LOUIS V
Après quatorze mois d'interrègne, les électeurs donnèrent deux chefs à l'empire. Louis , duc de Bavière, élu par le plus grand nombre des princes , eut un compétiteur dans Frédéric le Bel , duc d'Autriche , son cousin germain , qui acheta les suffrages de quelques électeurs. L'Allemagne fut livrée de nouveau à une guerre civile qui s'étendit jusqu'en Italie, les Gibelins et le roi de Sicile s'étant déclarés pour Louis, tandis que les Guelfes et le roi de Naples prirent le parti de Frédéric. Huit ans de dévastations et de carnage furent enfin terminés par
ia tatallle de Muhldoff, en ^522. Frédéric, taincd,. resta prisoilnîer jusqu'en >! 523. Le pape Jean XXIl ataU succédé à Clément V en 'I5>f 6. II avait déclaré que le^ouvernement de l'empire Itil appartenait pendant la tacance , cassant tous les gouvernements établis par Henri Vif, et ordonnant aux deux rivaux de se présenter à son tribunal pour y discuter leurs droits. Il penchait pour Frédéric ; mais il suspendit ses poursuites pour faire valoir son vicariat en Italie. Mathieu Visconti , maître de Milan , de Pavic , de Plaisance , de Novarc , de Verceil, d'Alexandrie et de plusieurs autres places de la Lombardio, était ]e plus puissant des Gibelins. Excommunié en -13^8, Il n*en continua pas Inoins ses conquêtes ; il assiégea Gènes malgré la défense du pape, et prit hautement h titre de. prince de Milan pour Louis de fiatiôre. Jean rassembla une armée , et en donna le commandement an cardinal Bertrand de Poyet, son neveu , qui, avec le secours du foi de ffaples, pat'vint à assiéger Milan. Mathieu Visconti venait de mourir; son fils Galéas demanda des secours à Louis , et il les obtint. Apfôà des négociations inutiles, le légat Pojet fut contraint de lever le siège de Milan. Jean ne garda plus de ménagement. Il fit afficher aux portes- des églises d'Avignon un décret par lequel il déclarait nulle l'élection de. Louis, lui ordonnant , sons peine d'excommunication , de «e désister dans l'espace de trois mois.
Le margraviat de Brandebourg étant devenu Vacant par la mort- de Waldemar et celle de son frère Jean , derniers màlcs de la maison Ascaitienne , l'empereur l'avait confié h Louis , Falné de ses fils. Le pape lui en faisait encore un crime dans son décret (l'an >Id23). L'empereur réfuta le pape avec vigueur, et appela au futur concile général. H négociait cependant à la cour d'Avignon; il obtint un délai de deux mois; riinis, l'armée pontificale ayant été battue par ks Visconti, et le général Raimond de Cardonne fait prisonnier, Jean pnblia un non veatf décret, enjoignant à Louis de se désister dans trois mois, de ne plus protéger les Visconti et les autres ennemis de l'Église , voulant bien suspendre h fulminaiioh de l'excommunication prononcée contre lui. Mars rcmpcrcur continua rexercicc de la royauté, prorogea le gouvernement de Milan h Galéas, donna ccliîi de Lucques & Caslruccio-Casfracani , raillant capitaine. Comme d'ailleurs les troupes pontiflcal(^s
HiSTOfflË DU PÉtPLë AtLEStAta).
furent écrasées par les Gibelîàs , Jean prononça l'arrêt définitif contre Louis , le déclarant conturaax pour n'avoir Ui comparu ni obéi à ses ordres ; il le priva de totts les droits que pouvait lui donner son élection, lui défendit, sous peine d'excommunication, de prendre le litre de roi des Romains^ se réservant de lui infliger des peines plus sévères s'il ne se soumettait pas à I Église. Louis renouvela soft api)el au futur concile général , et accusa le pape d'hérésie en se fondant sur les plus pitoyables motîfe. Jean fit lotit ce qui était en son pouvoir pour donner un rival à Louis (< 325).
Il nourrissait l'anîmoslté de Léopold, frore de Fiédéric le Bel ; il agissait auprès des électeurs pour élever au trône impérial Charles IV, roi de France. Louis ayant été forcé par Léopold de lever le siège dé Burgau , cet échec enhardit ses ennemis. Les électeurs s'assemblèrent â Re/isë avec les ambassadeurs du pape et du roi de France , pour procéder h l'élection de ce dernier, tin commandant de 1 Wdre TctUorïiqxw , feerthold de Buchek , les détourna de celte démarche : on se contenta d'insimier à Louis que son salut dépendait de Sa réconciliation avec soti rltal. Frédéric d'Antriche fut mis crt liberté. Le pape tâcha de rompre TaJIiancc nouvelle formée entre Louis et Frédéric; mais clic se maintint en dépit de tout jusqu'à la tùoti de ce dernier, arrivée en 4350. La mort de Léopold, en 4527; tenait de délivrer l'empereur de son plus dangereux ennemi au moment où ri* passait les Alpes. Les Gibelins l'appelaient à leur secours ; les Romains , mécontents de la longue absence des papes, avaient chns^ de leur ville les partisans du pontife; tout semblait favoriser Louis. Après avoir renofrrelé ses griefs contre Jean dans nne assemblée tenue à Trente, il alla recevoir la cotironUe de fer à Milan, força Pise, dont il exigea soixante mille florins d'or, y renouvela la scntencedn ban porté par Henri VU contre Robert , roi de Naples, et marcha sur Rome, oii il fut reçu aux acclamations du peuple. Il était déjà en I^mbardîc , que le pape, ignorant sa marche, publia une croisade contre lui. Il n'en fut pas moins couronné à St-Pkrre par quatre barons romains , à dvfapt de cardinaux , et un cvéquc excommunié comme lui loi donna l'onction impériale. L'empereur, à la sollicitation des Romains, fit le procès à Jean, prononça sa sentence et sa déposition , et le livra au bras séculier. Qnel*
HtfTÔlftfi tm PÈtJPLfi AtLEÎiAto.
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qnes jotfrs jttptës il orâotiba qiié Id pdpe ferait sa résidéûôe contitidolle à Rome , et qa'il serait déchu du pontificat d'il s'ett éloigoait p\\is de trois mois sans le consentement du clergé et dn peuple romain. A cette nouvelle , Jean cassa la sentence de Loais, et signiGa au)t électeurs qu1l était déchu de toUs ses droits au trône et prité du duché de Bavière , de toutes terres et dignités dépendantes de ^Église ; il les exhorta à élire un autre chef. L'empereur le prévint en nommant tm autre jpape, Pierre de Corbière, qui prit le tiom de Nicolas V* Us se couronnèrent alternativement. Jean et Nicolas s'analhématîsèrent Fun raùtrèf! L'adti-pape se soutint aussi longtemps que la fortune de Tempereur, c'est-ft-dirc bien peu de temps. En 4350 , il fut arrêté et conduit à Avignon , et Termina sa carrière dans la captivité , après avoir confessé ses fautes siir un échafaud et la eorde au cou. Cohime Louis manquait d'argent pour payer ses troupes, elles pillèrent les environs de Rome. Une armée napolitaine serrant cette ville de près i la disette s'y fit sentir. Une furieuse sédition éclata contre l'empereur , qui^ mal reçu dans le reste de l'Italie , repassa en Allemagne. Quelques années après , Jean , roi de Bohème, Ht encore, de l'aveu de l'empereur et dn pape , une tentative sur l'Italie. Il eut des succès ; mais bientôt Guelfes , Gibelins , toutes les factions se réunirent contre lui ; sa fortune s'éclit)sa,etritalie, pour longtemps abandonnée, se remplit de petits tyrans qui s'f formèrent des États, et de républiques telles que Florence, Pise, Lucques, Gènes, Venise, etc. Louis, h son retour en Allemagne, trouva de nouveaux ennemis. Les ducs d'Autriche , Othon et Albert, frères de Frédéric le Bel , étaient en armes avec les évoques de Strasbourg, de Constance et d'Augsbourg. Le roi de Bohème interposa sa niédiation, et la paix se fit. L'empereur soumit en vain au pape les offres les plus humbles ; Jean voulait qu'il renonçât à l'empire. D'après les conseils du roi de Bohème , Louis était sur le point de céder Fempire à Henri, duc de basse Bavière. Ces avis rendirent le roi de Bohème suspect à l'empereur. Malgré son esprit romanesque , ce prince ne pcrdaft pas de vue l'agrandissement de sa maison. Le mariage de son second fils Jean avec Marguerite, fille unique et héritière de Henri , duc de Carinthie , doA ancien rival au trône de Bohème , devait y appotiet léTyrol et la Caâiitbie. A U mort du
Garinttiien , reûij)eretir décJai'à $ë^ Ûé^s dévolus à l'empire , et en investit les ducs d'Autriche , qu'il voulait s'attacher contre les princes dé Luxembourg. Le roi de Bohème soutint Veà droits de son fils , et réussit à- lui coiiserver 16 Tyrol. Dès lors,' irrité contre Louis, il ne garda plus de ménagement, et Louis , de son côté , n'eut pas plus de modération dans sa.veiigeance. Quelques années après,'Sdr des blaintëè que lui porta Marguerite , 11 prononça de sa propre autoiité le divorce de cette prinfcesse ëi de Jean , et son fils LoUis , margraVe de Brandebotirg, l'épousa, te roi de BohéhiôfUtplUè courroucé que jamais , et le pape iie vit pai sans indignation cette Usurpation sur lés droits de l'Église. Jean XXII était mort. Beiidit XÎt, qui lui succéda, parut plus indulgerit. L'élUpereUr réitéra ses offres et ses ambassade^; inais les rois de France , de Naples , de Bdhèrtlé , s'opposèrent à sa réconciliation, et le pupt traîna l'affairé en longueur, tûe alliance de Louis avec le roi d'Angleterre ÉdoUat'd fil, contre le rOl de France, acheva d'Irriter i*hîlippe de Valois , et tnit un nouvel obstâde à la paix.
Dans une lettre à l'archeVèque de Cologne y Benoit avança que Louis était légltimerhent privé de l'empire et du foyaunio , parce qu'il les avait reçus de ceux qui ne pouvaient les lui donner. C'était attaquer les droits des électeurs. Ceux-ci s'assemblèrent aussitôt , formèrent la célèbre alliance connue soUs le non! de première union électorale, pour le maintieti de leurs droits et privilèges, et déclarèrent ^hè lit dignité et la puissance impériale Viennent de Dieu seul; que celui qui a été élu roi des Ro-* mains par les électciirs ou* par la plus grande partie, même en discorde, n'a besoin ni de l'approbation , ni de la confirmation , ni dh consentement du salnt-siége, pour prendre le titre de roi et d'empereur des Romains, Jjour administrer les biens et les droits de l'empire, et que dès le moment de son élection leS sujets lui doivent fidélité et obéissance. Cette prag* matique de Rense fut ratifiée aussitôt après dans utie assemblée générale tenue à Francfort , et déclarée loi dje l'empire. Pourtant les'anathèmcs lancés contre Louis troublaient l'Aile^ magne : il négocia de nouveau avec Benoit , mais sans succès. EU 4545 , Clément Vï renouvela les procédures de Jean XXH; il iravânla
f même à faire élii-e un aatrs mpétmt. Louid
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enfin s'humilia, consentant même à renoncer au trône. Mais le pape éleva des prétentions qu'une diète déclara injurieuses à l'empire (4544). Pourtant les princes montrèrent , dans ces circonstances, autant de légèreté que Tempereur lui-même ; ils exigèrent qu'il cédât sa couronne à Charles, (ils du roi de Bohème. Il se ligua avec les rois de Pologne , de Hongrie , et les ducs d'Autriche, humilia Jean de Bohème, et le contraignit de renoncer à ses prétcrtiions sur le ïyrol. Mais Clément VI fulmina une nouvelle bulle où il le déclarait hérétique, inrâme, et le privait de Tempire (4546>; et , par une lettre adressée aux électeurs, il les exhorta à se préparer sans délai à rélcctipn d'un nouveau roi des Romains. Jean de Bohème et son fils Charles, qui fixait le choix du pontife, se rendirent précipitamment à Avignon., et achetèrent l'empire au prix d'une capitulation humiliante.
Outre les serments usités, Charles promit d'annuler tous les actes faits par Louis de Bavière, de le' poursuivre comme un hérétique, de ne contracter aucune espèce d'alliance avec lui , de n'aller à Rome que pour son couronnement , d'en sortir le môme jour , dcn'y retourner jamais sans la permission du pape, de n'occuper aucune des terres qui pouvaient appartenir à l'Église romaine, et de n'entrer sur aucune* sans l'agrément du saint-siége. Le roi de Bohème ratifia tout. Clément, satisfait de tant de soumission, se pressa d'écarter les ,, obtiaeles. H déposa Henri de Yirnebourg, archevêque de Mayence, attaché à l'empereur, et nomma à sa place Gerlach , comte de Nassau, jeune homme dont il était sûr , et auquel il ordonna de convoquer l'assemblée d'élection. .«Francfort ^^t Aix-la-Chapelle tenaient pour Louis. Rodolphe, duc de Snxe, et les trois électeurs ecclésiastiques, se réunirent à Rense avec quelques princes dévoués aux Luxembourgeois. Charles avait acheté les suffrages. On commença par reconnaître que les procédures de Jean XXII et de Clément VI contre Louis de Bavière étaient justes; on révoqua la pragn^atique de Francfort; on déclara l'empire vacant, et Louis légitimement privé, pour ses crimes , de tous ses droits ; on élut Charles , et nn courrier alla annoncer cette nouvelle au pape. Les ambassadeurs de Charles allèrent à Avignon réitérer ses promesses et ses serments. Clément le confirma dans sa dignité. Une nou-
velle guerre civile désola l'Allemagne. Louis, à la tête d'un parti considérable , humilia partout son rival. Après que Jean , toujours prêt à se battre , bien qu'il fût aveugle , eut pcrda la vie à la bataille de Créci , les affaires de Charles allèrent encore plus. mal. Lmiis menaçait môme d'entrer en Italie , quand la moit le frappa. A l'exemple de ses prédécesseurs, Rodolphe et Henri VII , il avait plus songe aa bien de sa famille qu'à celui de l'empire, doot il avait sans scrupule aliéné les domaines déjà si affaiblis. Le roi de Bohème , dans le temps de sa faveur , l'électeur de Saxe , les ducs d'Autriche, avaient eu parUà une générosité qui ne lui coûtait rien. Lé royaume de Bourgogne acheva de se démembrer par la cession qui fut faite à la France du Dauphiné et du comté de Viennois par Humbert II. La Provence et le Dauphiné sont à la maison de J*rance ; une grande partie de la Suisse est libre ; l'Italie touche à son entière indépendance; l'empire, si vaste il y a peu de temps j va être réduit à l'Allemagne. Charles IV achèvera de le morceler.