acte$ des papes et de leurs adhérents la part de la nécessité et la part de la passion.
Par Friedrich et Heinrieh VI le saint-siége avait été poussé hors d'équilibre; il était naturel que dans ce péril il s'efforçât de se maintenir et d'écraser ses ennemis. Friedrich et Heinrieh s'étaient mépris dans le choix des moyens pour arriver à leur but; il n'appartenait ni au fils ni au petit-fils de reprocher aux ecclésiastiques les erreurs qu'ils avaient commises eux-mêmes. Dans le fait, il paraissait assez étrange que lui Friedrich se plïiignU de la duplicité des prêtres et condamnât leurs mœurs. En adoptant qu'une maladie grave l'eût réellement contraint à revenir dé la croisade , et que le pape eût tort de rejeter son excuse, il ne pouvait pas nier que précédemment il n'eût trompé plusieurs fois le pape, qu'il n'eût véritablement encouru les anathèmes de l'Église. Et s'il pesait sa conduite envers le Teutschland et ses vues sur la Lombardie, s'il considérait ensuite les moyens qu'il n'avait pas eu scrupule d'employer pour l'exécution de ses plans, il devait nécessairement s'avouer que lui-même maintenait la chaire de Saint-Pien*e dans une situation où il lui fallait reconnaître que l'œuvre des siècles était
S2ft
mSTOIRB DU PEUPLE ALLEMAND.
en périt à cause des efforts dirigés contre les lois étemelles de la vie liuniaine. Dans tous les cas , il y avait grande présomption de la part de Friedricli II, avant d'avoir fondé plus solidement sa puissance , à éclater contre le pape et contre toute TÉglise, et à se placer ainsi dans une position où une réconciliation n'était plus possible : car, à Tavcnir, si des accommodements pouvaient encore avoir lieu au sujet de besoins mutuels, et si rapparëncc de rapports bienveillants devait encore se maintenir, la haine entre lui et TÉglise était irréconciliable; ou TÉglisc devait succomber, ou lui-môme était destiné à périr.
Friedrich paraît avoir bientôt senti que Tanatbème religieux était d'un poids accablant, niéme pour un esprit fort. Il parvint bien à soulever les Romains et à contraindre le pape à fuir de la ville étemelle ; mais ce triomphe ne le soulagea point. L'année suivante, il entreprit, non pas une croisade, cette expression ne pourrait être employée en pareille circonstance, ipais une sorte de promenade militaire vers la Terre -Sainte. Il se servait sans doute hypocritement de la croix pour gagner l'opinion du monde, et faire honte au souverain pontife des foudres par lui lancées. Mais ces foudres suivirent les mAts de ses vaisseaux , et ne perdirent leur puissance ni dans la Terre- Sainte, ni dans la ville de Jérusalem, ni même auprès du tombeau du Christ. Personne ne refusera son admiration à l'empereur pour la Tésolulion et l'habileté avec lesquelles il sut se tirer des plus grands embarras en Palestine ; mais nul ne peut non plus soutenir que son arrivée et son départ témoignassent des sentiments d'un vrai pèlerin, d'un vrai champion dn Christ. Ses paroles et ses œuvres présentent un aspect d'incrédulité, de tromperie ; tous ses actes, toutes ses allures indiquent la présomption, la ruse, la violence et l'emportement.
Tandis qu'il élevait dans la Terre-Sainte un fragile édifice sur le sable, son royaume hérédilairo ressentait les plus terribles ébranlements ; et tandis qu'il se plaçait hardiment sur la tète, de sa propre main, la couronne de Jérusalem, sans consécration, sans bénédiction, les diadèmes qu'il avait poi-tés jusqu'alors étaient fortement menacés. Il se vit contraint à laisser la Terre-Sainte à son destin, et, après un séjour de huit mois à peu près' dans cette contrée, à précipiter son retour vers l'Europe,
pour sauver ce qui était encore à sauver. Il ar* ri\a encore à temps. Il parvint bientôt à réunir des forces supérieures, à l'aspect desquelles le pape dut éprouver de graves inquiétudes; mais il s'en tint aux menaces, et n'osa pas user de la puissance dont il disposait. Ses efforts se bornèrent à déterminer le pape à lever l'excommunication et à rétablir la paix ; et il atteignit son but , car le pape était abandonné. Grégoire, employant tous les moyens pour se procurer des hommes et de l'argent, obtint rarement du succès, et n'arriva jamais au résultat qu'il avait espéré. Enfin , après une longue négociation, et grâce aux efforts iofatigables de plusieurs princes et seigneurs ecclésiastiques, qui se portèrent comme médiateurs, calmant l'irritation, ou composant avec les intérêts en lutte, jusqu'à ce qu'ils eussent accommodé les différends au point que Tua pouvait les terminer sans porter atteinte à sa dignité, et l'autre sans altérer son honneur, un compromis fut signé. Et Friedrich dut se montrer encore prêt aux plus grandes codcos* sions. Si maintenant Tempereur et le pape, dans» une entrevue personnelle , apprirent à s'apprécier de telle sorte que Friedrich montra un grand respect pour les sentiments de Grégoire, et que le souverain pontife n'hésita point à témoigner une haute admiration pour l'intelligence de l'empereur, la paix no fut pourtant qu'un accord passager, déterminé par les nécessités du moment. Friedrich ne pouvait et ne voulait pas renoncer aux projets de sa maison; le pape n'aurait pas osé abandonner les principes de TÉglise sur lesquels paraissait reposer le saint-siége. La lutte devait donc recommencer plus tôt ou plus tard, et, avec plus de persistance et d'acharnement, être amenée plus près d'un dénoûment. Pour le moment Friedrich obtint la liberté de ses mouvements pour agir dans le royaume de Sicile, où son action gouvernementale avait été interrompue par le voyage de Terre-Sainte ; et Grégoire gagna du temps pour s'occuper de la poursuite des hérétiques , à laquelle il pouvait se sentir entraîné d'autant plus vivement qu'une douloureuse expérience lui avait appris que l'autorité du saint-siége n'était plus ce qu'elle avait été dans le passé.
Les Tcutschs, absorbés par leurs propres affaires, n'avaient pris qu'une faible part à tous ces événements, h tous ces débats, qui
LIV* XXVI
pourtant ne restèrent pas sans influence sur la marche des choses dans le Teutschiand. Mais, d'après les relations incomplètes, il n'est pas possible de reconoaitre jusqu'où s'étendit cette influence. Pour la croisade que Friedrich avait promis d'entreprendre au mois d'août 4227, le landgraf Ludwig de Thuringe, l'évègue d'Augsbourg , d'autres princes et seigneurs avec un nombre considérable de pèlerins, se rendirent dans Tltalic méridionale , afin d'accompagner l'empereur à la Terre-Sainte. Mais le landgraf mourut , ainsi qu'on Ta déjà remarqué , àOtrante, et Friedrich, ayant renoncé au voyage, les pèlerins se dispersèrent çà et là ; la plupart regagnèrent pourtant leur patrie, non sans indignation et sans douleur. Ensuite le pape s'efforça de publier son excommunication contre Tempereur, surtout dans le Teutschiand, et de Ty mettre à exécution. Les moines prêcheurs déployèrent une activité extraordinaire pour répandre la terrible nouvelle parmi ces hommes. Le saint-père en vint même à penser à ressusciter Taucienne querelle entre les Waiblingen et les Welfs. Il envoya un cardinal Otto dans le Teutschiand , pour engager les princes à rejeter le roi Heinrich, fils de l'empereur excommunié , et à élire un autre roi ; er en même temps , par ce légat , il fit tenter le jeune Otto deLunebourg (2), petit-fils de Heinrich le Lion, pour exciter en lui le désir de la couronne impériale ; il parait même que des négociations furent engagées avec le roi Henri 111 d'Angleterre pour le déterminer à réclamer ce joyau ; et le roi n'était pas éloigné de celte pensée. Mais, encore bien que sur certains points l'excommunication agitât les esprits» la nouvelle ne produisit pas un puissant effet; les Teutschs avaient été trop accoutumés à l'excommunication ; la justification de l'empereur , qui contenait de si graves accusations contre le pape et le clergé, et que Friedrich s'était appliqué à répandre, no manqua pas non plus partout son effet; d'ailleurs le^ princes, occupés à fonder leur souveraineté territoriale, ne nourrissaient pas de sentiments hostiles contre Tempereur, et ils n'avaient rien à craindre du pape. Quelques-uns montrèrent un grand empressement auprès du cardinal Otto , le comblèrent de belles paroles , mais aucun ne se soucia d'agir.
En général Otto rencontra une vive opposition. Ayant indiqué un concile provincial
CHAP. X
sa?
à Wurtzbourg, le duc Albert de Saiei soa frère le comte Heinrich d'Ascanie, et beaucoup de seigneurs séculier en Saxe, écrivirent aux prélats teutschs une lettre très-vigoureuse, par laquelle ils les rappelaient aux devoirs et aux obligations de leur dignité. A une assemblée d'évêques teutschs que le roi Heinrich avait fait tenir , l'on décida que nulle réunion ecclé" siastique ne pourrait être convoquée par un légat pontifical , ni avoir.lieu sur le sol germanique. Enfin le cardinal rencontra partout des persécutions , et aurait été massacré à Leipzig, s'il ne s'était sauvé par la fuite. De son côté, Otto de Lunebourg , en supposant que la cou* ronne eût pu le séduire , n'était nullement en ppsition de se laisser aller à cet attrait. Le destin de sa maison était pour lui ua sombre avertis^ sèment ; lui-même , ainsi qu'on le racontera plus tard, après la mort de son oufcle la palatin Heinrich du Rhin, n'avait pu conserver la ville de Braunschweig que les armes à la main , et maintenant il était à peine échappé aux mains du comte Heinrich de Schwerin, dans lesquelles il était tombé à la bataille de Bornhœvede, combattant sous l'étendard du roi Waldemar de Danemark. Ainsi Otto refusa l'offre du pape, en déclarant qu'il n'entreprendrait rien contre l'empereur (5). Ses pensées étaient dirigées sur le recouvrement du comté de Stade, et sur une réconciliation définitive avec l'empereur, afin d'arriver, ainsi au repos et de pouvoir jouir des droits de seigneur territorial parmi les seigneurs territoriaux de l'empire. Enfin, lorsque l'empereur, de retour de la Terre-Sainte, prit les armes contre le pape , plusieurs princes spirituels et temporels partirent du Teutschiand pour l'Italie*, soit sur l'appel de Friedrich , soit de leur propre mouvement. Parmi "eux étaient les évêques de Salzbourg et de Ratisbonne , ainsi que les ducs d'Autriche et de Méranie. Mais, & ce qu'il parait, ils ne se rendirent pas en Italie dans l'intention de combattre pour l'empereur ; ik voulaient^lutôt travailler à la paix entre l'em* pereur et le souverain pontife, résolus à se déclarer contre celui qui prêterait moins l'oreille au langage de la raison. En effet» à côté du noble grand maître de l'ordre Teatonique, Hermann de Salzr, on cite le duc Léopold d'Autriche, beau-père du jeune roi Heinrich» fils de Friedrich, conmie ayant pris la plus grande part k rœuTre de pacification
entre Friedrich et Grégoire. Toutefois le duc n'eut pas longtemps à se féliciter du succès de ses efforts : il ne revit pas le Teutschiand , et mourut en Italie à Saint-Germano.
La joie de Tempereur sur la paix aviec le pape ne fut pas de longue durée , ou plutôt ce qu'il avait gagné par la paix ne lui suffit pas longtemps. Quelque difficiles que fussent les travaux entrepris par lui en Sicile, ils portaient d'admirables fruits avec une rapidité prodigieuse. Plus ces succès -étaient prompts, plus Tachèvement de la tâche était facile à prévoir , moins Friedrich pouvait se contenir dans les étroites limites de son royaume héréditaire; son esprit orgueilleux s'élevait avec impétuosité, et saisissait l'empire avec toutes les brillantes images qui avaient séduit sa jeunesse. En effet Friedrich put bien croire que^sa législation pour la Sicile n'aurait aucune consistance tant qu'il ne lui donnerait pas de plus vastes proportions dans toute l'Italie , tant que le siège de Rome surtout ne serait pas rédu.it à une tout autre situation à l'égard du pouvoir temporel; car quelques-unes de ses lois étaient en opposition tranchée avec les principes que le saint-siége cherchait à maintenir. Déjà le pape avait élevé la voix contre certaines dispositions, et s'il n'avait pas poussé plus loin ses objections, et n'avait pas cherché à les faire valoir d'une manière plus énergique, la raison en était, Friedrich ne pouvait se le dissimuler, dans les rapports difficiles où le saint-père était alors engagé avec les Romains indociles et factieux. Mais le saint -siège ne pouvait être réduit à une autre position que par Tcxécution des plans que Friedrich !«' avait poursuivis, et qui avaient été les rêves de la jeunesse de Friedrich II. La Lombardie devait être soumise, et cette soumission ne pouvait être opérée sans une puissante assistance du Teutschiand. Les pensées de Friedrich furent donc dirigées de nouveau sur la Lombardie et sur le Teutschiand. Les autres princes teutschs qui étaient venus en Italie le mirent sans doute bien au courant de l'état des choses dans le Teutschiand, et, d'après leurs représentations, l'empereur put bien acquérir la conviction que dans le Teutschiand on ne pouvait que tourner les questions, et que l'autorité impériale pourrait être rétablie seulement s'il parvenait à envelopper les princes teutschs dans les affaires d'Italie, à les entraîner en
Lombardie par les combats , les triomphes et le
butin , et à les ramener ainsi à une nouvelle obéissance envers la majesté du souverain suprême. Il s'offrait bien des occasions d'engager une lutte; la victoire et le butin paraissaient à peine pouvoir manquer : car en Lombardie éclatèrent de terribles déchirements; chaque ville , pour ainsi dire , était en gneire contre une autre ville ; il y avait même des cités qui s'épuisaient en guerres intestines. Le pape, rendu plus timide par les derniers événements , courbé d'ailleurs par des nécessités de tout genre , n'était pas à craindre ; il n*osait essayer de réunir les Lombards, de devenir rame d'une nouvelle confédération ; il y avait plutôt lieu d'attendre qu'il ne se refuserait pas à soutenir, au moins extérieurement, les projets de Friedrich, si celui-ci conservait l'apparence de sentiments pacifiques.
Au milieu de telles conjonctures , Friedrich convoqua une diète , qui devait être ouverte le V novembre de l'année \25\ à Ravenne. Les villes de Lombardie devaient y envoyer des députés, et le roi Heinrich y para\tre avec les princes teutschs. L'empereur pouvait bien espérer que cette assemblée aurait un tout autre résultat que cel le de Crémone; car il n'était plus g\ière question de la ligue des Lombards, que l'on voulait rétablir alors, et le saint-père lui-même travaillait activement, du moins en apparence, en faveur des vues de l'empereur. Il écrivit aux Lombards : « que l'empereur désirait conférer avec son fils et d'antres princes du Teutschiand en Lombardie; qu'il avait déclaré vouloir se diriger d'après les conseils du souve^in pontife, et ne rien entreprendre contre la paix avec la ligue lombarde, ni contre l'Église , et rien en général contre qui que ce fût. En conséquence il leur recommandait de ne mettre aucun obstacle à la marche du roi Heinrich et des Teutschs qui viendraient avec lui en Italie , et de les laisser circuler comme des hommes paisibles. Néanmoins ils devaient se montrer prudents. » Tous les Lombards ne manquaient pas de prévoyance; ils savaient bien de quels sentiments le pape était animé envers l'empereur; eux-mêmes nourrissaient la plus grande défiance contre Friedrich. Milan se tenait sur ses gardes, provoquant la vigilance là où l'on se montrait moins inquiet. Plusieurs villes résolurent d'oublier leurs débats mutuels ou de les sus-