ALBERT
Le duc d'Autriche ^ maître de l'eï^ipire par la mort do son rival, assembla içs électeurs à Frai^efort, parce que l'absencç ou même ropposition de rarchcvéque de Trêves et du comte palatin pouvaient répandre des dqutes sur ki légitimité de sa première élecliou. \l fut de nouveau unanimement élu et couronné à A'i:^la-Chapelle ; mais oi^ exigea de lui des capitulations onéreuses qui furent des sources de troubles. L'harmonie fut en effet bien^ôi troublée : l'archevêque de Mayence s'opposa à la propa? sition d'Albert d'élire xo\ des Uoraains son fils aîné Rodolphe ; rempereur irrité réclama les anciens péages sur le Rhin, et voulut abolir tous les nouveaux. C'était enfreindra ses capitulations, enlever aux trois électeurs ecclésiastiques et au comte palatin des source^ de revenus considérables; mais les sollicitai îoçs de^ villes j gênées dans leur commerce par la multilude de ces droits onéreux, autorisaient soja parjure. Les princes adressèrent Icui-s plâiutc3 au pape Boniface VIII, qui se déclara çoçttre Albert, et développa ses prétentions dàn§ uï\e lettre aux électeurs. On voulut déposer rempereur, mais il humilia les rebelles, et la navi: gation du Rhin fut affranchie des entraves qu'ils y avaient mises. Boniface n'eût pas manqué sans doute d'appuyer les princes, mais il était au fort de ses démêlés avec Philippe le Bel; il reconnut donc Albert parce qu'if avait besoin de lui (1505); l'empereur accepta toutes les conditions qu'il lui plut de lui imposer, et s'obligea môme à faire la guerre à tout te monde aux ordres du pontife. Du rçsic, la gloire et les intérêts de l'empire le touchaient peu; il n'était occupé que du soin d'agrandir sa maison et de procurer des «établissements à ses fils. Son beau-frère Wenc'feslas ne fut pas à l'abri de son avarice : il détruisit, à la vérité, son armée près de Kultemberg; mais il, laissa la guerre à son flls, nommé aussi Wencçlas, qui consentit à se* dépouiller de quelques districts pour avoir la paix avec son opcle, Cç jeûaç roi , le dernier de sa maison, ayant été a!ssassiné à Olmutz , en 4506 , Albert parvint à fciire élire roi de Bohême sô.n uls Uodolphd , qui
moarnt rannéc suivante. Henri , duc de Carinthie, bean-frèrc de rerapereur et du dernier roi Wenceslas, fut appelé au trône par les état^^. Albert revendiquait la couronne pour son second fils, en vertu d'un traité de succession. 11 armait pour détrôner son beau-frère , pour enlever la Tlmringc à Frédéric et à Ticeman , qui avaient déjà battu ses troupes , quand une autre injustice lui coûta enûn la vie. Sa niciison possédait de grands domaines en Suisse : les comtés de Habsbourg, de Kibourg, de Baden , de Lenzbourg, avec les villes de Lucerne, Clans et Zug. Grand nombre d'autres Villes ou cantons, tels que Zurich, Berne, Fribourg, Soleure , Schwilz , Uri , Underwalden , dépendaient immédiatement de l'empire, et étaient gouvernés par des baillis qui exerçaient en son nom la justice criminelle. Albert essaya de réunir ces villes impériales à ses autres possessions; il donna ordre à de nouveaux gouverneurs qu'il y établit jle les traiter avec la dernière rigueur, et ces officiers se livrèrent à tous les excès. Trois béros suisses délivrèrent leur patrie (<307), et le premier jour de l'an 4308 vit naître ta première ligue des cantons. Albert marchait contre les Suisses , lorsqu'il fut assassiné par son propre neveu, Jean, fils de Rodolpjic. Ce jeune prince , héritier des terres de Souabc que son père avait reçues de l'empereur Rodolphe , les avait plusieurs fois deiàandées à son oncle, qui s'en était saisi en prenant sa tutelle. Lassé de ses délais, il résolut de se défaire d'Albert, s'associa des complices, et exécuta sou crime. L'empereur tomba sous leurs coups près de la rivière de Reuss pu Rhus, comme il allait de Baden à Rhinfeld voir Timpératrice sa femme. De tous les meurtriers on n'en découvrit qu'un seul, que l'empereur Henri VH fit expirer dans les supplices. On prétend que Jean alla ensevelir ses remords et sa vie dans un couvent à Fisc,
HENRI Vil.
Après sept mois d'interrègne , et après que le roi de France Philippe le Bel eut , dit-on , vainement entrepris de procurer l'empire à son frère Charles de Valois, ou élut, sur la recommandation du pape Clément V, Henri, comte de Luxembourg. Ce prince , appuyé d'ailieurs par son frère Baudouin , archevêque de Trêves,
et par Pierre , archevêque de Mayence , qui sut, comme son prédécesseur, faire payer sa voix, fut élu de préférence à Frédéric le Bel, duc d'Autriche, fils du dernier empereur, dont la maison fut cent trente ans exclue du trône. Henri envoya aussitôt ses ambassadeurs à Rome , offrant tout à Clément V pour obtenir sa confirmation, qui lui Tut accordée (4509). Ce prince était digne de l'empire; il avait toutes Ifô qualités nécessaires pour rendre à FAUeroagne son ancien éclat. Mais, ayant peu de puissance par lui-même , tout le pouvoir étant entre les mains des vassaux, il fut réduit, comme ses prédécesseurs, à ordonner la paix publique. Dans la diète de Spire , où il fit des ordonnances pour le maintien de la tranquillité, on délibéra si l'on devait laisser aux fils de l'empereur Albert l'Autriche et les autres provinces que Rodolphe de Habsbourg était accusé d'avoir usurpées. Les opinions étant partagées , Frédéric le Bel les mit d'accord en disant fièrement qnc le duché d'Autriche avait déjà coûté la vieà ciug princes , et que Henri pourrait biea être le sixième. On ne contesta pas davantage , et on lui donna l'investiture. La Bohême élail déchirée par les factions et les guerres intestines; Henri , duc de Carinthie , la livrait aux brigandages de troupes étrangères qu'il avait prises à sa solde. Un autre parti tenait pour les ducs d'Autriche, qui réclamaient cette couronne en vertu des traités faits avec leur frère aioé Rodolphe. Le plus grand nombre ne voulait obéir ni au Carinthien ni à la maison d'Autriche. On envoya à Spire Elisabeth, soour du dernier Wenceslas, avec des ambassadeurs chargés d'offrir sa main et la' couronne à Jean , fils de l'empereur. Henri fit condamner par la diète le comte de Carinthie comme coupable de félonie, et déclarer la Bohême fief dévolu à l'empire. Puis Jean épousa Elisabeth , et l'archevêque de Mayence alla le couronner à Prague. La inaison de Luxembourg posséda ce royaume jusqu'à la mort de Sigismond , en \ 437. Depuis Frédéric H, les empereurs avaient perdu de vue ritalic. Ce pays était toujours déchiré par les Guelfes et les Gibelins. En dehors de ces deux factions, il y en avait de particulières dans beaucoup de villes : à Rome les Colonne et les Orsini , à Milan les Visconti et les délia Torre, étaient acharnés à leur de$ti*uction réciproque; les Colonne et les Visconti tenaientpour
l'cmperenr , les antres pour le pape. Henri crut qne ces divisions lui donnaient- Toccasion de rétablir Tantorité impériale en Italie. Appelé par Mathieu Visconti , que les délia Torre avaient chassé de Milan , il leva une grande armée, donna le vicariat de Tempire au roi de Bohême, renouvela tous ses serments au pape, et franchit les monts dans le dessein apparent de rétablir la paix en réconciliant les factions. Clément secondait son entreprise. Tout se soumit à son arrivée ; Milan mémo lui ouvrit ses portes , et il y reçut la couronne de Lombacdie (4340). Malheureusement il exigea des Milanais les contributions usitées, et donna le gou< vernement de leur ville à Mathieu Visconti : c'était se déclarer ouvertement pour les Gibelins. Les Guelfes se soulevèrent et complotèrent contre sa vie; Milan fut inondé du sang de ses citoyens, et la vengeance tomba sur les della Torre, dont on ruina les maisons , et que Ton chassa de leur ville avec leurs partisans. Toute idée de pacification s'évanouit ; plusieurs villes qui avaient reçu des gouverneurs impériaux se révoltèrent; le pape même fut alarmé, et ne songea qu'à s'opposer aux progrès de Henri, Par un traité secret avec le roi de Naples Robert , petit-fils de Charles d'Anjou, il le chargea de traverser Temperenr, de soutenir les Guelfes, et de défendre l'Eglise romaine, qu'il croyait en danger. Robert seconda les vues du pontife. En amusant Henri par la négociation d'un mariage , il animait ses ennemis , formait des ligues contre lui , et jetait des troupes dans Rome. Brescia emportée, démantelée apr^s un long siège qui lui coûta la meilleure partie de ses troupes, et le supplice du gouverneur, Thibault Brusciati, qui fut décapité, ne servirent qu'à rendre l'empereur plus odieux. Si Gènes le reçut et lui rendit hommage, c'est que les Gibelins y étaient les plus puissants. Dans le reste' de l'Italie, il ne trouva que des obstacles et des ennemis; il eut même de la peine à se faire couronner à Roifle. Les Orsini, soutenus des troupes napolitaines, étaient maîtres de la plus grande parlie de la ville et de Téglise. St-Pierre. 11 y eut de longs et sanglants combats avant que l'on pût leur enlever celte église, où se devait faire le couronnement. Le pape avait chargé cinq cardinaux de cefle cérémonie (4542), et désigné l'église de St-Pierre. L'opiniâtreté de ces cardinaux à s'en tenir strictement aux termes de leur commission était un
nouvel obstacle; il fallut les contraindre à faire le couronnement à Saint-Jean-de-Latran.* Henri voulait se venger des Guelfes et du roi de Nâpies. ^
Tandis qu'il faisait de vains efforts pours'emparer de Rome, il ordonnait au roi de Bohême de lui amener des renforts d'Allemagne , et s'alliait avec Frédéric , roi de Sicile. Clément, qui résidait à Avignon , et qui craignait pour , Robert , écrivit aux cardinaux d'ordonner au moins une trêve. aux deux princes, ajoutant que , puisqu'ils étaient obligés de lui obéir par le serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté, ils devaient être les plus disposés à servir l'Église , et qu'il pouvait les obliger à mettre bas les armes. L'empereur, de l'avis des jurisconsultes , protesta contre les démarches de Clément; il mit Robert au ban de l'empire, le déclarant privé de ses royaumes, principautés et dignités, et le condamnant à perdre la tête s'il tombait entre ses mains. Le pape., de son côté, défendit, sous peined'excommunication, d'attaquer le roi de Naples. La guerre allait se rallumer avec d'autant plus de violence que l'empereur s'approchait du royaume de Naples, qu'il devait attaquer par terre , tandis que le roi de Sicile agirait par mer. Il s'était déjà avancé jusqu'à Buonconvento , près dé Sienne, lorsque la mort renversa tous ses projets et^ sauva Robert. On prétend , mais sans aucune preuve, qu'il fut empoisonné en cet endroit, en recevant la communion d'un dominicain nommé Bernard de Montepulciano. Le pape publia deux bulles contre sa mémoire , cassa la sentence prononcée contre Robert^ et le nomma vicaire de l'empire en Italie. La guerre entre le sacerdoce et l'empiré allait recommencer.