‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 139 sur 165 · CHARLES IV · texte numérisé non relu

CHARLES IV

Charles IV avait été élevé à la cour de Charles le Bel, roi de France, qui avait épousé sa tante paternelle, Marie de Luxembourg; il y avait puisé le goût des lettres qu'il fit fleurir dans son royaume de Bohème , et ce fut là presque son seul mérite. On lui refusa partout le serment de fidélité qu'il alla mendier de\illc en ville ; il ne se fit reconnaître à Ratisbonoe et à Nuremberg qu'à force d'argent. Le parti de l'empereur Louis de Bavière grossissait après sa mort au lieu de s'affaiblir. Eric, duc de Saie- Lauenbourg, prétendant, comme chef de sa maison , à la voix électorale que s'arrogeait Rodolphe son parent, se joignit à Louis, margrave de Brandebourg ; à Rupert, comte palatin du Rhin, et à l'archevêque de Mayence, Henri de Virnebourg. Ces princes s'assemblèrent avec d'autres, cassèrent l'élection do Charles, comme contraire aux règles d'usage, élurent Edouard III , et des ambassadeurs allèrent lui annencer son élection el l'inviter à se rendre en Allemagne. Il refusa. Les confédére>s alors (4348) offrirent l'empire à Frédéric le Sévère , margrave de Misnie , qui se laissa persuader , mais se désista bientôt. Rodolphe , duc de Saxe-Wittemberg , zélé partisau du roi de

HISTOroE DO PEUPLE ALLEMAND.

Bohème, ayant découvert un meuDier qui ressemblait de flgnre à Waldemar, dernier margrave de Brandebourg, l'instruisit de son rôle, et lui persuada de se dire Waldemar. Le meunier publia qu'il était réellement ce margrave , et qu'il n'ayait fait courir le bruit de sa mort qu'afin d'aller secrètement en pèlerinage à Jérusalem , d'où il arrivait. Le peuple avait peine à en croire ses yeux; mais la ressemblance était frappante , et son attachement à la maison Ascanienno acheva de le persuader. Les grands ennemis de la maison de Bavière s'en mêlèrent; Rodolphe, auteur de la comédie, l'archevêque de Magdebourg , le duc de Poméranie, la maison d'Anhalt, les ducs de Mecklenbourg qui venaient d'acheter cette dignité en reconnaissant .leurs États fiefs de l'empire, et beaucoup d'antres, reconnurent le meunier pour Waldemar. La noblesse, le peuple , presque toutes les villes de la marche de Brandebourg, se déclarèrent pour lui.

Charles ne rougit pas' de jouer son rôle dans cette pièce peu digne de \à majesté royale. Il arriva avec quelques troupes , donna l'investiture au faux margrave , par qui il se fit céder la Lusace, et alla avec lui assiéger Louis dans Francfort-sur-l'Oder. Maisil leva bientôt le siège, et rentra en Bohême. Louis cabala avec ses adhérents pour faire un autre empercifir. Gonthier, comte de Schwarlzembourg, consentit, après bien de la résistance, à son élévation, pourvu néanmoins que son élection se fit régulièrement et avec intégrité par la plupart des électeurs. On déclara encore l'empire vacant ; on élut Gonthier, et on l'intronisa dans Fiancfort. Charles accourut sur le bas Rhin , rassembla ses partisans à Cologne, publia Farriôreban, et ordonna à tous les vassaux de se trouver au temps fi\é à Cassel, près de Mayence ;*mais au lieu de combattre il négocia. Il gagna les princes de Bavière. Gonthier, languissant depuis une potion empoisonnée que lui avait fait prendre un médecin de Francfort, gagné, dit-on, par Charles; sentant approcher le terme de ses jours et se voyant abandonné, consentit à renoncer à Tempire pour la somme de vingt mille marcs d'argent. 11 mourut peu après à Francfort , et le roi de Bohême assista à ses funérailles (1349). H avait confirmé, par un édit , la pragmatique dé Francfort. Charles fut enfin unanimement reconnu et couronné à Aix-la-Chapelle , avec Anne , sa femme , fille de

Rupert, comte palatin. 11 profita de la paix pour rétablir l'ordre en Allemagne , mais bien plus pour agrandir son royaume de Bohême. 11 éloigna d^AIIemagne la secte des flagellants, que le pape Clément VI avait excommuniés avec raison ; car c'étaient dos fous dangereux, qui , sous prétexte de pénitence, se livraient aux excès les plus affreux. L'Italie était en proie à tous les désordres; mais nulle part l'anarchie n'était plus grande qu'à Rome. Dans cette ville, Nicolas Rienzi avait prétendu ressusciter l'ancienne république, et s'était fait proclamer tribun. Mais , obligé de fuir, livré prisonnier au pape par ordre de Charles IV, dans les États duquel il avait cherché un asile, remis ensuite en liberté, il fut mis à mort par les Romains en 4354. Rome, appauvrie par la longue absence des papes , et le reste de l'Italie déchirée par ses tyrans, soupiraient après l'arrivée de l'empereur, dont on espérait le remède à tant de maux. On fut étonné de le voir arriver avec une suite peu convenable à son rang. Au lien d'abaisser les Viscontî, il traita avec eUx, se fit couronner à Milan , et s'avança sur Rome , où il resta incognito jusqu'au jour de son couronnement. Cette cérémonie faite par des cardinaux députés du pape , il sortit le même jour de la ville, sous le prétexte d'une chasse, mais réellement pour accomplir sa promesse. Les Romains lui offrirent le gouvernement de leur ville, le priant de les rétablir dans leur ancienne liberté ; il leur répondit d'une manière vague , et s'échappa ^ sacrifiant âi propre ^îr« et celle de l'empire. Pétrasque, indigné, lui reprocha en vers sa fuite honteuse , et déclama contre la cour de Rome. Charles essaya de se justifier dans l'esprit de ce poète, et s'en tira mal. Toute l'Italie pensait comme Pélrarque, e( Charles essuya mille affronts; sur sa route. A Pisc on se révolta, parce qu'on le soupçonnait de vouloir rendre la liberté à la ville de Locques , soumise aux Pisans ; plusieurs de sa suite furent massacrés; on mit le feu à son palais, et ce fut avec peine qu'il échappa au danger. Les Visconli poussèrent le mépris jusqu'à lui fermer leurs villes. A Crémone , on le fit attendre "deux heures à la porte ; et il n'y entra que comme étranger, sans suite, sans armes, et pour un seul jour.

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