‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 136 sur 165 · RODOLPHE DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

RODOLPHE DE HABSBOURG

Jamais la situation de TAllemagne n'avait été aussi critique qu'après la chute de la dynastie impériale des Hohenstaufen. Presque toujours après l'extinction d'une dynostie appelée au trône impérial par l'élection, après celles des Karolingiens , des Saxons et des Francs , de grands troubles is'étaient élevés dans l'empire jusqu'à ce que le trône se trouvât de nouveau affermi. Mais, après les Hohenstaufen, presque tous les liens se trouvèrent rompus par suite des longues dissensions de l'Eglise et de l'État. 11 n'existait plus que quatre ou cinq peuples principaux , formant chacun un ensemble à part , et divisés en un grand nombre de petits États qui se trouvaient continuellement en danger ou de devenir la proie de leurs voisins plus puissants, ou de rester dans l'anarchie. Mais ce qu'il y avait de plus malheureux, c'est qu'aucun prince allemand ne voulait plus de l'honneur dangereux de commander à un empire si agité, tant la couronne avait perdu de sa valeur. Un seul , un prince slave, le roi Ottokar de Bohême, se crut assez puissant pour se charger d'un tel fardeau, mais il ne put convenir aux Allemands.

Ce fut un bonheur que , dans une position si périlleuse, les États voisins n'essayassent pas , comme l'avaient fait auparavant la France et l'Angleterre, de s'immiscer dans les troubles intérieurs de l'Allemagne ; de protéger quelque

faction ou de chercher à envahir quelque province , comme le Danemark l'avait tenté sous le règne d'Otto IV. S'ils eussent été d'accord , il ne leur eût pas été difficile de se partager les meilleures provinces de l'empire; mais, pour le moment , ils étaient assez occupés de leurs propres affaires. En Danemark, où, comme en Allemagne , on balançait entre le système électif et le système héréditaire , le roi Magnus, fils de Uakon , faisait tout son possible pour assurer à sa famille la succession an trône , tandis que l'aristocratie avait déjà obtenu une grande influence. Saint Louis, roi de France, indépendamment des croisades, avait trois tâches principales à remplir : la première, de chasser les Anglais; la seconde, de réunir aux domaines de la couronne les grands fiefs; la troisième, de centraliser le seul pouvoir judiciaire. Son successeur, Philippe le Hardi, continua les plans de son père, et fit en même temps la guerre aux florissants royaumes de la Péninsule, l'Aragon etlaX:astille(4272). L'An* gleterre était toujours agitée par la turbulence de ses barons; le roi Edouard P', qui monta sur le trône en même temps que Philippe , était en guerre avec les Gallois et les Ecossais , et s'occupait en outre d'améliorer la législation de ses États. Comme l'Angleterre et la France ne firent alors aucune entreprise Tune contre l'antre, ce qui eût pu entraîner l'Allemagne dans la lutte, ainsi que cela avait déjà eu lieu auparavant , et ainsi que cela se vit bien sou-^ vent plus tard, l'empire put se réorganiser tranquillement. Il était d'autant plus urgent de profiter sans retard de ces circonstances favorables,que ces États faisaient des progrès ra» pides dans leur développement intérieur, et parvenaient à une puissance qui , d'abord in« quictante, devint chaque jour plus menaçante pour l'Allemagne, jusqu'à la complète dissolu* tion de ^empire^

C'était le pape qui, de concert avec les princes , avait abaissé et enfin renversé le pouvoir impérial ; ce fut aussi lui qui le -premier pensa à le rétablir , bien que sa chute n'eût paâ entxainé celle du*saint-siége. Après Clément ÏV, le trône de saint Pierre fut vacant pendant près de trois ans , les cardinaux ne pouvant s'entendre pour l'élection. Pendant ce double interrègne (après la mort de l'empereur Richard), toutes les haints personnelles s'éteignirent, et I l'on put alors penser à une réconciliation sin«

HISTOme DU PEUPLE ALLEMAND.

cère entre les deux pouvoirs. Toutefois on ne parvint à ce but que par un détour (427'!). Thébald ^ de la maison de Yisconti , natif de Plaisance, archidiacre de Liège, revint de Saint- Jean-d'Acre après Tinstallation de Grégoire X, et en rapporta des projets pour une nouvelle croisade. Pour arriver à la réalisation de son plan, il était indispensable de faire occuper le trône impérial. H engagea les princes allemands (sans avoir égard à Alphonse de Castilic) à élire un roi des Romains* Les princes ne pensaient qu'aux intérêts de leur maison , mais il importait davantage aux évoques d'oser du droit d'élection* Cependant les villes avaient un désir sincère d'obtenir un protecteur légitime. Avant. que les princes se fussent rassemblés, Mayence renouvela son alliance avec les six autres villes du Rhin et de la Wetteraù ( 5 février ^1275 ), dans le même but qu'après la mort de l'empereur Guillaume; elles promirent de ne point accepter pour roi et de ne pas laisser monter sur le trône un prince qui ne serait pas élu à l'unanimité. En attendant, l'archevêque de Hayence, Werner d'Eppenstein , fixa le jour de l'élection à Francfort (29 septembre). Avant lui, les trois Sige- .fri€d(Sigcrroi), de la même maison, avaient été revêtus de cetie dignité au moment où la lutte était la plus vive entre l'empire. et le saint-siége. C'était le même Werner qui, mécontent du roi Richard , avait essayé deux fois de faire élire Conradin roi des Romains. Fidèle à ses affections, il ne désigna pour successeur au trône d'Allemagne que le comte Rodolphe de Habsbourg , un des partisans les plus fidèles et les plus puissants de la maison des Hohenstaufen, non-seulement par reconnaissance personnelle de ce que , pendant son voyage à Rome pour y recevoir le pallium, Rodolphe lui avait donné une sauvegarde, mais aussi parce qu'il l'avait jugé le plus capable, par ses talents et sa puissance, de relever la dignité du trône. 11 s*allia dans ce but avec les archevêques do Trêves et do Cologne, et avec le comte palatin du Rhin , Louis , duc de Bavière, oncle de Conradin. Les autres princes furent gagnés par le burgrave de Nuremberg, Frédéric de Hohenzollern , ami et beau-frère de Rodolphe. C'est donc au pape, qui voulait une nouvelle croisade , à l'accord unanime des villes, et surtout aux princes ci-dessus mentionnés, que l'on doit le rétablissement

de l'empire sous un chef unique et légitime.

Le jour où Frédéric II vainquit Otto IV et rétablit la domination des Hohenstaufen , le comte Albert de Hab^ourg le pria d'être le parrain de son fils Rodolphe que venait de loi donner son épouse , la comtesse Helvige de Ribourg (^'' mai 4248). Lorsque Frédéric, après quinze ans d'absence , revint d'Italie pour apaiser la révolte de son fils Henri (4235;, Rodolphe vit l'empereur à une diète à Mayence^ et dans sa dix-huitième année il le suivit en Italie et y reçut l'accolade de chevalier (4236). Sur ces entrefaites, son père Albert mourut à Saint-Jean-d'Acre,cn se rendant à la croisade, et Rodolphe entra ainsi en possession de sa -part' des biens d'Habsbourg (1243),

Quoique des recherches subséquentes fassent remontei* l'origine de la maison impériale de Habsbourg , avec celles de Zœringcn et de Lorraine, jusqu'au duc Ethico, qui du temps du paganisme avait gouverné l'Alsace (660) , il n'est pas moins vrai que la branche de Habsbourg se trouvait alors dans une situation trèsmodeste. Rodolphe descendait au septième degré de ce comte Ratbod qui, lors du règne des empereurs saxons, avait avec son frère , l'évoque de Strasbourg, rebâti la ville de Habsbourg (Uabicht^burg , château d'autour) , dans l'Argovie, et c'est de là que vient le nom de la famille. I^ moitié des biens patrimoniaux appartenait à l'oncle de Rodolphe , qui habitait Lauffenbourg avec ses cinq fils. Sans autre éclat que celui de leur nom, les comtes de Habsbourg vivaient du produit de leurs terres, des redevances de leurs paysans, et du revenu de leur château. DUvsalôn de la tour (qui existe encore; ils pouvaient facilement apercevoir toute l'étendue de leurs domaines. Us avaient obtenu le pouvoir momentané de prévôts ou intendants des couvents et des villes voisines. On en doit d*autant plus admirer Thomme qui, d'iiDc position si humble, sut attirer sur lui les regards des plus grands princes et do tout rcmpire. Elevé au bruit des armes, ne connaissant pas les langues savantes, il était toujours prêt à combattre, et se laissait facilement exalter par une injustice réelle ou imaginaire. Ses premières guerres eurent pour cause des bivns de famille, et furent dirigées contre ses deux oncles de Lauffenbourg et de Ribourg. Ce dernier, irrité contre son neveu , laissa toute sa fortune héréditaire de Kibourg , ainsi que

Kfô

celle de Liazboni|; ^ qai provenait de son époQse, à lin couvent de Strasbourg. Rodolphe fut deux fois excommunié par le pape, une fois comme partisan de l'empereur Frédéric , lorsque le landgrave Henri de Thuringe fut proclamé anti-roi : ce fut à cette époque que Rodolphe fit bâtir la ville de Waldshut sur le Rhin (4249); la seconde fois, Innocent IV lança contre lui une bulle particulière, et 14ntcrdit ainsi que ses alliés , parce que pendant une guerre contre Tévèque de Bùle il avait réduit un couvent en cendres dans le faubourg ('1254). Il parait cependant que cette excommunication ne fut pas formellement pu* bliée , et que par conséquent elle ne fut pas positivement levée. Rodolphe ne renonça pas pour cela à ses prétentions sur les évéques ; mais vers le même temps, et probablement pour se réconcilier avec TÉglise, il fit une croisade contre la Prusse païenne avec le roi Ottokar de Bohême. A dater de ce moment, Rodolphe se montre comme un homme qui t maître de ses passions , se sent appelé à proté^ ger les faibles , sans cependant perdre de vue l'agrandissement de sa maison. Les trois cantons d'Uri, de Schwitz et d'Unterwald, dont les habitants avaient combattu sous ses ordres en Italie pour la cause de Tempereur Frédéric II, le choisirent pour leur landamann et leur protecteur, jusqu'à ce que tous les États eussent élu un nouveau roi d'une voix unanlme (4257). Ceci eut lieu lorsque Richard et Alphonse furent élus en même temps. Rodolphe se réconcilia alors avec ses parents. Le jeune comte Hartmann de Kibourg entra en alliance avec lui. Godefroi , fils du comte Rodolphe de Habsbourg-I^uffenbourg, se réjouit d'autant plus vivement du retour de la paix , que les guerres précédentes l'avaient beaucoup appauvri. Plus tard , son fils , du même nom , se rendit en Angleterre , où sa chevaleresque famille occupa une place au parlenjient jusqu'à ces derniers temps , sous le nom de Fielding (Lauffenburg Rheinfeld). Pour engager Tévêque de Strasbourg, Waller de Geroïdseck, à renoncer à Théritagc de Kibourg, comme le souhaitait alors le vieux comte Hartmann luimême , Rodolphe le secourut contre les habitants de Strasbourg, ^avec lesquels il était en guerre depuis son élection. Mais, Tévëque ayant persisté dans ses prétentions par les conseils de l'abbé de Sain^Gall i Rodolphe lui retira son

appui et se rangea du cêté des Strasbotirgeois, qui le choisirent pour leur chef, comme l'avait été auparavant son père. C'est à cette époque que Rodolphe accompagna l'archevêque de Mayence dans son passage des Alpes ('4262). L'évêque ayant été défait en bataille rangée par les Strasbourgeois , ceux-ci refusèrent les offres pacifiques de rcmpereur, qui se trouvait alors à Hagucnau ; ils continuèrent au cohtraire à défendre leurs privilèges contre révèque, jusqu'à ce que celui-ci mourût de chagrin. Son successeur » élu par la majorité du clergé , fit la paix , et adressa de Kibourg une lettre de pardon aux Strasbourgeois (4266). Les deux comtes de Kibourg ^loururent successivement pendant cette guerre , et Rodolphe entra ainsi en possession de leur héritage (1 264). Deux ans avant la paix de Strasbourg*, Zurich l'avait aussi choisi pour son protecteur.

Les conseillers de Gonradin avaient voulu naguère joindre cette ville au duché de Souabe^ mais le roi Richard s'y était opposé (4262). La liberté des Zurichois était alors menacée par le comte Lutolf de Regensberg, leur voisin le plus puissant. Rodolphe entreprit la guerre contre lui d'autant plus volontiers, que le comté manifestait , comme neveu des seigneurs de Kibourg , des prétentions à leur héritage , et s'était déjà ligué contre lui avec ses cousins de Lauffenbourg. Cette guerre ne se fit pas eji rase campagne , comme celle de Strasbourg ; elle se borna à des attaques contre les nombreux châteaux qui entouraient Zurich. Rodolplie fit preuve de tant d'habilité dans les marches et les contre-marches, dans les surprises, les embuscades et les coups de main , que les alliés de Lutolf se lassèrent enfin , et le reconnurent pour invincible. Rodolphe ne voulait pas perdre entièrement son adversaire , par égard pour ses cousins de Lauffenbourg; celui-ci fut toutefois réduit à une telle position , qu'il dut se trouver fort content d'être admis au droit de bourgeoisie dans une ville qu'il avait voulu, peu de temps auparavant , réduire sous sa puissance.

Cet événement eut lieu pendant les dernières années de la vie de Gonradin , qu'il passa dans les villes situées sur le Jac de Constance» Ro-* dolphe se montra ami et conseiller si fidèle du jeune roi, que celui-ci lui promit, aussitôt qu'il semt élu roi des Romains , de lui donner l'iovcstitare du fief impérid que possédait le

plas jeune comte de Kibourg (\ \ janvier •1267). Quant aux autres biens de cette famille, qui relevaient de St-Gall, Rodolphe, en dépit de Fabbé , refusa de les céder , parce que ce dernier avait pris parti contre lui pour révoque de Strasbourg. Pendant que Rodolphe se livrait , à Bàle , auxpiaisirs du carnaval, avec les autres chevaliers et seigneuis, l'abbé Berthold de Falkcnstein fit des préparatifs pour envaliir Kibourg. Rodolplic se hâta d^aller à sa rencontre. Mais à peine avait-il quitté Bàle, qu'une révolte sanglante des bourgeois éclata contre les autres chevaliers qui s'étaient montrés pleins d'orgueil et d'insolence ; en même temps la division s'introduisit dans la ville ; il en résulta que les familles les plus distinguées, ou la société de Siern^ furent expulsées, du consentenu?nt de Tévéque, par les autres familles, ou la société de Sittich. C'était alors un événement assez commun parmi la noblesse. Ro- ' dolphe, jadis prolecteur des bourgeois et du peuple, résolut de punir à l'instant les habitants de Bàle, d'autant plus qu'il était lié avec l'évoque Henri de Ncufchàtel, tant à cause do droils anciens qu'à cause des villes de Brisach etRheinfield qu'il avait jointes à l'évêché.

Celui qui a devant lui deux ennemis, ditRo- ' dolphe, doit commencer par se réconcilier avec l'un. Conformément à ce ' principe', il partit avec les nobles pour Wcil en Turgovie, et entra sans escorte chez l'abbé de Saint-Gall, qui se trouvait à table avec ses amis; il lui tendit la main, en lui disant qu'il était prêt à accepter les conditions que proposeraient des médiateurs. L'abbé , surpris , le reçut très-ami* calement, et devint bientôt son allié contre l'évoque de Bile. Les autres chevaliers présents embrassèrent aussi sa cause.

Ces nouvelles guerres , entreprises avant la fin de celles dont nous avons parlé plus haut, empêchèrent Rodolphe de suivre Conradin dans son expédition en Italie. La ville de Bàle, après avoir vu ses faubourgs occup/'s par Rodolphe, fut contrainte de demander la paix ; mais l'évèque n'en continua que plus vivement les hostilités. Rodolphe fit construire un pont de bateaux sur le Rhin (il fut le premier inventeur de ce genre de construction), et occupa Brisach. A l'aide des médiateurs, 11 consentit à une trêve de trois ans, par laquelle il se réserva le gouvernement de ses autres possessions. Quand elle fut expiiée , il allégea Bàle de nouveau, parce

que cette ville se refusait toujoufô à recevoir les exilés. Quand l'évêque fut enfin tout à fait poussé à bout, Rodolphe lui accorda une trêve de vingt-quatre jours, pendant laquelle des arbitres devaient concilier tons leurs différends; parmi eux se trouvait le burgrave Frédéric de Nuremberg.

Le récit que nous venons de faire des guerres intérieures de la haute Allemagne est une fidèle image de ce qui se passait dans le reste du pays. Les évêques voulaient étendre leur pouvoir , et, comme les princes, attirer sous leur domination les comtes et les couvents. De leur côté, les comtes agissaient de la même manière à l'égard des seigneurs moins puissants. Quant aux villes , les deux partis ambitionnaient également de dominer sur elles. Ce qui fait la gloire de Rodolphe , c'est que presque toujours il prit les armes pour la défense dles opprimés, jamais pour léser ses voisins ; il chercha aussi à réunir et à concentrer les fiefs et les biens de sa famille , et se montra toujours prêt à écouler la voix de la conciliation. Il traitait les puissants prélats suivant les lois de la guerre, en princes qui abusaient de leur pouvoir; mais il eut toujours une telle déférence pour l'Eglise et pour ses dignes serviteurs , qu'il offrit un jour de céder son cheval à un pauvre curé qui portait le saint-sacrement à un mourant, et qui se trouvait arrêté dans son chemin par un gros ruisseau. Il ne voulut jamais reprendre son cheval , disant qu'après avoir été employé à un si saint usage, il ne pouvait plus servira d'autres. Ses directeurs spirituels étaient de Tordre des frères Mineurs. Le premier fut Werner , de la petite ville de Brugk , puis Henri d'Isni , qui fut plus tard évêque, et enfin archevêque de Mayence. Ce dernier l'accompagnait dans toutes ses guerres.

Rodolphe obtint de celte manière une grande renommée de justice et de piété. Par reconnaissance , les Strasbourgeois lui élevèrent au milieu de leur ville une statue équestre. Rodolphe se vit arriver au but qu'il s'était proposé. Il réunit aux comtés paternels situés en Argovie, dans cette partie de l'Alemanie cédée jadis à la Bourgogne , ses comtés matemels de Kibourg , de Bade et de Lenzbouj'g. H réunit aussi au landgraviat d'Alsace, dont son aïeul avait porté le titre, les domaines héréditaires de sa femme, Anne de Hohenberg, situés en Souabc cl en Alsace. Aucun seigneur n'égalait sa puissance

mSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.

dans cette partie du royaume. Rodolphe était d'une grande sobriété; à la guerre il vivait comme un simple soldat. Sa haute taille (il avait sept pieds) inspisait du respect; sa figure était pâle, son nez aquilin et fortement prononcé indiquait la sévérité. Cependant, dès qu'il ouvrait la bouche, il obtenait la confiance; il goûtait les plaisanteries vives, et aimait aussi les femmes avec passion. Son épouse lui donna quatre fils et six filles. Cette postérité joue un rôle important dans notre histoire.

Rodolphe avait cinquante-cinq ans quand il fut élo roi des Romains. H gouverna jusqu'à sa soixante-dixième année avec une fermeté et une vigueur que rien ne put ébranler.

L'élection du roi eut lieu à Francfort pendant la trêve avec Bàle (septembre 4275). Les premiers princes d'Allemagne y assistèrent en personne, à rexception du duc Henri de Bavière et du roi Ottokar de Bohème, qui y envoyèrent leurs ambassadeurs. Une dispute s'éleva précisément entre ces deux princes, et, bien qu'elle fût facilement apaisée cette fois, elle se renouvela souvent par la suite, et acquit une telle importance, que nous croyons nécessaire d'entrer dans quelques détails sur l'origine des électorals et les changements qu'ils subirent.

Dans l'assemblée des états, après l'extinction de la dynastie karolingienne, les ducs, accompagnés de leur suite, en qualité de représentants de leur race, procédaient à l'élection du roi. Quand la couronne passa de la dynastie des Franks orientaux à celle de Saxe, on comptait cinq peuples principaux : les Lorrains, les Franks, les Souabes, les Bavarois et les Saxons. Comme ces derniers, après l'électien d'Otto !«', se trouvèrent pendant quelque temps sans prince, les quatre autres dues se firent remplacer, suivant la constitution karolingienne, par leurs magistrats, chambellans, écuyers, échansons^ connétables, auxquels ils transmirent leurs droits. Ces mêmes cinq peuples principaux exercèrent leurs droits d'élection lors de la reconnaissance de l'empereur Henri H, le dernier de la dynastie saxonne. Quand une nouvelle race parvint au trône en la personne de Konrad II, il y avait sept peuples allemands; car les Carinthicns s'étaient séparés des Bavarois et avaient leur propre duc , et la Ix)rraine était partagée entre deux princes. Lôi*s de l'élection de Lother, après l'extinction de la dynastiç salique, quatre peuples seule-

ment assistèrent à l'élection : les Lorrains n'y prirent aucune part , car ils n'avaient point assisté à la fondation de l'empire sous Kon« rad P% et ne s'y étaient unis que de leur plein gré, ainsi que les autres duchés. Comme en outre le pouvoir ducal y fut bientôt partagé, et passa tantôt à des princes héréditaires, tantôt à des évèques, le droit électoral de ce pays s'é« teignit.

Sous les Hohenstaufcn , quand le partage s'introduisit aussi dans les autres duchés ( '1456) , on s'en tint bien encore sous un rapport à l'ancienne constitution , c'est-à-dire que les anciens ducs nationaux conservèrent en cette qualité le droit d'élection, de manière que le nouveau duc d'Autriche ne pouvait ^siéger qu'après les princes palatins héréditaires, et, malgré d'autres grandes prérogatives, on ne lui accordait pas voix dans l'élection. D'un autre côté, Tempereur Konrad HI avait déjà commencé à fonder le droit électoral sur les grands dignitaires seuls ( 4442 ) , en le transférant à la marche de la Saxe du nord , comprise jusqu'alors dans le duché de Saxe, et qui devint alors la marche de Brandebourg, avec la charge de grand chambellan du duché de Souabe, pour indc^mniser son beau-frère Albert l'Ours de la perte du duché de Saxe. Les autres grandes charges de l'empire subirent les mêmes changements. Comme le duc Henri le Superbe possédait deux duchés, et conséquemment deux charges de l'empire (à la' Saxe revenait la charge de gi*and maréchal , à la Bavière celle de grand échanson ) , la dernière fut transférée provisoirement au roi de Bohème Sobieslav l^' : ce n'était toutefois, suivant les apparences , que pour le service de la cour. Après Textinction du duché de Franconie, la charge de grand maréchal ou de premier écuycr. passa, avec les débris de ce duché, aux Hohenstaufen , qui, en retour, cédèrent à la maison de Brandebourg celle de grand chambellan de Souabe. La première de ces deux charges fut ensuite attachée an palatinat du Rhin , et de même que précédemment le duc des Franks orientaux était le premier des ducs souverains, de même le comte palatin du Rhin obtint la première voix laïque dans les élections. Du comte palatin Konrad , frère de l'empereur Frédéric P', la charge et le pays passèrent au fils aîné de Henri le Lion , comme gendre de Konrad, et, après la mort de son flls,

8St

qui ne laissa pas d'héritiers , à son beau-frère le dac Otto de Bavière , de la maison de Wittelsbacb, qai devint un des princes les plus puissants, et le dernier soutien de la maison impériale au moment de sa cbnte.

Après la mort d'Otto ( 4252 ) , ses deux fils , Louis et Henri, gouvernèrent pendant quelque temps en commun ; puis ils consentirent à un partage de territoire , mais le titre et la dignité restèrent communs. Voici quels furent les. changements a l'égard des grandes charges auxquelles était annexé le droit électoral. Une seule restait encore à un duché, bien ancien sans doute , mais aussi bien diminué ; la maison de Saxe possédait la charge de grand maréchal. Le second pays qui restait encore des anciens duchés, la Bavière, avait perdu la dignité qui lui était annexée; mais, d'un autre côté, la maison régnante possédait en même temps le palatinat du Rhin et la charge de grand écuyer.

L'exercice du droit électoral suscita une nouvelle difficulté. L'hérédité des anciennes oomme des nouvelles principautés, après le triomphe de la maison de Bavière, amena des partages , et obligea par conséquent à discuter pour la première fois si tous les membres d'une famille, on seulement le plus âgé, devaient exercer le droit d*élection. Au milieu de ces changements qui surgirent dans le corps des électeurs, Henri Yl put déjà concevoir l'idée d'admettre à l'exercice immédiat du droit électoral les petits princes qui jadis faisaient partie de la suite des grands-ducs , ou plutôt il voulait , en achetant leors voix, annuler tout à fait les principaux électeurs, et rendre ainsi la couronne héréditaire.

Mais la hiérarchie y mit obstacle; elle fit même plus , elle parvint d'abord à exercer une grande influence sur les élections, et finit par s'arroger elle-même le .droit électoral. L'archevêque de Mayence , investi, par la constitution karolingienne, des privilèges de primat d'Allemagne , comme archichancelier de l'empire et archichapeiain de la maison impériale, n^avait d'abord le droit que de convoquer la diète pendant la vacance du trône, et de déclarer l'élection close ; mais il paiTint imperceptiblement à obtenir la première voix électorale ecclésiastique. Les deux autres archevêques de Trêves et de Cologne, qui auparavant ne réclamaient que le droit de couronnement , obtinrent, à l'exemple de celui de Mayence, le

droit électoral. Le premier , dont l'Oise remontait au temps des apôtres, et qui était jadis primat des Gaules, portait le titre d'archichancelier de Lorraine à Aix-Ia^Cha*pelle , et plus tard il obtint celui d'archichan* celier du royaume d'Arles. Le pape Léon IX nomma le second (celui de Cologne) archichancelier perpétuel du saint-siége ( 4049) , et plus tard l'empereur l'honora du titre d'archichancelier du royaume lombard. 11 y avait ainsi trois grandes charges, ou plutôt trois subdivisions de la dignité d'archichanceUer de l'empire ( en Allemagne , en Bourgogne et en Italie ) , au moyen de quoi les trois archevêques du Rhin obtinrent trois voix éiecto^ raies ecclésiastiques. Ces prélats avaient -reçu en outre des territoires considérables en Lorraine, en Saxe et en Franconie. Déjà sons Otto I" l'archevêque de Cologoe était. revêtu du pouvoir d'archiduc sur les deux Lorraines, et il reçut encore.de Frédéric I*' une portion importante du grand-duché de Saïa. H disputait même l'honneur de la primatie à l'archevêque de Mayence.

Les trois autres archevêques allemands, ceux de Brème, de Magdebourg et de Salzboiurg, ne pouvaient pas prétendre à de semblables prérogatives; ils restèrent donc au rang des princes du second ordre ; bientôt cependant ils formèrent, sous la protection des grands électeurs du Rhin , et avec les autres évoques qui jadis faisaient partie de la suite des ducs, un collège électoral particulier, qui, par son ensemble et son influence , prit la supériorité sur le collège laïque. Lors de la nomination des anti-rois, le saint-siége enleva la direction des élections à l'archevèq ue de Mayence, els' arrogea même le droit de décider les contestations sur les voix électives laïques , d'après ce principe que non-seulement lé siège apostolique avait transféré l'empire. des Grecs aux Franks et aux Allemands, mais encore que c'était lui qui avait conféré aux princes le droit d'élection.

C'est dans ce sens que le duc Henri de Bavière (qui ue trouvait aucun appui dans Tempire) s'adressa au pape Grégoire X, nouvellement élu , en le priant de vouloir bien , avec sa bonté paternelle, lui assigner sa place parmi les autres princes électeui^.

Or , c'était là précisément une question qu'il fallait décider avant l'élection de Rodolphe. On ne la laissa pas arriver jusqu'à l'arbitrage

HîSTOraB DU PTOPLB ÀltlM AN».

dn pape; les princes éleetears se déclarèrent en droit d*adopternne résolution provisoire,, et soumirent ensuite la question, pendant la diète, an roi nouvellement élu. Voici ce qui en résulta. Lors de l'élection de Tempereur Richard, les deux frères Louis et Henri avaient volé , le premier comme comte palatin du Rhin , le second comme duc de Bavière 5 car leur père, le duc Otto , comme unique possesseur de deux pays (la Bavière et le palatinat du Rhin) , avait eu jadis ces deux voix. Mais le roi Oltokar de Bohème voulait aussi seul faire valoir son droit électoral en vertu de sa charge d'échanson , transférée de la Bavière à la Bohème. Jadis les Bohémiens, comme les autres Slaves, n'assistaient aux diètes électorales que sous là protection du duc de Saxe. Il y eut donc ainsi cinq princes électeur laïques, et , si Ton y ajoute les trois voix ecclésiastiques, le nombre sept, consacré depuis quelque temps, se trouve dépassé. On ne pouvait nier que le roi de Bohème n'eût pris une part active aux dernières élections , non pas tant en vertu de son droit électoral comme grand échanson, qu'en qualité de prince puissant que les Hauhenstaufen voulaient opposer aux princes allemands. Il est étonnant qu'un annaliste bien instruit observe que, pendant la diète convoquée par le pape pour l'élection d'un anti-roi , le roi de Bohème n*a pas, quoique grand échanson, voix élective, parce qu'il n'est pas prince allemand. C'est ainsi encore qn*on trouve dans le Sehwabensipiegel et le Code saxon : « Le roi de Bohème n'a pas voix élective, s'il n'est pas Allemand de père et de mère , ou dn moins de l'un des deux côtés. » Dn reste , lô roi Ottokar , par sa mère, sœur de Philippe de Hohenstaufen, pouvait prouver deux quartiers de noblesse allemande.

Mais les princes électeurs ne paraissent pas avjoir consenti à ce point ; bien que , depuis la première moitié du xiip siècle, l'usage eût consacré la règle que les princes possèdent le droit d'élection en vertu des charges dont ils sont investis, ils revinrent pourtant h l'ancien principe , qui attribuait ce droit aux ducs; et, pour en excinre le roi de Bohème, on reconnut la Bavière comme étant le seul duché restant pour lequel le droit électoral fût attaché au pays ou au .peuple, et non à la dignité. Il en résulta une autre contestation particulière, celle de savoir si le comte palatin Louis , pen-

dant l'absence de son flrèra Henri , aurait Im deux voix du Palatinat et de là Bavière, oomiQA son père les avait eues jadis, ou bien si lu dernière n'appartiendrait qu'à son frère. Il parait que les envoyés de Henri soutinrent cette dernière opinion. Toutefois les documents ne sont pas bien d'accord sur ce point. Henri eéda en réalité, quoiqu*il fût brouillé avec sont frère; et c'est ainsi qu'après l'exclusion du .rot de Bohème, l'élection fut considérée comme faite à l'unanimité avec sept électeurs.

Quant aux intentions des électeurs, aucun des princes, mémo les plus puissants, ne voulait devenir roi , ou du moins aucun n'avait assez de hardiesse pour y prétendre; ils aimaient mieux , de^concert avec les archevé* ques , élire un roi qui , comme ceux nommés après les Hohenstaufen , serait d'une famille plutôt inférieure que supérieure aux leurs , afla de ne pas rencontrer d'obstacles à l'agrandissement do'Ieur pouvoir, Il y en avait justement trois parmi eux qui n'étaient pas mariés : le comte palatin Louis , le duc Albert de 8axe« Wittemberg et le marquis Otto de Brandebourg. Ceux-ci pouvaient bien espérer quelques avan*« tages particuliers d'une alliance avec la nou« velle maison royale. Le comte palatin Henri , oncle de Conradln , avait commis , dix«sept ans auparavant ('1256), un acte de barbarie qui avait laissé de tristes souvenirs. Sur un simple soupçon contre la fidélité de sa * vertueuse femme, Maria, illle du duc Henri de Brabant, nièce de Philippe de Hohenstaufen , il l'avait fait décapiter dans un premier mouvement de colère , après avoir tué de sa main deux per« sonnes qu'il croyait ses complices. Cette bar^ barie, qui lui avait d'abord paru un acte de justice, lui inspira ensuite un si vif repentir, que, quoiqu'il n'eût encore que 27 ans , ses cheveux blanchirent en une seule nuit. Le pape lui en accorda l'absolution , en lui imposant pouf* pénitence la construction d'un eouvent (oelul de Furstenfeld) pour les chartreux. Mais l'acte lui-même resta si bien dans la mémoire de sas contemporains et surtout dans celle de ses sujets , qu'ils lui donnèrent le surnom de Cruel, et que lui-même craignait que le nouvtsau roi no lui en demandât compte. En conséquence, il consulta le burgrave Frédéric , et lui demanda s'il pouvait être tranquille snr ce point , quand Rodolphe serait è\\\ roi des Romains ; en même temps il lui manifesta la désir d'obla*

nir en mariage une de ses filles. Le burgrave lui ayant donné au nom de Rodolphe les assurances qu'il désirait, il promit sa voix. On employa des moyens analogues pour gagner les suffrages des deux autres princes.

Après ces conventions secrètes , rarchevéquc Werner trouva bon de donner encore par luimême une nouvelle forme à Télection (29 septembre ^273) ; pour prévenir toute discussion, il engagea les autres princes à transmettre leurs voix au comte palatin du Rhin , Louis ; et^eluicî , au nom de tous , prononça en faveur de Rodolphe de Habsbourg.

Le burgrave Frédéric fut le premier qui vint féliciter le nouveau roi; il fut suivi du sousconnétable Henri de Pappcnheim , qui présenta les félicitations ordinaires au nom de tous les électeurs. 11 est assez probable, bien que la chose ne soit pas prouvée, que Rodolphe était instruit de ces négociations; car le burgrave était un de ceux auxquels Taccomtnodement avec Bàle avait été confié, et Rodolphe ne pouvait ignorer les promesses faites aux princes en son nom. Rodolphe ne parut pas surpris ; il répondit avec bienveillance aux félicitations des princes.

Ses ennemis furent stupéfaits; Tévèque de Bàle s'écria : Oh I Seigneur Dieu! tiens-toi bien sur ton trône, de crainte que Rodolphe n'y monte aussi. D'autres dissimulèrent leur mécontentement, mais la majorité des états était pleine d'allégresse. Les comtes, les seigneurs et les députés des villes accoururent de tous côtés pour offrir leurs hommages au nouveau roi. Rodolphe conclut promplement la paix avec la ville de BAle et son évoque , pour sortir de cette situation équivoque; il ramena lui-même la société de Stern dans la ville, et fut reçu avec acclamations. Son épouse , Anna , qui prit le nom de Gertrude après le couronnement, quitta sa résidence de Brughk , et le suivit à Aix-la-Chapelle , accompagnée de son père, le comte Albert de Hohenberg, et d'un grand nombre de chevaliers de Souabe et du Rhin. Les princes électeurs y arrivèrent avec une suite de près de 20,000 chevaliers. La route était couverte d'hommes sur un espace de trois lieues. L'archevêque de Mayence rendit les insignes de la couronne, qui avaient été cachés après la mort de Richard ; mais il paraît que le sceptre s'était perdu pendant l'interrègne (28 octobre -1275). Après le couronnement , les

princes devaient prêter serment de fidélité et recevoir leur investiture; mais alors une vive discussion s'éleva sur la question de savoir si l'on pouvait procéder à cette cérémonie sans le signe usité, le sceptre. Tout à coup Rodolphe saisit sur l'autel un crucifix, et, le baisant, il s'écria : Cette croix , par laquelle nous avons tous été rachetés, pourra bien remplacer le sceptre. Les princes, surpris de cette présence d'esprit, baisèrent la croix l'un après l'autre, et prêtèrent serment.

Parmi les investitures que Rodolphe distribua ou renouvela, il prouva surtout sa reconnaissance au burgrave Frédéric, en lui donnant celle du burgraviat de Nuremberg. H maria ses deux filles aînées, Mathilde et Agnès,- la première au comte palatin du Rhin Louis, la seconde au duc Albert de Saxe. L'union de sa troisième fille, Hedvvige, avec le marqnisOtto de Brandebourg, eut lieu plus tard. 11 confirma bientôt après au comte palatin les donations de Conradin. Il confirma tous les droits et privilèges accordés par Frédéric II à l'archevéqoe Werner de Mayence , qu'il avait déjà secouru contre Henri, seigneur de Hcsse. 11 en fit autant pour les autres évoques. C'est ainsi que Rodolphe se montra reconnaissant* pour ceux qui avaient secondé son élévation au trône.

Après son couronnement il retourna dans les provinces du haut Rhin , qui avaient le plas besoin de sa présence, et s'arrêta dans l'ancien château des Hohenstaufen. A Haguenao, partout où il allait, les bourgeois et les marchands lui adressaient des plaintes sur la mnltitudc de douanes illégales que les seigneurs établissaient, et sur ce que , n'étant pins protégés par des escortes, ils n'osaient se hasarder sur les routes. Indépendamment des douanes, Rodolphe n'ignorait pas combien de droits avaient été enlevés à l'empire pendant l'interrègne; lui-même avait vu comment \es États les plus faibles étaient opprimés parleurs paissants voisins. En conséquence, il fit publier à Spire que tous ceux qui s'étaient approprié des fiefs ou des biens de l'empire eussent à les restituer. Il envoya dans toute l'Allemagne la déclaration suivante : Élevé sur le trône , je tâcherai, avec l'aide de Dieu , de réunir les domaines de la couronne, si longtemps dispersés; je protégerai toujours les faibles et combattrai les oppresseurs. J'esp^cQ être secondé par l'obéissance et le concours des membres de l'empire.

A la première diète, tenue à Nuremberg (novembre 4274), où se réunirent tous les princes et^es états, à Texception du roi Ottokar de Bohème, et du duc Hcori de Bavière , qui s*était attaché à lui, dans sa colère contre son frère, honoré de la confiance du roi, Rodolphe s'appliqua à rendre la justice, et écouta toutes les plaintes. 11 fit ensuite publier que nul n'entravât les routes , sous peine de la vie ; il fit aussi relire les lois écrites et les décrets des empereurs, et fit jurer aux princes, aux seigneurs et aux députés des villes , qu'ils emploieraient tous leurs erforts pour maintenir la paix publique. Il se rendit ensuite dans le haut pays, s'arrètant dans chaque ville pour y régler les affaires , même les moins importantes.

En ceci Rodolphe ne changea rien à ses habitudes; il continuait en grand ce qu'il av&it eu coutume de faire jusqu'alors dans un cercle plus restreint : Ne suis-je pas roi ? dit-il un jour aux soldats de sa garde qui voulaient éloign(!r de lui un pauvre homme. Pourquoi me renfermer ainsi ? Rodolphe fut en effet prince populaire, accessible à tous, bienveillant envers tout le monde, implacable seulement envers les malfaiteurs; 11 écrivait aux receveurs des douanes : « Les cris des .pauvres sont parvenus jusqu'à mes oreilles; vous soumettez les voyageurs à des impôts qu'ils ne doivent pas payer. Fesmez vos mains à un revenu injuste, et ne prenez que ce qui vous est dû. Sachez que je ne négligerai rien pour maintenir la paix et faire respecter la justice, ces dons précieux du ciel. » Rodolphe était si étranger à toute ostentation , que ce ne fut que deux ans après son couronnement, à l'occasion d'une entrevue avec le pape, qu'il fit habiller sa suite plus richement. Lui-même portait toujours un simple surtout gris , ancienne couleur des Lorrains, tandis que l'évèque Pierre de Bàle était toujours accompagné d'un corn^ge magnifique, dans lequel on remarquait, entre autres, un nègre tout habillé de blanc, cl un nain haut de trois pieds, nommé le chevalier Conrad. Ce ne fut que dans lés dernières années de sa vie que le roi fit quelques dépenses pour satisfaire son goût pour le^ animaux étrangers. Comme auparavant , il honorait de ses visites les bourgeois laborieux , et aimait à les voir prospérer.

Si nous jetons un regard en arrière, nous verrons combien, en un demi-siècle , la dépravation générale s'était augmentée par la cor-

ruption des papes , par lé relâchement de la bonne foi, par l'abus du pouvoir de l'Église, par l'oppression des puissants, par les violences, les meurtres et les pillages (4240-75). Rodolphe ne s'écarta jamais du droit chemin , même dans tout ce qu'il fit pour sa maison. Dans toutes les affaires d'État, il se régla sur l'empereur Frédéric IL 11 abolit , comme contraire à la constitution, tout ce que les autres rois avaient fait sans le consentement des électeurs.

Ce ne fut que six mois après son couronnement à Aix-la-Chapelle que Rodolphe envoya le burgravc Frédéric de Nuremberg, et son chancelier, le prévôt Otto de Saint-Gutdo , à Spire, présenter une lettre respectueuse au pape, afin d'être reconnu par lui suivant l'usage, et pour en obtenir le couronnement impérial (avril 4274). Le pape, occupé d'un grand concile à Lyon , s'empressa d'autant moins de répondre qu'il avait encore divers scrupules.

D'abord Rodolphe ne lui parut pas assez puissant pour relever la dignité de la couronne, et, ce qu'il souhaitait avant tout, pour exécuter le projet d'une croisade générale. On avait eu dans l'intervalle Toccasion de se convaincre que*rÉg1ise n'avait rien h gagner sons des rois faibles, et l'évèque d'Olmutz le dit positivement dans une lettre secrète au pape : « Un prince puissant , fùt-il même parfois un peu méchant, vaut toujours mieux. » Sous ce dernier rapport , on savait déjà qu'on n'avait rien à craindre de Rodolphe. Relativement au premier, l'archevêque de Cologne écrit au pape a Rodolphe est un vrai croyant, ami de l'Église zélé pour la justice, possédant de vastes con naissances , et très-pieux ; puissant par lui même et par ses alliances, il est , comme nous l'espérons , dans la grâce de Dieu. Sa figure est agréable « son corps endurci aux fatigues. 11 est surtout heureux dans les guerres contre les infidèles. » Jusque-là c'était bien; le pape avait lieu d'être content du choix des princes.

Mais il restait encore deux adversaires qui s'adressèrent également au pape, le roi Alphonse de Castille et le roi Ottokar de Bohême. Le premier renouvelait très-sérieusement ses prétentions à la couronne impériale et au duché de Souabe. 11 demanda une entrevue secrète à Grégoire, pour s'entretenir des relations de la France et de la Savoie. Dans le sens du saintsiége même, il pouvait objecter contre le choix de Rodolphe qu'il avait été jadis favorisé par

HÏSTOntE Dn PEUPLE ALLEMAND.

Alexandre IV, que le saint-siégc s*était cliargé de décider la même querelle entre lui et le roi

' Richard, et qu'elle avait été décidée par la mort de Richard lui-même. Ottokar , de son côté , attaquait la yalidité de l'élection de Rodolphe, parce que son représentant en avait été exclu contre toutes les règles. Il fondait ses prétentions à la couronne sur les anciens services qu'il avait rendus à la cour de Rome, et surtout sur ses deux croisades en Prusse.

Le concile ne jugea pas à propos de s'occuper de ces querelles. Le pape, dans son désir de voir se réaliser la croisade, voulait avant tout rétablir la tranquillité dans les États chrétiens, et surtout en Allemagne. Grégoire X résolut donc de reconnaître Rodolphe pour roi légitime des Romains , après avoir toutefois assuré tous les droits du saint-siége.

D'abord il flt présenter aux envoyés de Rodolphe, devant les Pères du concile, et particulièrement devant les prélats allemands, les traités conclus avec Otto IV et Frédéric II; et comme le burgrave ne savait ni comprendre ni lire le latin , il lui en fit expliquer le contenu, notamment la promesse faite par les deux empereurs de prouver en tout leur obéissance et leur respect au saint-siége , de ne point entraver la liberté des élections , de renoncer an droit de régales et de dépouilles , de seconder le pape dans l'extermination des hérétiques, et de laisser à l'Église romaine la possession des contrées et les droits dont elle avait joui jusqu'alors.

Grégoire X revint à ces traités où prérogatives de l'Église romaine, sans s'arrêter aux

. querelles qui s'en étaient suivies, et au retrait presque entier qu'en avaient fait les deux empereurs. Il déclara que par la mort de Fré-

- déric H tout était rentré dans l'ordre, qu'il n'avait d'autre désir que de le maintenir; il trouva bon cependant, à cause de l'état actuel des choses, d'ajouter les conditions suivantes: que les envoyés de Rodolphe jureraient en son nom, ^^^ de ne point s'approprier les biens de l'Église, ni ceux de ses vassaux, quand môme ces derniers (à l'exemple des villes de la marche d'Ancône et du duché de Spolôte) voudraient de leur plein gré se soumettre à sa domination; 2° de n'accepter aucune dignité dans TÉtat de l'Église saîis la permission du pape (surtout la dignité^de sénateur, que les Romains avaient déjà deux fois conférée h des

étrangers) , et de ne point seconder ceux qui pourraient l'usurper; 3* parmi les vassaux de l'Église, de ne pas léser surtout le roi Charles de Sicile, ni encourager les autres h le faire \ de ne pas s'emparer du royaume de Sicile , de ne secourir ni en secret ni ouvertement ceux qui voudraient l'envahir; de ne pas opprimer, mais plutôt proléger les fidèles qui avaient secouru le roi Charles contre Frédéric II, ses héritiers et ses successeurs.

Bien que six ans se fussent déjà écoulés depuis la mort cruelle de Conradin , on évita soigneusement de prononcer son nom dans co traité. Le pape aimait mieux nommer Frédéric Il , pour comprendre Conradin sous le titre général de ses héritiers, quoique chacun sût bien que, du temps de Frédéric II, Charles d^Ànjou n'avait pas encore été appelé en Italie. Mais , malgré tout, le pape ne pouvait méconnaître, bien que le roi Richard n'eût fait aucune enquête sur le destin de Conradin , qu'un roi d'Allemagne légitime et qu'un ami de la maison de Ilohenstaufen, et particalièrement de Conradin, pourrait, en vertu de son pouvoir impérial , qui lui donnait droit de suzeraineté sur tous les princes chrétiens , demander un compte sévère au roi Charles; il pouvait même réclamer la suzeraineté sur l'Apulie, qui jadis appartenait à l'empire d'Allemagne.

Ce malheureux événement aurait peut-Are pu être passé sous silence ; mais Grégoire savait qu'il pouvait se montrer exigeant ; car Rodolphe lui avait écrit qu'il avait donné à ses envoyés des pleins pouvoirs illimités pour promettre et ratifier en son nom non-seulement tout ce que ses prédécesseurs avaient fait , mais tout ce que le saint-père jugerait convenable dans l'intérêt de la religion et de la justice, sauf le démembrement de Tempire. Grégoire n'avait donc qu'à demander que l'exécution de ces promesses lui fût solidement garantie. En conséquence , il ajouta que Rodolphe devait prêter serment sur l'Évangile , et le répéter lors de son couronnement à Rome. En outre, tous les autres princes devaient se porter caution pour lui ; de telle sorte que, s'il violait ses promesses, ils étaient tenus de lui refuser leur appui.

Les archevêques et évêques allemands qui assistaient aux conférences approuvèrent les transactions arrêtées , et alors les envoyés , fidèles aux ordres qu'ils avaient reçus , y donnèrent un consentement solennel , et

HISTOIBE DU VËiStîM ALLEMAMI),

BBS

prêtèrent serment au nom da roi Bodolpbe.

Ce traité eut lieu dès le second mois après renvoi de Tambassade (i6 juin ^274); cependant Grégoire en retarda encore TexécuUon trois mois entiers. Dans cet intervalle, les négociations avec Alphonse furent continuées , et ses propositions communiquées à Bodolpbe. Celui-ci envoya une seconde antbassade au pape ^ et cboisit cette fois Tévéque de Trente , nouvellement élu, et son secrétaire particulier, le frère mineur Henri d'Issni. Us achevèrent de détruire les dernières irrésolutions du pape ; et Grégoire, après avoir encore une fois tenu conseil avec ses cardinaux, prononça son arrêt, et reconnut Rodolphe pour roi légitime des Romains (26 septembre) , ou plutôt, comme il le dit lui-<même d'une manière équivoque , il consentit à lui donner ce titre, et à lui écrire à ce sujet une lettre autographe. Tout en lui adressant des exhortations paternelles, il l'invitait à se tenir pr^t pour le couronnement impérial , afin de se présenter aussitôt que les circonstances lui permettraient de l'appeler; qu'en attendant il lui envoyât sans délai une ambassade, pour négocier avec le roi de Sicile et le comte de Savoie.

Le pape communi.qua aussi cette décision aux princes allemands , principalement au rot Ottokar, et les engagea à se rallier au roi des Romains , parce que maintenant il était tenu de soutenir leurs droits. Mais Ottokar se montra encore plus obstiné qu'Alphonse. Ce dernier avait remontré au pape que, pendant les dixhuit années qui s'étaient écoulées depuis son élection, les guerres continuelles qu'il avait eu à soutenir contre les Sarrasins ne lui avaient pas permis jusqu'alors de se rendre en Allemagne, mais que maintenant, son fils étant en âge, il voulait lui remettre le gouvernement de la Castille, et prendre possession de la couronne impériale, 11 désirait aussi recueillir le duché de Souabe , son héritage maternel. Rodolphe donna au pape les mômes explications qu'il avait données à Alphonse, que le duché de Soqabe , comme fief masculin vacant, avait fait retour h l'empire. Après avoir reconnu Rodolphe, Grégoire se rendit à Rcaucaire, pour y avoir une entrevue avec Alphonse, et lui représenta que son parti était depuis longtemps éteint en Allemagne , que le bien-être de FÉglise et de TEmpire voulait que les choses restassent sur le pied où elles étaient. Alphonse

n'osa pas contredire le pape en an {Hrésenee ) mais, aussitôt qu'il fut de i^tour en Castille, il écrivit aux princes allemands et italiens pour leur demander leur appui contre Rodolphe, Alors le pape le menaça des foudres de l'Église; et comme une nouvelle guerre avec las Arabes venait d'éclater, il finit par se contenter da la dlme des biens du clergé de ses Etats , que le pape lui abandonna pour quelque temps.

De Beaucaire , Grégoire X se rendit à Lau** sanne (octobre 4275) , pour avoir une confé* rencc avec Rodolphe avant le couronnement , ce que peu de papes avaient fait avant lui. Son dessein était de lui faire contracter des obli-* gâtions personnelles, et de l'entretenir au sujet des préparatifs de la croisade. Rodolphe vint k Lausanne avec son épouse , ses enfants et une suite nombreuse. Comme il avait déjà approuvé la croisade lors de son couronnement à Aix-la- Chapelle, et qu'il se proposait de visiter la terre où reposaient les cendres de son père, il reçut avec presque toute sa suite la croix- des main^ du pape, et promit de se rendre à la Pentecôte prochaine à Rome avec deux mille guerriers» pour recevoir la couronne impériale. 11 fut convenji que Rodolphe ratifierait le traité conclu par ses envoyés , au moyen d'un ser«ment solennel. Mais un nouvel acte fut encore rédigé, par lequel Rodolphe reconnaissait que la Coi-se et la Sardaigne faisaient partie des bienç de l'Église.

On se demande maintenant comment Rodolphe pouvait adhérer aussi facilement à toutes les prétentions du pape. Les motifs de cette conduite ne reposent pas uniquement sur la crainte que lui inspiraient ses concurrents, il le prouva bien dans la suite contre Ottokar ; mais plutôt sur la crainte de voir le pape se réunir à eux. H parait qu'avant même la fin do la croisade contre les Prussiens, Rodolphe avait déjà changé d'opinion à l'égard de l'Église. 11 s'abandonna à la direction des frères mineurs et des dominicains, qui, comme le dit un historien, élevés par les papes au-dessus de tons les autres ordres , acquirent bientôt une telle influence , que le pape lui-même et tout le clergé les jugèrent trop puissants. L'archevêque de Mayence même dut fléchir devant eux. Rodolphe pouvait bien un peu se rassurer en se rappelant que les évoques allemands, au concile de Lyon , avaient défendu avec fermeté les droits de la couronne. Mais ils ne' désiraient

tSM

pas moins vivement qtie le pape de voir Rodolphe renoncer au droit de régales et de dépouilles. Si l'on prenait pour base les traités d'Otto IV et de Frédéric II , Rodolphe ne pouvait ignorer que ces deux princes n'avaient pas tout approuvé, et qu'aussitôt montés sur le trône ils avaient violé leurs conventions avec le pape. Dans tous les cas , il est inexcusable d'avoii* placé une confiance sans bornes dans le saint-siégo, et souscrit d'avance h toutes les conditions qu'il pouvait plaire à ce dernier de lui imposer. Le frère mineur Henri , confesseur de Rodolphe , qui avait diiigé les dernières négociations, fut, pendant l'entrevue de Lausanne , nommé évéqné de Bàle et légat en Allemagne, avec ordre de prélever la dîme sur les biens du clergé (pour la croisade) , et de remettre au roi Rodolphe 42,000 marcs , quand celuit'Ci aurait passé les Alpes.

Avec tout cela Rodolphe n'atteignit son but qu'à demi : Alphonse fut bien rejeté ; mais Oltokar continua à faire une opposition si opiniâtre, que Rodolphe, malgré l'appui du saintsiège, dut s'en rapporter à la fortune incertaine de la guerre. Grégoire X ne vit point luimême l'accomplissement de son principal projet, car il mourut peu de temps après son retour de Lausanne, et ses trois successeurs n'occupèrent que peu de temps la chaire de saint Pierre; la croisade fut interrompue , et les transactions qui eurent lieu à ce sujet furent les dernières de ce genre. Rodolphe n'alla pas une seule fois en Italie , pas môme pour son couronnement, les affaires d'Allemagne réclamant continuellement son attention.

Quand Ottokar apprit que Grégoire X avait reconnu le roi Rodolphe , il menaça d'abord d'un appel, puis il défendifla perception des dîmes et les sermons pour la croisade qui avaient été prescrits par le dernier concile ; il se fit promettre par les évèques de ne recevoir d'ordres de qui que ce fût sans son consentement. Il montra d'autant pins d'aigreur, que jusqu'alors il avait été en faveur à la cour de Rome. H ne fit pas plus d'attention aux représentations de Rodolphe. Conlme il n'avait point assisté à la première diète de Nuremberg , et qu'il avait fait une alliance offensive et défensive avec le duc Henri de Bavière, Rodolphe leur ordonna de se trouver à la seconde diète qui se tint à Wurtzhoiirg (45 mai 4273), et enfin à la troisième d'Augsbourg , dans laquelle il

renouvela l'injonction de lui restituer les biens et les privilèges qu'on avait soustraits à rÉtât. Les deux princes envoyèrent bien alors leurs plénipotentiaires, mais ils ne voulurent d'abord s'occuper que de discuter la question do savoir auquel des deux appartiendrait la voix électorale. Il pourrait paraître étonnant que , malgré leur contestation , les deux princes fusscot d'accord : la Bohême réclamait la voix électorale en vertu de la charge do grand échanson , et les électeurs l'avaient concédée au duché de Bavière ; mais Henri n'était pas encore content , il voulait la posséder seul à l'entière exclusion du comte palatin son frère. Les deux princes pouvaient bien être également mécontents de la décision des électeurs , et se trouver ainsi d'accord ; mais, dans le fait , la question électorale n'était pour eux qu*un prétexte pour ne pas obéir au décret de Rodolphe. En tout cas", Rodolphe résolut de décider cette question à la première diète ; il chargea le comte palatin Ix)uis, en vertu de ses fonctions, d^ faire un rapport devant tous les princes, barons et clievaliers; et quand l'assemblée fat parlailement instruite, il donna sa décision « par laquelle il adjugea une des sept voix électorales au duc de Bavière, acte qui confirmait en même temps la légitimité de son élection. Par la raison que nous avons déjà dite, cette décision ne conteota pas les plénipotentiaires du duc Henri; bien que- Rodolphe l'eût évidemment rendue pour détourner le duc dune alliance avec le roi de Bohème, le fondé de pouvoir de ce dernier, l'évéque Bernard de Seccau , fit une protestation formelle, et prononça un discours latin dans lequel il déclarait non valable réicction de Rodolphe, sous prétexte que celui-ci et ses électeurs étaient sous le coup d'une excommunication (ce que le pa*pe lui-même ignorait). Quoique Rodolphe comprit le latin , il coupa la parole à l'évéque on lui disant : « (juaud vous avez affaire aux évèques et aux clercs, parlez latin tant que vous voudrez ; mais quand c'est à moi, et qu'il s'agit des droits de l'Êlat, pai'Iez de manière que chacun puisse voiis eompœndre et vous répondre. » Quand les princes entendirent parler du pape et d'ejccommunication , ils se levèrent tous pleins de colère; le comte palatin voulait même se jeter sur Toratour (comme jadis Otto , son prédécesseur, sur le cardinal Roland) ; mais le roi le prit sous sa protection spéciale, et lui ordonna dequittcj* la

HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND

ville le lendemain. Rodolphe forma ensuite rassemblée des princes en cour do justice, et mit le roi Ottokar au ban de l'empire. Pour essayer encore une fois les voies de la douceur, il envoya le burgrave Frédéric au roi de Bohème pour l'engager à la soumission. .

Le but principal de la diète d'Augsbourg , et en même temps l'affaire la plus épineuse pour le nouveau roi des Romains , était de récupérer tous les biens et droits de Tempire usurpés dans toutes les provinces depuis Textinction de la dynastie des Ilohenstaufen. Rodolphe se chargea de mettre lui-même à exécution dans les provinces du haut Rhin les' décrets de la 4iète. Encore incertain sur ce qu'il ferait relativement au duché de Souabe, il y établit provisoirement deux gouvernements, dont Tun fut conûé à son beau-frère le comte Albert de Hohenberg , et l'autre au comte Hugo de Wurtemberg. 11 leur enjoignit de veiller au maintien des droits du pays , et de protéger les plus petits États contre les usurpations des seigneurs, plus puissants. Comme le marquis Rodolphe de Bade refusait do se soumettre à. ses ordres, il l'assiégea à Fribourg en Brisgau. Tout ceci eut lieu avant l'eiitrevue avec le pape (25 août 4 275).

A son retour de Lausanne (octobre) , Rodolphe trouva la rébellion armée en Souabe , en Bavière et en Bohème. Quinze comtes de Souabe , qui n'étaient point disposés à restituer ce qu'ils avaient usurpé , ayant, à leur tète le marquis de Bade , les comtes Ulrich et Evérard de Wurtemberg , tendirent la main au duc Henri de Bavière , et celui-ci au roi de Bohème. Rodolphe, craignant d'être bloqué dansses Etals héréditaires 9 et de voix ses communications avec le reste du royaume interceptées , résolut de prévenir les révoltés et de les séparer. Il intimida d'abord les seigneurs de Souabe avec les secours qu'il reçut de la noblesse d'Alsace , de la haute Allemagne et du comte palatin Louis. Rodolphe fit renouveler la paix générale à Strasbourg; après quoi il tint un conseil d'État à Kempten, pour terminer les préparatifs d'une nouvelle campagne contre la Bavière et la Bohème; car Ottokar paraissait dédaigner le pauvre comte d'Habsbourg , et avait refusé tous les accommodements proposés pai* le burgrave Frédéric.

Dans cet état de choses, Rodolphe était bien autorisé & faire une levée en masse ; mais toutes

les dispositions militaires furent paralysées par les factieux , et dans le nord et l'ouest de TAllemagne on n'avaif aucun penchant à marcher contre la Bohème.

Les comtes de Souabe même ne donnèrent point le contibgent qu'ils devaient, suivant les conditions de la trêve ; ils le réservaient probablement pour eux. Mais, pendant que la levée s'effectuait lentement dans rAllemagoe centrale, Rodolphe, rassembla une troupe d'élite, composée de volontaires et de nobles du haut pays qui avaient déjà combattu sous lui durant ses guerres précédentes. Il augmenta aussi ses forces en se liant avec les voisins d'Ottokar. Le comte de Tyrol et de Goritz,'dont la fille Elisabeth était fiancée à Albert, fils aine de Rodolphe, promit de faire une pointe par la Carinthie et le Krain, L'archevêque de Salzbourg, opprimé par Ottokar, et le patriarche d'Aquilée , promirent de se tenir prêts en même temps. La Hongrie, depuis plusieurs années en guerre avec la Bohème, ne demandait pas mieux que de se joindre à Rodolphe. Pour resserrer cette alliance, Rodolphe adopta comme ses fils le jeune roi Ladislav et son frère le duc André de Slavonie, qui avaient perdu leur père peu de temps auparavant, et promit do donner à ce dernier la main de sa fille Clémentine. 11 écrivit aussi aux seigneurs hongrois que, pour récompenser leur zèle à servir le roi , il était prêt à leur conférer les prérogatives et les dignités du royaume quand ils le voudraient. Rodolphe fut encore encouragé par les démarches que firent auprès dé lui les états d'Autriche, lassés de la domination d'Ottokar, et plusieurs grands de Bohème, qui rengagèrent à les délivrer d'un joug insupportable , en lui promettant tous les secours qui seraient en leur pouvoir. Lorsque Rodolphe fut arrivé avec une petite troupe sur les bords du Rhin pour y opérer sa jonction avec le gros de son armée , le seigneur de Klingen lui demanda : A Sire, qui doit garder votre trésor? » Il répondit : « Je n'ai pas de trésor ici, ni d'autre argent que ces cinq sous de mauvaise monnaie. — Mais avec quoi subviendrez-vous aux besoins de l'armée ? répliqua le prcmiçr. •*- Dieu y pourvoira, répondit Rodolphe, comme il l'a fait jusqu'à présent. » En disant ces mots, il se remit en marche plein de confiance.

Comme le duc de Bavière résistait encore, son

HISTOIRE DU PEtIPLE ALLEMAND.

premier plan était d^envahir la Bohême par la Franconie avec le comte palatin Louis et le burgrave Frédéric, et, d'un autre côté, de traverser le pays de Salzbourg pour pénétrer en Autriche avec ses autres alliés, et y attaquer Albert, fiis d'Ottokar. Mais, sur ces entrefaites, le duc de Bavière changea d'avis ; se voyant menacé de deux côtés , et abandonné par le roi de Bohême , il lit la paix avec son frère le comte palatin (29 mai 4276), en laissant cependant intacte jusqu'à décision ultérieure , la question du partage du pays, du titre et du droit d'élection. Il se soumit ensuite au roi pour en recevoir l'investiture qu'il avait aupa- Itivant dédaignée. Rodolphe se montra prêt à conclure un traité amical , et promit de donner éa fille Catherine en mariage à Otto , flls du duc de Bavière^ et lui désigna pour dot la haute AutrichCi Do son côté , le duc Henri prêta une somme de 46,000 florins au roi des Romains, qui manquait alors d'argent pour mettre à fin ses entreprises, et ajouta mille soldats aux deux mille que commandait Rodolphe.

Maintenant on pouvait attaquer Ottokar de tous côtés. Rodolphe reçut encore des secoui's de l'archevêque de Mayence , des évoques de Wurttbourg ^ de Ratisbonne et de Chiemséê , ainsi que des princes du Rhin Henri de Uesse, des comtes de Leiningen , de Katzenellenbogen et Sponhcim. L'évoque de Seccau lui-même , qui avait prononcé un discours si insolent à la diète d'Augsbourg, se rangea de son côté. Quand rarclicvêque de Salzbourg eut proclamé dans tout son diocèse que le serment prêté à Ottokar était nul , Rodolphe ne trouva plus de résistance dans sa marche en Autriche jusqu'à Neubourg et Vienne, La première fut prise par ruse ; mais Vienne ne se rendit qu'au bout de six semaines , car, indépendamment de sa citadelle, située au centre, elle était encore défendue par cinq châteaux construits hors des murs. Aussitôt que le comte Meinhard deTyrol fut arrivé avec de nouveaux contingents , Rodolphe se décida à attaquer le roi de Bohême. Celui-ci était campé avec une armée de 20,000 hommes sur L'autre rive du Danube : pour arriver à lui, Rodolphe résolut de faire usage des ponts de bateaux qu'il avait employés dans les . guerres du Rhin ; mais, les Bohémiens ayant craint de se mesurer avec les Allemands, Ot- * tokar demanda la paix par l'entremise de l'évéque finiao d'OimuU. Rodolphe y consentit ;

on désigna quatre arbitres à la décision desquels lés deux partis devaient se soumettre : de la part du roi des Romains , ce furent le comte palatin Louis et l'évêqùe de Wurtzbourç ; de la part du roi de Bohême , l'évéque d'Olmatz et le marquis Otto de Brandebourg.

Outre les conditions de paix ordinaires, ils décidèrent qu'Ottokar restituerait à l'empire l'Autriche, la Slyrie, la Carinthie, le Krain et la marche windique, ainsi qu'Eger et Portenau ; que le roi des Romains , de son côté , «lui donnerait l'investiture de la Boiiême , de la Moravie et de tous ses Etats héréditaires ; que , pour consolider Talliance, Ottokar accorderait la main de sa fille à l'un des fils du roi des Romains , et renoncerait en même temps à tous ses biens et possessions en Autriche, y compris l'héritage de Marguerite ; que Rodolphe donnerait aussi une de ses filles au fils d'Ottokar, et leur accorderait en outre 40,000 marcs d'aiigent, au premier sur les domaines d'Autriche, à la seconde sur les États au delà du Danube. J^ ville de Vienne rentra en grâce auprès de Rodolphe*, et reçut la confirmation de ses droits et privilèges. Le rot de Hongrie fut aussi compris dans cette paix , de telle sorte que les deux royaumes restèrent dans leui's anciedDCs limites.

Ces conditions furent acceptées par les parties. Ottokar promit en outre de servir sous les ordres du roi des Romains avec 5,000 cavaliers équipés à ses frais. Les négociations avaient eu lieu au camp devant Vienne , et Ottokar s'y rendit alors pour prêter serment de fidélité et recevoir l'investiture. Rodolphe fit placer sur deux rangs les guerriers allemands, magnifiquemonl armés, pour faire la haie sur le passage d'Ottokar. Comme les princes lui demandaient s'il ne voulait pas se couvrir des insignes de Tempirc , puisque le roi de Bohême venait accompagné d'une pompeuse escorte, et reyêtu d'une armure très-riche et d'un habit brodé d'or et de pierres fines , il i^épondit : « Le i-oi de Bohême s'est souvent moqué de mon surtout gris, c'est à mon surtout à se moquer de lui à son tour. « Puis, s'adressant à son secrétaire particulier : « Donne-moi ton manteau, lui dit-il, afin qu'Ottokar puisse encore rire de ma pauvreté. » C'est ainsi qu'il reçut Ottokar, assis sur une mauvaise chaise, dans on chemia public. Chacun connaissait sa figure longue et maigre, son nex aquiliu, aoa mauvais surtout

' mr

et son baat casqne. Ottokar s*approcha de lui, mit un genou en terre et reçut Tinvestiture.

Après ce traité, Ottokar retourna dans ses États, réconcilié extérieurement^ mais renfer* mant au fond de son cœur un profond ressentiment. Rodolphe congédia son armée , et mônie Tescorte de sa maison , et promulgua quelques règlements pour les pays conquis. 11 fit jurer une paix générale pour cinq ans, et indemnisa les nobles en leur permettant de reMtir les chAteaux qu^Ottokar avait fait démolir (5 octobre ^1276). Les évèques lui transmirent pour SCS fils les fiefs que les anciens ducs recevaient d^eux. 11 avait donc déjà le projet de les leur conférer; mais les choses n'étaient pas encore assez mûres, ou du moins il fiillut encore de nouvelles luttes pour arriver à ce but.

Plus les Autrichiens étaient mécontents des contributions de guerre qui leuV avaient été imposées (4277), plus Ottokar cherchait à' prouver combien il se repentait de s^étre soumis au roi des Romains. Son épouse, Cunégonde, lui en faisait des reproches amers. « De loin, lui disait-elle, vous avez aboyé comme un chien contre le roi Rodolphe, et, quand il s*est présenté , vous n'avez su que vous abaisser. » Ottokar lAcha alors de trouver un moyen de rendre impossible Texécution d'un des articles du traité, et il crut y réussir en faisant entrer sa fille dans un couvent. Rodolphe envoya son fils Albert -à Prague pour demander une explication. Un nouvel arrangement fut conclu, contre lequel Ottokar éleva bientôt de nouvelles objections: Cependant une année s'écoula avant qu'il jetât de nouveau le gant du combat. Il cliercha à exciter les Autrichiens à la révolte et à engager le roi de Hongrie à embrasser sa cause. On suppose même qu'il avait payé des meurtriers pour frapper Rodolphe et le délivrer ainsi de ce dangereux ennemi. 11 envoya aussi des émissaires aux princes et aux états du Rhin , pour les engager à ne point secourir le roi des Romains, mais à l'attaquer plutôt de concert avec lui. Le duc de Bavière , toujours inconstant et mécontent, se rangea de nouveau ouvertement de son côté.

Rodolphe se trouva réellement embarrassé par celte nouvelle guerre. Il envoya des messagers aux états du Rhin pour leur demander leur secours le plus tôt possible; mais, depuis ^on absence, tant de querelles y avaient éclaté, que son fils Albert ^ landgrave d* Alsace, ne put

jamais parvenir à oi^aniser une levée. Gepei^ daut chacun de ses amis fit tout ce qui était en son pouvoir. Il s'adressa aussi au pape Nicolas III , qui excommunia Ottokar et ses alliés (janvier -1278); en retour de quoi il demanda des concessions au sujet des droits de l'empire en Italie. Rodolphe renouvela son alliance avec le roi de Hongrie, et en reçut quatorze mille soldats bien équipés , et- commandés par le roi lui-même. 11 leva aussi quelques hommes en Autriche, en Styric etien ' Carinthie, et engagea les habitants de Vienne, qui voulaient déjà élire un duc, à attendre avec patience. Il ordonna à ses soldats de s^y conduire avec toute la modération possible, et éleva de nouveau cette ville au rang de capitale , comme l'avait fait Frédéric 11. Enfin arrivèrent les secours si attendus des pays dit Rhin, en qui il avait le plus de confiancei L'évèque Henri de Râle lui envoya cent cavaliers, auxquels se réunirent cent autres, commandés par le comte Albert de Ilohenberg. Plusieurs États de la haute Allemagne lui fournirent encore des auxiliaires qui traversèrent sans danger la Bavière. Leur arrivée le remplit de joie; et, quoique ses forces fussent encore bien intérieures à celles d'Ottokar, aussitôt que son armée se fut un peu reposée, il passa le Danube à lUarchfeld, où le roi de Ëohème Tattendait plein d'espoir dans le succès.

Ottokar partagea ses troupes en trois corps : le premier se composait des auxiliaires cumancs, le second de Volontaires de tous pays ; le troisième , qu'il commandait en personne , était de 900 cavaliers bien équipés. L'étendard de Bohème était vert et décoré d'une croix blanche.

L'étendard de Rodolphe était blanc, avec des croix rouges (couleur de l'Autriche). Il divisa son armée en trois corps, et il voulut que le roi de Hongrie se chargeât d'attaquer les sauvages Cumanes. Il commandait lui-même le second corps, opposé à la division d'Ottokar. Son arrière-garde était forte de 500 cavaliers d'élite sur lesquels il pouvait compter. Toute Tarmée reçut la sainte hostie et se prépara à la mort. C'était le lendemain de la St-Barthélemy(25août^278).

Pendant que les deux armées avançaient lentement et avec une égale circonspection, lo valeureux évèque Henri de Bàle entonna le • chant du combat (26 ao&t), et Rodolphe do

Rhyne , soldat bàlois , éleva si fort la voix , qu'elle retentit dans les deux armées. Le cri de guerre des Impériaux était : Vive à jamais Tempire romain ! Un cavalier souabe, emporté par son cheval, se jeta le premier sur les Bohémiens ; alors Rodolphe donna le signal de l'attaque. Lui-même s'était revêtu d'une armure commune, sans aucun ornement, et couverte même de rouille, car il savait que tous les efforts d'Ottokar seraient dirigés contre sa persotine. Repoussé dès la première attaque, il appela son arrière-garde , et , se mettant à sa tète, il tomba sur le centre de l'ennemi. Dans ce moment, un paysan bohémien, qui le cherchait partout , porta plusieurs conps morlels à son cheval. Rodolphe, en tombant, eut laprésence d'esprit de se couvrir de sou bouclier, jusqu'à ce que toute sa cavalerie eût passé sur lui. Il s'élança alors rapidement sur un autre cheval, mit les Bohémiens en déroute et attaqua leur réserve. Des deux côtés on criait : Les voilà qui fuient ! ruse de guerre habituelle pour jeter le trouble dans les rangs ennemis. Mais plus les Bohémiens criaient , plus les coups des Allemands tombaient sur eux , forts et répétés , jusqu'à ce qu'ils fussent en déroute complète. Ottokar , pris par un simple soldat, et dépouillé de ses habits , fut percé de coups mortels par ^un Styrien dont il a^ait jadis fait ignominieusement mourir le frère. — C'est ainsi qu'Ottokar perdit la victoire et la vie le môme jour où , dix années auparavant, Conradin avait été vaincu à Tagliacozzo. On n'a pas oublié qu'il avait engagé Charles d'Anjou à faire mourir Conradin et Frédéric, dans la crainte de perdre l'Autriche. Quoique le pape Grégoire eût exigé la promesse qu'on ne tirerait pas vengeance de Charles et de ses alliés , le jour de la punition arriva cependant pour Ottokar, même avco le consentement de Nicolas III, qui l'avait excommunié. La journée de Marchfeld fut plus décisive pour la maison de Habsbourg qua celle de l'élection de Francfort, car elle lui donna l'Autriche. — Après être resté, suivant l'usage, trois jours sur le champ de bataille, Rodolphe se mit en marche pour proûtcr de la première consternation de l'ennemi et s'emparer de la Bohême et de la Moravie. En effet il soumit celle-ci ; mais, en Bohême, le neveu d'Ottokar, le marquis Otto de Brandebourg , prit les rênes * du gouvernement. Il se chargea de la tutelle de Wcnceslas , fils du feu roi , âgé de huit ans.

Il rassembla les débris de Tarmée et marcha an-devant de Rodolphe. Un nouveau traité fut alors conclu entre les deux maisons auprès de Collin. Au lieu des premiers projets de mariage , Rodolphe consentit à une triple alliance. La fille de Rodolphe, Juta, fut fiancée au jeune Wenceslas de Bohême ; Agnès , sœur de celui-ci, fut promise au second fils de Rodolphe, qui portait le même nom ; Otto , surnommé le Petit, frère du marquis, devait épouser Edwige, autre fille de Rodolphe. En outre , Rodolphe confirmaau roi Wenceslas la possession de la Bohême et de la Moravie , et au marquis Otto le Long le droit de tutelle- Mais, pour l'indemniser des frais de la guerre , le margraviat de Moravie devait lui appartenir pendant cinq ans. — Après cette victoire , Rodolphe retourna à Vienne, et se disposa à punir aussi le duc Uenri de Bavière ; mais celui-ci lui envoya son fils Otto, gendre du roi, et demanda grâces Rodolpiie lui accorda son pardon et lui confirma ses fiefs. Il reprit, il est vrai. Je pays de l'Ems , qu'il avait donné en dot à sa fille, mais en revanche il céda à Otto quelques villes frontières. — Le roi Rodolphe avait maintenant réduit sous son pouvoir et sous celui de l'empire le duché d'Autriche et toutes les principautés qui en dépendaient ; mais les dispositions ultérieures à prendre au sujet de ces contrées exigeaient encore de mûres réflexions; il ne voulait point les laisser ous leur propre administration , car les lois de l'empire s'y opposaient. Il pouvait se régler sur l'exemple de l'empereur Frédéric IL Déjà , lors de la première occupation , il avait eu- le projet d'en donner l'investiture à ses fils ; il se décida à l'exécuter, en observant cependant toutes les lois , et sans blesser les droits des autres. — Voici comment il s'y prit (4270) : d'abord il convoqua une diète des princes, cototes , privilégiés et bourgeois d'Autriche et de Styrie, qui décréta : « que le roi des Romains, ou le prince désigné par lui, entrerait en possession de tous les biens qui avaient appartenu au feu duc Frédéric (de la dynastie de Babenberg), et que tous ceux qui croiraient pouvoir élever quelques prétentions sur ces biens en prouveraient la validité dans un temps fixé et suivant les formes judiciaires. » — Ce décret est modelé sur l'ordonnance do Frédéric II, d'api^ès laquelle, lors de Tincorporalion des principautés à l'empire qui suivit la mort du duc

Frédéric, les héritiers allodiaux conservaient tous leurs droits. Ceux-ci n'étaient pas encore entièrement satisfaits, surtout Agnès, bellesœur du feu duc , mariée d'abord au duc Ulrich de Carinthie, et ensuite au comte Ulrich de Henneberg. Ottokar l'avait fait renoncer à ses droits par une simple transaction ; mais elle prouva qu'elle avait été contrainte, et obtint du roi Rodolphe une indemnité de 6,000 marcs. Cependant plusieurs princes aspiraient à l'investiture des pays autrichiens : d'abord le comte Louis , gendre de Rodolphe, qui, à la vérité, avait bien mérité de lui et de l'emph'e , et à qui il avait déjà promis, lors de sa première conquête, en cas de mort, de lui laisser administrer toutes ces contrées, avec jouissance des revenus, comme vicaire de l'emjpire ; après lui venait le comte Meinhard de Goritz et de Tyrol, qui avait épousé Agnès, nièce du frère du duc Frédéric de Babcnberg, sœur du malheureux Frédéric de Bade, et qui n'avait pas peu contribué par ses Recours à la conquête de l'Autriche ; enfin le duc Henri de Bavière éleva aussi des prétentions , non pas tant en son nom que pour son fils Otto, gendre de Rodolphe. Quoique le roi reconnût les services des premiers , il était persuadé qu'il ne devait qu'à lui seuMa conquête de l'Autriche. H trouva juste 4e soutenir avant tout les droits de sa maison. 11 ne voulut cependant pas décider lui-même cette question; il résolut au contraire de la soumettre à une diète extraordinaire à Augsbourg. Ce fut le second pas qu'il lit pour atteindre son but. — Dans l'intervalle, il chercha à obtenir Tagrément des princes électeurs (22 juillet 4280). Son gendre, le duc Albert de Saxe, et le marquis Otto de Brandebourg, furent les premiers à donner lebr adhésion. Rodolphe resta cinq ans en Autriche, jusqu'à ce qu'il eût arrangé les affaires du pays ; alors, comme sa présence était impérieusement réclamée dans les États du Rhin, il remit la di- ' rection du gouvernement à son fils aiué, Albert, en lui adjoignant un conseil de quinze seigaeurs du pays (9. août ^1281 ). A la diète de Nuremberg, sur sa proposition , il fut décidé, à l'unanimité , que tous let actes de donation des domaines de l'empire , ordonnés par le roi Richard sans le consentement des princes électeurs, étaient nuls et non avenus. L'Autriche, dont Richard avait donné Tinvestiture à Ottokar sans consulter les électeui*s , fut spécia-

lement comprise dans celte décision. Rodolphe reçut aussi l'adhésion des autres princes électeurs en faveur de ses deux fils, Albert et Rodolphe (décembre 4282). Il convoqua la diète à Augsbourg. C'était à la fin de la même année où Charies d'Anjou, à la suite des Vêpres siciliennes , perdit la Sicile, et le pape sa suzeraineté (30 mars). Le roi des Romains, accompagné de ses deux fils, déclara devant les princes que tout ce qui avait été fait pour le bien de l'empire était dû , après Dieu, à seffils , et qu'à ce titre il les jugeait dignes d'être princes, afin qu'ils pussent d'autant mieux prouver leur zèle à servir l'empire. H ajouta en outre, dans l'acte d'investiture, que, bien qu'en sa quahté de roi il. fût au-dessus des lois, il voulait cependant le^ obser,ver, et s'appuyer du consentement des électeurs pour conférer à ses deux fils les investitures solennelles des duchés et principautés d'Autriche, de Carinthie , de Styrie , du Krain , et de la Marche Windique , ainsi que tous les biens qui avaient été en lapossessiondes ducs précédents, Léopold, Frédéric, et du roi Ottokar. Ils reçurent, en effet, l'investiture solennelle avec les étetfdards (47 décembre 4282). Mais, pour dédommager Meinhard suivant le désir de Rodolphe, ils rendirent au roi le duché de Carinthie pour être restitué à Meinhard. Le duc Henri de Bavière, de nouveau mécontent, ne donna pas de consentement formel et quitta la diète. — Les comtes de Habsbourg et Kibourg et les landgraves d'Alsace se trouvèrent ainsi élevés au rang de princes de l'empire par l'investi-* ture des Ëtats de l'Autriche. La Carinthie, à peu d'exceptions près , revint alors sous le pouvoir d'un seul prince, comme précédemment. Vers la même époque , probablement après la dièfe d'Augsbourg , Rodolphe donna à son fil^ naturel , Albert de Schenkenberg , qu'il avait eu d'une inconnue nommée ita , l'investiture du comté de Loewestein, qu'il avait acheté de l'évêque de Wurtzbourg ; et comme il l'aimait beaucoup, il y joignit encore, peu de temps avant sa mort, quelques autres domaines. Les princes électeurs lui assignèrent un traitement annuel de 000 marcs.

En investissant ses fils de l'Autriche, Rodolphe s'était réservé , de leur consentement ^ le droit de régler tout ce qui concernerait ces contrées suivant les exigences des circonstances (juin 4285 }. Comme bientôt après les

w^om. w ^m^i: M^nm-

nobles et les villes loi représentèrent, par leurs dclégués^ qu'il ne leur convenait pas de servir §ou$ d€t\ix seigneurs , il décida , à HUeinfelden , ep verlu de soi^ au^o^ité paternelle et du pou- Yoif qu'il s'était réserve pour piaintenir la paix, que les Jltats reconnaîtraient pour seigneur son flis Albert, et n'obéiraient qu à lui ^ que si toutefois son second (ils Rodolphe prêtait pas, àdifis un espace de quatre ans , indemnisé par un aptrc roya\ime ou^ principauté ^ Albert ou ses iiéritiers mf leç lui payeraient une forte somme tf'ar^ent ( U juin ) ," et que , dans le cas où Albert mourrait sans descendance mâle, son frère Rodolphe lui succéderait. Bientôt après ,

sur la demande de ses fils çt des principaux du

..», «■,1 «<> •. ' • ,1 •■ ii'ii* • ,''■'

»ays , il confirma les anciens privilèges accordés )ar ses prédécesseurs , surtout ceiix de l'em- ^efeûr Henri IV , aii marquis Ernest d'Autriche 4058 ). ( Dans ce dernier acte , on cite les prétendus ^ctes ^es empereurs païcus Julius et Nero. ) il copûrma aussi le privilège donné par reippereur Frédéric 1" ( UHfi j au premier àuc d'Autriche , Ilenrï^ et enfin celui de Frédéric H, que Rodolphe avait iui-niéme signé, comme témoin , à Gràvestand. Llndiy^sibîUté des États, géjà proclamée par Frédéric ^",se tirouva ainsi réal\iée.— Quçl' royaume du quellç principauté Rodolphe se proposait-il de donner à son second fils? Voulait-il élever une nonvelle puissance en Argovie avec les débris d^i duclié de Souabe, ou bien en Bourgogne ou en Bohème?. Nous ne saurions le décider, à cause du silence dès écrivains du temps , et aussi parce que Rodolphe n'en savait peut-èlre rien lui-môiiie. En tout cas, il rencontra dans les pays de l'Ouest plus d'obstacles pour rétablissement de sa maison qu'il n'en avait trouvé en Autriche. Plus de quatre années s'écoulèrent sans que le duc Rodolphe eût été pourvu , et il mourût même un an avant son père , sans avoir reçu l'investiture d'aucune principauté (1290). — Pendant que le roi Rodolphe restait en Autriche , tous les liens se relâchaient dans ses Èlats hérédrlaires , parce qu'il ne s'y trouvait pas de princes assez puissants pour faire exécuter ses ordres. Les seigneurs, grands et petits, s'y livraient une guerre continuelle. Pour remédier h cet état de choses , il convoqua successivement quatre diètes, à Ralisbonne , à ÎS'uremberg , à jMayence et k Wornis ; il se mit lui-même en marche contre les auteurs de ces troubles (42$'!). U assiégea pour la seconde

(ois la ville de Fribparg ( ^283 ). Aprè^ \% (|iètç d'Augsbourg , il se hàtî\ d'aller au sçcours de l'éyèque de Bàle , ^uquel le co.mtc Ra\nai\d de Monbelliard av(^it enlevé la ville de Por^trui. 4près un siège de six semaines , l^ yi\\p fut rc-

f>rise, e^ Rainaud obligé de se réconcilier avec 'évèque ( ^3 ayril 4283 ). Roçlolphe sç brouilla ensuite avec le dua Philippe de Saypiç , et soutint contre lui une guerre dopt on verra K's détails plus bas. H fit encpre une fois u^êler serment', à Worms, par les v^lics d^ Rhin, pour l'obseryation de la paix généplç. En Spuabç , il détriiisH plusieurs châteaux de brigands ( 20 janvier 1284 ). Néanmoins les troubles continuaient toujours. La yille de Çolmaren Alsaçe, qu'il avait plusieurs fois honorée de S3^ présence, se souleva encore à différentes re-

S' rises, quand il voulut lever des impôts exlraorinairès pour pourvoir aux frais dç Ij guerre. -^- Après la seconde diète d'Augsbpm-g, où fut rédigé un traité d^ famille entre, le nouveau duc Meinhard de Carimhie et son gendre le duc Albert d'Autriche , les comlos dç Souabe se révoltèrent de nouveau , de concert avec l'abbé Guillaume deSt-Gall, de la maison ucMoul[ort. Ils n'avaient point assisté aux deux diètes d' Ausîsbourg , et craignaiçnt sans doute qu après avoir acquis rAutriche î\ sa maison , le çoi ne voulût rétablir le duché de Souabe. Il s'était bien auproprié les premiers châteaux çle Fenipirc, cei^ de floheuslaufen et d'Achalm i avait' pris sous sa protection les villes et les c^uyenls, leur avait donné des gouverneurs particuliers, et avait même accordé d'autres prî'viléees à celles qu'il visitait; mais les comtes refusaient avec opiniâtreté de restituer les domaiqcs et les clroi(s de l'empire dont ils s'étaient emparés , et opprimaient de mille manières les villes encia\é(s

dans leurs territoires. A leur tète était le eorule I^.vrard de Wurtemberg, parent tlu roi. Les deux maisons de Wurtemlierg et de Habsbourg, Si Ton s'en rapporte à la date de la coijslruc(îoa de leur château patrimonial , ou à leur nora , datent à peu près de la même époque ( le onzième siècle) ; mais on peut les ftiirç remonter aux deu.x souches principales des maisons comtales du lac de Constanqj, dont une appartient a la maison des anciens ducs, qui fut désignée sous le nom de Gibelins , et l'autre à celle des Wcifes. Pendant les guerres de pai'li ^ui déchirèrent rempire depuis Henri IV, elles furent souvent en discorde entre elles , et leurs diffe-

piSraiRE DU BIEUPIJE AIXEMAUft. .

rentes branches se rangèrent taptAt du côté des Gibelins , tantôt du cÀ|té des \Velfes. Les comtes de Wurtemberg , comme ceux de Ilabsliovirg , étaient restés C^èlement attachés aux Uohçnstaufen , qui s'étaient élevés au milieu d'eux. Mais^ lorsque le pape lonoceut IV eut excommunié f rédéric U , les comtes de Wurtemberg se rangèrent du côté des Welfes , pendant que Rodolphe de Habsbo^urg res^a à (a tête du parti gibelin. C'est ainsi qu'il y e\it longtemps en Souabe deux partis principaux 5 et \ loisque Rodolphe voulut revendiquer les droits de Fcmpire, une opposition nouvelle et menaçante s'éleva contre lui. Les con^tes mécontents se brouillèreu.t avec les gouyerneurs impériaux , et en, outre des querelles particulières de maison h maison les tinrept presque constamment en guerre les uns avec les autres. -r Rodolphe résolut, cette fois , de se remettre à l'œuvre luimême. Après une entrevue des deux partis à Essiing ( 4286 ) , il appela à Ulm lé comte Evrs^rd ^le Yurtemberget son allié le comte UJric de Helfenstein . et amena une réconciliation en vertu de laquelle ce dernier promit aussi de fournir un contingent pour l'expédition de Ronie. Des causes inconnues ayant bientôt suscité uoe nouvelle rupture, Rodolphe, avec ses deux fils et le burgrave Frédéric de Nuremberg, sç mit à la tète d'une forte levée , et assiégea le comte Evrard dans sa ville de Stuttgard , qui était assez bien fortifiée. Le comtç se soumit après un siège de deuj; mois , grâce à Tintervention de Henri d'Isni , alors archevêque de MaycQce ; il s'engagea à livrer la ville et à la démanteler. Mais bientôt après il releva les fortifications, e% reprit les armes en Ralliant au nfarquis Hermann de Bade, qui renouvela à la fois les hostilités contre le parti de llohenbcrg et celui de Ilabsbourg. Le comte Evrard ne pouvait encore s'habituer à obéir à un roi qui naguère était sou égal. Plus tard, il se prononça plus ouvertement , en déclarant dans une diète qu'il se croyait aussi capable que Rodolphe de porter une couronne. Il adopta pour devise : Ami de Dieu , ennemi de tous ! — Rodolphe appela encore une fois le ban et l'arrière-ban de l'empire , et secourut particulièrement la ville d Essiing, qui se déftadait avec beaucoup de courage contre ses puissants voisins. H fit raser luimême quelques châteaux forts dans les environs de Stuttgard, après avoir renouvelé la loi relative à la paix publique, pour ks États du Rhin et

pour la Franconîe^ à Maye5ceètî^Wiirl?b.aurg; il se rendit de nouveau avec l'archevêque de Mayeuce à Essiing , pour réduire à l'oibéissat^çç le comte Evrard et ses partisans (40 no,Yen(ibve), Le çon\le Çvrard fut forcé de jurer fidélisé à l'empire , de restituer toirt ce qu'il avait usurpé, et de faire droit aux réclamations des bpufgeois, chrétiens et juifs, d'après une décisiçu <i'arbitrcs. En garsiutie de sa fidélité â exécutev (ç traité, il dut liyrer trois châteaux forts. Le cpuitç de Helfenstein souscrivit aux mêmes cpnclitioi\s< Il n'y eut que Tabbé de St-Gall qui ço.atiuua sa résistance, et qui aiu^a m^eu.x quitter I.0 PAY^ quç de se soumettre aux exigences de I\pd9lpf^e. — . Rodolphe eut beaucoup de peine ^cQm^*in\er Iç germe des dissensions dans Iç pays qu\ ^^^^U été * le berceau de la dernière dynastie , çt èi^ vendre â Ja loi la force qu'elle devait avoir. U se reporta au temps de l'empei'eur Frédéric l\ , et prit po.uv base sa loi de la paix publique \ il fi.t briser \ç$ monnaies frappées depuis cet eûajp^euç > e| ça ùi battre à son effigie.— Mai^, au milieu <j(e tous ces événements, il ne (ut pas quest^pu ^\\ 4uçt\é de Souabe ni de son rétablissement. Sij^v^nt (es lois de l'empire , ce duché devait ^^om^e tout fief tombé en déshérence , passer ^ l'iustant même en d'autres naain^ : c'est ce qui eut l^ieu pour l'Autriche , quoique le délai habituel fClt expiré depuis longtemps. Mais un teuj\psi bien plus long s'était écoulé depuis la déshérence du couché de Souabe , et cela rendait sou rétablisse? ment encore plus difficile. Dansrintervajle^ uuç partie des États de ce duché obtint des privilège;; qui n'eussent pu subsister si le duché e(U et^ soumis â un nouveau prince. Les désirs du ^'9^ parurent donc s'accorder avec ceux des. ÇtâtS;, pour que le pays restât imniédiatemcnt fournis à l'empire, jusqu'à ce que les circonstances pççmissent de faire de nouvelles dispositions. Çç fut même là la cause qui empêcha de prendre aucune résoluiion formelle sur ce sujet. — Dan^ le cas où le duché de Souabe eût été rétabli,, il eût été difficile à Rodolphe de le garder ppur sa famille, comme il l'avait fait de l'Autçich^. Si, au contraire, il restait imjnédiateiuj^n^t soumis à l'empire , les domaines, dp l'État acquéraient un grand accroissement, tel que celui que lui avait donné jadis le duché de Ifi;anconii^ C'est ainsi que Rodolphe prenait peut â peu la place de la dernière dynastie. — Depuis lé Jura jusqju'à la frontière de Hongrie , toute la bau^ Allems^ne , à l'exçeptiou de la Bavière çt ^es

évêchés , se retrouva sons la domination médiate ou immédiate de la famille impériale. Mais , de même que sous les Hohenstaufen , les princes soulevèrent dans les contrées du haut Rhin une opposition qui augmenta chaque jour, et finit par devenir le mobile de toute l'histoire subséquente. — Pendant les expéditions de Rodolphe en Autriche et sur le Rhin , il menait simultanément plusieurs négociations difficiles avec le saint-siége, la cour de Sicile et celle de France , et soutenait encore plusieurs guerres sur la frontière de Bourgogne. Le roi Alphonse de Castille ne se reconnaissait pas encore pour battu , et la guerre avec Ottokar était sur le point d'éclater, quand un nouvel adversaire s'éleva de l'autre côté des Alpes : c'était Charles d'Anjou, roi des Deux-Siciles. Comme aucun roi allemand, depuis Frédéric II et Conrad IV, n'avait pu se faire obéir en Italie, Clément IV confia le vicariat de l'empire et le gouvernement de la Toscane à Charles d'Anjou , à condition de ne les garder que jusqu'au moment où le pape reconnaîtrait un nouveau roi des Romains. Quoique ce dernier point eût été accompli par Grégoire X , flharles refusait encore de restituer les possessions qui ne lui avaient été que provisoirement confiées. Il ne voulait rien moins que réduire toute l'Italie sous sa domination , et étendre son royaume de Sicile jusqu'à la Provence. Plusieurs villes l'avaient déjà reconnu pour leur podestat ou seigneur. Mais le pape, bafançant entre Charles et Rodolphe, conçu t^bien tôt l'idée de se servir de Tun contre l'autre pour affermir et accroître son propre pouvoir. Comme une grande partie des Etats italiens commençaient à se croire indépendants du royaume d'Allemagne , Rodolphe fut obligé de soutenir la guerre sur trois points différents, pour parvenir à rétablir les anciens droils de l'empire , et reconstituer le royaume de Lombardie.

La situation dos affaires en Allemagne ne lui permettant pas d'envoyer une armée au delà des Alpes, il n'eut d'autre parti à prendre que d'appuyer chaque fois la faction prédominante, tantôt les Guelfes , tantôt les Gibelins. Ces deux partis étaient depuis longtemps en présence à Milan : l'archevêque Otto Visconti était le chef des Gibelins, Napoléon délia Torrc celui des Guelfes (1274). Quoique ce dernier eût jusqu'alors été favorable au roi Charles, il ne voulait cependant pas qu'il devînt maître de la Lom-

bardie; et c'est pour ce motif qu'il se rangea, avec le marquis de Monferrat , du côté du roi Rodolphe, et lui envoya une députation pour le féliciter de son avènement au trône. Rodolphe reçut cette députation avec bienveillance, nomma Napoléon gouverneur, et lui envoya une troupe de cavaliers allemands auxiliaires. Alphonse , de son côté , secourut les Gibelins (4277). Après plusieurs combats, et avec le secours des Allemands , Napoléon battit le parti de Visconti , et fit passer par les armes les prisonniers, parmi lesquels se trouvait un neveu de l'archevêque. Celui-ci, furieux, réunit le reste de ses troupes, et, l'année suivante, battit complètement Napoléon, le fit prisonnier , et l'enferma dans une cage de fer avec les autres captifs. — - Déjà avant ces événements (4275) , Rodolphe avait envoyé sou chancelier et garde des sceaux, Rodolphe de Hoheneck, avec le grand maître des chevaliei^ de St-Jean , Béringer, en Italie, pour y recevoir en son nom le serment de fidélité. Ceuxci, ayant accordé aux villes quelques privilèges, en réservant toutefois les droits de l'empereur et de l'État , rencontrèrent presque partout un accueil favorable; mais, lorsqu'ils arrivèrent à l'exarchat et à la pentapole avec le légat papal , le pape Grégoire X , qui revenait de Lausanne, refusa de les recevoir (427C). L'année suivante , Rodolphe envoya le comte Henri de Furstemberg en Romagne, pour y recevoir le serment de foi et hommage. Le pape Nicolas III l'y encouragea d'autant plus vivement , que le parti de Rodolphe venait de succomber en Lombardie (t277). — Le roi de Rome reconnut bien, comme ses prédécesseurs, que ces pays appartenaient au saint-siége ; mais les frontières étaient encore aussi mal déterminées qu'auparavant, et les papes n'étaient jamais arrivés à une possession complète, puisqujune partie des villes n'avait jamais cesse d'appartenir à l'empire. Le roi Rodolphe, ayant besoin du pape et contre Ottokar et contre Charles, fut obligé de borner ses prétentions. Il envoya le frère mineur Conrad de Tubingen, avec de nouveaux pleins pouvoirs , pour confirmer les anciens traités, et abolir tout ce qu'avait fait le chancelier Rodolphe $ati$ son cmseniement (49 janvier 1278). 11 est probable que ces pleins pouvoirs avaient été rédiges par le frère Conrad, ou par le pape lui-même, puisqu'on y offre au nom du roi, pour le

salât de son &me, do déclarer nul tout ce qu'avait fait le c))ancelier. Par reconnaissance, Nicolas 111 lança l'excommunication contre Ottokar , comme nous l'avons déjà vu. Cependant , comme le chancelier Rodolphe persistait à faire exécuter ses premiers ordres , le roi fut obligé , pendant qu'il se préparait à une non- Telle guerre contre Ottokar , d'envoyer encore en Italie un second délégué , le prévôt Godefroi de Sulz , pour dégager la Romagnedu serment de ûdélité qu'elle avait deux fois prêté (20 mai). Nicolas II! proposa lui-même une liste exacte

. de toutes les villes et provinces qui devaient à jamais appartenir à l'exarchat et à la pentapole, et le roi Rodolphe ne lit aucune difficulté de la confirmer dans toute son étendue (44* février '1270). Il transféra au saint-siége toutes les villes et provinces qui s'y trouvaient comprises , et renonça ainsi h une partie des droits les plus importants de l'empire. Pour rendre la chose irrévocable, le pape fit aussi rédiger un acte d'adhésion par les princes électeurs (comme c'était jadis l'usage en Allemagne , quand il s'agissait des droits de l'empire). Ceci se passait à peu près à la même époque où Rodolphe cherchait à obtenir l'assentiment des électeurs pour investir ses fils du duché d'Autriche. Celte transmission au saint-siége est d'autant plus remarquable, qu'elle sert de base à la composition actuelle de l'État de TÉglise, bien que les villes gibelines aient longtemps refusé de s'y soumettre. — Comme le roi Rodolphe ne pouvait entrer et agir avec vigueur en Italie, il

.fut contraint de souscrire à toutes les prétentions du pape. Nicolas III s'engagea, de son côté , à ramener le roi Charles à la soumission, non point toutefois par les voies de rigueur, mais plutôt par une médiation amicale. A cet effet, Rodolphe donna également des pleins pouvoirs à ses envoyés Conrad et Godefroi (46 septembre 4278). Le pape obtint d'abord, non çans peine, de Charles d'Anjou, l'évacuation de la Toscane (peu après la victoire de Rodolphe sur Ottokar) , et en prit provisoirement possession au nom de Rodolphe (24 septembre) ; mais Charles n'oublia pas de profiter de cette circonstance et de se faire conférer la dignité de sénateur romain. Le pape proposa ensuite une alliance entre les deux maisons (4 juin 4279). Rodolphe s'y montra tout disposé , et promit au fils du roi de Sicile, Charles-Martel, la main de sa fille cadette,

Clémence, dont le premier fiancé , le duc André de Croatie , venait de mourir. Le pape proposa ensuite les conditions de paix suivantes : Le roi Charles tiendra du roi des Romains les comtés de Provence et de Forcalquier , dont il a pris possession après la mort du comte Raimond Bérenger, et comme héritier de son épouse Béatrix, fille cadette de celui-ci , sauf cependant les droits de la fille ainée du feu comte , Marguerite, reine douairîère de France. Rodolphe lui pardonnera sa désobéissance envers les rois des Romains , ses prédécesseui*s. Si la guerre éclate entre l'Empire et l'Église, Charles viendra au secoprs de cette dernière; si an contraire la mésintelligence Relève entre l'empire et la Sicile v les armes ne pourront en décider , mais bien l'arbitrage du pape. Si le roi de Sicile cherche à envahir les domaines de l'empire, les Siciliens seront dégagés 'da serment qu'ils lui ont prêté. — Ce traité fut accepté par les deux parties , et Charles ta rédigea un acte particulier (28 mairs 4280).

L'année suivante , Rodolphe' envoya sa fille en Italie : les Lombards la reçurent avec pompe et lui firent de riches présents; p#Q de temps -après, son mariage avec Charles-Martel fut célébré ( 4284 ). Ceci avait lieu pendant le séjour de Rodolphe en Autriche. C'est là que mourut aussi son épouse, Anne Gertrude , événement qu'on attribue à la douleur qu'elle ressentit en se séparant de sa fille bien-aimée. — Après ces deux traités avec le pape et le roi de Sicile , Rodolphe ne rencontra plus d'obstacles à l'exercice de son pouvoir en Lombardie et en Toscane; il envoya son chancelier avec Tévêque de Gurk dans celte dernière province, pour y recevoir en son nom le serment de foi et hommage. Mais Charles n'était pas de meilleure foi qu'auparavant; il sut adroitement dissuader aux villes guelfes de le prêter , en leur assurant que Rodolphe ne pourrait venir en Italie. De son côté , le pape Martin IV exhorta bien ces villes à l'obéissance, mais il ne le fit que pour l'apparence ; car, en secret , il tenait pour Charles , à qui il . était surtout i*edevable de son élection , et à qui il avait accordé la dignité de sénateur contre la promesse de l'aider à soumettre les villes rebelles de l'Etat de l'Église. La révolte de Sicile et la guerre avec Pierre d'Aragon empêchèrent Charles d'Anjou d'exécuter ses projets sur l'Italie supérieure ( 4282) , et sa mort, qui eut lieu trois ans après (4285) , priva les Guelfes de

%ii

tâsf ôffiE DÛ tfetjRÉ ÀLLiikANii.

leur chef, tiahs hntcrVaiic , le foi Rodolphe s'était Hé avec le parti des dclla Tprre, en tant qu'ils étaient opposés à Charles. L'archevêque Otto de Mitan, qui venait d'être nommé seigneur de la ville , lui flt alors proposer une alliance pour consolider la domination de sa maison. Rodolphe y consentit , et se rangea ainsi du côté des Gibelins, ou plutôt des Visconti, qui teilaieiit ie milieu entre les deux factions dominantes (4284). Il envoya môme de nouveau un gouverneur en Toscane. Après la mort de Jean d'Avesnes, il donna le môme emploi à Fiesco, comie de t.avagna, qui lui avait été recommandé par le pape Honorius IV , son parent. Mais, suivant les uns , Fiesco vendit pour rine forte somme les droits de l'empire aux villes de Toscane; suivant d'autres, il n'en reçut que les amendes imposées en punition de leur désobéissance (4286). Ce qu'il y a de certain, c'est qiiiil vint trouver Rodolphe, en l'assurant qu'il était impossible d'y établir le hioindre ordre sans dnc armée nombreuse. Rodolphe était alors occupé à réprimer là seconde révolte des comtes de Soitabe. Le pape ^ de son côté , était aussi en guerre avec les villes qui lui avaient été adjugées, et cet état de troublé était précisément ceqdedésiraientlesltaliens. ^indépendamment des obstacles déjà mentionnés, bien d'autres s'opposaient encore au couronnement impérial. Pendant les dix-huit années du règne de Rodolphe ^ huit papes se succédèrent sur la chaire de saint Pierre. Les quatre premiers , Grégoire X, innocent V , Adrien V et Ican XXI , qui régnèrent peu de temps , ne se souciaient pas de Toir Rodolnhé en Italie , dans la crainte que de nouvelles hostilités n'éclatassent entre lui et Charles d'Anjou. Nicolas IH , tout en se faisant média^eiir entre eux, avait d'autres vues, béjà, lors du concile de Lyon , un projet de partage de l*empire avait été proposé par le dominicain Aumbert. Nicolas III se proposait d'en amener l'exécution de la manière suivante : Rodolphe devait renoncer à l'Italie, et obtenir en dédommagement leroyaumed'Allemagne, qui resterait héréditaire dans sa maison ; le royaume d'Arles serait donné en dot à la ûlle de Rodolphe , épousé de Charles-Martel ; la Lorabardie et la toscane, comme deux royaumes particuliers, appartiendraient au cousin du pape, de la maison Ursini. On ne sait pas si des négociations plus positives furent entamées avec Rodolphe à cet* égard , et la mort du pape , qui survint bien-

tôt , anéàiitit toiit à fail ce plan. Rodolphe se méfiait du pape Aîartin IV , successeur de Nicolas , et nous en avons déjà dit les causes. Un nouveau différend s'éleva aussi à l'occasioii des dîmes ecclésiastiques que le pape avait imposées au roi de France dans les quatre évôchés allemands ( 22 août \ 280 ) situés siir la frontière de France, pour les frais de là guerre contre Pierre d'Aragon, adveirsaire de Charles. Sous les deux papes suivants , Honorius tV et Nicolas IV, Rodolphe renouvela sa demande d'être couronné : il promit au premier , outre la confirmation des traités précédents , de secoiinr les héritiers de Charles d'Anjou ; maiis cette promesse ne mil pas fin aux controverses occasionnées par les dîmes , et le légat du pape fut mal accueilli au synode d'Erfurt. Enfin Rodolphe, tant à cause des affaires du nord de l'Allemagne , dont, nous parlerons plus tard , qu'à cause de son âge avancé, ne put enfreprendre l'expédition de Rome.— Autant il mit d'énergie à poursuivre les plans de ses prédécesseiu-s fen deçà et au delà des Alpes , autant \\ se garda de reprendre les projets des Hohehstaufen en Italie. En d'autres mois, il lui suflisait d'avoir mis le royaume d'Allemagne dans un état florissant ; il ne pouvait ni ne voulait chercher à rétablir l'empire dans l'ancien sens , et, de celte manière , il ne perdit rien par l'irâpossibilité où il fût de se faire couronner; l'Allemagne , au contraire , rie fit qu'y gagner. Les papes furent doubleinent satisfaits; car personne maintenant nes'opposait à leur souveraineté, ce qu'ils n'eussent jamais obtenu tant qu'il y aurait eu des enipeieurs puissants. Le roi d'Allemagne fut mis à peu près au rang des autres rois. Les formulés de cour nous le prouvent : depuis Frédéric II, les papes ne disent plus aux rois des Romains et aux empereurs vous^ iuàis fu ou ton altesse^ comme aux autres rois; tandis qu'ils exigent qu'en s'adressant à eux on dise vous ou voire sainteté. Cotuime les anti-rois avaient commencé à appeler le pape mon seigneur, Rodolphe et ses successeurs suivirent cet exemple. L'usage s'en est conservé, bien que jadis on offrît seulement par écrit de baiser la mule du pape. — Quant aux droits de remi)ire sur le royaume d'Arles, il en avait déjà élé question lors de l'investiture de Charles d'Anjou. Rodolphe voulait d'abord reconstituer l'ancien royauine de Rourgogne, et le destinait, ainsi que les domaines de Habsbourg, à son

mmè b» WM iûmm.

m m6\\ ïiKvUiMyliùiviû il vbulàli aiisÀl

û-^siVrcr la è'iiccessîon dii irdhc. 11 lll part de soA projet àtt roi i&dônard V d'Anglclcrre . dont là hUé téahtie aValt épouàé Hartniann , et Vni àvMt aî^pôrïé une dôt de 4)6,OQÔ livres sterling. Maî^ ce prince, stir lequel on fondait de si bfellés 'espéraiices , fut frappé d'une mort cruelle et ihattehdiie (oclobiro 4281), àprôsla première guerre de Savoie, où il s'était distingué pât uii courage digne de son âge et de son rang; en ti-aversaht le Rhin pour rejoindre son père, le baiimenl fit naufrage prés de Rhénan , et il se lîoyà avec presque tous ses compagnons, en cherchàiit â sauver l'un d'eux. Rodolphe n'oublid jamais une perte aussi douloureuse. 11 continua à feirc valoir les droits de l'empire dans CCS cohtrétô ; inals il trouva Une for lé opposition dàbà l)e bottite palatin de Rburgôghe, tlenrl^ dans $dii iVère, lé comte Rainaiild de Montbclliard j et dans soh beau-père , le comte Philippe de Savoie. Le grand comté de Bourgogne, qui était Venu à la maison de lîohenstaurcn par le inâriage de Frédéric 1" avec Béatrix , et d^ là était passé aux ducs de Âlérah par Tuniotl de letilr peiité-fillé b'éatrix, se Iroliviiit, àprèâ r^xtihctioti de lebr ramllle, menu à rancicnnc bràbchè des conites de Bourgogne et de Chàlons. Deux branches dé cette màisoii Ite possédaient alors : à là première afipartcnhieht les comtés Otto et Rainautd, dont là mèiie Alisà avait épbtisé en s'efcondés noces le tomte Philippe de Savoie, qui, après la moit de son frère Pierre, avait quitté Févéché de Lyon et le sbrVicé. dés autels, malgré ison grand âge ' (soixante-un ans), pour" prendre les rênes du gôuvferhenàéni. Par une multitude ^c guerres en deçà bt au delà des Alpes, la maison de Savoie était parvenue, dans les derniers temps, à une aussi grande considération que celle de la fanlillé de Habsbourg, cl s'inqiiiétait peu dû roi. 'Quand Rodolphe eut de nouveau réuni à l'ettipire la ville dé Berifé, qui dli temps des anti-rois s'était rangée sous la protection de la Savoie; quand il eut réuni à ses domaines Pribôut*g(4285),sur laquelle Id soeur du comte PJiilippe, velive dil dernier comte de Ribourg, avait des prétentions, oii vit éclater cette glierre que suivit presque immédiatement la mort de Hartmann', comme nous l'avons dit. Biehtôt après , lorsque lé parti du comte de Lausamië eut chassé léVèqdë , et que le comte de Sàtoie H^fusa d^obéir àU M ] Rodoiiihe se

riiî'l en marche à là tèfc'^e ?on aiWfc , et àssïé^ geàMur'ten. Ce vieillard, igé.de sôîxân'te-cini^ ahs, sauta daus les eaux du làc, el.boVnnàtlit avec toute la vigueur dû jeune âge, jusqu'à ce que les siens vinssent à son secours. Après la prise dé Péterlingen , le conite l^hiiippê se soumit aussi au roi Rodolphe, et obtint eh lief, moyennant une renonciation formelle à ses autres prétentions, ses premiers domaines , ^ùl n'hélaient point des biens libres.

L'année suivante (^284), malgré son âgé avancé , Rodolphe épousa Isabelle de Bourgogne , âgée Clé quatorze ans, soQÛr des comtes Robert et Jean de Bourgogne et de Châlohs. dé la seconde branche. Un nouveau démêlé éclata avec la première branche.. ï^ehaant Tinsurrectloiî de Berné , lé comte palaliii Otto Vàvisa dé sie détacher, avec ses donààiries et Besançon, des liens qui l'unissaient à l'empiré , et aé se spuihelli-e ^ là France. Son frère , le comté de Môntbéliard , déclara de nôiiveaii là. guerre à l'éVèquc àe Me (42S9}. Aussitôt que hodoljpliè en eut connaissance , il laissa à son fils le soiii de continuer la guerre cônlre Berne , et se rendit en personne, à la tété (l'une fohé ariiVéé, d'abord devant Mbntbéliàrd. puis, après Tavoir prise . devant Besançon. Les deux comtes, lîgiiés avec le comte dé tfirt, réùilirehl eh bôiirgôgrié deâ forces imposantes , et se cbnilèréiit à l^àppùi du rôl Philippe de l^rance Quih), qiii lit même deà préparatifs dé giiéh-fe et invita lé roi ftôdoljptie à évaciicl' le pàvs. .Mâià Rôdolplie lîiî répondit : à Le rôi dç Fràiicê dôil; sàv'ôii' que i/iouê ne sommes pas venus ïcl pour àanser^ iiiais que nous l'attendons les armes à là bain. » Cette t'ésolutioti surprit le toi dé Firàhce , et il laissa les Bourguignons se dcfehdi*e eux-iiiémes. Rodolphe n'avait pris àitciirié mesui'é d'âpprôvisidnncméril, car il voulait que ses soldats se procurassent eiik-mèmes dès vivi^es dàiis le pays étinertii. i[Jùand il àe ihetlàit éli fcàmpaghé, il était totijouh le dernier dbhl il s'occupât, et il avait si peu de gcn^ jpb'iir soh service persoiiuel , qu'on lé voyait sôhVenl lùi-méimé âii camp raccommoder soh pblirpoirit. Cohinie l'ài^hiéë bourguignonne, campée ett l'ace de la siéiine-, lui avait coupé Jes vivres, il àrràcUà de \èWè ilné carotte , la màrigeà, et loiitfe l'arhlëe suivit sorl exelnpib. il donna ensuite i'otdre de se préparer au combat pour lé lendehlàin iliatifa ; et , comme l'un des àieus lui jiarlait eiicore dii manque dé tlvreâ, il tépofadil : « ^i llbus

HISTOIRE fiU PEUPLE ALLEMAND.

sommes vainquenrâ , nous aurons les vivres de renoemi;si nous sommes vaincus, les «Bourguignons , en gens d'honneur, donneront bien à manger aux prisonniers. »

Les Bourguignons étaient rangés dans une plaine sur les bords du Doubs \ les Allemands occupaient une hauteur escarpée. Les premiers paraissant avoir quelques doutes que Rodolphe descendit dans la plaine, Tun d'eux leur dit : Je connais le roi ; si , pour nous attaquer, il fallait grimper sur le roc en s'aidant des pieds et des mains , il serait le premier à le faire. Les Suisses, qui combattaient toujours avec plaisir sous les drapeaux de Rodolphe, formaient un corps de 4,200 hommes; une partie d'entre eux descendit, pendant la nuit, et inquiéta le camp innemi. Au point du jour, les comtes envoyèrent des messagers de paix. Rodolphe demanda, avant tout, la mise en liberté des prisonniers de guerre; il ordonna ensuite aux cpmtes de se présenter à Bâie devant lui. Là, ils lui jurèrent fidélité, lui remirent leurs fiefs, et les reçurent de nouveau de ses mains. Le comte de Montbéliard fut condamné à une amende.

Rodolphe fit cette guerre dans sa soixanteonzième année. L'ardeur de son armée l'enchanta tellement, qu'il s'écria qu'avec 4,000 cavaliers d'élite et 40,000 fantassins allemands, il tiendrait tète h toute espèce d'ennemis. 11 adopta les dispositions suivantes relativement aux États de Bourgogne. 11 adjugea à son beau-frère , le comte Robert, la survivance du Dauphiné, au préjudice de Uumbert de la Tour , époux de la comtesse héritière Anne (4288) ; il conféra au comte Jean de Châlons , son autre beau-frère, le droit d'établir des douanes dans les évèchos do Besançon , Lyon , Vienne et Valence; il lui accorda aussi le protectorat héréditaire de l'abbaye de St-Eugcndi de Jour , ainsi que la suzeraineté de Neufchàtel et de ses environs ( 15 septembre ). Le royaume de Bourgogne ne pouvait, il est vrai , être reconstitué dans son ancienne splendeur; mais Rodolphe rattacha ces contrées à l'empire par des liens plus intimes. — Les états de Bourgogne furent tantôt convoqués à la diète d'Allemagne, tantôt rassemblés au centre de la Bourgogne môme. Peu de temps avant sa mort, dans une diète tenue à Murât, Rodolphe fit jurer l'observation de la paix publique (>! 294 ). — Sur toute la frontière occidentale de l'em-

pire , depuis la Méditerranée jusqu'à la mçr du Nord , la France cherchait à occuper nn point qui pût lui servir à d'autres conquêtes. Les comtés de Champagne et du Venaissin étaient déjà passés par mariage à la maison royale , et ce dernier avait été cédé au saint-siégc. De même que Charles d'Anjou était devenu vassal du roi Rodolphe pour les comtés de Provence et de Forcalquier , de même les barons allemands de Lorraine et des Pays-Bas passèrent sous la suzeraineté du roi de France. Beaucoup de biens échurent aussi par héritage oo.par mariage à des maisons françaises, qui ne voulaient pas être soumises au roi d'Allemagne. Les nombreuses querelles de ces maisons entre elles donnèrent bientôt au roi de France l'occasion d'intervenir et de faire reconnaître sa suzeraineté. Avant la guerre de Bourgogne, il avait encore cherché à s'emparer du comté de Bar et xle tout le territoire situé sur la rive opposée dn fleuve de Bienne, ainsi que de la ville et de Tévéché do Verdun. Le roi Rodolphe y envoya des plénipotentiaires pour examiner les choses de plus près ( 29 avril 4288 jusqu'à 4289). Il porta plainte au pape , qui tontefois ne voulut pas se mêler de celte controverse, parce qu'il avait déjà adjugé au roi de France les dîmes des revenus du clergé dans les évèchés delà frontière (1280). Rodolphe se décida à recourir aux «irmes; mais les affaires de l'Allemagne et, bientôt après, sa mort, l'en empêchèrent ( 1290 ). Il laissa cette tâche difficile à ses so^ cesscurs.

Parmi les domaines de l'empire que réclama Rodolphe, se trouvaient Seligenstadt et le comté de Bachgau, dans le diocèse de Mayenec; mais il ne les incorpora do nouveau à l'empire qu'après la mort de son ami l'arehevéqae Werner ( 2 avril 1278 ). Le chapitre protesta, nuiis la nouvelle élection excita la discorde dans son sein (4284). Les uns choisirent le chanoine prévôt Pierre, médecin du roi Rodolphe; les autres, l'archidiacre de Trêves, Gerhard d'Eppenstein. D'après le concordat de Worms, Rodolphe devait se porter médiateur, ou se déclarer pour l'un des deux candidats; mais il, remit son droit au pape Honorius IV, se contentant d'exprimer ses vœux pour réicction de son médecin, qu'il envoya en aiQbassadc à Rome (4226). Mais, comme bientôt après il y envoya aussi l'évèque Henri de Bàle, son ancien et intime ami y le pape nomma celai-ci

HISTOraE Dn PEUPLE ALLEMAND.

contre les deux élections précédentes , et donna en dédommagement l*évèché de Bàle au prévôt Pierre, ce dont le roi fut doublement satjsfait; il garda en même temps la possession des biens de Fempire , et donna au nouvel archevêque une autre preuve de son amitié. Mais, Henri étant mort deux ans après , Gerhard d'Eppenstein parvint à être nommé archevêque ( \7 mars 4288). Ce prélat, passionné et intrigant, n'oublia jamais que Rodolphe, lors de sa première élection , ne s'était pas prononcé pour lui (4278). A Magdebonrg il y eut aussi une double élection d'archevêque, et les armes seules décidèrent la question en faveur d'Eric de Brandebourg (4285). — L'Allemagne centrale et celle du nord avaient souffert, comme tout le royaume, pendant l'interrègne qui avdit précédé l'élection de Rodolphe ; car jusqu'alors toute son activité s'était bornée au pays haut. A la vérité, dès les premières années de son règne, il se souvint de la lutte pénible que l'ordre Tcutonique avait soutenue en Pnisse, et dont il avait été témoin. Après la mort inattendue de Grégoire X , les trois papes qui lui succédèrent n'ayant rien fait pour Tordre, Rodolphe confirma tous ses privilèges et prérogatives , particulièrement le droit de propriété que lui avait accordé l'empereur Frédéric H sur le Culmerland et sur toute la Prusse ( 40 octobre 4277); et lorsque, deux ans après , Conrad de Feuchtwangen ( originaire de Franconic) fut nommé grand maître de Prusse et de Livonie , Rodolphe étendit les privilèges de l'ordre sur tout l'ordre de* Livonie, et les consolida par une conQrmation nouvelle( 47 juin 4279 ).

Rodolphe fit cela pendant sa lutte en Autriche, et imita en cela son illustre prédécesseur Frédéric Jl, qui avait introduit l'ordre Teutonique en Prusse au milieu des circonstances les plus difficiles. Mais il ne put pas davantage lui prêter un secoui*s actif. II fut impossible alors de renouveler la croisade qui avait eu lieu un an avant Télection de Rodolphe. la gloire n'en est que pins grande pour l'ordre Teutonique d'avoir , par ses seules forces , soumis toute la Prusse ( 4285 ). Cette soumission fut accomplie dans la même année où le roi des Romains donna à ses fils Finvestiture de l'Autriche. — Les autres conirées de l'empire, depuis la Baltique jusqu'à la Lorraine, ' étaient agitées pa^* des troubles de toutes

sortes, dans lesquels Rodolphe ne put guère intervenir , faute de temps et de forces suffisantes. — Le duc Mistwin de Dantzig, qui avait transmis en fief toutes ses possessions de Poméranie au marquis de Brandebourg, et légué Schwetz au prince Barnius doStellin ( 4'269 ), ayant ensuite constitue le duc Pribislaw !•' de Pologne pour son héritier , les marquis , en leur qualité de suzerains, engagèrent «me guerre qui dora plusieure années, et que la bataille de Gadebasch ne termina que provisoirement (4285-4284).— Presque en même temps, les cinq villes de Lubeck, Rostok, Stralsund, Greifswalde , Riga, formèrent une ligue entrer elles contre le roi Eric de Norwégc, qui faisait beaucoup de tort à leur commerce et à leur navigation ( 4285 ). En interrompant les transports de vivres, et en attaquant continuellement les côtes de Norwége , elles forcèrent le roi à conclure la paix sous la médiation de la Suède. Leurs vaisseaux capturés leur furent rendus , et on leur paya 6,obO marcs d'indemnité; elles obtinrent en outre la confirmation de leurs anciens privilèges de commerce. Elles accomplirent tout ceci par elles-mêmes , saris demander au roi d'Allemagne la reconnaissance de leur ligue , jii sa protection active. Ainsi se fonda en silence le pouvoir de la ligue anséatique.

Deux querelles importantes s'élevèrent dans les Pays-Bas (4555), |la première à cause de la succession de Flandre , la seconde pour celle de Limbourg. L'une, commencée dès le règne du roi Guillaume, ne se termina qu'à la seconde diète de Nuremberg, où Rodolphe se prononça en faveur de Jean d'Avesnes le jeune , qui possédait toute sa confiance (4284). Aussitôt après éclata la seconde (4282). Le neveu de Walram V , dernier duc de Limbourg, le comte Adolphe de Bergen, disputa cette succession an comte Rainanl(l de Gueldre. Celui-ci avait épousé Hermenegildc , fille de Walram ; mais Hermenegilde était morte sans enfants avant son père. Adolphe céda ses prétentions au duc Jean de Brabant, et pria le roi Rodolphe d'en transmettre l'investiture à ce dernier. D'un autre côté, le comte de Gueldre gagna de puissants alliés, surtout l'archevêque Sigefroi de Cologne , et le comte Adolphe de Nassau, qui fut roi plus tard ( 4284). Rodolphe , occupé alors en Alsace, y fit promptement la paix, et voulut marcher en

sii

àimM fiu mke \\mm.

'ârclievéqiie dé fcologhc ; maîis il en fut de nouveau cnipôclié. tendant ce temps , ie duc de Rrabant conduisit ses troupes contre les princes révoltés , les vainquit près de \\'aringeh , et se mil en possession de tout le Limbourg, qu'il réunit h son duché ( ^288).

En Thuringé, il y eut de longs démêlés, entré le marquis Albert le Dégénéré et ses lils Frédéric- et Tizmann , puis avec son neveii , Frédéric Tnta de Landsberg ; ils ne purent être terminés que loreque Fiédéric eut tait son père prisonnier auprès de Landsberg. Les fils du feu (Juc Albert de liriinswiok , Henri lé Merveilleux, Otto le Gros et Guillaume, se parlagèrèiit ses Élâts. La ligue saxonne de la paix

Sublique s'y opposa; mais Uenri s*ailià avec es scighturs de Thuringé, de Misniè fet de liesse, fit |)Hs6nnicr rarchévéque Eric de Magdebôui'g , et déclara cil môme tettips là guerre à T'évéqûe Sigeftoi de Hildèsheim. — I^étiuant ces troubbs parut àtissi un avchtcirier qui voulut se faire passer poiir T'empereiir Frédéi'ic II , cl qbi jpéu à pGn trouva lin âsSez Nombreux parti, il portait dilTérents noms oit slirribmâ; il S'appelait Frédéric Hdisluch , tllé Kôliip, WelHch Stdl; il commença ses intrigués dailà les villes dli bas khin. Chassé de Cologne, il se i'ehdit ^ Ncuss, et de là à Wetziar. Le roi Rodolphe plaisantait d'abord de cet homme; mais, quand il vit que son parti Avait des ramifications jusqu'à Cdlmar, il se rendit à Wetziar, se fit livrer l'Imposlcur , et lé condamna, comme hérétique, à être brûlé vif. Quatre ans après la mort de Rodolphe, un imposteur du môme genre parut sur le bûcher à Esllng. — Après la guerre de Rourgognc ( -1289 ) , Rodolphe se rendit en Thuringé pour y agir avec plus d énergie et rétablir la paix générale. A son arrivée, il fit exécuter vingtneuf brigands qui avaient été arrêtés près d'iltnenali. il convoqua ensuite une grande diète h Erfurt pour changer en une grande ligue de la paix publique Tuniort particulière qu'avaient établie les états de Saxe d'un coté , et l'archevôque do Mayence de l'autre. Tous les princes et seigneuris présents la jurèrent. Pour la mettre h exécution , Rodolphe envoya des troupes qui rasèrent soixante-six châteaux de brigands. Le roi passa plus d'un an à Erfurt, jusqu'à la complète pacification du pays et l'arrangement do toutes les querelles de la lilaison dé Thuringé ( >ia90 ).

I 1[lddol{ih'e termina aiis^i . à cette c|pô4&c , \c^ alTaires de Bobômé. i^èndànt la hiinorilé du jeune roi Wènceslas , de grancis desordres avaient été ekcilés par le parti de là reiiiè piêre, Cùnégonde, et de î^arizios dé Rôsenberg, qu'elle avait fini par épouser. Lé tuteiir, Oltô le Long, n;àrquis de Brandebourg, enleva le jeune roi , et transniit le gouvernement à révoque Gerhard dé BrandeboUrg. Pour comprimer les partis, Rodolphie fit couronner le jcuhc roi, et lui donna en mariage sa fille Juttà (4280). Quant à la discussion relative au droit d'élecliorl , elle fut résolue de la manière suivante. iVapros l'avis dès comleà jpalàliiis du Rhin , Rodolphe avait l'econnu deuic voix à la rtialson de Bavière , line du chef de la chargé du grand écuyer tradchant attachée àU palaîiilat du Rhin, l'autre dh chef dit duché de Bavière, Mais évidemment cela fi'avàit ed d'autre but que d'exclul*e Te roi Oltokar de bdhéiDe, qui avait pris part à plusieurs él'ection^ précédentëâ. Bientét les rapports thangèrèdt; oa ne songea môme plus à la {)renllôre décision.' Cdhimé le duc licnri dé Baviéie ft'^lait pas cbntèut, et n'agissait pas àVec franchise fk l'égard dû roi , celui-ci, lohs du premier traité de paix, côhféra à Ottokar la vbix électorale. Et quand , après là mort d'Ôtiokar, im double mariage fut conclu rentre ses eiifantset ceujt de Rodolphe (4285), la chose parut tellement convenue , que le roi Vencesîas, lois dil rtnouvellement de l'investiture du duché d'Autriche, fut placé au premier rang parini les princes électeurs (1280). (Conlmeroi, il avait la préséance même sur les archevêques.) Toutefois la confirmation formelle de la charge de graiid échanson et du droit électoral ue fut proclamée qu'à la diète d'Egcr, cï répétée à celle d'Krfurt , parcfe que , dans l'intervalle , la mort avait frappé le turbulent duc Henri de Bavière (26 septembre 1290). Rodolphe approuva aussi le traité de succession conclu entre le toi AVenccsIaset le duc Henri de Breslau.

Outre les conséquences qu'eUb eut dans la suite , cette reconnaissance du droit électoral de la Bohème est déjà importante , en ce qu'elle fut la première application de ce principe général , que le droit électoral ne reposait plus dans la dignité de duc, mais bien dans les grandes charges de l'État. — A la diète d'Erfurt, Eodolphe vit, au milieu d'Un grand nombre dds priilces de i'emiUre, presque tous

lilSTÔiftÊ Bu PÊÔPLE ALf.BlAÎï8.

ses enfants réunis autour de lui avec leurs éponses; mais bientôt après mourul son fils Rodolphe , dans un voyage qu'il faisait à Prague (mai 4290). il ne restait donc plus que Tainé , le duc Albert d'Autriche. A ce dernier revenaient non-seulement les domaines de la famille et toutes les acquisitions faites jusquchi , mais son père songeait encore i y joindre le royaume de Hongrie , contre lequel il soutenait la guerre depuis longtemps.

I^ roi Ladislaas ayant été assassiné, à ce moment même, dans une révolte, et ne laissant pas d'enfants, Rodolphe déclara la Hongrie fief vacant, et envoya à Eger un messager chargé de dire qu'il avait Vii la reine Reia donner son royaume en fief à Tempereur Frédéric H , et le recevoir ensuite comme fief masculin ; il en donna ensuite Tinvestiture à son nis. Mais le pape Nicolas IV , qiii lui-même l'avait d'abord engagé à s'emparer de ce pays déchiré par les factions (4291), jparla alors dé ses droits de suzeraineté , alléguant que la Hongrie avait été jadis convertie par le saint-siége. Pcildant ce temps, André , oncle du feu roi , se hâta de prévenir les projets des deux concurrents ^ en s^mparant dû trône par la forcé des armes. — Rodolphe désirait bien aller au secours de son fils, mais son âge avancé lui pei*suadaque le plus urgenl était de lui assurer la succession du trône d'Allemagne (8 àvi*il). Après la diète d'Ërfurt, il revint à Spire, fit renouveler pour six ans le serment de la paix publique, et convoqua une diète à Francfort. Là, il proposa aux princes, pour que l'empire ne fût pas sans chef après sa mort , d'élire son fils Albert roi des Romains. 11 pouvait compter d'autant plus sur la réussite , que cela n'avait été refusé à aucun de ses prédécesseurs. Cependant les princes s'y opposèrent, et voulurent avant tout se consulter entre eux. Ce refus était l'effet des intrigues de Gerhard, archevêque de Mayence, qui se souvenait encore de la malveillance du roi à son égard. Albert, d'ailleurs , était loin de ressembler à Rodolphe ; sa dureté et son avarice lui avaient fait peu d'amis. — Toutes les entreprises de Rodolphe avaient réussi ; son dernier souhait fut le seul dont il ne devait pas voir raccomplisscmcnt. Mais on ne peut se dissimuler qu'il avait déjà devant les yeux toute la grandeur future de sa maison. — Rodolphe quitta la diète de Francfort , îc cœur plein d'amertiime. H visita encore

uiic fois le haut khlb , Uccômpajgilé dé sa jelihé épouse, et fit un peu diVéhion à ses chagrins avec les Strasboùrgeois, ses favoris, qui lui rappelaient ses jeunes anbéès.

Lorsque les médecins firent renlarquéi* à ce vieillard de soixaiile-treizé ahs due ses forces comniençaient à faiblir, il dit : Mh hièn^ a Spire! (lieu dé sépulture des anciens empereurs). Mais il mourut en roiite à Gerndersheiitt (>I5 juillet -1294), et fut déposé dans les cdveaii\ de Spire, auprès de Philippe de Hôhénstaufen. — Que de peines n'eut pas Rodolphe , pendant les dix-huit années de son règne , pour rétablir partout l'ordre et la tranquillité! À l'exception des cinq années qu'il jpassa en Autriche, et de là dernière àniiée qu'il pas^a à Erfurt , il fut presque continuellement eh armes où éh hiarche d'une partie de Tenipireà l'atilre. Lés trêves furent courte^, car tantôt il avait à coinbattre des princes désobéissants, tantôt )feé oppresseu)*s du peuple , tantôt lés révoltés dès villes et des seigneurs. iG'est ainsi qile jlisqlie dans ses denlieî*s jours il exerça ses fonctions royales avec une infatigable activité , et s'efforça de maintenir la justice ist la paijc.

Rodolphe était jiersuadé , et il en acijult pliîs tard la certitude , qu'un iroi Sans domaine royal ou sans biens patrimotiiaiix, et sans alliances avec d'autres maisons pridcières, ne pouvait rien accOihplir de grand. Cottitné il avait d& soh élection à son union intithe âveé la maison de Hohenzollern , il vit bientôt aiitour de lui cinq princes, tous éiecleiirs, tous ses gendres. Les Otto avaient déjà eu avant lui le projet de concentrer dans une seule famille toutes les dignités de chefs des peuples , et ce plan pouvait paraître aujourd'hui d'autant plus nécessaire, que ces princes étaient devenus beaucoup plus nombreux. Rodolphe avait côm- .mencé et fini par le rétablissement des droits de l'empire (quant aux domaines de là couronne) dans le haut Rhin, résidence de la dernière famille impériale. En revendiquant rAulriclie au roi de Rohême , il procura à sa maison le pouvoir qu'il désirait. Les princes allemands n'en furent nullement jaloux ; ils se sentirent bien autrement blessés quand Rodolphe réclama les domaines impériaux qu'ils avaient usurpés pendant l'interrègne, et qu'ils s'étaient habitués à regarder comme leur propriété, et ce fut ce qui donna aux àrchavêques du Rhiû l'idée de ttiieUJt veiUei" à teurs inté-

fm

fôts, lors de Téleclioa future. — C'est ainsi qu'en peu de temps le royaume d'Allcjnagnc sortit d'un état da troubles qui durait depuis bien des années ,' non pas à la vcrilé sans faire de grands sacrifices au saint-siége. Rien que pour obtenir la reconnaissance de Rodolphe, il fallut concéder au pape le droit de contrôle sur la couronne qu'avait jadis réclamé Grégoire VII, et lui donner mémo unfe extension inconnue jusqu'alors. En même temps , l'Église de Rome parvint à obtenir, pour ses domaines xtson pouvoir particuliers, une indépendance et des privilèges qu'elle n'avait encore janiais possédés. La part que le concordat de Worms avait laissée aux empereurs dans les élections des évêques fut rarement respectée. Tous les droits contestés de l'empire sur les domaines de l'Église durent être abandonnés. Quoique Grégoire X eût été obligé de menacer des foudres de l'Église Charles de Sicile, s'il ne mettait des bornes à ses oppressions, lui et ses successeurs aimèrent mieux se jeter dans ses bras et dans ceux du roi de France, que de voir de nouveau dominer en Italie les rois allemands, protecteurs-nés de l'Église. Cette alliance , jointe aux complications chaque jour renaissantes des affaires d'Allemagne, força Rodolphe de rïégliger les droits de l'empire en Italie, — Ce fut donc sous Rodolphe que l'empire subit, pour la première fois, un échec qui avait été préparé sous les Hohenstaufen, et que la papauté parul* avoir atteint son but, par rapport à sa souveraineté territoriale. Mais ce fut aussi le moment où elle commença à décliner. — Ce résultat ne fut point la faute de Rodolphe; ce furent les princes, et conséquemracnt la nation , qui voulurent ajourner toute expédition en Italie , pour ne s'occuper d'abord que du rétablissement de Tordre à l'intérieur. Si le pape considérait la couronne comme dépendante, cela n'empêchait point Rodolphe d'exercer librement ses droits en Allemagne, comme roi légitimement élu, ainsi que l'avaient fait Conrad et Henri I" avant que l'empire fût joint à la couronne allemande. Pendant qu'il laissait j)rescrire ses droits en Italie, il acquérait en Allemagne une telle prépondérance que sei successeurs se trouvèrent en étal de montrer plus d'énergie* — Rodolphe rétablit et fixa non-seulement les droits de l'empire allemand , mais aussi ceux des états ou classes vis-à-vis l'un de l'autre. C'est en l'

cela qu'il usait avec le plus de plaisir de son pouvoir royal , et -ceci nous explique les nombreuses alliances pour la paix publique qu'il renouvela' et fit jurer tant de fois. Son but était de changer en une institution générale, sons sa sanction royale , les unions particulières que les États avaient formées pour leur sûreté respective pendant l'interrègne, notamaient dai» les duchés dissous, où jl ne se trouvait pas de princes assez puissants ou assez désintéressés pour maintenir la tranquillité publique. — L'ancienne loi de la paix publique, rétablie sous l'empereur Frédéric 11 , renouvelée el augmentée de plusieurs articles nécessités par les circonstances, fut publiée peu de temps avant la mort de Rodolphe, à la diète de Spire, en langue allenriande. Voici quelles en étaient les principales bases : 4 . 11 est interdit de venger soi-même ses injures. 2. Les princes et tous ceux qui tiennent de l'empire le droit de rendre la justice doivent bien juger; il en est de même des juges de la cour , sons réserve des droits de l'empire. 3. Ceux-là seuls qui n'ont pu obtenir satisfaction par les voies iudiciaires peuvent se faire justice à eux-mêmes par une guerre loyale, après Tavoir déclarée trois jours à l'avance. Quiconque violera cet article sera déclaré infâme et mis hors la loi. 4. Celui qui, pendant une guerre avec son voisin , commettra des actes de violence sur les routes de l'empire , sera jugé et puni comme voleur de grands chemins. 5. Personne n'a le droit d'escorte ou de douane, s'il ne le tient de l'empire; nul ne peut frapper des impositions sur un bourg situé en dehors de ses domaines. 6. Il sera désormais interdit d'admettre des manants au droit de bourgeoisie. 7. Si la paix vient à être interrompue , les Étals les plus rapprochés doivent se hâter de porter du secours, et, si les circonstances l'exigent, le roi lui-même se rendra sur le théâtre de la guerre. — Rodolphe veilla à l'exécution de ces n*g\ements avec la plus grande sévérité; quelquefois il en punit la violation des châtiments k*s plus rigoureux. Les voleurs de grands chemins étaient pendus , les faux monnaycurs jetés dans des chaudières pleines d'eau bouillante. — Le but de la paix publique était de maintenir chaque État ou membre de l'empire dans sa place, de telle sorte que les faibles ne fussent point opprimés par les puissants, que les vassaux des seigneurs ne pussent, sans le conseu-

filSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.

tcment de ceux-ci, être adoiis aux droits de bourgeoisie des villes, et que par conséquent chacun conservât ses droits et sa position. ^ Maintenant que les rapports de tous les États qui relèvent immédiatement de Tempirc s(mt bien déterminés, c'est le lieu de donner un aperçu de leur nombre et de leur classement , alin d'être à même d'apprécier les changements qui pourront survenir plus tard. — Parmi les états spirituels, on comptait en Allemagne, sans y comprendre les pays de Bourgogne > de Slavonie, le patriarcat d'ApuIie et le marquisat d'istrie : six archevêques, dont trois princes électeurs; quarante évêques, et environ soixat)te-dix prélats et abbés , dont la moitié fut élevée aloi*s ou plus tard au rang de princes ; trois ordres chevaleresques (de St-Jcan*, du Temple et de l'ordre Teutonique); ensemble, plus de cent états ecclésiastiques. Les princes laïques et les états du royaume se composaient de quatre princes électeurs ( un roi , un duc , un comte palatin et un marquis); de six ducs (ceux de Bavière , d'Autriche , de Carinthie, de Bruns>vick, de Lorraine et de Brabant-Limbourg] ; de trente comtes élevés au rang de princes, dont plusieurs étaient marquis et landgraves ; d'environ soixante villes impériales , dont une partie venait à peine de se constituer ; ensemble, au moins cent états laïques. 11 y avait donc en tout deux cents états relc- .vant immédiatement de l'empire. Comme la plupart des maisons et des princes s'étaient divisés en plusieurs branches , le nombre des titulaires était beaucoup plus grand. A la diète que le roi Albert l**" tint à WurUbourg , on comptait plus de soixante-dix princes » clercs et laïques , trois cents comtes et seigneurs , et cinq mille nobles : toutefois il est bon de dire que les deux dernières classes étaient presque tout entières comprises dans la suite des seigneurs terriens ; ce n'est que plus tard qu'on éleva dans les diètes deux bancs pour les comtés , ainsi que pour les députés des villes, qui déjà, après la mort du roi Guillaume, avalent eu l'envie de prendre part à l'élection du roi , mais qui attendirent encore une occasion plus favorable. — Ce grand nombre d'états est la suite on de l'extinction ou de la diminution des anciens duchés. Autant la diète parait ferme et unanime dans ses mesures, autant Tadministration du royaume \>arait. compliquée, puisque cinq et même huit ducs, et

presque autant de marquis, président an gouvernement des provinces. Le plus grand nombre des états inférieurs, les villes, les couvents , les seigneurs, dans le haut Rhin et dans le Nord, sont souvent entrecoupés par les territoires des comtes et des évêques.

Les riches pays des bords du Rhin , depuis Bàle jusqu'à Utrecht, renfermaient, outre le Palatinat, une foule de domaines ecclésiastiques et de principautés ; la. Bavière et la Saxe en étaient également sillonnées. Les grands États se maintenaient dans l'est et le nord de l'Allemagne, et l'on vit ainsi renaître la première position de l'ancienne Germanie, où les pays du Rhin étaient occupés par de petites principautés, soumis à des chefs électifs, tandis qu'à l'est , de grandes nations vivaient sous des princes héréditaires* Ces rapports amènent même une nouvelle distinction. Plus les princes acquirent la souveraineté en s'appropriant le pouvoir subalterne qui dans le principe leur avait été conféré (à l'exclusion de l'antorité immédiate de l'empereur), plus la totalité des . petits États fut considérée comme propriété do l'empire. Là s'élèvent des familles et des peuplades particulières qui prennent le nom de leurs maisons ou dynasties ; ici se trouvent les sujets de l'empire, le peuple allemand dans le sens propre. Ce fut Rodolphe qui lé premier prit ce pays royal , si l'on peut ainsi dire, pour l'opposer comme contre-poids à. la puissance des princes. Si les tlohenstaufen élevèrent comme base de leur puissance, d'abord l'ordre de la chevalerie, puis les villes.; sous Rodolphe, les deux ordres marchèrent sur la même ligne. Les chevaliers des villes ne se distinguèrent pas moins sous sa bannière que les vassaux du plat pays. Toute la classe des marchands s'éleva par l'anéantissement des brigands qui auparavant infestaient les grands chemins.

Les troupes du pays haut jouissaient d'un grand crédit auprès de Rodolphe. Le fameux Henri Schorlin, de Bàle, qui le premier attaqua les Bohémiens à Marchfeld , se rendit avec le roi à Nuremberg, où il se permit d'outrager la chai*mante fille de son bête. Le peuple se révolta, et réclama hautement justice. Le roi hésita, pour voir si personne ne voulait prendre la défense de Taccusé; enfin il s'écria avec colère : « Je prononcerai jugement siir lui , je veux le juger sur Thenre. » Les nobles et lo peuple attendaient avec anxiété, car ils cou<

fflsrramE »n p^iç àw^hànp.

nai^sîliçqf raflection dq rot pour Scho^lin. \l coi^dainaa le chevalier à épouser la jeune fille , et lu\ (îonpa une dpt de 200 marcs. fe\i d'^n- "Hées auparavaat , un jeune homme , coupable- H\\ même crime, avait été enlcrré vif à Coliuai^ L'ordre sévère que \çs villes maintenaient à rint^ieur, et leur çraprcsscment à marcher co\ilrc tons les perturbateurs de la paix publique et Içs brigands, no oonlribuèrenl pas peu à leur prospérité. Rodolphe accordait générc^sement des leUres de franchises, mais en retour il exigeait (lo l'argent et des soldats, suivant ses besoins. Les villes populeuses et comoiçrçantes pouvaient facilement donner l'un et l'autre : toutefois elles ne le faisaient qu'c^

contre-6œur.

Les troubadours du temps des Ilohençlaufen reparurent avec un nouvel éclat sous Rodolphe. Lui-niôme était du nombre ; mais les véritables minnesingers avaient pei^ '^ peu disparu. Conrad de AVurlzbourg , le dernier qui retoucha les chants dç Nibelungen , était mort peu dç temps avant Rodolphe^ Henri Frauenlob, auteur de la chanson allemande : Unser frauen lied^ mourut quelque temps après à Mayence; ii fut enterré de la seule main des femmes, et sotu tombeau^ arrosé de vin. Rodolphe et son valeureux beau-frôrc, le con^te Albert de llohenberg, troijivèrent encore des troubadours pour chanter leurs hauts faits.

Mais bientôt une vie nouvelle entra avec la vie publique dans les. compositions des poêles. îln disciple de ces chantres qui suivaienl, Frédéric II çt Manfred, Ottokar de Styrie, composa, en vers allemands une grande chronique de rAiilriche, depuis la mor^ de Tcmpereur Frédéric jusqu'à Frédéric le Beau , dans laqûeUe il nous dpnne des renseignements bien précieux, comme témoin oculaire, et ^^vec foute la franchise gibeline. Les chroniques des dominicains de Colmar, ainsi que celle d'Albert de Strasbourg, furent , à proprement parler, inspirées par Rodolphe. Elles .*^ont encore écrites en latiii ; mais , depuis Rodolphe, tous les actes furent rédigés en allemand. Les moines rivalisaient de zèle pour Tétude des sciences et les recherches sur Fanliquité. Deux dominicains savaient déjà calculer les éclipses du soleil. Un autre traça sur douze feuilles de parchemin la description géographique de Vunivei*s. En Souabe et dans la Rhétie, on trouvait des hommes qui examinaient de près

la foi catholique (4287). Lorsqnç le légal du

pape, dans un synode à Wurtzbourg, cxigt-a non-seulement les çUmos ççclé^iastiques, mai? même un quart de tous les revenus du clei^é, i'évéque Conrad de Toul s*y opposa avec beaucoup de força; et, quçmd le légat voulut le destituer, il s'éleva u;^ tel tumulte dans l'assemblée, que l'imprudent Romain craignit mémt pour sa vie. C'est ainsi qu'à cette époque , ou le peuple n'avait pas encore oublié ses granit empereurs, où des pclerios qui revenaient do l'Orient renouvelaient la traditiou que Fièdériç 11 n'était pas mort et qu'il se remoBtrcrait, Rodolphe, dont Iç dessein était de rétablir la constitution , eu posa insensiblemont les premiers fondements.— Depuis que les princes commencent à rivaliser d'efferts pour acqui^rir des domaines héréditaires , vpici les trois élément principaux qui prédominent dans notre histoire : 4° le roi possède, sinon l'hérédité de la couronne , du m'oins ui^e (prtune particulière , supérieure à celle de tout autre j î** les princes spirituels et laïque^ ne veulent point v^/rsVlever une maison puissante au-dessus d'eux , parce que Rodolphe a déjà fait bcaijicoup plus qu'ils iic s'y étaient attendus: au lieu ivs grands magnats (ducs nationaux), une uombreusc aristocratie entoure le trènc; 3° les petits états sont élevés ou abandonnés , lanlôt par l'un , tantôt paç l'autre parti ^ suivant ks circonstances. Dès la chute de Hohenstaufon, on pouvait déjà prévoir de quel côté pencherait enfin la balance.

En 4290, Rodolphe avait conféré la mjk électorale avec roffice de grand éclianson àsoo gendre Wenceslas, roi de Bohême. Le duc d'Autriche, Albort, ayant quatre beaux-frères électeurs, ne doutnit point de réunir les suffrages et de succéder à son père. Mais les princes s'en rapportèrent au choix de Gérard, arciîcvcque de Mayence , qui nomma le comte Adolphe de Nassau , son cousin , prince vicieux, sans mérite, sans fortune et sans pouvoir. Kû récompense , l'archevêque lui arracha des concussions et des privilèges. Les autres électeurs firent de même payer leurs voix. C'est de ce moment que les princes commencèrent à exiger des empereurs, avant leur couronnement, des capitulations toujours dictées par rinlérôl personnel , et qui affaiblirent de plus en plus Tautorité impériale. Les premières années du règne d'Adolphe fièrent employées au maintien de

HîSTftpiE ftu Eçç?î^ Aimmi

l'ordre et de I(( fraii^ilUté. Mais, la guerre s'dtant élevée cnlre la Francp et l'Angleterre (1204), ii prit le parti des Anglais, çeçut d'Edoiiar^ cent mille livres sterling pour levçr des troupes qu'il n*était pas en état de payer, et décidra la guerre à Philippe le Bel. Celui-ci , d'autire part, traita jveç Ôlhon de Bourgogne, comte palat^n^ gui lui vendit le comte de Bourgogne ou la Franche-Comte, et stipula le mariage futur de sa fllle unique avec un prince de la maison de France, Avec les subsides de VAngleterre, Adolphe avait levé des troupes avec lesquelles il s'efforçait de dépouiller les licritiers l^itinies. Albert, margrave de Misnie et landgrave cïo Thuringe, avait eu deux fils, Frédéric le Mordu et Ticcnian , de Marguerite ^ f\lle aînée de Vepipereur Frédéric II; princesse malheureuse, qui avait été obligée de fuiy pour se dérpbcr aux persécutions de sa maîtresse ^ Cunégo.nde d'iserabcrg, de laquelle il avait en un fils naturel, Apicius du Albert. Il s'efforçait depuis longtemps de dépouiller ses deux fils de la Thuringe, en faveur d'Apicius. Rodolphe de Habsbourg ne s'était mêlé de la querelle que comme médiateur; mais Adolphe acheta Iq) Thuringe au prix de douze mille marcs d'argent, et voulût en prendre possession à main armée (1295). Les deux frôrçs défendirent leur héritage , et la Thuringe fut livrée aux brigandages des soldats d'Adolphe. L'empire éta^t indigné des injustices de ce prince. L'archevéque de Maycnce lui-môme s'éloigna de lyi, et Albert d'Autriche vit le moment de le remplacer sur le trône. Il se rendit k Prague , où les électeurs de Saxe et de Brandebourg a^sis-; taient au couronnement de son beau-frère AVenceslas par l'archevêque de Mayence^^ 297), et il gagna ce prélat. Le roi de Bohème et les deux autres électeurs entrèrent également dans ses vues; la résolution fut prise de dégrader . Adolphe, et d'élever Albert sur le trône de l'empiré, llermann le Long, margrave de Brandebourg, et Albert II, duc de Saxe, s'étant rendus à Mayence avec les ambassadeurs du roi de Bohême et de l'électeur de Cologne, on procéda juridiquement contre Adolphe (4298). On le déposa , et l'on élut Albert , duc d'Autriche. L'empire, partagé entre deux rivaux, fut embrasé/ Adolphe avait déjà fait fuir Albert, qui sYUait tnis en campagne aussitôt après l'assemblée de Prague. Il le poursuivit

avec fureur^ le joîgpit çrèad? Vqw, l'attaqua, et périt de sa main.

Page 1