PRINCE DEVANT UNE DIETE
De l'an 1178 à l'an 1180.
Celui qui , durant le tableau des infortunes et des affronts de l'empereur Friedrich en Italie , a pu songer à sa patrie et se rappeler Tétat des choses dans le Teutschland ; à celui-là , à travers les scènes de Legnano, Pavia, Anagni
et Venise , est apparue encore la sombre figure de Heinrich le Lion dans le lointain ; et celte vue a du lui donner quelques préoccupations; car, si ce grand prince fut amené par leffet de ces événements à une situation tout autre, si ses affaires prirent une direction entièrement nouvelle , cela doit s'expliquer par Texposé des rapports qui s'étaient formés depuis une longue suite d'années entre lui et Tempereur.
L'examen de ces rapports reporte la pensée sur Tassilo, dernier roi ou duc héréditaire de Bavière , de la souche antique des Agilo* fmgcs. Karl le Grand , le héros victorieux , le créateur de FÉtat des Francs et de l'empire, le fondateur des villes, qui exerça son intelligente influence dans toutes les voies de l'activité humaine , ne peut être comparé avec Friedrich Barberousse; ces deux princes ne pouvaient se ressembler que par l'emportement de leurs passions dans la colère et la haine. Pour la pureté des mœurs Friedrich l'emporte sur Karl le Grand , mais à tous autres égards il lui est inférieur. Mais Heinrich le Lion avait bien des points de ressemblance avec le duc Tassilo dans la conduite , et peut-être aussi dans le caractère; il s'abusait aussi peu sur les dispositions hostiles de l'empereur' envers lai que Tassilo s'était fait illusion sur les sentiments de Karl. 11 savait aussi bien que celui-ci Tavait senti qu'il avait donné à l'empereur des motifs de défiance contre lui ; mais il ne pouvait se résoudre à se rçinger librement et décidément du côté de Tempereur, afin de le contraindre, par les services et Icdévoùment, à une bienveillance légitime, et n'osait pas non plus l'affronter avec toutes ses forces , essayer de lui faire obstacle, de le renverser, de le détruire. Le ressentiment que les destinées de son enfance avaient pu provoquer dans son cœur contre la maison des Waibliugen , il l'avait bien, sinon étouffé, du moins contenu fortement pour quelque temps dans sa jeimesse, quand Friedrich, parvenu au trône, lui avait montré une apparente disposition à la justice, et l'avait aidé h rentrer dans la plus grande partie de l'héritage paternel qu'on lui avait soustrait dans sa minorité. Mais, dès la première campagne d Italie faite avf'c Friedrich , ses yeux durent s'ouvrir sur les vues et les projets de l'empereur; et plus Friedrich s'avançait dans la voie où nous avons essayé de le suivre, plus Heinrich dut se confirmer dans l'opinion que le
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monarqne n^avait point pour objet de ses préoccupations , de ses elTorts , la patrie , FÉtat , le peuple teutsch et la religion chrétienne; mais qu'il poursuivait seulement une domination ^solue, sa propre grandeur et celle de sa maison. En changeant ses idées sur les plans de Friedrich , il parait qu'il les modifia aussi sur Tamitié et la justice de Tempercur envers lui-même; alors le vieux ressentiment se ranima dans son àme, et trouva amplement à se nourrir , comme on Ta déjà fréquemment remarqué. Heinrich parait Tavoir entretenu de telle sorte , qu'avec le progrès des années son sein était comme gonflé par des orages tout prêts à éclater , s'ils n'avaient été calmés de temps en temps par ses acquisitions dans les pays slaves , par l'amour de sa noble épouse Mathilde ^ par les influences religieuses de son pèlerinage en Terre-Sainte, par la vue des églises qu'il avait ornées, des fondations qu'il avait faites^ da commerce libre des villes qu'il avait appelé à la vie.
Mais Heinrich le Lion est incompréhensible dans ses i^ncnnes. Étant convaincu de la haine de Friedrich contre lui, il aurait dû employer tous ses efforts pour en prévenir les effels , qui devaient enfin se faire sentir ; et il ne tenta rien dans ce but. Il ne se montra au monde ni froid, ni ardent, nf indifférent; il se maintint à l'égard de l'empereur dans l^ttitude équivoque que celui-ci observait envers lui : de la sorte il irrita ses amis, sans inspirer aucune confiance aux ennemis de Friedrich. On peut à peine se défendre de penser qu'il tint longtemps dans sa main le sort de Friedrich, peut-être même de la maison des llohcnstaufen , et qu'il dépendit de lui de donner à tout l'empire germanique une nouvelle , une plus noble forme. Lorsque Friedrich, pressé par la nécessité , frappé par des affronts multipliés, espérait l'honneur des armes allemandes et la dignité de la couronne de Germanie en Italie, et cherchait à poursuivre avec une passion furieuse une lutte si funeste et si vaine contre l'Église, à la désolation de toutes les âmes pieuses et honnêtes; si, dans ce moment , Heinrich se fût résolu à entrer ouvertement dans la lice avec ses forces pour le pape Alexandre et l'Église; qu'il eût songé en même temps au salut des âmes , et aux objets les plus sacrés dans la vie, à la patrie, à la liberté, k l'honneur du peuple allemand,
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aux générations futures , on peut à peine douter qu'il eût entraîné toute l'Allemagne de son c6té, et que le sort de Friedrich en Italie eût été décidé plus tôt et tout autrement. Et si alors il eût exercé la justice envers tous, envers les prêtres et les laïques; s'il avait appelé à la prospérité les villes à la fois , comme sa chère Lubeck , qui eût été capable de lui arracher ce qu'il aurait saisi , placé sous l'abri de l'Église, et appuyé sur les villes ? Mais Heinrich ne fit rien dans une telle tendance ; il attendit en spectateur paisible le déroulement des choses. Son cœur était attaché au légitime pontife et à lËglise romaine ; mais il reconnaissait ouvertement les noms des anti papes impériaux; il prêta même son bras à l'empereur pour chasser de leurs sièges de légitimes évêqnes que l'empereur désirait voir renverser, et pour mettre à leur place d'autres hommes maudits par l'Église. Il assuma donc sur lui une part de Tanathème que l'Église avait prononcé contre Friedrich. 11 ne voulait pas tirer l'épée contre les Lombards , mais il ne fit non plus aucun effort pour arrêter l'empereur dans la guerre absurde et cruelle qu|il leur faisait ; il n'accorda pas la moindre assis-' tance aux ennemis de son ennemi dans leur plus profonde détresse. H ne sut donc gagner aucun ami pour le moment du danger, ni dans l'intérieur de l'Allemagne, ni au dehors; il ne parait pas même avoir essayé la plus faible tentative en ce sens^ 11 se maintint à l'égard du roi Waldemar de Danemark , avec lequel il avait con)battu les Slaves , dans un tel éloignement, qu'il semblait n'avoir plus le choix entre la guerre et la paix, et que Waldemar, se rappelant le passé dans un temps postérieur, ne perdit jamais son ancienne défiance contre lui. L'ancienne inimitié contrç son voisin le markgraf Adelbert l'Ours, qui avait convoité son duché de Saxe, ne s'était pas éteinte par la mort d'Adelbcrt; elle vivait toujours en lui et le fils du markgraf, sans que l'on puisse dire par la faute duquel des deux. Il était en mauvais rapports avec beaucoup d'autres princes qui l'entouraionl. Ces rapports en eu;(-mêmes n'auraient pas une. grande importance, parce que , dans cet ordre ou ce désordre des choses, un seigneur puissant avait coutume de les rechercher d'une telle nature, et les évitait difficilement; mais à lui, comme au plus fort, les avantap(»s étaient restés le plus souvent, e^
personne n'avait oublié ni pardonné. C'étaient les princes ecclésiastiques que lleinrich avait le moins épargnés. Engagé jadis, contre sa volonté) en des débats avec plusieurs d'entre eux, plus tard il s'était d*antant moins abstenu de ces luttes, que, durant le long schisme de l'Église, la conduite incertaine, équivoque, les vues purement terrestres de la plupart, .devaient lai paraître révoltantes.
La confiance de Heinrieh dans son droit héréditaire sur les deux duchés de Bavière et de Saxe était^elle assez forte pour lui faire croire qu'il serait impossible do lui arracher, maintenant qu'il était homme d'expérience et guerrier redouté, ce patrimoine qu!on n'avait pas enlevé à lui enfant ou jeune homme ? Mais lui-même n'avait pas toujours respecté le droit. H savait sans doute aussi bien que personne qu'en fait de pouvoir , rarement on reconnaît un autre droit. que celui de l'épéc; il savait aussi que sa situation en Saxe était très-différente de celle où l'avaient placé, quand il était eafonf , la moil prématurée de son père et les grandes alliances de sa mère ; il n'ignorait pas davantage que dans la génération nouvelle i par ses. propres conquêtes sur les Slaves, par la formation du duché d'Autriche, de nouveaux points de vue s'étaient ouverts. Tenait-il son pouvoir pour si fermement établi,, qu'il ,se crût inattaquable ? Mais- il avait appris sans doale qu'il y a diverses sortes d'armes , et qu'il n'était pas maître dans toutes. II serait difficile d'admettre qu'il pût embrasser l'espérance que ceux qui avaient bravé les anathèmes de l'Église, et défié les portes de l'enter, seraient assex lâches pour trembler devant la vengeance du Lion. Peut-être regarda-t-il comme une impossibilité morale une réconciliation entre l'empereur et le p^pe , parce que le pi*emier, lié par son honneur et par ses serments, qui avait attiré, attaché à sa cause des milliers d'hommes, était obligé, à la face du monde entier, à ne jamais reconnaître le pape Alexandre, et parce que celui-ci ne pourrait jamais avoir confiance en Friedrich. Il crut pouvoir attendre paisiblement le déroulement des événements, comptant sur rimmensité des dangers qui environnaient l'empereur. Mais pouvait-il ignorer que la force des choses dompte tout, que les défis les plus téinéraires s'.appuient toujours sur l'espérance, que l'orgueil le plus furieux se courbe sous l'infor-
tune constante , et que l'Église ne repousse aucun pécheur repentant, encore moins un empereur? Redouta-t-il une lutlis ouverte contre un roi de la maison des llohenstaufen ? avaitil devant les yeux le destin de son père? Ou bien la constitution de Heinrieh admettaitelle à cêtéd'un courage héroïque une certaine indolence qui avait besoin d'une forte excitation , de sorte qu'il n'avait qu'au moment du danger la conscience entière de sa force, et qu'alors seulement il savait résoudre et agir? Peut-être enfin s'imagina-t-il qu'il n'avait donné à l'empereur aucun motif de mécontentement; qu'il avait plutôt agi en fidèle prince de rcnipiré; que les rapports entre, lui et Friedrich étaient encore sur l'ancien pied au moins d'amitié ; et même que Friedrich devait lui savoir gré de ce que, durant l'absence dn monarque , il avait par sou attitude maintenu la paix dans l'empire, et lui. avait ainsi donné la possibilité, après de si effroy8j)les désastres , de rentrer en Allemagne, et d'y reprendre possession du trône qu'il avait si complètement négligé?
De quelque façon que les choses se soient passées , et quelque diversité que le manque de relations claires et intelligibles pni3se apporter dans les jugements, il est certain que Heinrieh le Lion r<tsta fidèle rà son ancien système, lor^qu^B lui fut connue la défaite de l'empereur à Legnano , quand il apprit les négociations de ce prince avec le pape à Anagni, et même la paix de Venise. On trouve, à la vérité, comme observation, que durant l'absence de Friedrich il trama une conspiration contre lui avec les comtes de Zollern , Veringen et quelques autres; mais on ne peut s'y arr,êter, car une conjuration avec ces seigneurs ne pouvait mener à aucun résultat. Au contraire, il est hors de doute que dans l'automne de l'année H77, après la paix de Venise, lleinrich entreprit encore une campagnetlans le pays slave.Ceite expédition avait été déferminée par de nouvelles pirateries que les Slaves, fidèles à leurs anciennes pratiques , avaient exercées contre les Danois, et pour lescjuolles Waldemar avait réclamé satisfaction. Une entreprise en commun pour le châtiment des coupables fut donc concertée. Pendant que M'aldcmar paraissait sur la côte de Poméranie aVec une flotte, Heinrieh s'avança par terre avec une armée. Il vint jusqu'à Demmin, et commença le siège de
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cette place , dans laquelle les Slaves essayèrent (le se défendre. Mais , pendant les opérations , il reçut la nouvelle d'un événement qui lui apparnt enOn comme Tavant-coureur d une tempête; du moins elle était bien propre à rèbranler et à le mettre sur ses gardes.
Dix-sept ans auparavant, Tévéque Udalrich on Ulrich d'Halberstadt, à cause do son aitachement inébranlable au pape Alexandre , avait été déclaré déposé par l'anti-papc impérial Victor, et le duc Heinrich lui-même , sur l'invitation de Tempereur, avait élevé un autre évêque, appelé Gero, sur le siège d'Halberstadt. Maintenant Dliich reparut dans cette ville avec des provisions du pape Alexandre et de Temporeur, d'après lesquelles Gero devait lui restituer Tancien siège et s'éloigner. Cette apparition fournit déjà la plus forte preuve que le pape Alexandre avait aussi été gagné contre Heinrich le Lion, ou au moins avait promis de ne pas s'intéresser à sa cause. Friedrich s'étant efforcé de maintenir sur leurs sièges ceux qui s'y étaient élevés durant le schisme, Ton ne peut guère douter qu'il n'ait voulu renverser l'évoque Gero, seulement parce qu'il se proposait de faire usage de l'évêque Ulrich contre Heinrich le Lion , et que le pape n'ait été gagné à cette occasion, ou qu'il n'ait gardé le silence ou n'ait agi comme s'il ne remarquait pas l'intention de Vempereur. Ulrich fut joyeusement accueilli par les vassaux de l'évêobé et les bourgeois de la ville, parce que Ton considérait en lui le catholique sincère, et Gero, l'évêque schismatiquo, Ait contraint de se retirer. A peine Ulrich fut-il assis sur le siège épiscopal, qu'il détruisit à l'instant tout ce que Gero avait établi, réglé, disposé : il déplaça les prêtres qui avaient été installés par Gero , ferma les églises qu'il avait consacrées, réclama sous peine d'excommunication les fiefs qu'il avait conférés. Parmi les seigneurs investie de fiefs de l'évêché se trouvait le duc Heinrich lui-même.
C'étaient là les événements dont Heinrich fut informé devant Demmin. Présuma-t-il aussitôt qu'Ulrich agissait d'après un vaste plan concerté avec l'empereur, ou bien ne vit-il dans la précipitation de ses actes que l'explosion de la colère d'un vieux prêtre passionné? il n'est guère possible de se fi.xei* sur cette question. Mais, dans tous les cas, le duc regarda la chose comme très-grave (^1), car il chercha aussitôt à s'ac-
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eommoder avec les Slaves ; et , coame il yparr vint facilement , il.rep&ssa l'Elbe sans perdre u instant, et rentra dans Braunschweig. L'évêque avait déjà fajt bien des pas dans la carrière où il s'était lancé. Les prinees ecclésiastiques. gar* daient encore une attitude d'obscrvatioD en Saxe; mais déjà plusieurs des seigneurs laïques avaient pris parti pour lui^ particulièrement les anciens ennemis du duc dans la Saxe orientale, les markgrafs de Brandebourg, de Mei8« sen et de Lausitz , avec leurs frères ou leurs parents ; le landgrave de Thuringe lui-même n'y manqua pas. Soutenu par ces hommes puissants , il se mit à construire une nouvelle forteresse sur l'Hopelterg. Heinrich. y courut avec des troupes, chassa tout ce qu'il trouva» et détruisit les ouvrages déjà construits. Mais à peine était-il parti, que les travaux furent repris, et les princes de la Saxe orientale les couvrirent avec leurs forces. Heinrich envoyft de nouveau une armées noais celte armée, qu!U ne conduisait pas lui-même, à ce qu'il parait^ fut repoussée. Beaucoup de guerriers furent pris ; un grand nombre périt sans gloire dans un marais.
Tel fut le commencement des revecs de ifeia* rich , insignifiants en enx-roêmes , mais d'une assez grande importance pour la situation où le duc se trouvait. Bientôt il fut frappé par d'autres coups du soit que nulle inteUigience humaine n'aurait pu détourner. D'abord mou* rut son fidèle ami le belliqueux comte Heinrich d'Orlamundc, qu'après la mort d'un autre ami,^ le comte Adolphe H de Holstein , il avait nom* mé tuteur du jeune comte , également appelé Adolphe , et qui alors avait épousé Matbildo veuve du c^tmte de Holstein (2). Le jeune comte Adolphe approchait de sa majorité, mais ne l'avait pas encore atteinte, et personne ne. savait ce qu'il y avait en lui ; sa mère MathildCi qui se chargea de la tutelle , était une femme intelligente et pieuse ; mais, pour le duc, elle ne pouvait remplacer son premier époux ni le second. Ensuite mourut l'évêque Évermod de Ratzebourg, qui, par son savoir, par la pureté de sa vie et les miracles d'un saint , avait acquis une grande autorité. Le nouvel évoque Isfrid, si exempt de blâme qu'il pût être, n'avait pas assurément la même valeur pour le duc. Mais bien plus funeste encore dans ses conséquences pour le duc fut la mort de l'arebevêqu^? .Baudouin de Bremen , qui , jadis chapelain de Hein-
rich, n'aTait été élevé à la dignité archiépis: copale qnc snr la demande de ce prince auprès dé Temperear • et qui maintenant n'échappa que par -la mort à ta déposition. 11 parait que Heinrich aurait voulu tirer parti, du siège archiépiscopal à son profit d'une autre manière, mais il ne gagna qu'un nouvel ennemi bien puissant ; à la place de Baudouin fut élu un ecclésiastique nommé Bertold , qui n'avait pas encore pris les grades nécc^ssaires. Le duc Heinrich saisit cette circonstance; il fit présenter ses observations au pape Alexandre , et proposer à la place Sicgfrid , fils du markgraf Adelbert l'Ours, que lui-même, ainsi qu'on l'a raconté pins haut, après la mort de l'archevêque Hàrtwig , avait repoussé du siège archiépiscopal. Le pape, sachant bien que ce sujet serait agréable à l'empereur, l'accepta volontiers, et Siegfrid d'Anhalt devint bientùt après archevêque de Bremen. Le duc s'était sans doute déclaré et employé pour ce prélat , parce que, trompé par la conduite amicale du frère de Siegfrid , le comte Bernard d'Anhalt» il avait conçu l'espoir de gagner toute cette maison au moyen de Tarcbevêque. Mais il s'abusa ; Siegfrid , comme ses frères , portait dans son sein la vieille haine de son père contre Heinrich , et il ne pouvait lui pardonner.de l'avoir exclu lui-même, dix années auparavant , de l'archevêché. A peine se vit-il assis sur le siège de Bremen, qu'il se montra, comme ses frères , ennemi ardent de Heinrich le Lion.
Tandis que les conséquences des morts dont on vient de parler, qui firent sans doute une profonde, impression snr l'àme de Heinrich , étaient encore incertaines , un nouvel ennemi redoutable du duc parut sur la scène les armes à la main : c'était l'archevêque Philippe de Cologne, qui avait mené la dernière armée allemande à l'empereur en Italie, soutenu avec lui le désastre de Legnano , et s'était toujours tenu en fidèle compagnon à ses côtés jusqu'après la paix de Venise. Nu! doute que ce prince de l'Église n'agit suivant les instructions de l'empereur, ou au moins d'intelligence avec lui. Toutefois lui-même prétendit ne Vouloir que combattre pour sa propre cause, et venger les injures qu'il avait subies de la part du duc; car il paraîtrait que Heinrich aurait déclaré que la rive droite du Hhin , près de Deulz , en face de Cologne, appartenait à la Saxe, et Philippe craignait que les droits importanis levés sur le
Rhin ne fussent aflectés. En outre, Heinrich lai avait retenu les héritages de son nevca le comte Otto d'Asie et du comte Christian d'Oldenbourg. Sous ces prétextes, avec une faible cavalerie , mais une noml)reuse infanterie dont il avait appris à connaître la valeur à Legnano, il pénétra en Westphalie et poussa jusqu'au Weser (3). Il porta la ruine et la destruction snr les possessions du duc : les villes et les villages furent réduits en cendres; il ne s'abstînt pas même du pillage des églises. Le duc parait ne lui avoir opposé aucune résistance; il sentait le sol trembler sous ses pieds , et'» l'œil fixé sur Halberstadt et sur les princes qui avaient pris en main la cause d'L'Irich , il ne voulait pas abandonner le siège de sa puissance, Braunschweig, Lunebourg et le pays slave. Toutefois l'archevêque Wichmann de Magdebourg et l'évêque Éberhard de Mersebourg se rendirent auprès de l'archevêque Philippe sur le NVeser, et le déterminèrent à la retraite. On ne sait ce qui poussa ces seigneurs ecclésiastiques à leurs démarches conciliatrices. W ichmann , parent de la maison d'Anhalt, s'était tenu auprès de l'empereur en Italie, et n'était revenu qu'après les traités de Venise. Il n'est donc guère, vraisemblable qu'il n'ait pas été initié aux desseins de l'empereur et à ses combinaisons avec l'archevêque Philippe et d'autres. La conduite passionnée de Philippe, ce mélange coupable des intérêts sacrés et profanes, lui parui*ent-ils odieux ou dangereux ; craignit-il que le passage du belliqueux prélat au-delà du Weser ne ruinât toutes choses , ou bien frémit-il de voir poursuivre une lutte commencée d'une manière inhumaine? c'est ce que l'on ne peut décider. Quoi qu'il en soit, il atteignit son but le plus prochain , qui -était de déterminer Tarchevêqne de Cologne à la retraite.
Vers le même temps, l'empereur se trouvait sur le Rhin. Aussitôt le duc Heinrich se rendit auprès de lui à Spire, pour lui présenter ses hommages comme à son empereur et % son suzerain, en même temps pour lui porter des plaintes contre ses erîncmis , et surtout à cause des dévastations exercées dans ses États par l'archevêque de Cologne. Il obéissait aux convenances en présentant ses hommages à Friedrich ; en réclamant satisfaction auprès de lui pour les injures qu'il avait subies , il se conformait à sa situation , et paraissait ainsi devoir maintenir le droit de son o6té. Dans sa préoo-