‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 13 sur 165 · LIV. XXIV · texte numérisé non relu

LIV. XXIV

Tempcreur, et dans les derniers temps avait déployé une souplesse si active et une si grande babiielé pour la réconciliation de son maitre avec le pape, qu'il paraissait avoir des droits à la reconnaissance de Tun comme do l'autre; d'ailleurs Christian n'était nullement disposé à renoncer à la première dignité ecclésiastique de l'Altemagne. Mais le pieux Kunrad, considérant les embarras dans lesquels se trouvait le pape en face de cet liomme, se retira de luimême, quoiqn'avec une douleur amère, pour ne pas détruire la paix ù peine rétablie entre l'Église et l'Empire. Alors le pape el l'empereur convinrent que Christian conserverait le siège de May'ence,et que Kunrad^btiendrait celui de Salzbourg. Alexandre sacrifia l'archevêque Adelbert, fils du roi de Bohême, qu'jl avait essayé si longtemps de maintenir, el Friedrich laissa tomber l'arcbevéque Heinrich , qu'à la diète de Ratisbonne, avant son départ pour l'Italie, il avait appelé au siège deSalzbourg à la place d'Adelbert.

Après cet accommodement, les princes et les. députés quittèrent peu à peu Venise , et retournèrent dans leur pays. Le pape se transporta sur une galère dans le lieu d'où il était venu , pour regagner plus t^rd Anagni. Partout régnait la joie la plus vive sur le rétablissement de la paix; partout éclatait le respect pour \% saint-père, auquel étaient dus de si grands bienfaits. La douleur des Romains était d'autant plus profonde ^ne le pape triomphant ne prit pas sa résidence dans leur ville. Ils commencèrent à calculer ce qu'ils avaient perdu, et ce. qu'ils pourraient perdre encore si le saint-père restait éloigné de Rome. En conséquence ils députèrent sept de leurs principaux citoyens au pape , avec des lettres du qlergè, du sénat et du peuple, pour l'inviter à revenir. Cette démarche fut extrêmement agréable au pape; mais, dans la situation présente, il crut devoir faire des conditions, afin d'empêcher le renouvellement des offenses antérieures. Sans doute il s'étsrit aussi entendu sur ce point avec l'empereur, H fit donc luimême partir avec les députés de la ville une mission chargée de présenter deux demandes : d'abord, les sénaleui-s romains prêteraient désormais le seriTK^nt de -service et de fidélité au pape leur seigneur; en second lieu, les Romains remettraient entre les mains et au pouvoir du pape l'église de Saint-Pierre et toutes

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les régales dont ils s'étaient emparés, Nour seulement ces conditions.. furent h l'instant acceptées, mais les sénateui'Sy accompagnés d'autres bpns-liommes (7) , se rendirent i Aaa* • gni pour les jurer devant le saint-^ère et l'as^ surer de la paix et de la tranquillité la pln^ complète. Ensuite Alexandre se mit en rontc^ pour Rome, et, le 42 du mois de mars /i 4 78, il entra comme en triomphe dans la ville éter^ nelle , et prit sa résidence dans le palais de Latran. Jusqu'à ce moment l'anti-pape Calixte III s'était cramponné à sa dignité; espérant une nouvelle direction des choses, il n'a* vait tenu aucun compte de la son)mation d^ l'empereur pour qu'il eût à se soumettre sans délai au- pape légitime Alexandre, ni dçs me? sures militaires que l'archevêque Christiao avait prises contre lui ; mais maintenant il per? dit de plus en plus le courage çt l'espérance. Enfin il parut le 29 août, acpompagné.de queir ques-jQus de ses prêtres, ji Juscol.o,,oti s'était rendu Alexandre , pour la fête de la DécplUtion de saint Jean-fiapti^te. 11 s'approcha hujii? blement du saint-père, avous^ ses^ fautefi. qu'il avait con^nû^es sous l'autorité de l'empereur contre Dieu^ la mainte Eglise let le pape^ Ijoi? plora son pardon, et se soju^ità la,. volonté apostolique. AlexaJddre, cédaat spo^tanéjOQ^Jtà un noble mouvement , ou engagé^par unepr^; messe faite à l'empereur, ne lie. reppu^sa point, ne lui adressa aucun reproche, ue pro^onçu aucupe parole de blànie contre lui, mfiis rer cueillit. le pécheur repentapt eomniie, uu iUs bien-aimé dans le girop de l'Eglise^ et lui pro-: mit d'effacer le mal en considération du bien. L'empereur ajo.urna son retour en Allemagne. Sans doute il était retenu par des affaires; il est présumable aussi qu'après de tels événe; mcnts il n'aspirait guère à revoir sa patrie ; qu'il désirait laisser retentir les premiers éclats de joie sur le rétablissement de la paix avec l'Eglise, s'effacer. et «tomber. dans use ^espèce d'oubli la première impression produite., par son humiliation sur les esprits des hommes. Cependant ces conjectures pourraient à peine expliquer le retard du retour de l'empereur, si l'on considère les. événements qui s'étaient passés en Allemagne durant scm séjour e.9: Italie et en Bourgogne; Ton ne peut se défendre, de penser que Friedrich avec les évêques allemands , et non pas à l'insu çlu jpape ,. avait tramé h Venise des complots que ces prélats

devaient mettre à exécution après leur arrivée dans leur patrie , et qu'il jugea nécessaire d'en attendre le développement. Nous n'javons que très-peu de renseignements sur sa vie et ses actes dans l'année qu'il passa encore hors des frontières de son pays. Au mois de septembre, il quitta Venise ; il traita encore quelques questions avec des envoyés pontiûcaux relativement à certaines possessions en litige qui appartenaient au siège de Ravenne. Il se rendit ensuitcdans les domaines de la marquise Matbilde, dont lies revenus lui étaient restés, sans doute pour faire des enquêtes et des règlements. Il vint jusqu'à Spoleto. Le 30 de janvier 4478, il se trouvait à Pise. Ensuite il gagna Gènes, où il rencontra son épouse et son fils , le jeune roi Heinrich. 11 parait qu'il resta dans cette ville et dans la contrée jusqu'au printemps. La fidèle Pavia reçut encore une fois l'honneur de sa visite. On assure que sur sa demande le duc Bertold de Zeeringen était j'cnu en Italie avec des forces considérables pour escorter Tempereur et la famille impériale au delà des Alpes; mais où l'empereur fut-il joint par le duc ? on ne sait. Il se trouvait encore à Turin le 48 de juin ; il suivit probablement le même chemin par lequel il était venu , et descendit en Bourgogne par Susa et le mont Cénis. A Arles, ancienne capitale du royaume de Bourgogne^ dont cet État avait jadis porté le nom , il se fit couronner le 50 juillet ; le 15 d'aoi\t, il tint encore une diète à Besançon ; ensuite il se mit en route pour l'Allemagne. En septembre , il descendit sur le Rhin et vers Speier. Il avait été quatre années éloigné de son pays.

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