JEAN HUS. •-- GUERRE DÈS HUSSITES
Celte assemblée eut encore à décider sur un autre arttcla que ceux dont nous venons de parler, et sa sentence a eu les plus graves conséquences. — L'empereur Charles IV avait fondé à Prague une université sur le modèle de celle de Paris , qui fut J>ientôt en vogue et très-fréquentée par tous les étudiants des pays voisins. Cependant Chnrles accorda plus tard de grands privilèges aux Allemands qui la fréquentaient, au grand mécontentement des Bohémiens , à tel point qu'ils forcèrent de retirer aux Allemands tous leurs droits. L'an 4409' (il était encore roi de Bohème), des milliers d'étudiants étrangers, mécontents de ce procédé, abandonnèrent Prague avec leurs professeurs, et allèrent fonder^ on augmenter d'autres écoles, telles que celles de Leipzig, Ingolstadt et Cracovie. Ce fut dans ce temps que Jean JIus, le plus enthousiaste et le plus savant des professeurs de Bohème, devint recteur de l'université. Il répandit bientôt des principes qui sortaient tout à fait de la voie ordinaire : c'étaient, en grande partie, les enseignements d'un certain Wiclef , prêtre et théologien anglais, qui vivait environ trente ans auparavant. Il déploya son zèle surtout contre la corruptiondes ecclésiastiques, et prétendit qu'il était contraire à l'Ecjcitnre qu'ils possédassent des biens temporels ; il poursuivit aussi tous les ordres religieux, et, dans l'emportement de. son zèle, il dit contre eux dès choses fort dures. Telles sont les leçons et bien d'antres semblables encore que Hus publiait; il s'éleva aussi avec chaleur contre la vente des indulgences. Bientôt il fut signalé comme hérétique , accusé comme tel et sommé de comparaître à Rome au tribunal du pape. Il n'obéit pas, et fut excommunié. Mais il avait déjà un parti puissant, et le roi même, Wenceslas, le prit quelque temps sous sa protection ; de sorte qu'on en vint, dans Prague et dans d'autres lieux de la Bohème, à des engagements où coulait le sang humain , et dans lesquels un autre professeur de l'université de Prague, ami de Uns , joua aussi un grand rôle. Hus fut alors sommé de venir se justifier au concile de Constance, et il y vint avec un sauf-conduit que lui délivra l'empereur Sigismond, sur la recommandation de son frère Wenceslas. Mais
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HISTOIRE DU PEUPLE ALLEHAIfD«
l'empereur n'eut pas alors la même fermeté qu'eut plus tarchCharles Y à l'égard de Luther, à l'assemblée de Worms. Il se laissa persuader de laisser violer sa parole impériale , sur la représentation « que sa parole ne pouvait pas être nuisible à la foi catholique, ni suspendre (a justice ecclésiastique; que d'ailleurs tout homme qui attaque la foi perd par 1^ même toute espèce de.droit. » Sigismond permit donc que l'on s'emparât de la personne de Hus^ et promit de ne plus s'occuper de cette affaire.
On exigea de Jean Hus qu'il rétractât tous ses écrits , sous peine d'être brûlé comme hérétique, li préféra ce dernier parti , et fut brûlé publiquement à Constance, le G juin 4415, et onze mois plus tard son ami Jérôme de Prague ie fut aussi. Ils moururent tous les deux avec une fermeté qui fut admirée même de leurs ennemis. Leurs restes furent jetés avec les cendres dans l^Uhin , dans la crainte qu'ils ne devinssent un objet de vénération pour les Bohémiens. — I^ nouvelle rapportée h Prague y causa de grands mouvements et une révolte ; les Bohémieqs imputèrent cette exécution de îlusà la haine des Allemands, et n'en demeurèrent que plus fortement attachés à ses principes. Ils allèrent même plus loin ; de nouveaux docteurs publièrent de nouveaux enseignements; et un certain Jacob de Miess se fit surtout une grande suite , en enseignant que la communion devait se faire sous les deux espèces. Les partisans de cette nouvelle doctrine s'assemblèrent sur une montagne, qui fut ensuite appeh'c la monlagne de Tabor , et la secte prit de là le nom de Taborite. Le roi Wenceslas n'osait pas troubler ces réunions , parce qu'elles montaient souvent jusqu'à quarante mille hommes; et, comme il arrive toujours en pareille circonstance, plus ils augmentèrent en nombre, plus le pape et rÊglise se déchaînèrent contre eux en les traitant comme hérétiques , et plus aussi allèrent-ils loin dans les consé-. quences. Bientôt même ils firent dans Prague une procession solennelle dans laiqnelle on porta le calice en grande pompe ; de sorte que Wenceslas, ne se croyant plus en sûreté, abandonna la ville. Il mourut peu de temps après, en H\9,^ — Un jour, le cortège des hossites passait devant l'hôtel de ville de Prague; quelqu'un jeta une pierre en bas qui vint frapper un de leurs prêtres; alors ils se préeipitèrent avec la plus extrême fureur dans
l'hôtel , et jetèrent par la croisée trcLee des conseillers; tandis que . la populace, dans l'ivresse dô la colère , les recevait en bas sor ses lances et les massacrait. Tel fut le signal sanglant de la révolte. Conduite par un nommé Ziska qui avait commandé Passant de rhôlel de ville, ils se répandirent dans le pays, pillèrent les couvents, torturèrent les prètrcî et dévastèrent les biens des catholiques. Sigismond , qui , après la mort de Wenceslôs , était devenu légitimement roi de Bohême, demaocla des secours à Tempire germanique contre les hussiles, et rassembla tuie armée considérable. Il entra en Bohême en 4420, et assiégea Prague; mais Ziska repoussa vaillamment l'assaut : l'empereur fut obligé de signer une trêve et de quitter le pays. L'an 4427, les princes allemands firent une nouvelle inva5ion en Bohême avec quatre arméëà; mais déjà l'effroi qu'inspiraient les hussites^ par leur fanatisme qui les rendait invincibles j était si grand , que ces quatre armées ne purent même soutenir \cut vue, et furent oWfgées de se retirer en désordre. Ainsi en ful-11 encore d'une antre armée que l'on portait jusqu'à cent mille hommes^ et qui y entra en 4434. Kllc fut si complètement battue près de Riesémberg, que dix mille hommes restèrent sur la place ; toute l'artillerie et les bagages furent perdus , e.t le cardinal Julien ne se sauva qu'arec peine , après avoir perdu son chapeau de cardinal , les insignes de sa dignité, et les bulles d'excommunication contre les hussites, qu'il portait avec lui. De leur côté, les hussites firent des excursions dans la Misnie , la Saxe , le Brandebourg, la Franconie, la Bavière et l'Autriche , et les dévastations qu'ils exerçaient claicnt effroyables ; c'était une véfltablc guerre de roliî^ion. Un des dogmes des taborites était eclui-rl *. « Quand toutes les villes de la terre seront brûlées et réduites à cinq, alors com* mencera le nouveau royaume du fnaitre^ car c'est maintenant le temps de la vengeance, et Dieu est un Dieu de colère. » Il ne restait plus maintenant que les voies de douceur, et toot portait à les prendre; on se donna beaucoup de peine pour faire un accommodement avec les hussites ; à la fin cependant le concile de Râle, assemblé sur ces entrefaites , y réussit. On accorda aux hussites le droit de communier sous les doux espèces, à la condition que les prêtres enseigneraient au peuple que le fils
finerroMÊ bu pëupîm AtAmmi.
&è Oieii est totii ëtltief soas chaque espèce. La pltià grande partie du peuple de Bohème accepta toldUtlcrs cet accomiDodement; mais deux partis plus exaltés ne voulurent entendre à aucune modération, à aucun accommode* iDcnt^ les taborites et les waiaen, qui avaient à leurjléte trocope le Gros et Procope le Petit* On en vint môme à une guerre déclarée entre eux et les pins modérés; mais ces derniers gagnèrent une grande bataille dans laquelle périrent les deux Procope, et alors seulement Tcmpereur Sigismond put se faire reconnaître rai de Bohème. Mais il n'avait plus qu'un an a vivre : il mourut en 4437^ à Fdge do soixantc- Heuf ans, après un règne de cinquante et un ans en Hongrie, dont vingt-huit, en Aile* magUe^ Cet empereur, malgré ses nombreuses et riches provinces , se trouva souvent dans le |)1us grand embarras d'argent , parce que ses fréquents voyages surtout e]S:igeaient de grandes dépenses. C'ost ainsi qa'an 4417 la marche de Brandebourg , qui était arrivée sotis CharlerlV à la maison de Luxembourg avec nn titre d'électeur et I^ charge de grand chambellan de l'empire , fut engagée au burgrave de Nuremberg, Frédéric de Hohcnzollern , pour une somme de 400,000 écns d'or qu'il avait^prétés en diiïérentes circonstances, entre autres pour le voyage d'Espagne, après le concile de Constance, lorsque Temperenr voulut aller engager Benoit XIH à abdiquer. Ce fut le 8 avril 45^ qn'eut lieu ù Constance la confirmation solennelle par laquelle la maison de Hohen^ zollerU fut mise en possession de cette province, et par suite fut rangée parnri les grands princes de l'empire. Par un tnoyen tout semblable, Frédéric le Balaillcur, margrave de Misnic et landgrave de Tbuiinge , acheta de l'empereur Sigismond pouf 400,000 marcs Télectorat de Saxe et le cercle do TVillcmberg, après l'extinctron du rameau de la maison d'Anbalt,qui possédait la Saxe , >Vittemberg et le droit élec« toral.
Pour conclusion sur le règne de cet empereur, ajoutons , encore, comme caractère <listinctif de cette époque , la Intte qui eut lieu entre le duc Loars de Bavière Ingolstadt et Henri de Landshnt. Tous les deux assistèrent^ m concile de Constance, et y portèrent devant l'empereur leur contestation au sujet des droits que Louis prétendait avoir sor le pays de son^ coifsiii* Lo duc Henri 1» Barki j c*élait sosk
surnom , se conduisit d'une mahlère tott Im*^ pertinente devant l'empereur, et tint même des propos injurieux poUr son cousin. Henri aluri s'emporta , courut à ses appartements, prit ses armes et vint k la rencontre de celui qui l'avait insulté, le renversa de cheval de deux coups de lance et s^enfuit ensuite de Constance. L'empe^* renr en colère voulut le mettre au ban de l'empire , mais Louis guérit contre toute attente î alors l'empereur pardonna h Uehti j sor l'intercession de son beau-frère, Frédéric do Brandebourg, prince électeur. Mais Louis n'en fut que plus furieux et avide de vengenuce ; il excita donc contre Henri une guerre sanglante, dans laquelle la Franconie , la Bavière et lu Souabe furent mises h feu et à sang; ear tous les deux s'étaient fait de nombreux partisans. Cependant l'avantage resta à Henri, et la n(h blesse de la basse Bavière f qui avait dénié sa suzeraineté j fut Obligée de se soumettre et do s'humilier devant lui. Il n*y eut que Oaspar le Tœrringien , le principal personnage de cette noblesse, qui refusa de plief, et alla même jus* qu'à sommer le due . Henri de comparaître devant la freiêiuhl de Wustphalie. ïclld était la considération de ce tribunal, que Henri se mil aussitôt en rotite pour la Westpbalie, accompagné de son beau frère , l'électeur dé Brandé^ bourg} mais, au conlraîrd, Gaspar le Tœrringiefl fit défaut; alors il fut condamné à être pendu comme calomniateur, et le château deTcerring, près de Salîbourg, fut rasé. L'électeur Frédéric et le duc Henri se firent agréger au nombre des Initiés de la femë,
ALBERT Hi
L'empire rentra, après la mort de Sigismond, dans la maison d'^otricbe , qui en soutint la grandeur et la majesté pendant une suite non interrompue de près de trois siècles. Les états de Hongrie et de Bohème , ne vemlant pas avoir l'air de rec(>nnaltre les dernières volontés de Sigismond , déclarent, leurs trérnes vacants, ot procèdent à l'élection d'un nouveau roi. Cependant jeur choix fut entièrement conforme aux dispositions testamentaires de ce prince. I^s Hongrois, assemblés à Presbourg , furent les premiers à se déclarer, par le concert le plus libre, en favenr d'Albert , dric d'Autriche, gendre et légataire universel de l'empe* recH' Sigismend i ils t'élt^rest lé 49 étmlH
brc 4437 , et le sacrèrent à Weissembourg , le premier janvier suivant, avec la reine Elisabeth, sa femme, après lui avoir fait prêter serment qu'il n'accepterait pas la couronne d'empire, dont les soins, disaient-ils , avaient empêché Sigisraond de veiller aux intérêts de la Hongrie. Les états de Bohème imitèrent cet exemple au mois de mai. Malgré l'opposition des hussites , qui s'étaient déclarés pour le prince Casimir, frère de Ladislas V, roi de Pologne, et son successeur sur le trône de cette république, l'élection impériale fut célébrée èl Francfort avec totites les cérémonies et tout l'appareil prescrits par la Bulle d'or. Il fut' d'abord question d'offrir la couronne à l'électeur de Brandebourg; mais l'électeurdeMayence fit échçuer ce projet , soit que l'évoque de Wurlzbourg, qui tremblait de voir un burgrave de Nuremberg occuper le trône d'empire, l'en eût détourné par ses représentations , soit qu'il se fût déjfi déclaré pour le nouveau roi de Hongrie. Il ramène tous ses collègues à son sentiment, et Albert IV, duc d'Autriche et roi de Hongrie, est élu roi des Romains, de leur consentement unanime, le 48 mars 4458. Ce prince était fils d'Albert IV, duc d'Autriche et de Carniolc, petit-fils d'Albert III et arrière-petlt-fils du duc Albert H , surnommé le Sage , qui était lui-même fils d'Albert I", roi des Romains, et premier duc d'Autriche de la race de Habsbourg; Le roi Albert balança quelque temps s'il ratifierait son élection. L'éclat de la couronne impériale ne l'éblouissait pas au point de lui faire oublier, la promesse solennelle qu'il avait faite aux Hongrois de ne la point accepter, et il ne se fdisait«point illusion sur les peines et les désagréments qui en étaient depuis longtemps les compagnes inséparables ; mais il céda enfin aux instances de ses alliés, et les états de .Hongrie lui ayant rendu, sur les représentations-dés Pères de Bàlc, la ps^role qu'il leur avait donnée, il consentit au vœu des électeurs, et ratifiasplcnnellement le décret de son élection. Au surplus, il ne parait pas que le roi Albert H ait jamais été sacré ni couronné roi des Romains.