‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 135 sur 165 · INTERRÈGNE · texte numérisé non relu

INTERRÈGNE

Alphonse intriguait toujours en Allemagne et à Rome, saii^ sortir de VEspagpe» On e^t Isf patience d'attendre encore de,ux ans; enfin les électeurs résolurent de donner nn chef à ('empire, i^régoire .%, qui avait ren^plaçé Clément IV, et qui n'aimait pas Alphonse , entra dans leurs vues, et ils s'assemblèrent pour Télection en 4273. l^ans cette période, les peuples éliiienf urrivés.au comble du malheur. Les lois éliiicnf impuissantes; chaque seigneur devenu le pror mjer tyran de ses sujets ; les seigneurs ligués, armés Jes uns contre les autres, s'entr'égorg^nt par haine, par ambition; un pays couvert de châteaux habités par des nobles qui pilfcnt et massacrent les passants; un repaire de bri« gands ennemis, toujours prêts à s'entre-dé- Iruire : voilà quelle était ia situation de l'Allemagne. Dans ce bouleversement, les princes ^ les évéqucs, les soigneurs, chacun se saisit de ce qui était à sa convenance; il ne resta , pour ainsi dire^ aux empereurs^ que leurs biens j^Uf

HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND

trimonianx , 'qu'une ombre de cette puissance relevée par la maison de Souabe, et retombée tout d'un coup dans ravilisscment. Philippe de Souabe avait vendu ses principales terres de Franconie : à Textinction de sa famille, les princes, les nobles et les villes achevèrent de s'emparer des domaines de ce duché et de celui de Souabe, ce qui produisit dans ces deux provinces une foule de villes libres, de seigneurs et de princes immédiats. Ailleurs on ne fut pas moins avide de s'approprier les domaines de la couronne et de s'arroger l'indépendance ; mais , aûn d'assurer ces usurpations, on couvrit les montagnes de cbàteaux où l'on se fortifia; on fit des associations , à l'exemple des villes du Rhin , pour avoir plus de forces à opposer à la violence d'autres usurpations. Vers le bas et le haut Rhin , en Souabe , en Thuringe , en Saxe , en Bavière , partout il y eut des ligues entre les princes , les nobles et les cvèques : l'empire n'offrit plus que l'assemblage monstrueux de parties disparates et opposées. Les villes impériales profitèrent également de l'anarchie pour établir leur indépendance. Elles s'affranchirent des impôts qu'elles payaient à l'empereur, et prirent le titre de villes libres. Gouvernées par des magistrats qu'elles créèrent, et qui furent nommés consuls, maires, échevins, etc., elles formèrent autant de petites républiques. Les villes soumises à la juridiction des princesj des seigneurs et des évèques, profitèrent de la faiblesse on du besoin de leurs maîtres pour acheter ou prendre à titre de fief leurs droits de Juridiction ; plusieurs se donnèrent même des magistrats, malgré l'opposition des évèques , et les conservèrent au mépris d'un édit de Frédéric II, qui voulut les abolir à la sollicitation des prélats. Le gouvernement municipal établi, on vit naître les maîtrises ou confréries des arts et métiers. Pour y être admis il fallait être maître, et l'on ne pouvait obtenir ce grade qu'après un nombre déterminé d'années d'apprentissage. Cette institution , qui fit fleurir les arts et les métiers, mais qui gêna aussi le libre développement des talents, fut encore défendue par Frédéric II et [far ses successeurs : elle subsista malgré tout; et dès lors les bourgeois se partagèrent en compagnies de milice, formèrent des corps réguliers, se disciplinèrent, établirent des places d'armes dans les villes , devinrent les maîtres de leurs fortifications , se défendirent eux-mêmes, acquirent en un mot le droit

de guerre. Le droit de diffidation et les troubles qui semblaient devoir étouffer le commerce naissant de l'Allemagne lui donnèrent au contraire de la vignetif. Vers ^^58, les habitants de Brème avaient pénétré jusqu'en Livonie , avaient fondé Riga en 4198, et y avaient établi une colonie allemande. Ceux de Lubeck n'avaient pas tardé à les suivre. La conquête de la Prusse par les chevaliers teutoniques y attira une foule d'Allemands qui y portèrent leurs mœurs , leur langue , les arts et le commerce. Le brigandage, autorisé par les lois, produisit des ligues entre les commerçants, de même qu'entre les seigneurs et les villes. Quelques particuliers d^une ville ou d'une province se réunirent d'abord , et bientôt des villes entières s'associèrent pour la sûreté de leurs entreprises. Ces unions se nommaient anses ou hanses; et c'est alors que se forma cette fameuse ligue anséatique qui comprit plus de quatre-vingts cités florissantes, qui s'empara du Sund, de tout le commerce du Danemark, de la Suède, de la Pologne, de la Russie. Les lois, malgré les soins de Frédéric II , conser\'aient leur grossièreté ; les serments, les épreuves judiciaires ou jugements de Dieu,' et surtout le duel, étaient toujours en vigueur. Les princes et les ducs, chargés dans l'origine de rendre la justice, s'en dispensèrent dès qu'ils eurent assuré leur indépendance. Ce soin fut cqnfié à des baillis, à des avoués , à une foule déjuges inférieurs et mercenaires , qui reçurent leurs places à titre de fief ou les achetèrent. Quant à la justice criminelle, on avait passé d'une extrémité à l'autre : des peines de sang avaient remplacé les amendes pécuniaires. La roue est devenue le châtiment des meurtriers y des traîtres, des incendiaires , de ceux qui volent une charrue, un moulin, dans les églises, dans les cimetières ; le gibet est réservé aux autres voleurs. Frédéric condamna au feu tout hérétique ; cette peine fut encore celle de tout sorcier, incrédule, empoisonneur; d'un juif et d'une chrétienne, ou d'un chrétien et d'une juive convaincus d'un commerce criminel.

C'est dans les codes de Saxe et de Souabe, nommés Miroirs, que l'on trouve cette législation sévère. Un châtiment déjà ancien, mais qui acquit de la célébrité dans cette période, c'est le ban. On le distinguait en grand ou haut ban et en petit ou bas ban : le premier s'étendait dans tout l'empire, et celui contre

qui il était prononcé pouvait être impunément mis à mort ; le dernier était borné à la juridiction d'un juge particulier , et donnait droit d'emprisonner le coupable et de le traduire devant le juge. La liberté des élections ecclésiastiques était enGn solidement établie. Innocent 111 avait déclaré qli'on devait regarder comme légitimement élu celui qui réunirait les suffrages de tout le chapitre on de la plus grande et plus saine partie : Olhon IV et Frédéric II avaient confirmé cette constitution en promettant de la faire observer. Cette liberté toutefois priva le clergé de la protection ^de Tempereur, et le ihit dans rentière dépendance de la cour de Rome. Enfin les papes nommèrent réellement aux évèchés : les chapitres firent d'inutiles efforts pour conserver la collation des prébendes. Remarquons en passant que Tinquisition no put s'établir en Allemagne.

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