‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 145 sur 165 · DIÈTE DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

DIÈTE DE NUREMBERG

Le roi des Romains et tes états prennent le concile de Bàle sous leur protection particulière, et travaillent à le réconcilier avec le pape. Leâ ambassadeurs d'Albert II y demandèrent d'ail*

HISTOraE DU PEUPLE ALLEMAND.

leurs des secours contre les Bohèmes et les Polonais. On taxa les juifs à une contribution extraordinaire, pour fournir auxfcaisiîu prochain sacre du roi des Romains. On porta beaucoup de lois relatives à la conservation de la tranquillité intérieure en Allemagne , et l'on publia enfin une sanction de paix publique, de l'aveu et da consentement des électeurs, des princes* ecclésiastiques et séculiers, des. comtes, des barons, des chevaliers, des écuyers et des villes. On proposa ensuite, afin de mieux exécuter ces règlements, de diviser TAllemagne en quatre cercles ou cantons ; de mettre à la tète de chacnn un directeur et un capitaine général, assistés de plasieurs conseillers tirés d'entre les états qui le composaient, et de leur confier le soin déjuger toutes les causes qui se rapporteraient an maintien de la paix , et de réprimer et de venger toutes les entreprises qui tendraient à troubler la sûreté et la tranquillité publique. Comme les électeurs et les princes ne purent pas s'accorder avec les villes sur les conditions de cet établissement, Albert II convoqua, a quelguc temps de là , une seconde diète è Nuremberg, et son commissaire , le célèbre Caspar Schllck , y donna de sa part le consentement royal au projet présenté par le collège des villes. L'AlIcmegne fut distribuée en conséquence en six cercles : le premier fut composé de la Franconic et du haut Palatinat, sous la direction de Télecteur de Brandebourg; le second devait comprendre les États de l'ancien duché de Bavière, et le directoire en fut confié à l'archevèqoede Saltzbourg; le troisième fut formé de la province de Souabe, et le comte de Wurtemberg en obtint le directoire ; le quatrième devait sVtendre sur les deux rives du Rhin , depuis Ràlc jusqu'à Collence, sous la direction de l'élecleur de Mayence; on comprit dans le cinquième tout le Bas Rhin , les Pays-Bas et la Westphalie, et l'électeur de Cologne fut mis à la tète des États qui le composaient ; enfinle sixième réunissait tous les États de la haute et basse Saxe, sous la direction de rélecleur doSaxe- Quelque salutaires que fussent les vues dahs lesquelles cet établissement fut résolu , la désunion des Étals et la jalousie que les deux collèges supérieurs continuaient de manifester en toute occasion contre les villes, le rendirent à peu près inutile.

Le concile de Bàle persistant à contrarier la I cour de Rome^ le pape Eugène IV le transfère à

fflSTOmE DU PEUPLE ÀLLEMANC,

Ferrare , sous prétexte de faciliter , par ce moyen, les conférences qui devaient être tenues entre lui et les ambassadeurs de Jean Paiéologue, empereur deConstantinople, pourréunir les Églises grecque etlatine. Le concile suspend le pape des fonctions du pontificat, comme contumax et incorrigible : toute la catholicité se partage entre cette assemblée et Eugène IV; la seule Germanie embrasse , par les conseils du roi Albert, une exacte neutralité.

Trente et unième sessiâh. Le concile publie quelques nouveaux décrets contre les grâces expectatives, contre les réserves et les autres espèces de provisions abusives que la cour de Romcavaitintroduites au préjudice des droitset des élections capitulaires, et contre les annates. Charles VII, roi de France, qui protégeait ouvertement le concile de Bàle, adopta tous ces décrets et en composa sa pragmatique-sanction, arrêtée à Bourges dans une assemblée générale des états de la monarchie française.

Le prince Casimir de Pologne se i>end en Bohême, sur l'invitation des hussites , pour s'emparer de ce royaume. Le roi conduit contre lui une armée que les princes d'Allemagne lui avaient formée, et le chasse de la Bohème, de la Silésie et de la Lusace. Les Bohèmes se soumettent au vainqueur , et là paix est rétablie dans ces provinces.

(4459.) Assemblée générale des étais d'Allemagne d Mayence. Les rois de France , de Castille, d'Aragon et de Portugal, y envoyèrent des ambassadeui^s pour travailler , de concert avec le roi Albert II , à la réconciliation du pape Eugène IV et du concile de Bàle. Ces soins furent inutiles ; mais les états, éclairés par les commissaires d'Albert et par Texemple du roi de France, adoptent les décrets du concile de Bàle , touchant l'abolition des annates , des réserves et des expectatives , et le rétablissement universel des élections canoniques , et ils les rédigent en forme de pragmatique-sanction, revêtue de toutes les solennités qui pouvaient lui donner une consistance légale. Les légats d'Eugène IV protestent contre ces résolutions, et les déclarent attentatoires aux droits et aux prérogatives du saint-siége.

Le concile de Bâle continue ses procédures contre ce pontife, et le dépose enfin comme hérétique, relaps, schismatique, rebelle à l'Eglise universelle, et dissipateur des biens de l'Eglise. Eugène IV transfère le concile ultramontain de

Ferrare à Florence , et y conclut avec l'empereur Jean Paléologue et le patriarche de Constantinople un décret d'union entre les Eglises grecque et latine ; mais le respect et la déférence que les Grecs montrèrent en cette occasion pour le saint-siége ne durèrent pas plus longtemps que la terreur que les Turcs leur avaient inspirée, et que le besoin qu'ils croyaient avoir du secours des puissances catholiques pour se soutenir contre eux.

Le sultan Amurat II, après avoir menacé Constantinople , se jette sur la Servie et s'en empare. Le despote de ce royaume demande des secours h Albert II , et lui cède pour les hâter la forteresse de Belgrade. Ce prince se rend en Hongrie pour** s'opposer aux progrès des Ottomans, qui menaçaient les frontières de ce royaume. Trahi par jes Hongrois , obligé de se retirer jusqu'à Bude , il meurt à Langendorff, entre Gfan et Vienne, laissant la reine Elisabeth, sa femme, enceinte. Elle accoucha, après sa mort , de Ladislas , surnommé le Posthume , qui fut roi de Hongrie et de Bohème, et mourut sans héritiers en 4458.

L'Allemagne perdit dans Albert II un des plus grands princes qui l'eussent jamais gouvernée* Tous les historiens s'accordent à lui attribuer les qualités les plus éminentes du cœur et de l'esprit; et les regrets universels dont sa mort fut suivie justifient ces éloges. Egalement grand dans la paix et dans la guerre , connaissant les devoirs de la royauté , aimant à les remplir sans retour sur soi-même , il aurait été le restaurateur de l'empire, si une mort prématurée ne l'eût pas ravi à l'amour et à l'espérance des peuples.

Les villes d'empire, instruites de la mort du roi des Romains , forment entre elles une ligue générale, dont la condition principale était qu'elles ne reconnaîtraient pas le futur empereur , à moins qu'il ne leur confirmât d'avance tous leurs privilèges.

Le concile de Bàle élit pour souverain pontife Amédéc, duc de Savoie, qui s'était rttiré dans la solitude de Ripailles , sur le lac de Genève , après avoir remis son duché à son fils. Cet anti-pape prit le nom de Félix V ; mais il ne trouva point d'adhérents déclarés , les principales puissances catholiques ayant embrassé une neutralité exacte entre le concile de Bàle et le pape Eugène IV.

JM

FREDERIC m.

Les éleclours placèrent sur le trôae Frédôriiî, duc de la branche d'Aiitriche-Styric , cousin d'Albert 11. Il ne fut point avare, comme 1*011 accusent des IiisloHens qui lui supposent dos trésors qu'il n'avait pas. On lui reproche avec plus de justice de l'inconstance et une cxlrônie. lenteur, qui ne l'cmpôchôrent cepcn* dant pas de jeter Jes fondements do la grandeur do sa maison. La mort prématurée d'Albert avait laissé les affaires dans un état critique. Sa veuve, Elisabotli, était enceinte. Frédéric fut nommé gouverneur de l'Autriche, et tuteur du jeune prince, si elle en mettait un au monde; »i elle accouchait d'une fille , il devenait, avec «on frèi-O Albert, héritier de l'Autriche, qu*il érigea en archiduchô en 4433. Les Hongrois n'attendirent pas les couches de l'impéralrico pour donner leur couronne à >Vladislas, roi do Pologne. Elisabeth ayant , peu do temps après , donné le jour à un fils nommé Ladislas, le mo^ narque polonais parut se contenter du titre de gouverneur^ mais il n'ciU jamais rendu le sceptre à son pupille, si la mort no le lui eût arraché. Les Bohèmes, dont Albert , duc de Davière , avait refusé le trône , nommèrent , do l'avis de Frédéric, deux administrateurs du ^yaume , Mainard de Ncuhass , de la part des oatholiques, et Henri Ptarsko, qui fut choisi par les uiraquistcs ou communiants sous les deux espèces. — Les Suisses faisaient depuis quelque temps une guerre heureuse à la ville de Zurich , qui avait prétendu s'approprier la succession du comte de Toggenbourg. L'origine do cette discussion remontait à la donation des terres autrichiennes faite par Sigismond au concile de Constance. Frédéric crut voir dans CCS troubles l'occasion de recouvrer les anciens domaines de sa maison en Suisse , et fit alliance avec les Zurichois , sans être en état de leur fournir des secoui*s lorsqu'ils lui en dcniandèî-ent. Le roi de France Charles VII lui envoya, sous la conduite du dauphin (depuis Louis XI), quarante mille Armagnacs. Celte armée arriva aux environs de Mie en 4-UL Seize cents Suisses appelés au secoui*s de celle ville osèrent lui disputer le passage, el furent exlerminésy à la réserve de seize, qui périrent ensuite par la main de leurs compatriotes comme des lâches iudigncs de leur patrie. Les vaiu-

msrrOtllË DU l^ËUPLE ALLBMAim.

qneurs , après avoir ravagé nnù partie de h Suisse , se retirèrent en Alsace , où ils ne commirent pas de moindres dégâts. Le dauphin, menacé d'une déclaration de guerre par la diète de Nuremberg, ne se pressa point de retirer ses bandits de l'Alsace : cette retraite n'eut liea qu'à la médiation du comte palatin. Quant aux Suisses, leur défaite les intimida; les hostilit/'s continuèrent avec des succès variés ju.«îqa*ea H47, que la paix fut conclue, il fut particulièrement décidé que la confédération helvétique ne pouvait avoir ou conserver d'alliance avec la maison d'Autriche; en conséquence, celle de Zurich avec l'empereur fut rompue, et le ravage de l'Alsace fut le seul fruit des projets de Frédéric.

Les affaires du concile continuaient à occuper TAllemagne. Dans une grande assemblée tenac à Mayence on \M\ , Nicolas, archevêque de Palcrme, connu sous le nom de Panormitan, et le premier canonisle de son siècle , avait plaidé avec énergie la cause dq concile; et Nicolas de Cusa avait parlé pour Eugène , qui venait de réunir pour un instant les deux Eglises. Le pape voulait toujours la ti^anslation du concile. Frédéric, qui lui avait demandé la confirmation do son élection, le protégeait par reconnaissance. En ^45^ le pape déposa de sa pleine puissance les archevêques de Trêves et de Cologne , qui étalent an nombre de ses adversaires. Les deux prélats portèrent leurs plaintes à l'empereur, àTcmpirc, et surtout aux autres électeurs, dont ils réclamèrent les secoui's en vertu de l'union arrêtée entre euià Francfort en 4458. Le collège électoral s'assembla aussitôt : il forma une nouvelle \kv,e (4440), par laquelle il s'engagea à ne reconnaître Eugène qu'à condition qu'il reconnaîtrait lui-même raulorilc des conciles étaMic par ceux de Constance et do 13àle; qu'il en convoquerait un nouveau pour !e premier jour de mai 4 447 à Constance ou à Sli^asbourg, Mornis, Mayence j Trêves, à son choix; qu'il ratifierait les décrets de BAlc, exceptés i>ar l'empereur Albert et la nation ; enfin , qu'il annulerait toutes les innovations faites depuis la neutralité. Les députés qu'ils envoyèrent à Rome furent maltraités par le pape. A leur retour, on se déelara jwur le concile; néanmoins l'adresse d'OEneas Sylvius (qui fut depuis pape sous le nom de Pie II) concilia les esprits : Eugène accoi'da les artlcks do l'uniou électo*

raie; nais il monrnt peu de temps après. Nicolas y, en montant sur le trône pontifical (4447>, reconnut que les papes avaient abusé de leur pouvoir en revissant la juridiction des évoques , et que de son côté le concile de Bàle avait trop restreint l'autorité du chef de l'Église, exprimant en môme temps sa volonté de rati- ' fier et d'exécuter les articles convenus entre la nation et Eugène. Les intérêts réciproques furent réglés par le célèbre concordat germanique , rédigé de concert avec les ambassadeurs de Nicolas dans une diète tenue à Aschaffenbourg. L'Allemagne se soumit à Nicolas; Félix lui-même donna son abdication ; et les Pères de Bàle , retirés à Lausanne parce que Frédéric avait révoqué leur sauf-conduit , élurent eux-mêmes Nicolas. Ils ne se séparèrent qu'en 4 449.

Frédéric avait pressé la renonciation à la neutralité par envie de se faire couronner en Italie. Il fut le dernier monarque Jaloux de cette cérémonie. Milan venait d'éprouver une révolution. Après la mort de son duc, Philippe- Marie , le dernier des Visconti , en ^ 447 , il y cnt plusieurs aspirants à sa souveraineté. Charles, duc d'Orléans , la réclamait du chef de sa mère , Valentine , sœur de Philippe-Marie; Alphonse , roi de Naples et d'Aragon , y prétendait à titre d'héritier testamentaire; François Sforze, comme ayant épousé une bâtarde du dernier duc, quoique bâtard lui-même d'un soldat de fortune , se mit sur les rangs. Il y eut d'abord trois partis dans Milan, et bientôt cinq. Cette ville en forma un elle-même, parce qu'elle voulait s'ériger en république; et l'empereur en eut un autre, réclamant la succession de Philippe-Marie comme fief dévohi à rerapire. Sforze soutint ses droits par Tépéc. Les Milanais, réduits à l'extrémité , demandèrent des secours h Tempereur, et n'en reçurent pas, quoiqu'ils fussent convenus avec Œneas Sylvius de se soumettre à l'empire à cette condition. Sforze triompha de tous ses rivaux et s^empara du Milanez. L'empereur passa quelque temps en Italie (4452), où l'appelaient son couronnement à Rome et son mariage avec Éléonore , princesse de Portugal , nièce du roi de Naples Alphonse. Il ne parut pas en Lombardie, contrairement à r^usage. Sans troupes , sans appareil de guerre, il fut reçu des Italiens avec les plus grandségards, et défrayé dans tous les lieux de soa passage. II jura de ne faire à Home

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aucun acte de souveraineté sans te consentement du pape, et céda même le pas aux cardinaux. Nicolas lui donna la couronne d'Italie et la couronne impériale , bénit son mariage et lo congédia.

Succession de Ladislas. — Les 7\krc4»

Le jeune Ladislas avait accompagné son tuteur en Italie. Les Autrichiens, les Hongrois, depuis la mort de Wladislas , el surtout les fio* hêmcs, avaient inutilement prié Fii^déric dû leur remettre leur roi. lis se liguèrent- enfin , résolus de le lui arracher de force. A son re» tour de Rome, ils lui signifièrent hardiment qu'il eût à leur livrer Ladislas ; et , sur soi| refus, ils marchèrent vers Neustadt, où il s'était retiré avec son pupille. Il voulut les combattre | malgré les avis d'OEneas Sylvius. Vaincu. trois fois de suite , il remit Ladislas aux Uongroi$t Ladislas , guidé par les conseils de son oncle | le comte deCilley, gouverna ses États jusqu'en 1457 , que la mort l'enleva à la fleur de Tàge» En vain l'empereur forma des prétentions sur la Bohême et la Hongrie ; les Bohèmes élurent George Podiébrad, et les Hongrois, Mathias Corvin , fils de Jean Huniade. De toute la succession de Ladislas , il ne conserva que l'Autriche, qu'il dut encore partager avec soa frère Albert et son cousin Sigismood , comte dé Tyrol , avec la clause que chacun d'eux aurait une demeure particulière dans la forteresse dp Vienne. Ce partage fut une source de troubles. Cependant les Turcs, maîtres de tout TempirQ grec, que Mahomet II prit en \ 455, menaçaient l'Allemagne.

En 1 444 , Wladislas , après une grande vie* toire, avait conclu et juré sur l'Évangile une trêve de dix ans avec Amurat II ; mais le papu Eugène IV l'avait délié de ses serments en déclc^ rant le traité nul et impie , et on avait repris les armes la même année^ Les Hongrois perdirent la journée' de Warna en Bulgarie; Wladislas même y fut tué avec le cardinal Julien* En 4448, les Hongrois, voulant réparer leur honneur, furent encore massacrés , et Jean Huniade, qui les commandait, n'échappa qu'avec peine. Si Scanderbcg , prince d'Albanie , n'eût alors occupé les forces ottomanes, la Hongrie se fût trouvée dans le plus grand péril avec les États voisins. Frédéric voulut armer l'Europe

HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND

contre rorient. Pendant son conrt séjour à Rome, il porta le pape à prêcher une croisade; le projet en fut proposé dans différentes diètes , à Ratisbonne , à Francfort , à Neustadt ; mais le peu de zèle que Ton put manifester se ralentit encore par la mort de Nicolas V. Pendant ces discussions, Mahomet méditait, après la prise de Constantinople , d^étendre ses conquêtes en Occident; il assiégea Belgrade, qui dut son salut à la valeur d'Huniade. Le conquérant se Tengea de cet échec sur les contrées voisines , et l'Allemagne sa vit plus menacée que jamais. Les princes de l'empire , au lieu de resserrer Tunion entre eux, s'élevèrent en menaces contre lepape'CalixtelIi et contre l'empereur. OEneas Sylvius , qui succéda à Calixte sous le nom de Pie II , reprit avec zèle le projet de la croisade (4459) , mais il n'y réussit pas.

L'empire était en feu (4460). Louis , duc de Bavière-Landshut (la maison de Bavière était partagée en plusieurs branches, savoir : de Munich, d'Ingolstadt et de Landshut), s'était emparé de Donawert , ville qui , sous les règnes précédents, avait secoué le joug de sa maison. D'autre part, Frédéri'c le Victorieux, comte palatin , chargé de la tutelle de son neveu Philippe , avait pris le titre d'électeur et s'était fait reconnaître par le collège électoral en adoptant son neveu pour son fils, et en promettant de iie pas se marier; mais il ne tint pas parole. L'empereur ne voulut pas approuver celte usur-' pation. Etienne, comte palatin de Deux-Ponts; Thierri d'Isembourg , archevêque de Mayence ; Ulric , comte de Wurtemberg, presque tous les voisins du Palatinat y formèrent des prétentions. L'empire se trouva partagé en deux grandes factions : Tune ayant l'empereur pour chef contre la maison de Bavière et la maison palatine ; l'autre , composée des partisans de ces deux maisons, et soutenue par Albert d'Autriche, frère et ennemi de Frédéric III. L'archevêché de Mayenee , le Palatinat , la Bavière , la Franconie, furent saccagés. Les nonces du pape négocièrent en vain la paix; les hostilités ne cessèrent qu'après la bataille de Pfedersheim , . qui rendit l'électeur palatin vainqueur de tous ses ennemis. Louis de Landshut n'eut pas autant de bonheur; il fut obligé de renoncer, à Donawert. Le pape travaillait autant qu'il était en lui au rétablissement de l'ordre , et reprit son projet de croisade sans plus de succès que la première fois. Les princes, fatigués de

l'incapacité de l'empereur, tinrent plusieurs assemblées où il fut question de le déposer. Frédéric intrigua pour rompre ces funestes assemblées ; il gagna Télecteur de Saxe et fît une ligue avec le pape , qui avait lui-même de violents démêlés avec l'archevêque de Mayence, l'âme de tous ces troubles, qui dégénérèrent en une guerre civile. Pie II déposa ce prélat, et le remplaça par Adolphe , comte de Nassau, qui fut à l'instant reconnu par l'empereur et par la plupart des princes. Thierri demaoda l'assistance de Frédéric le Victorieux, qui ne craignit pas, en épousant sa querelle, de réveiller ses anciens ennemis. Le margrave de Baden , son frère l'évêque de Metz , le comte palatin de Deux-Ponts , l'évêque de Spire , le comte de Wurtemberg , se rangèrent du parti d'Adolphe , et les provinces rhénanes furent de nouveau la théâtre de la guerre (1462).

Frédéric triompha encore. Â la bataille de Seckenheim , il fit prisonnier le comte de >Yurtembcrg, le margrave , l'évêque de Metz, et les mit aux fers comme des brigands. Mais à l'instant même où la fortune semblait protéger Thierri , l'intérêt renverea ses projets. Le chapitre de Cologne ayant élu archevêque son frère Robert, l'électeur palatin craignit que le pape ne refusât de confirmer l'élection s'il continuait à défendre le prélat déposé; il l'abandonna, et cet abandon amena la paix. Adolphe garda Tarchevêché ; oh laissa à Thierri quelques villes et quelques bailliages avec leurs revenus; Frédéric ne relâcha ses captifs que moyennant de fortes rançons, et c'est à lui que revint le plus grand avantage de la guerre. Tandis que le cours du Rhin était ensanglanté , la Franconie, la Bavière et l'Autriche étaient en flammes. C'était l'œuvre d'Albert, frère de l'empereur, qui s'était ligué avec le roi de Hongrie, et Louis , duc de Bavière , contre Frédéric lit. Au même instant une révolte dangereuse éclata à Vienne. Le général de l'empereur, Albert, margrave de Brandebourg, après avoir été vaincu à Giengen par Louis , porta le fer et le feu en Bavière. Des princes assemblés à Nuremberg ménagèrent une trêve qui suspendit les dévastations. — 11 n'y avait point de province en Allemagne où la noblesse eût poussé plus loin l'indépendance qu'en Autriche. Tout le pouvoir était entre les mains des états, et îl ne restait au prince qu'un vain titre. Frédéric réclama des domaines dont on s'était saisi après

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la mort de Femperenr Albert ; on lui répondit par des déclarations de guerre : Tincendie éclata par une disette-qui se fit sentir dans Vienne.. Le peuple mutiné demanda du pain et un prince ' capable de le gouverner. ' ^

Un homme obscur, nommé Holzer, se mit à la tète des séditieux , jeta en prison les magistrats dévoués à Frédéric, se saisit du gouvernement de la ville , et en ferma les portes à l'empereur, qui était accouru avec, un corps de troupes. Il ne les lui ouvrit qu'après mille humiliations auxquelles l'empereur se soumit , dans la crainte qu'on ne maltraitât sa femme , qui était dans la citadelle avec son fils Maximilien. On entama des négociations qui neflrentqu'aigrir lés esprits. Hoizer refusa d'élargir les magistrats prisonniers ; on arrêta des conseillers du prince , on pilla les maisons de ses partisans , et on l'investit lui-même dans la citadelle , afin de s'assurer de sa personne par force on par famine. Albert vint se joindre aux rebelles , et commença le siège. L'empereur se défendit jusqu'à ce que la disette le contraignit à demander du secours à Tempirc. Les princes s'assemblaient à Ratisbonne, quand un courrier vint leur annoncer qu'il n'avait plus de munitions que pour trois semaines. A cette nouvelle , le roi de Bohème se mita la tète de ses Iroupes , marcha en hâte sur Vienne , délivra Frédéric , se rendit arbitre entre lui , Albert et les Viennois , et la paix se fit. Le gouvernement de la basse Autriche fut cédé pour huit ans à Albert, à charge de payer annuellement quatre mille ducats à l'empire. L'harmonie fut bientôt détruite par la mauvaise foi du duc. Les Viennois eux-mêmes regrettèrent de s'être donné un maître si dur. Hoizer crut pouvoir opérer une seconde révolution en favorisant Frédéric. Les deux frères ayant repris les armes , il tenta d'introduire des troupes impériales dans Vienne. Albert les repoussa , et le fit écarteler publiquement en récompense de ses perfides services. Cette guerre , interrompue par quelques trêves momentanées, finit enfin à la mort d'Albert ( 4 465 ). L'empire commença à jouir d'une lueur de paix. George Podiébrad avait terminé par ses négociations les anciennes querelles de l'empereur , du duc de Bavière et du margrave de Brandebourg. Pie H , toujours occupé de la guerre contre les Turcs , avait réussi d'un autre côté à réconcilier Frédéric et Mathias Gorvin. Un article essentiel du traité , c'est que Maximilien devait 3uccéâer au roi de

Hongrie dans le cas où ce dernier mourrait sans enfants. Le calme un peu rétabli , on revint aux anciens projets , la paix publique et la guerre des Turcs. Mais cette fois encore il y eut assemblées sur assemblées, et point de résolutions. Cependant, à la dernière diète de Nurembei:g ( 4467), les électeurs et les princes furent enfin d'accord pour publier une paix publique pour cinq ans : l'empereur l'ordonna » déclarant coupables de lèse -majesté ceux qui la violeraient. On avait repris / dans le dessein d*en assurer l'exécution, le projet d'Albert de diviser l'empire en six cercles , et d'établir un tribunal impérial, composé de vingt-quatre assesseurs pris dans les six cercles , et auxquels serait joint un juge impérial. Frédéric refusa d'y acquiescer, et le projet s'évanoi4t , du moins pour quelque temps.

La guerre des Turcs éprouva plus de difficultés que la paix publique. En vain Pie II, croyant armer l'Europe par son exemple, s'était rendu à Ancône , où les croisés devaient s'assembler ; personne n'avait f emué. Si une diète avait résolu d^envoyer^ vingt mille hommes en Hongrie , on n's^vait pu s'accorder sur les contributions de chaque État, et le pape avait luimême fait avorter le projet par ses procédures contre les hussites. Il avait défendu aux utraquistes la communion sous le» deux espèces^ et annulé les Pacia conventa arrêtés avec le concile d^e Bàle : il eût sans doute excommunié George Podiébrad, zélé hussite, si la mort ne l'eût désarmé. Son successeur, Paul U , exécuta ce dessein. Le roi de Bohème fut excommunié , privé de ses droits à la couronne ; une bulle délia ses sujets du serment de fidélité, et un légat eut ordre d'aller offrir le trône à Casimir , roi de Pologne , qui le' refusa. Mathias Corvin l'accepta et conquit la Moravie ; mais Podiébrad se maintint comme roi de Bohème jusqu'à sa mort, en 4474. Frédéric III , oubliant les services que lui avait rendus Podiébrad , persuada le roi de Hongrie d'accepter les offres du pape; mais il cabalà bientôt contre Mathias , se réconcilia avec Podiébrad, et l'engagea à désigner pour son successeur Wladislas, fils de Casimir. La crainte que le monarque hongrois , venant à réunir la Bohème et la Hongrie , ne formât aussi .des prétentions sur l'Autriche , était le motif de ses intrigues. Cependant les Turcs étaient aux frontières; ils dévastaient déjà la CrQatiç et la Carniole. Frédéric assembla une

diète à Satisbonne , et sollicita les secours de | l'eippiie.

Des ambassadeurs du pape , des Vénitiens et d'autres puissances ^ appuyèrent ses instances. Lesétats accordèrent dix mille hommes à Tempereurpourlasùretédeses provinces, en attendant qu'on rassemblât une armée plus forte. Mais, lorsqu'il fut question de lever ces dix mille bommes, il n'y eut plus d'accord : le denier commun accordé par les princes et les électeurs fut refusé par les députés des villes, sous prétexte qu'elles étaient taxées trop haut; les dix mille hommes , Tarmée qui devait écraser les Turcs, tout s'évanouit (4474 ) ; d'autres assemblées tenues à Nuremberg et à Augsbourg n'eurent pas plus de supcès. Frédéric , irrité de cette dés* imion des états ^ fit des ordonnances pour le maintien de la paix publique , et s'occupa de la ]*éforme de la^ chambre impériale. Ce tribunal, dont l'archevêque de Mayence , Adolphe , fut pommé juge , devait rendre la justice en tout temps, pourvu que l'empereur fût dans Tcmpire ^t qu'il ordonnât les séances. Ses fonctions cessaient donc pendant l'absence du monarque. Cette interruption fut un des motifs qui engagèrent les états à demander l'établissement d'un tribunal permanent. — Charles le Téméraire avait eu de son père, Philippe le Bon, le duché 4e Bourgogne , la Franche-Comté , l'Artois , la Flandre, et presque toute la Hollande. 11 voulait nvoir le titre de roi. Frédéric consentit à ériger la Bourgogne en royaume , dans l'espoir d'obtenir pour son fils Maximilien la main de Marie, fille unique et héritière du duc. Une assemblée fut convoquée à Trêves pour la conclusion de cette affaire. Les deux princes s'y rendirent ( i 475 ) ; mais Frédéric joua Charles , et ne tint pas ses promesses. Charles retourna furieux en Bourgogne. En 4474 il fit à l'empereur une guerre sans impoitance , perdit son temps au siège de Neuss , et consentit, en 4475 , à une paix qui fut conclue par la médiation d'un légat du pape. Charies fut tué au siège de Nancy , en 4477. Son héritière vit une foule d'aspirants rechercher sa main , et plus encore ses grands biens.

Le roi de France Louis XI, qui réunit le jluché de Bourgogne à sa couronne comme fief masculin , conçut le projet d'y réunir le reste de rhéritage, en négociant le mariage de la princesse avec le dauphin 5 mais il échoua, et ne put s'emparer que de l'Artois. L'archiduc

Maximilien supplanta tous ses rivaux, et épousa la ducliesso de Bourgogne quatre mois après la mort de Charles le Téméraire. Co mariage entraîna une guerre contre la France; la victoire remportée par Maximilien à Guinegate, en 4 479, engagea Louis XI à traiter de la paix. Elle fut conclue à Arras l'année même de la mort de Marie, en 4482; mais aucun des articles de ce traité ne fut exécuté. — Loin de pouvoir secoorir son fils, Frédéric était accablé d'ennemis. Les Turcs, qui étendaient leurs coui*ses jusque dans le pays de Saltzbourg, le faisaient trembler, tandis que ses États héréditaires succombaient sous les armes de Mathias Corvio , qu^il avait irrité en donnant à Wladislas, fils de Casimir, l'investiture de la Bohème, de rélectorat et de l'office de grand échanson. Vienne était au pouvoir du monarque hongrois ; de toute la basse Autriche, il ne restait plus que Neustadt à réduire, lorsque Frédéric se réveilla. Il convoqua une diète à Francfort» espérant obtenir les se* cours dont il avait besoin; il eut d'abord desj^romesses, puis un refus formel dont il Aitdédoni' mage jusqu'à un certain point par l'élection de son fils Maxinrilien comme roi des Romains (i486). Ce jeune prince fut couronné à Aix-la- Chapelle. La paix publique fut ordonnée pour dix ans : mais on laissa subsister le germe des désordres, la loi des défis; et cette paix n'eût pas été mieux observée que les autres, sans la ligue de Souabe , que Frédéric, établit dcnx ans après , et qui en maintint l'exécution ; bien différente des ligues antérieures, qui, sous prétexte de conserver l'ordre et la tranquillité , avaient bouleversé l'État.

Cependant' Mathias pressait vivement Ncnstadt. L'empereur arracha, non sans peiue, quelques secours aux électeurs (4487), et parvint sans combattre à conclure une trêve avec Mathias. Celui-ci gardait ses conquêtes en Autriche jusqu'au remboursement des frais de la guerre; après sa mort elles revenaient à Tempereur ou à ses héritiers : comme il n*avait pas d'enfants, on eut grand soin de stipuler la confirmation des anciens traités dans leur entière valeur. Cette trêve, quelquefois renouvelée, même changée en paix, dura jusqu'à la mort de Mathias, en 4490. Maximilien réclama alors la couronne de Hongrie, en vertu des traités de succession qui venaient d'être ratifiés : on ne l'écouta pas ; et >Vladislas, roi de Bohême , fut placé sur le trône des Hongrois^ 11 voulut

BISTOIRB DU nXmJR AULBMAND.

soutenir sofi j^rétenlions. Aprôs avoir cluissé les garnisons hongroises do rAutriche, il entra en Hongrie , s'empara de Stohhveissembourg ; mais la désunion de ses troupes et le défaut d'argent Tobligèrent à abandonner ses projets , cl à laisser le trône à Wladislas. 11 y eut cependant un traité de paix qui rendait la maison d'Autriche héritière de la Hongrie, après la mort de >VladisIas et Textinction de ses descendants mâles. En 4488, les Flamands révoltés, soutenus par Charles VIH, roi de France, jetèrent Maximilicn dans une prison h Bruges. L'empire rassembla quinze mille hommes, que Frédéric conduisit en Flandre ; mais son fils était en liberté quand il arriva; la guerre continua quelque temps encore de ce côté sans faits importants. Au sujet du mariage du roi de France avec Anne, duchesse de Bretagne ( Maximilien avait épousé cette princesse par procuration en 4490), le roi des Romains eut une guerre à soutenir contre Charles VIII. 11 se voyait au moment do perdre la succe^ion de Bourgogne, lorsque le roi de France, qui voulait cntreprendrelacouquéte du royaume de Naples, demanda la paix, et rendit parle traité de Senlis, en 1492, la Franche-Comté et l'Artois. Frédéric III mourut en 4495. II avait gouverné sojfis fermeté, indifférent au bien de l'empire , s'occupant d'astrologie et d'interprétation de songes. C'est au commencement de son règne , vers 445G ou 1440, que Timprimerie fut inventée à Strasbourg par Jean Guttemberg, gentilhomme originaire de Mayence.

er

MAXLMILIEN I

Maximilien était actif, courageux , assez habile en politique, protecteur des lettres qu'il cultivait, ami des savants, savant lui-même^ hardi ù faire des projets , mais rarement heureux. H compta trop surtout sur des secours qui lui manquèrent, et que la dissipation de ses finances rendait nécessaires. Généreux jusqu'à la prodigalité, il ne connaissait pas le prix do l'argent. Depuis l'invention de la poudre, le système militaire de l'Europe était changé. Il n'était plus question de monter à cheval avec quelques vassaux, et d'envahir en brigand les terres de son voisin : l'artillerie, coûteuse par elle-ménie, rendait les campagnes ruineuses par l'entretien d'une infanterie indispensable. L'argent était devenu plus que jamais le pre*

mier nerf de la guerre , surtout en Allemagno, où il n'y avait pas do troupes régulières comme en France, où les vassaux refusaient le service, et mettaient le souverain dans la nécessité d'acheter leurs bras au prix qu'ils voulaient. Il fallait donc avoir des finances , ou ne rien entreprendre, ou succomber dans ses entreprises; car l'empire ne se remua pas plus pour Bfaxi* milieu que pour son père. Le système politique de l'Europe n'avait pas moins changé que le système militaire. Les puissances, jusqu'alors occupées de vues étroites et de petits intérêts, commentaient à se gouverner par des prin« cipes.

I^ France, devenue tout d'an coup une monarchie formidable par Texpulsion des Anglais, par la réunion de la Provence, du Dauphiné , de la Bourgogne et de la Bretagne , avait opéré cette révolution en excitant la crainte et la jalousie de ses voisins. On étudiait ses démarches , on sondait ses desseins , daus l'intention de s'opposer à ses projets d'agran* dissement. Les intérêts vont donc se croiser, se mêler. L'ambition de Charles YIII mit d'abord l'Europe en mouvement. Ludovic Sforze, dit le More , fils de François Sforae , avait enlevé Milan au jeune duc Jean Galéas, son neveu* Ferdinand , roi des Deux-^iciles , beau-père de Jean Galéas, menaçait l'usurpateur. Celui-ci rechercha d'abord un titre capable de colorer son injustice. Maximilien lui vendit l'investiture du Milanez , quoiqu'il eût épousé la soeur de Jean Galéas. Investi , allié avec les Vénitiens et le pape Alexandre VI, Ludovic chercha encore à susciter des troubles dans le royaume de Naples. De concert avec le pape, il invita Charles VIII à la conquête de ce royaume. Charles y réussit , malgré les efforts de ses alliés, qui se repentirent trop tard de l'avoir appelé (4 495). Les Italiens se réunirent dans le dessein de chasser les Français. Ludovic Sforze , Alexandre VI , Ferdinand le Catholique , roi d'Aragon , et les Vénitiens, entrèrent dans la ligue conclue à Rome. Maximilien f qui tenait une diète à Worms , y accéda , et fit tous ses efforts pour y entraîner l'empire. Mais les princes lui donnèrent des subsides si faibles , qu'il me put envoyer en Italie que trois mille hommes, an lieu de neuf mille qu'il avait promis. Charles remporta sur les alliés la victoire de Fornoue , mais perdit sa conquête.

La diète de Worms de 4 495 fait époqae dans

HISTOIRE BU MTJPLE ALLEMAND

rhistoire d'Allemagne. On y reprit les projets de la paix publiqae et de la chambre impériale. La première était devenue indispensable depuis le nouveau système militaire, parce que les villes et les seigneurs se trouvaient à la merci de quelques princes dont la fortune pouvait fournir aux dépenses qu'exigeait la guerre. Maximilien , que ses entreprises et Tcpuisemeiît de ses finances mettaient dans l'obligation de ménager Tempire» se prêta aux vœux de la nation. L'ordonnance de la paix générale et perpétuelle fut promulguée, le droit de difûdation aboli , et toutes les voies de fait prohibées, sous peine à l'agresseur d'être traité comme ennemi public. Afin de maintenir l'exécution de la paix , l'empire fut divisé en six cercles, ayant chacun un capitaine général chargé de juger les causes relatives k cette paix» autorisé à poursuivre tout infracteur avec les troupes du cercle , et même à convoquer celles des cercles voisins , si le cas l'exigeait. Dans une diète tenue à Cologne en 4542, il y eut une nouvelle division de l'empire en dix cercles : TAutriche , la Bavière , le bas Rhin , la haute Saxe, la Franconie, la Spuabe, le haut Rhin, la Westphalie, la basse Saxe et la Bourgogne. On n'en compta que neuf après la réunion de la Bourgogne à la couronne de France.

Les violences réprimées, le cours de la justice rétabli, les procès devaient se multiplier : un tribunal de justice supérieure était d'une nécessité absolue. Maximilien fit l'ordonnance de la chambre impériale, renonçant au droit de condamner au ban , se réservant la nomination du grand juge et des conseillers, qui devait cependant être faite de l'avis et du consentement des états, dans une assemblée générale; et celle-ci devait se tenir régulièrement une fois par an, afin de remplir les places vacantes et d'aviser aux besoins de l'empire. Mais on eut beaucoup de peine à subvenir à l'entretien de cette chambre. Aussi, établie d'abord solennellement à* Francfort, elle fut bientôt forcée de se dissoudre faute de gages. On la rassembla pour la voir se séparer de nouveau, et *cette alternative dura jusqu'au traité de Passau, en 4552, que l'on parvint à lui assurer des revenus. Son siège varia de même : elle pussa de Francfort à Nuremberg , à Lindau, à Spirb; elle fut enfin iïxée à Wetzlar. Sa juridictiou fut limitée. On conyint que |

chaque demandeur auraitlaliberté de s'adresser immédiatement au roi des Romains, on à l'empereur , ou à son tribunal ; que les électeurs et les princes feraient juger leurs causes personnelles par leurs pairs , et celles de leurs sujets par une cour de justice établie à cet eflet; de sorte que les seules causes d'appel rcssortissaient à la chambre impériale. Le tribunal de l'empereur ou le conseil aulique , établi par Maximilien, jaloux de conserver une portion du pouvoir judiciaire , composé déjuges , de conseillers à sa nomination et à ses gages, partagea l'administration de la justice avec la chambre , recevant comme elle les appels des tribunaux inférieurs. Les états se plaignirent, mais fe conseil n'en continua pas moins ses fonctions. La difûculté d'assembler les états de l'empire donna naissance au projet d'établir dans la même ville que la chambre impériale un conseil de régence permanent qui devait représenter la nation assemblée , veiller au maintien de la paix , faire exécuter les sentences de la chambre, et généralement traiter toutes les affaires qui auraient pu se décider dans une diète. Maximilien sentit le coup que Ton voulait porter à son autorité; il refusa d'abord, mais acquiesça peu de temps après, et ouvrit en 4500, à Nuremberg, ce conseil dont la chute précipitée répara sa faute. Ce tribunal , chargé de veiller aux appointements de la chambre, ne reçut pas même les siens , et les deux assemblées quittèrent Nuremberg. On rétablit la chambre sans songer au conseil de régence , dont l'empereor et les princes étaient également mécontents. Cependant on s'imaginait que Charles VUI allait rentrer en Italie. Maximilien , cédant aux instances des Italiens, et ne pouvant pi'esquc rien obtenir des états , passa les Alpes avec une poignée de soldats levés dans ses provinces héréditaires; Ludovic et les Vénitiens promettaient de lui foui*nir par mois vingt mille ducats. Mais à peine fut-il arrivé qu'on le trahit, et bientôt on le renvoya en Allemagne.

Honteux de revenir sur ses pas sans avoir rien fait, il voulut reprendre Asti, place de Lombardic , encore occupée par les Français. Les Vénitiens s'y opposèrent, et Rejetèrent de même un autre projet contre Pise. On engagea enfin ce prince à la conquête de Livourne ; on équipa une flotte à ses ordres , et on lui promit tous les secours dont il pouvait avoir besoin. Malheureusement la flotte fut assaillie par une

mSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.

violente tempête : il demanda de noayelles tronpes ; on parot y consentir, mais on donna des contre-ordres secrets aux généraux , qui imaginèrent difficultés sur difficultés. Maximiliea découvrit la mauvaise foi des Vénitiens , et quitta ritalie. D'un autre côté, son fils, l'archiduc Philippe , réclamait à la France plusieurs places de Bourgogne que Louis XI avait prises, et qui devaient lui être rendues en vertu du traité deSenlis. Les Suisses, en dispute avec les Tyroliens au sujet des limites, refusaient encore de reconnaître la juridiction de la chambre impériale, de fournir leur contingent , d'entrer dans la ligne de Souabe; en un mot, ils secouaient toute dépendance de Tempire, et fortifiaient leur confédération en y admettant les Grisons.

Dans ces circonstances, une diète de Worms assigna un revenu de quatre mille florins à l'empereur. La diète de Fribourg en Brisgau , tenue la même année (4497), accorda encore un subside de mille florins. G*étaient de bien faibles ressources. Par bonheur, les choses s'arrangèrent à l'amiable avec la France ; il ne resta que les Suisses. L'empire avait résolu de contraindre ces derniers à rentrer dans le corps germanique; niais tous ses efforts échouèrent : la paix qui se fit en ^1494 assura leur liberté à ces peuples. Dès l'an ^1498, le roi de France Louis XII avait manifesté ses desseins sur le Miianez en prenant le titre de duc de Milan. 11 y avait des droits par son aïeule Valentine Visconti. Il traita avec les Vénitiens , les Florentins et le pape ; assura ses frontières par des conventions avec les puissances voisines. En vingt jours Ludovic perdit le Milanoz ; il le reprit aussi rapidement , et se le vit enlever de nouveau. Maxlroilien , jaloux des progrès de la France, mais incapable par lui-môme de s'y opposer, s'efforçait d'animer l'empire à réclamer ses droits sur l'un de ses fiefs. Malgré l'irrésolution des diètes, Louis craignait les suites de ces négociations. Il négocia, et parvint à enchaîner l'empire et l'empereur. Celui-ci lui promit l'investiture du Miianez (4501). Bientôt après , le royaume de Naples fut conquis par les Français et les Espagnols; mais il resta à ces derniers (4 505): Maximilien s'était mêlé de la querelle entre les deux rois, en envoyant quelques troupes auxiliaires à Gonzalve de Cordone, général de Ferdinand le Catholique. L'intérêt de 3a maison autorisait cette dé-

marche, l'archiduc Philippe étant l'héritier présomptif de la couronne et des Etats d'Espagne, par sou mariage avec Jeanne la Folle, fille de Ferdinand et d'Isabelle, reine de Castille ; mais sa jalousie contre Louis XII y avait autant de part, et c'était une infraction au dernier traité. Ses délais à donner à Louis l'investiture du Miianez ne laissaient aucun doute sur ses intentions; on craignait une rupture prochaine. Les négociations de Philippe et du cardinal d'Amboise la prévinrent, et se terminèrent par le traité de Blois (4504).

Dans l'espace de trois mois , et moyennant deux cent mille livres, Maximilien devait 4onner au roi de France l'investiture du duché de Milan , pour lui , pour ses descendants mâles , et , à leur défaut , pour sa fille atnée Claude, et son futur époux l'archiduc Charles, fils de Philippe. Louis promettait de son cêté d'effectuer ce mariage , et de donner à la princesse la Bourgogne, la Bretagne, le Miianez et Gênes, en cas qu'il mourût sans enfants mâles. De plus , le roi de France, l'empereur, et le pape Jules II, successeur de Pie III (qui lui-môme avait un instant paru sur le trône d'Alexandre VI) , formèrent une ligue contre Venise : cette alliance n'eut pas de suites sérieuses. Quant à Maximilien , il fut retenu en Allemagne par une guerre civile. Georges le Riche , dernier duc de Bavière-Landshut , avait marié sa fille unique Elisabeth à Robert, fils de l'électeur palatin Philippe. H mourut en 4503 , avant d'avoir -pu assurer sa succession à son gendre. Les ducs de Bavière-Munich, Albert et Wolfgang, y prétendirent en qualité de plus proches agnats , et en vertu de quelques traités de succession. L'empereur cita les deux parties à la diète d'Augsbourg au mois de février 4504, et prononça en faveur des princes de Munich. Robert et Elisabeth réclamèrent. Les trésors que Georges avait laissés , et les secours qu1ls attendaient de l'électeur palatin , nourrissaient leur confiance ; ils voulurent défendre leur héritage à main armée. La guerre agita en même temps la Bavière et le Palatinat. L'empereur, l'électeur de Brandebourg, la ligue de Souabe, les Nurenibergcois et les princes de Munich fondi- . vent sur la succession , tandis que le landgrave de Hossc et le duc de Wurtemberg (le comté de Wurtemberg avait été érigé en duché à la diète de Worms, en 4495) portèrent le fer et le feir dans le Palatinat.

Les deux époux se soutenaient avec courage contre tant d'ennemis , lorsqu'ils moururent , laissant deux fils en bas âge, Othon-Hcnri et Philippe. Cet événement ralentit les hostilités; mais la contestation ne.fut entièrement assoupie qu'à la diète de Cologne , en '1505. On laissa aux deux orphelins la ville de Neubourg avec des domaines de vingt-quatre mille florins de revenu : ce fut l'origine de lu maison palatine de Neubourg, Le reste de la succession fut ad- « jugé aux princes de Bavière-Munich, à la réserve de ce que Maxirailien, le duc de >yurtembcrg et d'autres s'approprièrent en indemnité des frais de la guerre, ou en vertu de (quelques vieilles prétentions. Albert introduisit en Bavière le droit de primogéniture, assignant aux cadets un apanage de quatre mille florins. Cette constitution, faite avec l'agrément des états, devait écarter des troubles en fixant la succession. — La France, bien qu'elle fût sollicitée par l'électeur palatin , ne s'était pas mêlée de cette guerre \ mais la mort de la reine Isabelle de Castille servit de prétexte h la rupture dutrailédeBlois(4505).

Ferdinand et son gendre l'archiduc Philippe se disputèrent le gouvernement de la Castille. Le premier, contraint de céder et de se retirer en Aragon, chercha un appui en France, se réconcina avec Louis XI 1 , dont il épousa même la nièce, Germaine de Foix , déclarant héritiers du royaume de Naples les enfants qui naîtraient de ce mariage. Mais Germaine ne devint pas mère. D'autre part, Jcs états généraux de France, assemblés à Tours, déclarèrent le traité de Blois contraire aux lois du royaume, et Louis annula le mariage de sa fille avec l'archiduc Charles, en fiançant cette princesse à François, comte d'AngouIême, héritier présomptif de la couronne. Jules II approuva cet acte. Maximilien ne put se venger, malgré le désir qu'il eu avait. La mort de son fils , en 450G, lui suscita d'autres embarras. Philippe laissait plusieurs filles et deux princes , Charles et Ferdinand, également en bas âge. La tutelle fut disputée par l'empereur et le roi d'Aragon, Ferdinand trancha la difficulté en s'emparant du gouvernement de la Castille, qu'il garda jusqu'il sa mort. Maximilien n'eut que la régence des Pays-Bas, dont il se démit l'année suivante en faveur de sa fille Marguerite , cette princesse que Charles VIII avait renvoyée pour Anne de Bretagne.

En 1 507, une révolte des Génois, excitée par Jules H , rappela les Français au delà des Alpes. Le pape persuada h Tempereur que le cardinal d'Amboise aspirait à la tiare, et Louis XII à l'empire. Los Vénitiens confirmèlent ses soupçons ; et Maximilien assembla udc diète à Constance, afin d'écarter de l'Allemagne le danger qui semblait la menacer, Louis apaiï^a l'orage en semant l'argent danà les cours d'Allemagne , et en reprenant la route de ses Etals aussitôt après avoir soumis les Génois. Maiimilten toutefois méditait une invasion dans le Milanez. Pour obtenir des secours des états, il mit en avant son couronnement ùRome, et se mit en marche ('l 508), contrairement aux rocs de Jules II et des Vénitiens, Ceux-ci lui fermèrent les passages , tandis que les Français en faisaient autant de leur côté. H prit publiquement à Trente le titre d'empereur , qui lui fut confirmé par une bulle du pape , sans qu'il pût arriver jusqu*à Rome, Il ne voulut pas céder aux Vénitiens sans essayer sa fortune contre eux ; il envahit leur territoire et se rendit maître de quelques villes : mais l'empire ne loi fournit ni troupes ni argent ; la ligue de Souabe , dans laquelle il mettait sa plus grande confiance, ne remua pas ; un corps de Puisses qu'il attendait ne parut pas; il fut abandonné à sa faiblesse, vaincu plus d'une fois; et les Vénitiens quittèrent la défensive pour faire des conquêtes. Leur général, Alviano, soumit le comté de Gœrtz , taudis que l'amiral Contarini réduisit plusieurs places maritimes, telles que Trie^te et Fiumc. Les Etats de la maison d'Autriche allaient subir le joug de la république, sans l'évèque do Trente, qui négocia une trêve de trois ans. Les vainqueurs gardèrent leurs conquêtes. L'empereur se vengea en ourdissaot contre Venise la ligue do Cambrai. I^ guérie dt»s Pays-Bas, contre le duc de Gucldre, servit de prétexte au congrès. Les ambassadeurs du pape, du roi de France , du roi d'Espagne cl du duc de Savoie , se réunirent en apparence pour négocier avec Marguerite , revêtue des pleins pouvoirs de son père : l'objet réel était la ruine de Venise. Le pape revendiquait Faenza , Rimini etRavenne ; Louis XII, Brescia, Bergame, Crênie et Crémone, places .démembrées du Milanez ; Maxirailien , Vérone, Padoue , Vicenco, comme fiefs usurpés à l'empire; Trévisc , avec le Frioul, comme appartenant à la maison d'Autriche; Ferdinand, Brindes, Trano et

Otrante ; ]e duc de Savoie y Tllc on le royaume de Chypre, lliut convenu que le roi de Franco ouvrirait le premier la campagne, que les troupes du pape et du roi d'Espagne marcheraient en ménie temps, et que Jules appellerait l'empereur , comme avoué protecteur de TÉglise, au secoui's du saint-siége. Mais le pape négocia presque aussitôt {^vec les Vénitiens, leur donna avis de la ligue-faite contre eux , offranl de ne rien épargner pour en arrêter les suites, s'ils voulaient lui restituer Faënza et Rimini. Il n'aimait pas plus les Allemands que les Français, et voulait chasser de Tltalie tous ces étrangers , qu'il appelait des barbares. Les Vénitiens ne lui répondirent pas. Lorsqu'il fut question d'armer , l'empire refusa les subsides à Maximilien (4509), qui leva dans ses propres États les troupes nécessaires pour remplir ses engagements envers la ligue.

Louis XII fut plus expéditif , et obtint de grands succès contre les Vénitiens, qu'il humilia et mit à deux doigts de leur perte. Ils firent aloi's à Maximilien des offres brillantes qui furent pourtant rejetées. Les succès de l'empereur étaient préparés par ceux du roi do France : il n'eut qu'à se montrer pour réduire Trieste, Padouc , Vérone , Vicence et le comté de Gœrtz. Cette bonne fortune , h laquelle il n'était pas accoutumé, l'enhardit à proposer aux confédérés le siège de Venise. Louis XII y consentait; mais le pape et Ferdinand s'y opposèrent. Bientôt la désunion se mit entre les alliés. Jules II et le roi d'Espague firent la paix avec les Vénitiens (4540), dont le courage s'était ranimé, et contre lesquels Maximilien et Louis XII firent des campagnes stériles. Le pape, ennemi acharné du roi de France, ne négligea rien pour lui susciter des ennemis, attaqua le duc <le Ferrare , qui était entré dans la ligue de Cambrai, et assiégea en personne la Mirandole. Un congrès tenu à Mantoue(454I) servit plus à brouiller qu'à réunir les esprits. Un concile se tint ù Pise sous la protection du roi de France ; le pape en convoqua un autre à St- Jean-de-Latran , et forma contre Louis Xïl une ligue puissante, connue dans l'histoire sous le nom de Sainte- Ligue. Elle comprenait les Vénitiens, Ferdinand, le roi d'Angleterre et les Suisses. Sa première conséquence fut la réunion de la Navarre à TEspagne. En '1542, Maximilien délaissa le roi de France , rappela les lansquenets qui servaient dans l'armée de

ce prince , et ouvrit le Tyrol et le Trentin auj( Suisses. Les Français perdirent le Milanez, qui fut rendu au fils de Ludovic le More , malgré les prétentions de l'empereuY. Taudis que celui* ci abandonnait ouvertement Louis XU (4543) , les Vénitiens faisaient alHance avec ce prince , qui échoua dans une nouvelle tentative sur le duché de Milan. Jules H venait d'avoir Léon X pour successeur sur le trône pontifical. Léon renouvela la ligue contre la France. Louis XII vit le moment où le pape , le roi d'Aragon , l'empereur et le roi d'Angleterre , allaient fondre sur son royaume. Les deux derniers agirent seuls. Henri VIII se jeta sur la Picardie avec Maximilien, à qui il donnait cent mille écus d'or pour les frais de la guerre, et qui se contenta du rôle de simple volontaire. Après une victoire remportée à Guinegate , ils prirent Térouane et Tournai , tandis que les SuiJ^ses assiégeaient Dijon. La Trémouille sauva cette ville par un traité. La politique de Louis XII dissolvit la ligue et rétablit le calme. . La tranquillité ne dura pas longtemps. Louis XII étant mort, François I*' reprit ses projets de conquête sur le Milanez , et les exécuta en 4545, après la glorieuse journée de Marignan. L'empereur, toujours occupé de projets sans en accomplir aucun , voulut s'opposeraux progrès des Français. A la tète d'une armée de trente mille hommes, la plupart Suisses , il pénétra jusque Milan, qu'il assiégea. Mais bientôt la plupart de ses troupes l'abannèrent faute de payement (4546); une paix perpétuelle de François P** avec les Suisses lui ôta toute ressource du côté de la république; des songes l'effrayèrent ; la marche de treize mille Suisses, qui venaient au secours des Français, le fit rentrer en Allemagne, et il traita avec les Vénitiens et le roi de France, à la persuasion de l'archiduc Charles , que la mort de Ferdinand le Catholique venait de mettre en possession des royaumes d'Espagne et do Naples. Maximilien, qui échouait dans toutes ses entreprises , se promit plus de succès contre les Turcs ; mais ce projet ne réussit pas davantage. Le pape négocia avec l'empire pour décider les princes àr seconder les vues de leur chef. Maximilien ne vit pas la fin de ces pourparlers ; la mort le surprit à Wels en Autriche, le 44 janvier 454Q. L'ambition lui avait fait porter ses vues sur la tiare pendant une maladie de Jules II ; la gnérison de ce pape fit

avorter ce dessein , auquel les autres puissances se seraient d'ailleurs opposées. H avait conçu du reste des vues utiles à l'empire. Outre les améliorations que nous avons indiquées, il voulut établir une milice permanente; mais une diète de Cologne , en 4542, rejeta ce plan , en alléguait les excessives dépenses qu'il exigerait. Les mœurs étaient difficiles à corriger. Le luxe avait fait les plus rapides progrès; les parures occasionnées par les tournois absorbaient la fortune des seigneurs.

Dès l'an 4485 , la noblesse de Franconie, de Souabo, de Bavière et delà province rhénane, assemblée à Heilbron au sujet d'une de ces fêtes militaires , avait défendu les draps d'or et d'argent, sous peine d'exclusion. Le luxe avait gagné le peuple; les princes essayèrent d'en arrêter les progrès , en défendant aux campagnards et aux artisans l'usage de l'or, de l'argent, des perles, du velours , de la soie, des habits brodés et du drap au-dessus d'un demiflorin l'aune. On fit d'autres lois relatives aux différentes classes de la société. L'ivrognerie était encore un vice fort répandu en Allemagne : une ordonnance de Maximilieh eut pour but de le détruire , ou du moins de le modérer ; mais elle fut sans effet. Si Maximilien fut à peu près malheureux en toute autre chose , il contribua à l'agrandissement de sa maison. Marie de Bourgogne lui avait apporté en dot la Bourgogne et les Pays-Bas ; le mariage de son fils Philippe avec Jeanne la Folle avait assis son petit-fils Charles sur les trônes d'Espagne et de Naples ; dans une entrevue à Vienne avec Wladislas, roi de Hongrie et de Bohème, il avait conclu le mariage de son autre petit-fils Ferdinand et de sa petite-fille l'archiduchesse Marie, avec Louis , prince de Hongrie , et la princesse Anne, enfants de Wladislas, afin d'assurer à sa maison , par celte double alliance, les couronnes de Bohème, et de Hongrie. En 4526, Louis étant mort sans enfants, Ferdinand, à qui son frère Charies avait codé les États autrichiens en Allemagne , prit possession de ces deux royaumes.

C'est sous ce règne que commença la grande révolution qui devait dans peu séparer de l'Église romaine une grande partie de l'Allemagne et des Pays-Bas , rAnglolerre , le Danemark, la Suède, la Prusse et la Suisse. Les conciles de Constance et de Baie avaient reconnu la nécessite de réformer la discipline

ecclésiastique ; mais cette œuvre présentait des difficultés et ne fut pas entreprise avec bonne foi. Les indulgences établies par Léon X pour la construction de l'église de St-Pierr(? à Rome servirent de prétexte à de nouvelles attaques. La bulle de ces indulgences pour l'Allemagne fut adressée à Albert, qiii réunissait les archevêchés de Mayence et de Magdebourg , et qui chargea les dominicains de les distribuer. Les augustins, jusqu'alors en possession de prêcher les indulgences , ne virent pas sans jalousie cet emploi passer à leurs rivaux. Martin Luther, religieux augustin , professeur de théologie à l'université de Wittemberg, s'éleva contre ce qu'il appelait le trafic des indulgences. En ^1547, il fit afficher k la première église de Wittemberg quatre-vingt-quinze thèses, invitant les savants'à venir les discuter contre lui dans une assemblée publique. Il ne relevait que l'abus des indulgences , sans contester à l'Église le droit d'ea accorder, et soumettait encore la doctrine au jugement du pape et à celui de l'Église. L'électeur de Saxe, Frédéric, devint son principal appui. Le dominicain JeanTctzel , inquisiteur et commissaire des indulgences, fit de sa propre autorité brûler les thèses de Luther. D'autres antagonistes s'élevèreùt ; les esprits s'enflammèrent.

Luther alla bientôt jusqu'à attaquer la dogmes , traitant les indulgences de folies, le purgatoire de fable, la puissance pontificale d'usurpation. Les vœux de religion , beaucoup de cérémonies de l'Église , les sacrements, ne furent que des superstitions monstrueuses ; et l'Écriture sainte devint l'unique règle de foi , quoique des obscurités impénétrables la rendissent susceptible d'une foule d'interprétations opposées. Tout en paraissant attaquer les abus, il attaqua donc les dogmes. Sa doctrine flattait les passions. Les princes voyaient, dans les richesses des églises , des biens qu'ils étaient en droit de reprendre-, comme des usurpations faites sur eux à l'ombre de la crédule générosité de leurs ancêtres ou de leurs prédécesseurs. Les ecclésiastiques et les moines, dégoûtés du cloitre et regrettant de s'être liés par des vœux sacrés, profilaient de cette révolution pour les violer; le peuple s'imaginait follement que la séparation avec Rome allait lui rendre la liberté. Avec des attraits aussi séduisants , on ne doit pas être étonné de la multitude des partisans qui couraient sous les drapeaux du no*

mSTOIRË DD PEUPLE ALLEMAND.'

vateur , ni de la rapidité avec laquelle il établit sa prétendue réforme. La cour pontificale mit de la lenteur et de Tindifférence à arrêter les progrès de la nouvelle doctrine. Il fallut que Maximilien ouvrît les yeux à Léon X , et qu'il l'exhorlàt à réprimer Ffaérésie et les querelles sans nombre qu'elle occasionnait. Il était déjà trop tard.

£ii >I518 , le pape cita Luther à comparaître à Rome dans Tespac^ de deux mois. L'université de Witlemberg , appuyée par Frédéric le Sage , son fondateur , écrivit au pape , s'efforça de justifier Luther, et obtint que l'affaire fût jugée en Allemagne. Le cardinal Cajétan , légat député à la diète qui se tenait à Augsbourg , fut nommé commissaire , et Léon l'autorisa à absoudre le novateur s'il se rétractait; sinon, il lui recommanda de s'en saisir. Le plan échoua. Luther avait de la répugnaoce à paraître devant un juge qui était son ennemi ( Cajétan était de l'ordre des dominicains) ; il le fit par obéissance pour rélecteur, mais il ne vint qu'avec un sauf-conduit impérial et accompagné de plusieurs personnes de considération. Le légat exigea dès Tabord que l'hérétique se rétractât; celui-ci refusa, et demanda d'être convaincu par l'Écriture sainte d'avoir erré. Cajétan voulut absolument une rétractation pure et simple ; le moine la refusa opiniâtrement, interjeta publiquement appel du pape mal instruit au pape mieux instruit, et partit précipitamment d'Augsbourg. Cajétaa pressa l'électeur de Saxe d'envoyer Luther à Rome ou de le bannir de ses États; Frédéric répondit que Luther n'était convaincu d'aucune erreur , et qu'il ne pourrait agir contre lui sans nuire à l'université de Wittemberg. Une bulle de Léon X ne put empêcher les succès du prétendu réformateur. La mort de Maximilien, arrivée dans ces conjonctnres,tavorisa encore les progrès de la nouvelle doctrine. Pourtant Luther, devenu chef d'une secte formidable, se laissa gagner par Miltitz^ gentilhomme saxon attaché au service du pape. Au mois d'avril \ 520, U écrivit à Léon X, offrant de traiter d'accommodement, non en suppliant, mais en vainqueur qui croit pouvoir prescrire la loi. Il demandait que ses ennemis cessassent leurs poursuites , qu'on le dispensât de se rétracter, qu'il lui fût permis d'expliquer TÉcrilure à sa fantaisie, et que le pape imposât silence aux deux partis. Les conditions étaient toutes à son avantage ; il déclamait d'ailleurs

contre la cour de Rome , dont il assimilait les vices à ceux de Sodome et de Babylone. On croirait que son dessein était plutôt de se séparer entièrement que de faire la paix ; il y réussit. Environ trois mois après , Léon X , sollicité par le cardinal Cajétan , publia une bulle par laquelle il condamnait quarante et une propositions extraites des ouvrages de Luther, lui accordant néanmoins, ainsi qu'à ses adhérents, un délai de soixante jours pour se convertir, détruire ses écrits, rétracter publiquement sa doctrine, et prévenir par cette soumission les peines portées contre les hérétiques. Luther se contenta d'abord de répondre à la bulle en renouvelant l'appel qu'il avait déjà fait au concile général. Mais, lorsque Charles-Quint eut fait brûler ses écrits dans les Pays-Bas , à Cologne , à Mayence , il ne connut plus de bornes; il se vengea en faisant brûler à son tour et la bulle du pape et les décrétales, en vertu d'un décret de l'université de Wittemberg, qui faisait cause commune avec lui. Après ces excès , il n'y avait guère de réunion à espérer. Le moment des plus sanglantes révolutions approchait.'

CHARLES-QCINT.

Le trône impérial , vacant par la mort de Maximilien, demandait un successeur. L'état de tension dans lequel était l'Europe, et la confusion qui régnait en Allemagne, où le droit de la force semblait vouloir se relever après la mort du vieil empereur , exigeaient un souverain d'une main puissante,. pour maintenir l'équilibre à l'intérieur comme à l'extérieur. La guerre continuait toujours entre l'Espagne et la France au sujet de l'Italie; or ni l'une ni l'autre des deux puissances n'avait de droit. 11 ne convenait qu'à l'empereur de décider quelque chose sur ce pays incapable de se gouverner par lui-môme. A l'est, les Turcs menaçaient ; la Hongrie, afraiblie par une mauvaise administration aussi bien que par la mollesse et le luxe du peuple, ne pouvait plus semr de boulevard contre eux, et par conséquent l'empereur avait encore à se porter le protecteur de l'Europe de ce côté. Deux grandes guerres s'étaient élevées dans le sein de l'Allemagne. Le duc Ulric de Wurtemberg, ayant une injure à venger, était tombé tout d'un coup, dans l'hiver de \h\9, sur la ville libre de

Reutlingen , Tayait emportée de vive force et se Tétait appropriée; et comme il ne fit aucune attention aux avertissements de la ligue de Souabe, que l'empereur avait chargée de conserver la tranquillité intérieure, celle-ci, lui ayant fait la guerre, l'avait chassé do son duché. Dans la basse Saxe , il s'était élevé une guerre encore plus sanglante. Deux gentilshommes, seigneurs de Saldern, mais vassaux de révéque de Ilildeshcim , lui avaient déclaré la guerre; ils étaient soutenus par les ducs de Wolfenbutten et de Kalemberg, tandis que, de son côté , révoque trouvait un appui dans le duc de Lunebourg et les comtes de Lippe^ de Hoya et de Diepholtz. Le 28 janvier 4519, les deux partis en étaient venus à une bataille dans les plaines de Solteau , dans le Lunebourg; l'armée de l'évoque avait remporté la victoire; tin grand nombre des adversaires étaient prisonniers, et quatre mille étaient restés sur le champ de bataille. — De pareils exemples étaient dangereux. La landefricde (paix du pays ) avait à la véritémis fin aux brigandages des simples chevaliers ; mais, si Ton voulait que les princes ne prissent pas leur place et qu'ils ne continuassent pas la guerre afin d'agrandir leurs domaines, bien qu'en réalité il n'y eût pas encore d'exemple d'un prince entièrement ruiné par une guerre particulière, il fallait un empereur puissant qui pût soutenir l'autorité des lois. — IMaximiUen avait, dans le cours de son règne, gagné plusieurs voix à sou petit-fils , Charles, déjà roi d'Espagne; mais beaucoup de princes pensaient qu'il fallait y réfléchir mûrement avant de donner la puissantîc impériale à un souverain qui régnerait sur la moitié de l'Europe; car Charles, comme héritier des maisons d'Espagne et d'Autriche, possédait, outre l'Espagne et le royaunw de Naples et de Sicile , les belles provinces autrichiennes , et tout l'héritage de Bourgogne dans les Pays- Bas. Si à une pareille grandeur on ajoutait encore l'éclat de l'ancienne couronne impériale, il était à craindre, ainsi le pensaient-ils, que sa maison ne devint trop puissante et ne conçût l'orgueilleuse pensée d'en imposer à la liberté des princes allemands , et de rendre l'empire héréditaire et indépendant en Allemagne.

D'un autre côté , il avait pour compétiteur k la couronne impériale le roi de France, François ^^ Le pape favorisait son élection, du inoins il eu prit l'apparence ; d'ailleurs le

HISTOIRfi DU PEUPLE ALLEMAÎTO-

jeune roi s'était fait une grande réputation par sa première expédition chevaleresque en Italie, et son peuple élevait son mérite jusqu'aux nues. Les envoyés français remirent aux princes électeurs assemblés à Francfort un écrit paLDégjrique de leur maître, dans lequel, à propos du grand danger qui menaçait de la part des Turcs , on concluait ainsi : « Celui-là, en effet, serait bien fou qui , dans un'temps où Forage menace d'éclater, balancerait encore à confier au plus habile le gouvernail du vaissenn. >

Mais , malgré l'assurance de ces discours, les princes sentirent le danger de nommer un roi de France empereur d'Allemagne; et, après avoir offert la couronne à l'électeur de Saxe , Frédéric le Sage, qui la refusa, mû par les plus généreux sentiments , parce que sa maison n'avait pas assez de puissance pour opposer une digue aux difficultés du temps, et recommanda le jeune roi d'Espagne ; alors les électeurs, considérant qu'il était du moins un prince allemand , le petit-fils de l'empereur Maxîmilicn , qui avait emporté au tombeau leur vénération , l'élurent le 28 juin >I519. Ces représentants toutefois furent obligés de souscrire avant Félection un compromis qui portait: « que Fcrapereur ne ferait ni alliance ni guerre avec un étranger sans l'approbation des princes , et qu'il n'amènerait non plus dans l'intérieur de l'empire aucun soldat étranger; que les emplois de l'empire et de la cour seraient donnés à des Allemands de naissance; qu'il ne tiendrait aucune diète hors de l'Allemagne; que dans les affaires de l'empire, soit par écrit, soit de vive voix, on n'emploierait que le langage allemand ou latin ; que plus tard, aidé des états, il ferait entièrement disparaître ces ligue» commerciales qui avaient jusqu'alors tout conduit par leur ari^ent et disposé de, tout à leur gré; qu'il ne mettrait aucun pays au ban de l'empire, sans des raisons bien authentiques et sans un jngcnicnt en forme ; qu'enfin il passerait en Allemagne le plus tôt possible, et qu'il y ferait son principal séjour. »

Les envoyés jurèrent tous ces points et bien d'autres, au nom de leur maître, et promirent qu'il paraîtrait prochainement dans l'empire.

Le jeune roi gouvernait, il est vrai, déjà depuis deux ans ; mais le monde ne le connaissait pas encore. Un grand nombre de personnes n'avaient conçu de lui que peu d'espérance.

HISTOffiE DU PEUPLE ALLEMAND.

La mort prématurée de ntm noble et chevalier père, Philippe le Beau , la folie de Jeanne sa mère, sa séparation d'avec son frëre Ferdinand, qui avait été élevé en Espagne ; sa propre jeu* nesse passée parmi des étrangers dans les Pays- Bas, tout cela Tavait forcé de tout concentrer profondément au dedans de lui-même, et de prendre de bonne heure cette discrétion qui lui faisait cacher à tout le monde ce qu'il pensait intérieurement. Déplus, il n'arriva que lentement a cette clarté et à cette indépendance d'esprit qui plus tard Tont lendu si grand ; il semblait alors qu'il se laisserait gouverner par ses conseillers. Il n'y avait que les gens les plus versés dans la connaissance des hommes qui eussent remarqué les lumières concentrées au Tond de son âme. Dans un grand tournoi à Valladolid, le jeune roi , qui depuis son enfance aimait les exercices des chevaliers, parut armé de pied en cap et fit quelques courses avec son premier écuycr. 11 rompit trois lances avec lui, et chaque fois les airs retentirent des cris de joie du peuple : car le jeune prince, qui n'avait pas encore dix-huit ans et passait pour être faible et facile à influencer , parut dans le plus noble maintien et avec toute la vigueur d*un chevalier; sur son bouclier on ne lisait que ce mot : Nandumt pas encore. Ceux qui en comprenaient tout le sens attendaient avec impatience le moment où il pourrait paraître agissant par lui-même.

Ce moment arriva. 11 était empereur d'Allemagne , et il fallait décider promptement s'il abandonnerait désormais l'Espagne pour aller prendre les^ rênes de son nouvel empire. Cette grande nouvelle n'apporta aucun changement dans ce jeune prince de vingt ans. « Notre roi, qui maintenant est empereur , dit un témoin oculaire , semble considérer comme rien la plus grande fortune qui puisse arrijyer à un mortel ; sa force de caractère et son flegme sont si extraordinaires, que l'on dirait qu'il a la boule du mpnde sous les pieds. » La résolution qu'il avait éprendre aurait été, pour un homme ordinaire, une décision très-difûcile. L'Espagne était en grande fermentation, et même presque toute en feu ; de puissants partis étaient en pré* sence les uns contre les autres : l'autorité royale, une noblesse puissante et des villes' riches et orgueilleuses. En Allemagne , il allait trouver un empire agité , en désordre , et sur-

commencé et snr laquelle tous les yeux étaient fixés. Les Espagnols étaient même mécontents de voir le roi revêtu de la dignité impériale ; ils craignaient de ne former qu'un royaume secondaire sous un puissant dominateur.' — La plupart des membres "du conseil de Charles lui conseillaient de ne pas abandonner le royaume qu'il tenait de ses pères, pour une possession incertaine, Ou du moins difficile à conserver; mais son génie voyait dans la circonstance le moment d'une détermination audacieuse et indépendante : il se trouvait jeté sur une carrière de gloire , il s'y lança sans crainte et sans hésitation. Ce fut encore dans Je même temps , lorsqu'il était en /outc pour aller prendre possession de la couronne d'Allemagne , qu'arriva la nouvelle qui annonçait l'acquisition faite en son nom d'un deuxième empire dans le nouveau mojide qu'on venait de" découvrir, l'immense empire du Mexique. Un esprit plus commun aurait été accablé sous le poids de

Eareils événements; mais, pour notre jeune éros de vingt ans , ils ne firent que hâter sa maturité et en former un homme. La moitié du globe avait besoin de sa sollicitude, et depuis ce moment il se montra toujours un souverain qui agit par liii-même et embrasse tout de soft œil clairvoyant.— Charles débarqua d'Espagne dans les Pays-Bas, et passade là en Allemagne. Le 22 octobre 4320, il fut couronné à Aix-la- Chapelle, et convoqua pour le jour des Rois une diète à Worms.

On voulait terminer h la grande diète de Worms toutes les querelles de religion qyi déjà occupaient beaucoup les esprits en Allemagne. Le pape y avait envoyé un légat , le cardinal Aléander , pour engager l'empereur et les princes à recourir à l'autorité de la puissance temporelle contre Luther. Ce légat, à son grand élonnement, trouva que déjà toutes les classes du peuple étaient déclarées contre le pape. H vit partout répandus des écrits, des chansons , des tableaux qui tournaient le pape en ridicule; et le légat lui-même, quoiqu'il voyageât parmi la suite de l'empereur, se vit exposé à des traitements fort molestants, et souvent inême en danger pour sa vie. A la diète cependant, sans entrer au fond de la question , il se contenta de jcequérir les mesures les plus violentes contre un homme déjà condamné comme hérétique, et pi'ésenta en même temps aux princes un grand

tout U srando loKo de religioa qui déjà avait I noinbf^ d« proporitient tirées dee écrits de

Ltithcr, qui prouvaient qu'il s'écartait des enseignements de rËglise , même dans les principaux articles de foi) et particulièrement dans ceux admis par le concile de Constance. Mais l*électeur de Saxe se leva alors contre lai , et demanda qu'on entendit Luther pour savoir de lui si ces propositions étaient bien extraites de ses écrits et s'il les reconnaissait.

L'empereur et les princes furent de cette opinion ; le cardinal s'y opposa , en disant que ce qui avait déjà été décidé par le pape ne pouvait pas être examiné par une diète composée de laïques et d'ecclésiastiques. On répondit qu'on ne voulait pas examiner la croyance de Lutber, mais seulement entendre de sa propre bouche s'il a réellement écrit et enseigné ce pourquoi il a été condamné, et que pour cela il fallait qu'il fût appelé. Ce fut là un des pas les plus importants dans l'histoire de la réforme , et c'est ainsi que l'affaire de Luther fut publiquement traitée dans une assemblée nationale.—Ses amis, et par ticulièremenU'électeur de Saxe , demandèrent pour lui un sauf-conduit impérial et inviolable ; on le lui promit, et il se mit en route de Wiltemberg pour venir à Worms. Dans ce voyage, il apprit à connaître la force de son parti ; car le peuple afiiuait par milliers de tous côtés au-devanrde lui pour le voir et le saluer; et quand , le lendemain de son arrivée, il fut conduit à la diète , le ^7 avril , le grand maréchal de l'empire fut obligé de le faire passer par les jardins et les maisons de derrière, tant était grande la foule. Sa vue ne produisit pas la même impression sur tous les assistants ; car l'empereur Charles, se tournant vers son voisin, lui dit, raconte-t-on : « Jamais cet holnme ne fera que je devienne un hérétique. » En effet, Luther était pâle et accablé par une fièvre minante et continue ; et la vue de cette grande assemblée , la pensée qu'il y comparaissait tout seul , devant l'empereur et l'empire , semblaient avoir absorbé toutes ses facultés. Un vicaire de rarchcvéque de Trêves lui demanda, au nom de l'empereur et de l'assemblée , s'il reconnaissait pour siens ces livres qu'on lui présentait , et s'il soutenait les propositions qui y étaient contenues. Pour la première partie, il répondit oui; et, quant à la deuxième, il demanda un peu de temps de réflexion. On lui accorda jusqu'au lendemain. Le lendemain, il répondit publiquement au milieu de l'assemblée : « que ses écrits étaient de trois

espèces ; que les uns , qui traitaient des articles de foi et des bonnes œuvres, n'étaient pas même blâmés dans toutes leurs parties par ses adversaires, et que par conséquent il ne pouvait pas les rétracter sans blesser sa conscience ; que d'autres attaquaient la puissance du pape et ses décrets, et que, s'il les rétractait, il confirmerait par cela même la tyrannie du pape en face de toute la terre ; que la troisième espèce , enfin, était dirigée contre ceux qui .défendaient la papauté et avaient écrit contre lui-même; qn'il avouait avoir écrit avec un peu de violence et d'amertume , mais qu'il fallait faire attention à la manière dont il avait été lui-même traité par ses adversaires. » Enfin il conclut : « que d on pouvait le convaincre d'erreur par les saintes Écritures, il était tout prêt à jeter de sa propre main ses écrits au feu. » — Le <rhancelier répondit à cela qu'ils n'étaient pas assemblés ici pour disputer, mais seulement pour entendre de sa bouche s'il voulait faire une rétractation. Alors il déclara , avec la plus généreuse fermeté , que sa conscience le lui défendait ; et il fut congédié.

On disposa encore pour le jour suivant une conférence particulière avec Luther, à laquelle l'électeur même de Trêves prit une paît très-active; mais toutes les tentatives pour le ramener à une rétractation furent inutiles; et quand l'électeur enfin lui demanda s'il ne connaissait point lui-même un moyen de remettre tout dans l'ordre , son dernier mot fut : « Si cet oeuvre est un œuvre humain, il disparaîtra de luimême; mais, s'il vient de Dieu, rien ne pourrait arrêter son progrès. » — L'empereur, au contraire , déclara aux princes allemands , du ton le plus positif : « qu'il était résolu de consacrer tout ce qu'il avait, ses empires , ses étals, ses amis , son corps , son sang et sa vie tout entière , j)Our arrêter de suite la marche de cette entreprise impie , qui sans cela coovrimit d'une honte éternelle lui et toute la nation allemande; que ses aïeux, les empereurs d'Allemagne , les rois catholiques d'Espagne et les ducs d'Autriche et de Bourgogne, avaient tous été , jusqu'au dernier moment , fidèles à rÉglise romaine ; qu'il avait reçu d'eux en héritage les dogmes catholiques et la discipline de l'Église, et qu'il voulait vivre et mourir dans cette foi ; qu'il ne voulait plus par conséquent, en aucune manière , entendre Luther; mais qu'il le congédiait, et qu'il dlait aussitôt le poursuivre

fflSTÔffiE Dt PEUPLE ÀLIEMANC.

cotùme un hérétique. » — Celte déclaration de l'empereur était grave. S'il n'eût été question que d'une limitation dans la puissance pontificale , peut-être n'eût-il pas vu saos plaisir ce mouvement devenir général ; mais, quand il vit qu'il s'agissait d'une apostasie de l'antique et éternelle croyance à laquelle il était attaché , et que l'unité de l'Eglise était menacée, alors il sentit qu'il était en droit d'y mettre une opposition bien prononcée. — Son immense regard, qui pouvait embrasser les grands rapports des peuples entre eux, découvrait à l'avance les graves conséquences que cette affaire pourrait avoir : il voyait la division et l'irritation des esprits , la lutte des opinions, qui conduit si facilement à lutter avec les armes , et le terrible fléau d'une guerre de religion. Charles croyait pouvoir étouffer ce danger dès son principe, et pouvoir s'opposer au torrent du siècle comme un rempart immuable : sa qualité d'empereur et de protecteur de l'Eglise semblait d'ailleurs lui en imposer le devoir. Et s'il avait conservé partout cette invariable et fidèle volonté , si une foule d'arriôre-pensées non pures et mondaines ne s'y étaient mêlées, et si l'équitable Adrien VI, qui gouverna en 4 522 et 4 525, et qui sérieusement voulait une réforme dans l'Eglise, eût vécu plus longtemps, peut-être que de grands malheurs auraient été épargnés à notre patrie. Il est vrai que Charles s'efforça, avec une dure sévérité, d'extirper les nouvelles doctrines de ses pays héréditaires , où il était seul maître; mais il croyait en avoir le droit, et même que c'était un devoir, d'autant plus que son conseil , le plus grand nombre de ses sujets, particulièrement les Espagnols et les Napolitains , exigeaient de lui une pareille rigueur. En Allemagne, au contraire, où il y avait un grand nombre de princes indépendants et des peuples en fermentation , où il se trouvait enchaîné par une stipulation pour son élection , où chaque acte un peu violent était regardé comme une tentative pour étendre l'indépendance de la puissance impériale , pendant longtemps il ne marcha qu'avec la plus grande modération. La conservation de la paix était pour lui le point capital, et il pressait avec instance les deux partis de faire des concessions. Aussi les Espagnols le surveillèrent-ils avec attention toute sa vie, dans la crainte que ses principes ne se fussent imprégnés de quelques taches d'hérésie par son commerce avec

les Allemands.— Quelques ennemis de Luther, les plus inexorables , voulurent entraîner l'empereur à employer de suite la violence , s'appuyant sur les mêmes principes qui avaient fait traîner Hus au bûcher; mais il répondit que sa parole impériale était inviolable, et il assura à Luther un sauf-conduit pendant vingt-un jours pour son retour. Cependant beaucoup de gens tremblaient pour sa vie, craignant'une trahison secrète; et son protecteur, l'électeur de Saxe, le fit enlever comme par violence de sa voiture , dans la Thuringc , par des chevaliers masqués , et transporter, pendant la nuit, à travers un bois, dans le château de Wartbourg,près d'Eiscnach. Là il resta caché à tous les regards, jusqu'à ce que la fureur de ses adversaires se fût un peu calmée. — Pendant ce temps-là, à Worms , on le mettait au ban de l'empire avec tous ceux qui s'attacheraient à lui ou le protégeraient ; ses livres étaient condamnés à être brûlés partout, et lui-même devait être fait prisonnier et livré à l'empereur : tel fut l'édit de Worms du 8 (26) mai >I524. A Rome on en eut une grande joie , et en Allemagne même beaucoup de monde crut que tout était terminé. Mais un Espagnol, Yaldez, écrivait à un de ses amis de la diète môme : « Loin de voir la fin de cette tragédie , je ne vois que le commencement ; car je trouve que les esprits des Allemands sont fort exaltés contre la chaire pontificale. » En effet , on vit colporter avec impudence dans Worms, pendant que l'empereur était encore dans la ville, les écrits de Luther, qu'on venait de brûler publiquement. Luther restait seul à Wartbourg, où il employait les loisirs de son séjour à la traduction du Nouveau Testament en allemand, afin qu'il devint à la portée de tout le monde, quand lui arriva la nouvelle que, par un zèle mal entendu , des troubles avaient éclaté à Wiltemberg, que l'on attaquait les églises, qu'on jetait par terre les images des saints, qu'on brisait les autels et les confessionnaux , et que son ami Carlstadt , homme plein de violence, était à la tête de ce désordre. Luther alors, déposant toute crainte, abandonna aussitôt son lieu d'asile , et parut dans Wiltemberg au mois de mars 4522, sans en avoir obtenu la permission de l'électeur; parla avec force contre ces désordres , et réussit bientôt à rétablir Tordre. Mais peu après suivirent de grands événements qui menaçaient de bouleverser

HISTOIRE DU PEUPLE iLLEMAND.

toat rétat civil en Allemagne. Nous avons déjà montré plus haut sous quel dur joug soupiraient les paysans; longtemps ils avaient nourri en silence dans leurs cœurs les sentiments les plus-acerbes; alors que leurs esprits étaient déjà excités d'un autre côté et provoqués à la liberté, ils éclatèrent. Ces hommes, corvéables et taillables auparavant , se crurent appelés à une égalité de droits avec leurs anciens maîtres. La révolte éclata d'abord dans le sud de rAllemagne, où la vue de leurs voisins et du bien-être dont jouissaient les Suisses dans leur liberté avait encore excité leurs désirs. Les premiers qui se révoltèrent furent les paysans de Tabbé de Kcmpten et ceux de l'évoque d'Augsbourg. Douze articles qui contenaient tous les droits et prétentions dos paysans furent publiés dans la Souabe, et se répandirent par toute l'Allemagne avec une rapidité incroyable ; ils disaient : « qu'on devait permettre aux paysans de choisir eux-mêmes des prêtres qid pussent leur annoncer la parole lie Dieu , pure et sans mélange d'institutions humaines ; qu'ils ne devaient payer à l'avenir aucune dime , si ce n'est celle en grains; qu'on les avait jusqu'alors traités comme escFaves, quoique par le sang du Christ tous les hommes fussent devenus libres ; mais que , sans avoir la prétention de vivre indépendants de toute autorité supérieure, ils ne voulaient plus vivre dans l'esclavage où ils étaient, et qu'on devait leur montrer, par la sainte Écriture, qu'ils avaient tort d'en agir ainsi ; qu'ils auraient bien des plaintes à élever , mais qu'ils se tairaient si les seigneurs voulaient se conduire d'après l'équité et les préceptes de l'Évangile, ne plus les opprimer, et non leur imposer chaque jour quelque chose de plus qu'ils n'avaient déjà eu à supporter dans l'ancien temps. »

On trouve sans doute cette proclamation Juste et modérée ; niais , quand arriva l'cxécation de ce qui était énoncé par une troupe grossière, alors les passions eurent bientôt renversé une parole sans force, et, brisant toutes les barrièreà , elles ne connurent plus de mesure. Quand le plaignant veut être juge dans sa propre cause , il ne manque jamais d'employer la môme injustice dont il a été victime. l^s paysans , rassemblés par bandes , commencèrent par piller cl brûler les cIkUcuux des nobles et les riclies habitations des ecclésias- I

tiques ; souvent même ils massacrèrent leurs possesseurs. Bientôt ces bandes devinrent des armées , et la Souabe à elle seule en fournit trois. Luther, à qui ils avaient envoyé les douze articles pour avoir son approbation, avoua que leurs demandes étaient justes; mais il lenr reprocha leur conduite violente , et leur représenta que la liberté chrétienne était la lil)erté de l'esprit. Et pour écarter la culpabilité de ces désordres de sa doctrine , qui n'en était qu'une occasion fort médiate, il engagea Uii-mêmeles princes à tirer l'épée contre les révoltés. Or il en était temps; car déjà les maisons des nob]<s et des couvents étaient toutes en feu, en Souabe, en Franconie, en Thuringe, sur los bords du Rhin, et jusqu'en Lorraine.

La confédération de Souabe, qui s'était reconstituée, eut bientôt rassemblé une armée qui, conduite par le capitaine George Trucbsess de Waldbourg , dissipa prompteroent ces troupes de paysans en Souabe et en Franconie. D'autres princes vinrent en aide ; mais les vainqueurs eux-mêmes exercèrent aussi de Jenr côté les plus révoltantes cruautés. — En Thuringe , l'égarement de l'esprit exalté du siècle se montra sous une autre forme , quoique semblable au fond ; ils s'appuyèrent sur des visions divines. Un prêtre séculier , Thomas Mnnzer, qui avait été le premier disciple de Luther , se fit passer pour avoir des visions particulières de Dieu, d'après lesquelles il pouvait bire connaître l'essence de la liberté chrétienne bien mieux que Luther ne la connaissait et ne l'enseignait. « Dieu a créé la terre pour être rbéritagc des croyants , disaitril , et tout gouvernement ne doit être conduit que par la Bible et des rcvéhtions divines. 11 n'est aucunement besoin des princes, des supérieurs, de la noblesse, des prêtres; et toute différence entre riches et pauvres n'est pas chrétienne, car dans le royaume de Dieu tous les hommes doivent être égaux. »

De pareils enseignements firent chasser Munzer de Sa.ve, et il se retira a Mulhaosen en Thuringe, où il engagea le peuple à secouer toute autorité et à le prendre pour prêtre et pour maître de la ville» Ses principes d'égalité pour tous les hommes et de communauté de biens, qu'il introduisit" après avoir chassé 1« riclies de la ville , augmentèrent le nombre de ses partisans , et répandirent bientôt son autorité dans les environ». Toute la Thuringe ,

BisToauB m mms aluskand.

la VeBB$ et U basse Saie étaient en danger $ car, dans ce même temps, la gqerre des paysans exerçait tonte sa fureur dans le sud de rAllemagne , et il était à craindre que les fana*' tiques de tous les pays n'affluassent comme un flot épouvantable. Mais , à la persuasion de Luther, Télectenr et le duc George de Saxe , le landgrave de Hesse et le duc de Brunswick, se réunirent contre les révoltés, et surprirent une partie de leur armée auprès de Frankenhausen en Tluiringe , le >I5 mai >I5$5. — Les princes , pour ménager tant de malheureux égarés , leur firent promettre le pardon , s'ils voulaient ren* trer dans Tordre et livrer leur chef. Mais Munzor,qui voulait écarter le danger de lui, profita de l'apparition d'un arc-en-cicl pour enthousiasmer de nouveau ses partisans, en le leur donnant comme une marque qu'il était envoyé par le ciel ; alors ceux-ci, dans leur fureur, poignardèrent les envoyés de l'électeur, et se préparèrent dans leurs retranchements à la plus vigoureuse défense. Mais bientôt cette fu^ reur aveugle s'évanouit] les troupes d'anges que Munzcr avait promises ne parurent pas \ il fut lui-même un des premiers à prendre la fuite, et la moitié de son armée fut passée au fil de l'épée. Il s'était caché dans un grenier à Frankenhausen ; on l'en retira pour lui trancher la tête. Il mourut sans courage*

Ainsi furent promptement étouffés ces terribles mouvements qui auraient pu bouleverser toute l'Allemagne, si toutes ces forces mises en jeu avaient été conduites par des hommes capables. Ils ont coûté beaucoup de sang. On a calculé que plus de >! 00,000 paysans avaient perdu la vie dans ces troubles. Ensuite vint un moment de calme pour la patrie. — Pendant tout ce temps, l'empereur Charles-Quint n'ayait pas été sans occupation au dehors. Après la diète de Worms, il avait passé dans les Pays- Bas , et de là était repassé en Espagne , où il resta environ huit ans. Son oeil devait embrasser toute l'Europe ; mais son attention était particulièrement fixée sur le roi de France , François I'% rival et voisin dangereux, qui cherchait toutes les occasions de lui faire du tort. Il serait inutile de chercher bien loin les raisons particulières qui ont soufflé cette rivalité entre ces deux monarques; leur caractère et leurs relations politiques nous l'expliquent assee clairement. François était vaniteux et plm d*9r^il I et Cbm-leç n'était guère moîn^

soumis & ces passions humaines ; seulement, lui, il les avait ennoblies. Tous les deux avaient déjà concouru pour la couronne impériale, et François I*% qui avait cru l'émporteP' sur &oa adversaire par son âge, sa réputation comme chevalier et par ses qualités personnelles , fui trôs-mortifié de la préférence que celui-ci ob^ tint ; d'ailleurs le duché de Milan , que François P' avait conquis , était pour Charlea , k qui il appartenait comme fief de l'empire , une 06« casion inévitable de rompre avec la Franco, ek devait être soustrait à sa puissance pftr la force des armes ; tandis que , d*un autre côté, la pré« pondérance de Charles étant devenue mena* çante pour l'Europe, tous les autres souverainii en étaient inquiets. François i«', qui possédait le plus puissant royaume après lui , so erut donc appelé plus que .tout autre à entrer en liet contre lui. 11 avait jeté ses yeux principalemrai sur l'Italie, où déjà une de ses expéditiona avait été couronnée de succès. C'est là qu'it voulait briser la puissance de Charles) el il s'efforça de faire revivre tous les droits qu'il tenait de ses ancèlres sur le royaume de Na« pies, pour aller y tenter la fortune. Charles, da son côté , avait encore augmenté ses forces par une alliance avec le roi d'AngIeterr«| dont la vanité de François avait fait fi f de sort» qu0 cette guerre, commencée dès l'an 4^4 , foi alors poursuivie par les Anglais et les Flamands sur toute la côte jusqu'en Espagne, mais ce*^ pendant avec plus d'opiniâtreté et de violence en Italie que nulle part ailleurs. Charles avaib le désavantage d'une possession très^dissé^i minée, qui exigeait aussi la division de seil forces, tandis que François 1" pouvait ^ du point central où il avait rallié ses troupes^ partir tout d'un coup à son gré pour le côté od il voulait diriger son attaque. Mais ce qui caractérisait surtout la grande supériorité du Charles, ce qui faisait réellement sa puissanca et jetait en même temps sur lui le lustre le plM9 brillant, c'est qu'il avait su rassembler autoul de loi une troupe de gens les plus disiingQés| c'est que son œil pénétrant savait aussi bien découvrir le général qu'il fallait opposer à m ennemi, que l'ambassadeur qui devait débrouii» 1er les nœuds les plus compliqués de la poll^ tique , ou que le conseiller qui pourrait donnel son avis même sur des spécialités et tocgoun avec sagesse* C'est par lu puiesance intolle^

tuelle ^ue le mond doit èirf giNivtf né ^ 0t

mSTOIRE DU PEnPLE iLtEMANC.

Charles possédait Tart de se gagner les hommes de génie.

Un vaillant général français, le dac Charles de Bourbon, ayant été vivement molesté par le roi, passa da cdté de Charles. Celui-ci le reçut à bras ouverts, et lui fit partager avec le viceroi de Naples, Lannoy, et le marqniis de Pescaire (^Pescara) , le premier guerrier de son temps, le commandement des armées impériales en Italie. — François I**^ perdit au contraire, dans Tannée >I524, son plus valeureux guerrier, le chevalier Bayard, qui, pendant qu'on ramenait les troupes de l'Italie, sauva l'armée au pont de la Sesia par son dévoùment héroïque, et fut lui-même frappé mortellement. Les résultats de la guerre parurent tout à l'avantage de Tempereur; Milan fut reconquis, et les Français repoussés d'Italie. 'Mais Charles, ayant voulu attaquer la France même et faire passer son armée en Provence pour assiéger Marseille , pensa y perdre sa supériorité. La France est difficile à entamer de ce côté ; la ville ne put ôtre forcée, etie pays environnant ayant été dévasté parles ennemis eux-mêmes, Pescaire fut obligé défaire retraite. Il fallut toute l'habileté de ce général pour sauver l'armée à travers des chemins si difficiles; cependant le roi François I", qui le poursuivait de près, conquit Milan et attaqua Pavie. Les généraux impériaux se trouvèrent alors dans un grand embarras : devant eux, un ennemi beaucoup plus fort qui menaçait la capitale ; derrière eux, le tenitoire du pape, qui venait de faire une alliance avec François I" ; enfin une armée qui manquait de tout et était dans le découragement par suite d'une longue retraite. Mais leur courage , leur sagacité , leur bonne fortune , changèrent toutes les chances en leur faveur.

Bataille de Pavie, ^525. — Le commandant qui défendait Pavie , don Antonio de Leyva , ne se laissa pas ébranler, et soutint le siège avec opiniâtreté jusqu'en février >I325. Pendant ce temps-là , l'armée impériale reçut un renfort d'Allemagne de quinze mille lansquenets y sous les ordres du vaillant George de Freundsberg ou Frunsberg, et le 28 février ils attaquèrent le roi à Pavie. L'œil expérimenté de Pescaire avait précisément saisi l'endroit par lequel le roi ne s'attendait à aucune hostilité. 11 croyait se» derrières à' couvert par un p&rc entouré de tontes parts d'un grand mur; mais Pescaire avait eu le soin d'y faire frayer une

route la nuit précédente , et vint tomber tont d*un coup sur le dos de l'armée. En même temps Leyva fit une sortie de la citadelle , et Lannoy et Bourbon arrivèrent par nn autre côté. Bientôt le désordre se mit dans toute Tarmée ; les Suisses , contre leur habitude , lâchèrent pied tout de suite et prirent la fuite ; les troupes de Freundsberg combattirent avec le plus grand courage, et c'est surtout à elles qu'on fut redevable de la victoire, François 1*' eut son cheval tué sous lui , et il se défendit à pied contre une fouie d'Espagnols qui l'entourèrent sans le connaître. Par bonheur pour lui que survint un gentilhomme français, nommé Pomperant , qui servait sous les ordres du duc de Bourbon ; il reconnut le roi et le somma de se rendre an .duc ; mais le roi lui ordonna avec aigreur d'appeler Lannoy. Il combattit encore jusqu'à ce qu'il arrivât, et alors le roi lui rendit son épée. Lannoy la reçut à genoux, et lui tendit la sienne en même temps : « Il ne convient pas , dit-il , qu'un aussi grand roi soit sans armes devant un sujet de l'empereur. » Quinze jours après cette bataille , il a'y avait plus d'ennemis dans l'Italie. — Charles était presque mécontent de son trop grand bonheur, qui ne lui laissait rien à faire. « Puisque tu m'as pris le roi de France , disait-il à Lannoy dans une lettre , je vois bien que je n'aurai plus rien à faire, si je ne vas combattre les infidèles. J'ai eu cette volonté toute ma vie, et aujourd'hui encore plus. Arrange donc les affaires de manière que je puisse encore, avant de devenir trop vienx, faire des actions pour le senice de Dieu qui ne soient point sans gloire pour moi. »

Le foi François I" fut* conduit à Madrid, et sévèrement gardé. Cependant le conseil de l'empereur était très-partage sur la manière dont il fallait le traiter et les moyens de profiter de ce présent de la fortune. Les uns, Lannoy avec eux, conseillaient de traiter le roi généreusement, et d'extirper ainsi, peut-être pour toujours, tout germe d'inimitié entre les deux princes; les autres, avea le chancelier Mercurinus Galtinara à leur tête, voulaient qu'on tirât de cette occasion tout l'avantage possible. L'empereur prit un milieu entre ces deux opinions, et perdit tout le fruit de sa bonne fortune. Il goûta fort l'idée du chancelier de recouvrer dans cette occasion le* duché de Bourgogne, que la France avait injustement enlevé à sa grand'mèrc , et dont il faisait un très-

grand cas ; il l'exigea donc comme prix de sa rançon. Mais il trouva trop dur et indigne de l'empereur de garder le roi prisonnier jusqu'à la complète exécution de la condition , comme le conseillait le chancelier. 11 se confl& à la parole du roi ; mais cette parole, quelque affectation chevaleresque que celui-ci mit à la donner, n'était rien moins que sincère. Avant de signer le traité , ayant fait venir secrètement quelques hommes de Madrid, il lit devant eux, en présence du nonce du pape, la déclaration authentique qu'il ne serait pas tenu de remplir ce' qu'il promettait à l'empereur, parce qu'il était prisonnier , et le pape même l'avait délié à l'avance de toute promesse qu'il pourrait faire. Ainsi garanti contre sa conscience, il s'avança vers l'autel, et jura sur les saints Evangiles de remplir les conditions qu'il avait consenties. En même temps il donna sa parole royale de rentrer en prison au bout de six mois, s'il ne pouvait pas tenir ses engagements. Mais tel est le beau fruit de cette science qu'on appelle la politique , elle se croit le droit de blesser les lois éternelles de la vérité et de la morale.

François I*' fut mis en liberté en 4626, après un an de captivité , et il ne tint pas sa parole. Il prétexta que ses états ne voulaient pas consentir à l'abandon de la Bourgogne , et offrit une grosse somme d'argent pour la rançon de ses deux enfants aines qu'il avait envoyés comme otages en Espagne. Mais Charles lui répondit « qu'il avait manqué à la fidélité et à la bonne foi qu'il avait jurée en public comme en particulier, et qu'il ne se conduisait pas comme devait faire un homme de bonne naissance et un roi ; que s'il voulait le nier , il lui déclarait devoir le soutenir par les armes dans un combat singulier. » François accepta le cartel , mais seulement des lèvres ; car plus tard il sut décliner le combat sous différents prétextes, et les peuples furent obligés de vider avec leur sang ce combat que sa passion et son ambition avaient soulevé. La guerre éclata donc de nouveau entre Charles et François V'. ~

Les Impériaux à Rome^ 4557. — Mais, avant que cette guerre ne commençât, il s'était passé un fait inouï en Italie. Le duc de Bourbon avait pris le commandement en chef de l'armée impériale qui était dans le Milancz, après la mort du vaillant Pescairc. Or, le pays étant dévasté, les généraux sans argent , les troupes murmurèrent et demandèrent leur solde. Tous les

moyens^ employés pour les apaiser furent inutiles, et tout ùi coup l'armée, au mois de janvier 4527 , s'avança vers Rome sans aucun ordre de l'empereur ; on ne peut décider non plus si ce fut sur un ordre du duc de Bourbon, qui avait peut-être de grands plans d'ambition , ou si cefut par une décision subite de l'armée , qui espérait trouver dans Rome de quoi fournir en abondance à tous ses besoins et faire un riche butin. Du moins le duc de Bourbon céda, et arriva devant la ville après une marche trèsdifficile. Le 6 mai fut donné l'ordre pour un assaut général à l'ancienne capitale du monde. Bourbon fut un des premiers sur le mur , et son exemple enflamma les assaillants; mais à peine y fut-il monté , qu'il fut tué d'dn coup de feu. Cependant ses soldats entrèrent dans la ville , et pendant plusieurs jours elle fut livrée à la dévastation et au pillage , comme au temps des Vandales. Le pape Clément VII, qui s'était sauvé avec ses gens dans le château Saint- Ange , y fut assiégé pendant plusieurs mois , jusqu'à ce que, forcé par la nécessité , il promit une somme de 400,000 ducats , afin que l'armée pût recevoir tout l'arriéré de sa solde. — Cependant l'empereur Charles envoya à tous les princes de la chrétienté, avec le plus grand empressement, des lettres où il se justifiait de ces événements, qui arrivaient sans sa volonté et contre sa volonté ; et pendant que ses généraux tenaient le pape assiégé dans le château Saint- Ange, presque prisonnier , il faisait faire dans toute l'Espagne des prières publiques pour sa délivrance. On a accusé sa conduite d'hypocrisie ; cependant il est bien vrai que son armée rebelle n'écoutait plus ses ordres , et voulait avant tout toucher l'arriéré de sa solde. Ce ne fut qu'an bout de dix mois qu'elle obéit à son ordre et marcha vers Naples. Mais se^excès dans Rome l'avaient tellement affaiblie, que , quand le roi de France 'fit, cette même année 4527, une nouvelle invasion en Italie , il pénétra sans résistance jusqu'à Naples et en fit le siège. Il fallut la défection du célèbre marin génois André Doria , qui conduisait le siège de Naples du cêté de la mer et passa du côté de l'empereur, et en même temps qu'une maladie contagieuse désolât l'armée française , pour ramener la fortune du côté de Charles et amener les deux partis , également fatigués de la guerre , à la paix de Cambrai, en 4529. François paya 2,000,000 d'écus ( hronen ) pour la délivrance de ses enfants , et

imrOIRfi Dn peuple &LLBHANa

x^noQça h hnlli» sot prétentions sur Milan ^ Gèn«i , Naples et Ici autres pays de Tautre côté ^es Alpes (il épousa Éiféonore , sœur de Charles- Quiot ) ; tandis qu'au contraire Charles , sans exiger de suite l*abandon du royaume de Bourgogne I conservait cependant ses anciens droits.

Le temps était arrivé où Charles pouvait sd montrer avpc dignité dans ses États d'Italie ; il n*y était encore jannais entré. 11 aborda à Gènes en 'l 529) et s'avança de là vers Bologne dans une pompe digne d'un empereuri Là il avait con« eerté une entrevue avec le pape, et elle eut lieu avec une grande solennité. L'ancienne inimitié fut tout à fait oubliée. Charles ^ suivant Tusage de ses aïeux i baisa à genoux les pieds du saintpère 4 et oelui«ci le couronna solennellement et •vec ttue grande pompe comme empereur et roi de Lonibardie»

C'était le sacre du plus grand monarque qui ait porté cette couronne après Charle* magne^ et ce fut le dernier empereur qui passât eo Italie. Chéries parut aux Italiens ^ qui ne rnvaieQt connu jusqu'alors que comme un prince terrible ^ un maître doux et généreux , et leurs craintes se changèrent en une vénéra-* tioa enthousiaste. Il ne retint pas même le Milanec pour lui ^ mais il le rendit généreusement au duc François Sforce, qui le reçut à titre de ief de l'empire; ensuite il se hâta de passer en Allemagne, et de se rendre à la grande diète qui se tenait à Atigsbourg. ~ Cependant en Allemagne grand nombre de princes avaient d^à introduit dans leur pays les nouvelles doctrines* Un des plus zélés était le jeune landgrave de Hesse , Philippe le Généreux ; ce fut lui qui insista auprès des autres princes qui partageaient sa croyance, et les décida à former une alliance pour une mutuelle défense , dans le cas où les adversaires essayeraient d'employer la violence pour l'exécution de l'édit de Worms. Ses inquiétudes n'étaient pas sans fondement. D^ plusieurs princes catholiques s'étaient. rassemblés à Leipzig , et avaient délibéré ensemble sur la nécessité de défendre en commun leur pays <îonlre l'introduction des idées nouvelles ; ils avaient pour cela demandé l'assistance de l'empereur, et celui-ci leur avait promis dans sa réponse l'extirpaiion de toutes les erreurs de la secte de Luther.

Ainsi donc, en l'année 4526, àTorgau, se forma une ligue entre le prince électeur de Saxe I Jean l'Opiniâtre ( son frère , Frédéric le

Sage , était mort en 4 S25 ) , Phili^e de Basse « le duc de Brunswick-Lunebonrg, le due Henri de Mecklenbourg , les princes Wolfgang d'An* hait, les comtes Gebhard et Albert deMansfcld^ et la ville libre de Magdebourg. Albert, mar^ grave de Brandebourg , auparavant grand maître de l'ordre Ten tonique, et alors duc de Prusse , qui avait aussi introduit les nouvelles doctrines dans ses États , conclut une alliance particulière avec l'électeur de Saxe.

L'empereur, 'qui était encore alors en Espagne, fort occupé avec son prisonnier, le roi François l*', et qui eut à soutenir contre celui-ci une nouvelle guerre aussitôt après sa délivrance, fit prendre patience aux princes allemandii qui désiraient voir la fin de leurs querelles ^ en leur faisant espérer uub nouvelle diète aussitôt qu'il aurait le loisir do venir chez eux. 11 en fit même convoquer une provisoire à Spire en 4529. \Cb fut celle qui trancha le mieux les deux {>artis i en donnant un nom aux partisans des idées nouvel/es. Car la majorité des états , qui étdit catliolique , décréta ce qui suit : qu'il fallait eonserver les édits essentiels de la diète de Worms ^ que la messe devait être conservée ; que ceux chez qui les nouvelles doctrines avaient trouvé accès devaient se garder d'étendre leurs innovations^ et qu'aucun des sujets de l'empire ne devait, à cause de sa croyance ^ prendre la défense d'un coreligionnaire contre ses supérieurs. Ces arrêts de la diète furent loin de satisfaire les partisans de Luther , qui rédigèrent au contraire un acte d'opposition et une protestation de laquelle ils prirent le nom de protestants. C'était la plus grande partie des princes que nous avons nommés plus haut comnic ayant pris part à la ligue de Torgau ; mais il y avait de plus George, margi*ave de Brandebourg, de la maison salique, et les villes de Strasbourg, Nuremberg, Dlm, Constance, Reat- Hngen , . Windsheim , Memmingen , Ijndau , Kempten> Heilbronn, Issny, Weissenboui^, Nordlingen et Saint-Gall.

Confession d^Au^sbourg»

(4530.) L'année suivante, se tint donc à Augsbourg une grande diète à laquelle l'empereur se rendit lui-même d'Italie, comme il l'avait annoncé. Les députés des deux côtés vinrent au-devant de lui pour tâcher de le

4as

gagner à icnr parti pendant la route. Mais il sut renfermer ses pensées en lui-même, et renvoya tout à la diète. Le 22 juin au soir , il fit son entrée dans la ville. Ce n'était plus un jeune prince sans expérience, comme quand il vint la première fois en Allemagne, il y avait dix ans; c'était un empereur au-dessus de tous les autres par sa puissance. Le monde entier admirait ses belles qualités. Le plus puis* sant monarque était humilié devant lui , et Rome môme n'avait pu résister à une parcelle do sa puissance entraînée dans l'insubordination. Son extérieur avait gagné en prenant plus de dignité et plus d'énergie ; il imposait môme à ses adversaires. Mélanchton , qui était venu à Augsbourg avec l'électeur de Saxe , s'exprime ainsi à son^sujet dans une lettre de conûanco : «Ce qu'il y avait de pins remarquable dans cette assemblée, c'était sans contredit l'empereur lui-même. Son bonheur, qui ne s'est pas une seule fois démenti, a dû exciter l'admiration aussi dans vos contrées. Mais bien plus digne encore d'admiration est sa grande re** tenue après de si grands succès , quand tout lui réussit' à souhait; car on ne remarque pas une seule parole et pas même une seule action qui sorte des bornes de la modération. Quel roi, quel empereur pourrais-tu me nommer dans l'histoire que la bonne fortune n'ait fait changer ? Chez lui , au contraire , elle n'a jamais pn enivrer son âme. Chez lui, pas une seule trace de passion , d'orgueil ou de cruauté; car, pour taire les autres exemples, bien que nos adversaires aient employé jusquelà tous les moyens pour l'entraîner contre nous dans les affaires de religion, cependant il a toujours reçu les hommes de notre opinion aVec affabilité. Sa vie domestique est remplie des plus beaux exemples de retenue , de modération et de tempérance. Cette discipline intérieure, autrefois si sévère parmi les princes allemands, ne se retrouve plus que dans la maison de l'empereur. Aucun homme vicieux ne peut se glisser auprès de lui; et pour amis il n'a que les plus grands hommes , qu'il a sit distinguer par leurs vertus. Toutes les fois que je le vois , il me semble voir un des héros ou des demi-dieux qui , dans les anciens temps , apparaissaient parmi les hommes. Qui ne se féliciterait pas d» voir tant de belles qualités réunies dans un seul homme , et surtout dans nn si grand prbice? »

Malgré toute cette vénération- attachée à Ift personne de l'empereur, malgré la supériorité de sa puissance et celle des princes catholiques, les princes protestants, qui étaient tous présents, présentèrent une résistance si ferme, que mémo pour des pratiques purement extérieures ils arrêtèrent l'empereur par leurs oppositions, et le forcèrent souvent de révoquer des ordres qu'il avait donnés. Ainsi , quand il ordonna que tous les princes prendraient part à la cévémonie de la Fête-Dieu, qui avait lieu le lendemain même de son arrivée , tous les princes protestants montèrent à cheval dès le matin da jour , vinrent le trouver en grande solennité » lui déclarèrent leur refus avec fermeté, et il fut obligé de céder. Ils protestèrent encore avec la même fermeté contre l'ordonnance qui défendait à leurs prédicateurs de parler dans Augsbourg; et ils le forcèrent d'accorder que des deux partis il n'y aurait point çle sermons, et qu'on se contenterait de lire l'évangile et l'épitre du dimanche. Ce fat surtout l'électeur Jean de Saxe qui donna l'exemple de cette opiniâtreté qui lui valut le surnom que la postée rite lui donna. La menace même de l'empereui^ de lui refuser l'investiture du duché de Saxe ne put faire changer sa façon d*ag{r. Quan^ donc il fut question dans les séances des af^ faires de religion, les princes protestants expo** seront à la diète réunie leur profession de foi^ et renfermèrent dans quelques propositions courtes et claires tous les points dans lesquels la nouvelle Église différait de l'ancienne. Mélanchton en était l'auteur ; il en avait composé un seul tout dans le plus bel ordre, comme tous ses ouvrages, et les avait extraites des dix^ sept articles de Luther et de plusieurs autres écrits que lea princes protestants avaient apportés avec eux : telle fut la confession d'Augsbourg, qui encore aujourd'hui est la base dô l'Église protestante. Le chancelier de Saxe, Bayer, en fit la lecture publique le 25 juin , et elle dura plusieurs heures. L'empereur leur fit répondre, par Frédéric, comte palatin: « qu'il prendrait en considération cet important et remarquable écrit', et qu'il leur ferait ensuite connaître sa détermination. »

Dans le conseil de Charles , aussi bien que dans celui des princes catholiques, les aviâ étaient fort partagés. Le légat du pape , avec George, duc do Saxe, Guillaume, duc de Bavière , et la plijs grande partie des évéques ,

demandaient ^e Charles exigeât des protestants l'abjuration complète de leur doctrine; d'autres , et parnû eux le cardinal-archevêque de Mayence, étaient plus modérés. Ils firent remarquer qu'un tel projet ne pourrait s'accomplir sans beaucoup de sang répandu et des guerres intestines ; ils rappelèrent les dangers de la part des Turcs , qui récemment encore , en 4529 , avaient osé pénétrer jusqu'à Vienne et attaquer la ville, heureusement sans succès; et ils conseillèrent de réunir les protestants au sein de l'Église , soit par la conviction , soit par d'autres moyens de douceur, on du moins de faire en sorte que la paix intérieure de l'empire ne fût pas troublée. Ainsi , conformément à cette dernière opinion , la contre-partie de la confession d'Augsbourg fut rédigée par plusieurs théologiens catholiques. Eck travailla avec eux. Elle fut lue aux protestants avec demande d'y acquiescer; et comme ils affirmèrent qu'ils ne le pouvaient pas, on essaya plusieurs autres moyens de réconciliation et d'accommodement, car les plus pacifiques et les plus modérés des deux côtés croyaient que ce n'était pas impossible. Mélanchton écrivit même au légat du pape : « 11 n'y a plus qu'une petite différence dans les usages de l'Eglise qui semble maintenant faire ol)stacle à la réunion , et les canons ecclésiastiques disent que l'unité de l'Église n'est pas rompue par une diversité dans les usages. » Mais les zélés des deux côtés vinrent mettre des obstacles , et ce que l'on céda de part et d'autre ne touchait pas aux points principaux. En outre, plusieurs princes protestants et des villes libres se laissèrent influencer par des considérations toutes humaines, quand ils virent qu'il était question.de rétablir la puissance épiscopale dans leur pays; et du côté des catholiques, on tint précisément alors avec opiniâtreté à des articles sur lesquels on avait déjà use d'indulgence, par exemple , pour l'Eglise grecque et les hussites ; c'est-à-dire qu'on refusai formellement alors le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces aux^ laïques.

Ainsi furent renversées les tentatives de réunion, et les deux partis, au lieu de se rapprocher, ne firent que se séparer de plus en plus. Enfin l'empereur fit signifier aux protestants cette déclaration : « Qu'ils eussent à réfléchir jusqu'au 4 5 avril prochain pour savoir s'ils voulaient OU noQ se réunijc, pour les articles eu

discussion, avec l'Église chrétienne , arec k pape, l'empereur et les autres princes , jusqu'à plus ample explication dans un concile qui serait tenu prochainement; que pendant ce temps de paix ils ne devaient rien faire imprimer de nouveau dans leur pays, et n'attirer dans leur secte ni leurs sujets ni des étrangers; que d'ailleurs , comme il s'était introduit dans la chrétienté des abus et des désordres de toute espèce, l'empereur ferait tous ses efforts anpt^s du pape et des autres princes de l'Europe pour faire convoquer un concile général dans l'intervalle de six mois , ou au plus tard dans un an. »

Les protestants répondirent alors, comme toujours, que leurs dogmes n'avaient point encore été réfutés par l'Écriture, et que leur conscience ne leur permettait pas de consentira cette conclusion deia diète qui leur défendait la propagation de leur croyance ; et aussitôt ceux qui étaient encore à Augsbourg se hâtèrent de partir. C'était une rupture formelle entre les deux partis. Dans les conclusions delà diète qui furent ensuite rendues publiques, la doctrine de Luther fut traitée d'hérésie avec de trèsdures expressions; la restitution de tons les couvents et établissements religieux confisqués fut sévèrement exigée ; une censure pour tout imprimé en matière religieuse fut établie , et l'on menaça les récalcitrants de l'empereor et de l'empire.

Ligue de Smalkade,

(t530.) Les princes protestants se rassemblèrent encore ^la fin de celte année 'à Smalkade, et rendirent leur alliance plus solide et plus intime. Quelques-uns d'entrc.eux auraient volontiers dès lors éclaté, et décidé de suite la querelle par les armes; mais, parmi le plus grand nombre, il y avait encore cette ancienne et religieuse horreur pour une guerre entre frères, et cette vénération pour la personne sacrée de l'empereur, ce sont leurs expressions: de sorte que ce fut ce sentiment vraiment allemand qui sauva leur ligue du reproche de s'être marquée d'une tache de sang en soulevant sans nécessité une guerre de religion. — L'empereur , en partant d'Augsbourg , s'était rais en route pour Cologne, où il avait donné rendez-vous aux princes électeurs. Là, il leur fit la proposition de choisir pour roi des Ro-

mains son frère Ferdinand, à qui il avait déjà cédé ses pays héréditaires d'Autriche, et qui , depuis Textinction de la maison royale de Bohême et de Hongrie dans la personne de Louis 11 , mort dans la bataille de Mohacz , «1526 , contre le sultan Soliman II, avait obtenu les couronnes de Bohême et de Hongrie par des droits fondés sur un ancien traité d'héritage, afin qu'il put maintenir Tempire dans le bon ordre pendant ses fréquentes absences. Les électeurs y consentirent, et Ferdinand fut couronné à Aix ; il n'y eut d'opposition que de la part de rélecteur de Saxe, qui fit présenter une protestation à la diète par son fils , et des ducs de Bavière, depuis longtemps jaloux de la puissance de la maison d'Autriche, qui firent même à cette occasion alliance avec leurs ennemis en matière de religion^ les princes de l'alliance de Smalkade.

Le nouveau roi des Romains tenait beaucoup à la conservation* de la paix en Allemagne , parce que son nouveau royaume de Hongrie était vivement pressé par les Turcs, et qu'il comptait particulièrement sur les secours des princes allemands. Mais les princes protestants refusèrent leur coopération jusqu'à ce qu'on eût établi la paix dans l'empire et promis de la maintenir. Alors Tcmpereur concerta une nouvelle tentative de réunion, et elle amena enfin, conformément au^p pressantes exhortations de Luther, la paix provisoire de Nuremberg, en ^532. L'empereur déclara qu'en vertu de sa toute-puissance impériale , « il voulait établir une paix générale, d'après laquelle personne ne pourrait être incriminé et condamné pour sa croyance ou toute autre matière religieuse, jusqu'à la tenue prochaine du concile ou des états de Tempirc. » Alors les secours contre les Turcs arrivèrent promplement, et il eut bientôt rassemblé une armée telle qu'on n'en avait pas/vu depuis longtemps. Le danger semblait pressant; car le sultan Soliman était parti avec trois cent mille hommes pour attaquer les pays autrichiens sur deux points à la fois , et l'empereur n'avait que soixante-seize mille hommes à lui opposer. Mais, dès les premières tentatives , les Turcs purent voir à quels hommes ils avaient affaire. Ibrahim Bassa, qui conduisait l'avant-garde , crut que la petite ville de Gunz, en Hongrie , ^ui lui avait fermé ses portes, lui avait fait affront; qu'elle allait être emportée du premier assaut, et qu'elle

avait mérité pour cela une sévère punition; mais son vaillant commandant Jurischtisch repoussa avec avantage toutes ses attaques pendant quinze jours qu'il resta devant ses murs. Alors Soliman réfléchit à ce que pourrait donc lui coûter Vienne, lorsque surtout l'empereur était en marche pour venir à son secoui*s ; et voyant que les princes d'Allemagne , qu'il avait crus en dissension , lêtaient tous réunis, il fit aussitôt retraite. Ainsi tout le monde fut dans l'étonnembnt de voir le grand Soliman renoncer si promptement à une expédition qui lui avait coûté trois ans de préparatifs. L'empereur Charles put alors s'occuper d'aufres affaires , et avant tout il se rendit en Italie pour se concerter avec le pape au sujet de la convocation d'un concile œcuménique. Mais le pape Clément VII ne s'en occupait pas sérieusement , et la cour de Rome ne le désirait pas ; de sorte que Charles repassa en Espagne sans avoir rien fait.

Tandis que l'empereur était absent , et que le roi Ferdinand employait tous ses moyens pour établir sa domination en Hongrie , la doctrine des protestants se répandait de plus en plus en Allemagne , et la divi^on des esprits s'envenimait tons les jours. Les protestants allèrent môme , Tan >I534, jusqu'à déclarer à la chambre impériale qu'ils ne lui obéiraient plus , parce que, contrairement au traité de paix de Nuremberg , elle avait écouté des plaintes et prononcé une sentence contre eux lorsqu'il s'agissait d'une restitution de biens confisqués à l'Église. Ainsi était foulée aux pieds la paix du pays de l'empereur Maximilien.

Un autre sujet de querelle vint encore s'y joindre, c'était pour le Wurtemberg. Nous avons déjà eu occasion de remarquer antérieurement que le duc Ulric de Wurtemberg, vers le tomps de la mort de Maximilien, et avant • l'élection de Charles , avait été chassé de son pays par la: ligue de Souabe , à cause d'une querelle qui lui était survenue avec la ville do Reutlingen. La ligue fit cession du pays , d'ailleurs grevé de lourdes "charges., à l'empereur Charles, et celui-ci le donna, en 4530, à son frère Ferdinand , avec les États autrichiens. Il jsemblait alors devoir appartenir pour toujours à la mi^ison d'Autriche; mois le duc dépossédé, qui parcourait tout l'empire comme un fugitif et cherchait à gagner des amis , trouva protection près de son parent le duc Philippe de

HISTOIRE DD PEUPLB ALLEMANDi

Hesse* Ulric ftvftit déjà foçn la doctrine de Luther , et Philippe conçut d'abord la pensée de le rétablir daos ses États , môme'par la force des armes. Il leva donc une année do vingt mille hommes , se jeta a Timproviste dans le Wurtemberg, battit le gouverneur autrichien près de Lauffen {^ 534), et rendit aussitôt le duché à Ulric. On crut que cette invasion allait être le commencement d'une guerre sanglante, mais encore pour cetle fois Forage passa sans éclater. Charles et Ferdinand étaient trop occupés, et sans doute aussi qu'ils sentirent qu'il ne serait pas généreux d'augmenter leur puissance, déjà si grande, avec le bien d'autrui, quoiqu'ils eussent l'apparence du droit. D'un autre tôté , les fédéré? de la ligue de Schmalkalde, qui n'avaient pas pris part à la première expédition du landgrave » mettaient beaucoup d'em*-* prossement à terminer cette affaire par un accommodement. De là, la paix de Cadan , en Bohème , par laquelle le duc Ulric recouvrasses États à titre de vavasseur d'Autriche ; la paix de religion de Nuremberg fut conflrmée , et l'électeur de Saxe , avec toute sa famille, reconnut formellement Ferdinand pour roi des Romains ; et, al}n de sauver au moins ia dignité de la suzeraineté impériale , il fut décidé que le landgrave et le duc Ulric feraient à genoux amende honorable pour avoir rompu la paix du payS) à l'empereur par eux-mêmes en personne , et au roi Ferdinand par un délégué.

Une autre circonstance se présenta qui semblait extrêmement grave, et cependant ne put rompre défînitivement la paix ; c'était la guerre des anabaptistes dans Munster, de 4555 à 4555. Les principes de Thomas Munzer sur la liberté et l'égaKté chrétienne et sur la communauté des biens , aussi bien que sur la rêvé* lation immédiate à chaque individu , n'avaient pas encore disparu , et s'étaient conservés surtout en Hollande dans la secte des' anabaptistes. Ils commandaient à leurs sectateurs de faire pénitence et de se faire baptiser de nouveau , afin que la colère do Dieu n'éclatât pas sur eux. Deux de leurs orateurs enthousiastes, Matthiessen , boulanger de Harlem, et le tailleur Jean Bockhold ou Bockelsohn de Leyde , vinrent en 4535 à Munster, précisément dans le même moment qu'un prédicateur nommé Rolhmann y introduisait la doctrine do Luther ; ils le gagnèrent aussi lui au nombre des anabaptistes , ' chassèrent de la ville les citoyens riches, avec

l'aide de la populace et d'antres anabaptistes qui vinrent dos pays voisins , établirent de non* veaux magistrats, et mirent tous les biens en commun. Chacun devait venir déposer dans un trésor public tout ce qu'il possédait en or , ea argent ou en objets de prix ; en même temps les églises furent dépouillées de toutes leurs richesses, les tableaux brisés, et tous les livres, excepte la' Bible, furent brûlés en public. A ce vertige, comme presque toujours chez dei gens grossiers , se joignit une licence effrénée dans les mœui's et toutes le^ passiops. 11 fut reconnu que la liberté chrétienne autorisait chaque homme à prendre plusieurs femmes , et Jean de Leyde en donna l'exemple en en prenant trois à la fois. EuQn un de ses partisans , qui se vantait d'avoir eu une communication divine toute particulière, Jean Dussentschur de Warendorf, le salua comme le roi de toute la terre, qui devait restaurer lo trône de David , et vingt-huit apôtres furent envoyés prêcher cette doctrine par tout le monde pour le soumettre au nouveau roi ; mais partout où ils vinrent ils furent arrêtés comme séditieux, et presque tous exécutés. L'évéque de Munster , et i^hilippe, landgrave de Hesse, marchèrent contre la ville et l'assiégèrent. La disette, qui s'y lit sentir de jour en jour plus forte, refroidit bientôt le zèle du peuple. Le nouveau roi voulut s'affermir par la terreur, e^ décapita même de sa propre main une de ses femmes sur la place du marché , parce qu'elle avait dit qu'elle ne pouvait croire que Dieu eût condamné une si grande foule de peuple à mourir do faim , tandis que le roi était dans l'abondance. Mais à la fin , quand déjà en effet un grand nombre des habitants étaient morts de faim , deux bourgeois introduisirent de nuit l'armée do l'archevêque dans la ville, le 25 juin 4555. Après un combat sanglant , Jean de Leyde , avec Knipperdolling, son exécuteur, et son chancelier Knpchting, furent faits prisonniers et conduits en spectacle dans plusieurs villes d'Allemagne; ensuite on les déchira avec des tenailles ronges , et on les tua en les perçant au cœur avec un poignard ardent. Leurs corps furent mis dans une cage de fer et suspendus au haut de la tour de l'église de St-l^mbert , sur la place ; le culte catholique fut ensuite rétabli dans la ville.

L'empereur avait entrepris sur ces entrefaites une guerre qui lui fit le plus gi*and honneur. Un corsaire, Hai*adin Barberousse, un

(I«s bdmmes leâ phiâ fttldQcieitx et les j^iits ex^ traordin&ireft de soa temps , né de pareots obscurs dans Tile de Lesbos, s'était solidement établi sur la côte nord d'Afrique, fi avait at^ tiré & loi une foule de Maures chassés d'Espagne parle roi Ferdinand le Catholique, qui brûlaient du désir de la vengeauce , et troublait avec eux toutes les mers de l'Europe. Sa cruauté et son audace en firent l'effroi de tous les habitants des côtes ; Alger et Tunis étaient en sa puissance, et même le sultan turc Soliman avait confié & cet entreprenant matelot toute sa puissance maritime, pour qu'il s'en servit contre les chrétiens. Des milliers de prisonniers languissaient déjà dans l'esclavage à Alger et ft Tunis* L'empereur Charles crut qu'en sa qualité de protecteur de toute la chrétienté, il ne pouvait pas souffrir de pareilles cruautés ; d'autant plus que l'ancien roi de Tunis , Hasccn , chassé de ses Etats , était Venu demander sa protection. Il partit donc avec une armée de trente mille hommes, plus huit cents Allemands sous les ordres du comte Max d'Eberstin, et cinq cents vaisseaux. Doria commandait la flotte , et l'empereur lui-même, avec le marquis de Vaston , commandait l'armée de terre.

Ce fut dans l'été 4535 qu'on vint débarquer h Tnnis; la citadelle de Golôte , (|ui défendait le port, fut emportée d'assaut; toute l'artillerie fut prise, et deux mille Turcs furent massacrés. Bientôt l'armée de Uaradin Barberousse, qui était dans la plaine sous les murs do Tunis , fut elle-même battue et mise en fuite , et la ville conquise ; les esclaves chrétiens qu'on avait trouvés renfermés dans la citadelle y contribuèrent de toutes leurs forces, et Charles ent enfin la joie inexprimable de sauver vingtdeux mille de ces malheureux pris sur tous les peuples de l'Europe, de recevoir les témoignages de leur reconnaissance, et de les rendre à la liberté et à leurs parents qui les avaient si longtemps pleures comme morts. Il avoua luimême que ce fut un des plus beaux jours de sa vie. Sa réputation se répandit partout , et en efTet il la méritait par la constance et le courage dont il avait donné la preuve dans cette expédition périlleuse. C'est ainsi qu'il prouva , par son exemple, que, ces barbares corsaires des côtes africaines pouvaient être enchaînés quand on le voulait sérieusement et énergiquement. 11 rétablit à Tunis le roi Hascen, lui défendit d'acheter des esclaves chrétiens , et retint la cita-

délie de Golètè en son pottirotf , oomMé gatahtié de son obéissance. Haradin s^était enfui à Alger , et Chaires résolut d'aller Ty pouiïUivrô l'année suivante.

Une nouvelle guerre avec le roi de France empocha l'exécution de son dessein. Ce prince renouvela ses prétentions sur le Milanez h la mort de son duc, Fmnçois Sforce ; et, pour s*afisurer un chemin libre en Italie, il s'empara tout d\in coup» par la force des armes, da duché de Savoie , dont le duc l'avait mécontenté. Charles vit la nécessité de la guerre, et résolut d'en transporter le théàtrc dans le sud de la France. Ne tirant donc aucun profit de rinstruction que lui avait donnée sa première expédition si malheureuse, sous le duc de Bourbon, il osa la renouveler en >I556, pénétra jusque devant Marseille et assiégea la ville. Mais elle était trop bien fortifiée, et, tout le pays ayant été ravagé par les Français eux-mêmes , la disette et les maladies forcèrent le roi , an bout de deux mois, à faire retraite avec une perte d^une partie de l'artillerie et des bagages.

Ensuite de cette expédition eut lieu à Nicd une suspension d'armes pour dix ans , par l'en-* tremise du pape, en 4538; etbîetitôt après leÉ deux rivaux eurent une entrevue ft Aigues- Morles, à l*embouchure du Rhône ; ce fut le roi ide France qui en fit la proposition. Le eonseil de l'empereur crut qu'il a'était pas sans danger de se rendre sur le sol de France ; mais le projet plut d'autant mieux à Charles qu'il était extraordinaire. Quand- il arriva dans le port , le roi s'avança lui-même à son vaisseau pour le recevoir, et le conduisit à terre. Un festin royal y avait été préparé, ainsi qu'une grande fête qui se prolongea fort avant dans la nuit. Le lendemain matin , ce fut le dauphin lui-même qui présenta à l'empereur l'eau pour se laver et la serviette ; des deux côtés on rivalisait de civilité et de témoignages d'amitiéJ Ce n'était point hypocrisie, tous les deux désiraient une paix durable; et l'année suivante, 1539, François donna une nouvelle preuve de ses bonnes intentions. La ville de Gand en Flandre s'était soulevée contre Charles à l'occasion de nouvelles impositions, et avait offert au roi de France de se mettre sous sa protection ; mais le roi en fit aussitôt instruire l'empereur, et lui proposa en même temps de traverser la France depuis l'Espagne , pour abréger sa route et arriver plus vite en Flandre. Charles accepta

HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND

sans méfiance; \)artout il fut reçu avec de grandes fêtes : •entrait-il dans une ville, on venait au-devant de lui apporter les clefs de la ville'; à FonfStinebleau, où était le roi, il fut retenu par des fêtes magnifiques pendant quinze jours, et pendant six jours à Paris.

La révolte de Gand fut bientôt apaisée, et pendant que l'empereur y était encore, vinrent des nouvelles fort pressante» qui l'engagèrent à venir en Allemagne, où sa présence était nécessaire pour réprimer le désordre qui augmentait tous les jours. Il accéda à leurs désirs, et se rendit en 4544 à la diète de Katisbonne. Nous raconterons plus bas et sans interruption comment alors, et pfnsieurs années après encore, pour réunir les partis, il eut constamment recours à des voies de douceur et d'accommodement , à des éclaircissements réciproques entre les deux partis ; comment il employa les écrits, les discussions publiques et toute son éloquence; comment enfin le maintien de l'union dans l'Allemagne fut la pensée fondamentale «de son gouvernement, et d'ailleurs une nécessité de son règne, dans la crainte des Turcs qui menaçaient d'un côté, et des Français d'un autre , avec qui sans cesse de nouvelles guerres éclataient. Ici nous allons encore jeter un coup d'œil sur quelques événements du dehors , qui nous conduiront jusqu'au temps où Charles fut obligé de se consacrer tout entier à l'Allemagne.

expédition de Charles -Quint contre Alger,

(4544. ) De la diète de Ratisbonne, Charles passa en Italie, et de là partit pour l'expédition qu'il avait déjà résolue à Tavance. Son grand génie , qui visait toujours .à quelque chose d'extraordinaire, crut que l'abaissement des corsaires d'Afrique était un but digne de lui; d'autant plus que Barberousse l'avait excité à la vengeance par de nouvelles dévastations sur les côtes d'Espagne. Cette expédition ne commença pas sous d'heureux auspices ; la saison pour la navigation sur la Méditerranée était déjà trop orageuse , et l'habile marin André Doria ne .pronostiquait rien de bon. Mais Charles n'aimait pas reculer, et l'expédition eut lieu. Le 20 octobre 4544 , la flotte atteignit la" hauteur d'Alger, et l'armée opéra le débarquement. Mais dès le soir, avant que l'artillerie,

les bagtiges et les provisions fussent débarqués, une terrible tempête s'éleva, arracha les vaisseaux de leurs ancres, les jeta sur la côte ou les poussa en pleine mer; et une pluie effroyable tomba avec une telle abondance, que les guerriers débarqués sur le continent passèrent toute la nuit dans l'eau jusqu'à la cheville du pied, et que , pour n'être pas entraînés par la tempête, ils furent obligés d'enfoncer leurs lances en terre et de s'y cramponner. Alors il n'y avait plus à songer à la conquête d'Alger sans artillerie et sans provisions pour l'armée, mais seulement à sa propre conservation ; car, le jour suivant, la cavalerie légère des Turcs se mit à la poursuite de Farmée déjà accablée de fatigues. Dans ce danger , Charles prouva qu'il était ^rand à la guerre comme partout. Pendant trois jours d'un voyage le plus pénible au milieu de l'eau et de la boue , il conduisit son armée, sans cesse harcelée par l'ennemi , tout le long de la côte, jusqu'à la baie de Metafuz , où s'était rassemblée une partie des débris de sa fioUe^ Il ne se distinguait pas d'un simple soldat» et partageait avec eux les plus dures privations et les plus grandes fatigues ; mais aussi il réussit à soutenir le courage de ses soldats et à ramener heureusement les débris de son armée. Il mit à la voile pour l'itaiie, et passa même de là en Espagne.

Quatrième guerre cotUre François P\

( 4 542-4544. ) Le roi de France jivait profité de rabscDce de Charles, pendant qu'il était à Alger, pour se mettre de nouveau en état de faire la guerre. Toutes ses tentatives d'alliance avec Tcmpercur n'avaient pu lui faire oublier le duché de Milan ; il crut donc que le temps était venu d'en faire encore une fois la conquête , et il renouvela son alliance avec les Turcs. Aîûsi\ tandis que Charles était à se reposer de ses [a- * tigues , tout épuisé par les pertes de l'expédition d'Alger, François entra en campagne ; mais l'incapacité de ses généraux opposée à toute Texpérience des généraux espagnols , aussi bien que la disette et les maladies , firent que cinq armées ne purent rien faire dans la première camp«ngue, et furent obligées de rentrer dans le plus tri>te état.

, L'année suivante, 4 543 , Charles se rendit en Italie , et de là de l'autre côté des Alpes , dans le

msToms bn peuple àllehàm>;

bas Rhin , où le duc de Clèves avait fait alliance avec François 1*' ; et ce prince , qui depuis peu commençait à favoriser les doctrines de Lntber, ' devait être le premier à sentir l'autorité impériale. L'apparition de Charles dans ces contrées fut tout à fait inattendue. On disait parmi le peuple qu'à son retour d'Alger il avait essuyé lin naufrage dans lequel il avait péri , et, dans celte croyance, Us regardaient la nouvelle de son arrivée comme une fable. La petite ville de Duren, sijir une sommation qu'il lui fit de se rendre , répondit : « qu'elle ne le craignait guère , parce qu'il était depuis longtemps la pâture- des poissons. » Mais, les Espagnols ayant emporté la ville d'assaut malgré tous les obstacles , et l'ayant livrée aux flammes , alors l'épouvante et l'effroi se répandirent par tout le pays. On disait que le roi amenait avec lui une espèce d'hommes noirs et sauvages qui avaient de grands ongles aux doigts avec lesquels ils escaladaient les murailles les plus inexpugnables, et de grandes dents avec lesquelles ils déchiraient tout. Ce que l'on racontait des prodiges du Nouveau-Monde et de ses habitants était très-propre , dans cette époque si féconde en merveilles , à donner créance à ces récits. D'ailleursles troupesdeCharlesétaicnt en grande partie de vieux guerriers qui avaient noirci au soleil et au grand air, qu'aucun danger n'effrayait , et qui , quand ils montaient à l'assaut , enfonçaient leurs glaives ou leurs lances dans les fentes des murs pour s'élever et escalader ainsi le rempart. L'épouvante qui marchait devant lui eut bientôt soumis tout le pays et toutes les villes ; le duc de Clèves fut obligé de venir demander grâce à genoux , et il ne l'obtint que sous la condition qu'il n'abandonnerait pas la foi catholique ; que ce qu'il avait changé il le remettrait sur l'aiipien pied , et qu'il ne se laisserait entraîner dans aucune alliance contre l'empereur.

Il n'y eut dans cette année rien de remarquable contre la France ; mais, l'année suivante, Charles ayant rassemblé de plus grandes forces, après avoir tenu une diète à Spire dans l'hiver de 4 545 à 4 344 , et s'être assuré de la coopération de tous les princes allemands , entra dès le commencement du printemps dans le pays même de son ennemi , à la tète d'une très-belle armée. Il conquit d'abord Saint-Dizier , ensuite il marcha droit sur Paris. Epernay, Château- Thierry, étaient déjà pris; l'armée n'était plus

qu'à deux jours de marche de ta capitale , et ses ' habitants s'enfuyaient effrayés^ lorsque le roi François P' fit des propositions de pafix. L'empereur les accepta de suite , parce^ que les affaires se compliquaient de plus en plus en Allemagne ; et , le 22 septembre 4344, la paix fut signée à Crépi. C'est la dernière que fit Charles avec le roi de France. Il n'y eut aucun changement dans le fgnd de la querelle ; la Bourgogne resta au roi de France , et le Milancz à l'empereur.

En Saxe , dès l'anaéc 4 552 , l'électeur Jean le Constant avait été remplacé par son fils Jean- Frédéric , prince rempli d'équité et de loyauté, mais aussi trop réservé et bien différent de l'actif et téméraire Philippe de Hesse, qui marchait toujours à la tête des princes protestants et était le plus entreprenant d'entre eux. Nonseulement ces deux princes étaient en contradiction par caractère, mais de plus grandes raisons encore de division étaient survenues parmi les protestants. Dès la dixième année de la réforme, il s'était élevé entre eux une dissension au sujet du dogme de la communion ; Luther entra dan^ la lice contre Karlstadt d'abord , puis contre le réformateur des Suisses, Ulric Zwfngle , avec lequel il eut , en 4529 , à Marsbourg, une conférence religieuse qui n'amena aucun résultat. Les deux partis s'accusèrent réciproquement d'être dans l'erreur. La lutte fut acharnée parce que la passion y prit part ; la différence d'opinions fut même un obstacle à l'unité , et elle aurait pu facilement entraîner la perte complète de la nouvelle Église , si les catholiques avaient su profiter de cette division. — Mais la dissension était aussi grande parmi eux , puisque , comme nous venons de le voir, les ducs de Bavière s'étaient mis dans la ligue de Schmalkalde ; et plus tard , quand ils s'en séparèrent , lorsque le danger semblait plus grand pour la nouvelle Eglise, les sévères partisans de Luther , sur le conseil de leur chef même , se réconcilièrent pour quelque temps avec les Suisses , par une espèce de concordat à Witlemberg ; alors les Suisses et plusieurs autres villes de la haute Allemagne entrèrent dans la ligue. — La propagation de la nouvelle doctrine était de jour en jour plus rapide. Des évêques même , ceux de Lubeck , Camin et Schwérin, entrèrent dans la nouvelle Église, et le vieil électeur de Cologne, Hermann , sur lequel nous donnerons plus bas des

détails I prenait sériensement ses dispositions pour suivre leur exemple.

Pendant ce temps-là', un des plas importants changements s'était fait dans les pays saxons. La moitié de ces provinces, avec les villes de Dresde et de Leipzig, appartenait au duc Georges, un des plus zélés défenseurs de Tancienne Eglise, qui employait toute sa puissance è empêcher Tintroduction de la nouvelle doctrine dans ses États. Mais ses deux enfants moururent avant lui ; et son frère Henri d'AUcnbourg, père du duc Maurice, qui devint plus tard électeur , et qui se trouvait désormais son héritier, était au contraire attaclié de toute son àrae aux doctrines de Luther. Quand do4JC le duc Georges mourut, au mois d'avril 4539, le premier acte du gouvernement de Henri fut d'introduire la réforme dans tous ses États. Le plus grand nombre de ses sujets s'y soumit de bon cœur; l'université môme de Leipzig fut toute changée sans une trop grande résistance; les plus zélés théologiens furent chassés du pays, ou privés de leurs fonctions, et leurs places furent dt>nnées^ des partisans de la nouvelle doctrine.

Un semblable changement eut lieu dans le Brandebourg presque dans le même temps. Le prince Joachim V% zélé catholique , eut pour successeur, en 4554, son fils Joachim H, qui avait été élevé par sa mère, princesse du Danemark, dans les principes luthériens. Ce prince. Tan 4559, encouragé par l'exemple dcTévéque de Brandebourg , Malliias Jagow, so soumit à la confession d'Augsbourg, et introduisit dans ses États une institution ecclésiastique qui se rapportait encore beaucoup à Tanciennc discipline, mais dont les points capitaux étaient cependant tout à fait conformes aux principes de la réforme. — La supériorité qu'avait acquise la nouvelle doctrine dans le nord de rAllcmagnc décimale vieux cardinal Albert, archevêque de Mayencc et prince de la maison de Brandebourg , à cesser toute résistance pour les évéchés de Magdcbourg et de Ualberstadt, et à 8c retirer & Mayence, laissant les protestants établir des églises comme ils l'entendaient dans toutes les campagnes et les villes de ce pays, moyennant de grosses sommes d'argent qu'on lui fit toucher.

Plus les affaires étaient en mauvais état, plus Tempereur et son frère Ferdinand prenoient » c<¥ur la réunion des partis ; et ils pro*

PISTOIIU; DU PEUPLE MXEWAND.

voquaient de temps à autre de noLQTellei eoiiiférences religieuses , à pagaenau en 4540, peo après à Worms en 4344 , où Mélanchton ei Eck se trouvèrent en présence, et la même année encore à Ratisbonne , à laquelle Tempercur lui-môme assista et prit part avec beaucoup de zèle. -— Tout fut inutile : la nouTelle doctrine était trop profondément séparée do l'ancienne, et en môme temps trop d'intérêts s'y rattachaient; de tous côtés, particulièrement du côté des princes, une foule de considérationa mondaines venaient à la traverse ; et au milicn des mœurs barbares de celle époque, il était impossible d'obtenir un examen calme, sans passion et approfondi des questions. Comme donc ces tentatives de réunion n'apportaient aucun résultat, ou de très-minimes, l'empereur eut recours à son moyen habituel de remettre la décision à un concile général, et de confirmer, pendant ce tcrnps-là, pour les protestants , la paix de Nuremberg. Ainsi en agit-il à la diète de llatisbonne, 4544, avant departii: pour Alger; à Spire , en 4542, par Veutremise de Ferdinand et du prince Joachim do Brandebourg, (juand il voulut réunir toutes les forces de l'empire contre les Turcs ; et en 4544, dans la môme ville et dans une deuxième diète très-brillanle, à laquelle assistèrent les sept princes électeurs en personne, présidée par l'empereur Charies , lorsqu'il préparait contre la France sa dernière expédition que nous avons déjà racontée. Et cependant déjà les protestants avaient cherché Tappui des armes. Le duc Henri de Brunswick, prince aussi zélé catholique qu'inquiet et passienné , était en inimitié avec I électeur de Saxe et le landgrave de liesse , particulièrement à cause de la religion; des deux côtés on publiait les pamphlets les plus acerbes ; car , dans ce temps, on combattait son ennemi avec toutes les armes que peut fournir la passion. De plus, les villes de Brunswick et de Goslar, qui faisaient partie de la ligue de Schmalkalde, avaient demandé protection aux princes protestants contre leur duc qui les opprimait et les près* surait de toute façon ; TeÂpereur môme et la roi Ferdinand lui avaient déjà reproché sa violence contre elles, mais toujours en vain. A la fin , la ligue de Schmalkalde leva en toute hàte.une armée, en 4542, tomba sur son duché, en chassa le duc et retint le pays dans sa possession* Le duc Henri courut demander du se-

HKTOmB DO neCPLB ALLEHÂNIL

^tirs h l'empereur; mais eeloi-ci renvoya l'affaire à une diète. — Il fut arrêté à la diète de AVormsy 4545, que l'empereur gouvernerait en attendant les États de Brunswick jusqu'à la dé* cision de raffairc par la voie de la justice. Ce moyen parut trop lent à ce duo exalté, qui volontiers se serait mis à la tète du parti catholique. 11 avait coutume* de dire : « Menacer au nom de l'empereur, c'est chasser avec un fau* con mort. 9 Son ardeur lui fit commettre une déloyauté à l'égard du roi de France, Fran* çois ^^ Ce prince lui avait donné do Targent pour enrôler en Allemagne des troupes à son . service , et, sitét qu'elles furent rassemblées, le duc entra à leur tète dans son duché, en l'automofl 4045, pour l'arracher à ses ennemis; mais le landgrave de Hesse fut bientôt sur pied avec sou armée, et l'électeur de Saxe et le due Itfaurice se mettant en même temps on cam*» pagne, ils resserrèrent si étroitement le duo dans son camp de Calefeld, près de Nordbeim, qu'il fut contraint de se rendre prisonnier avec son flis. Alors le margrave le conduisit dans sa forteresse de Zigenhain, et l'empereur se con< tenta de l'avertir de traiter son prisonnier avec bienveillance et avec les égards dus h an prince.

Cependant la dièto de Worms, quoiqu'elle eût aussi servi à conserver la paix de religion , n'en avait pas moins laissé voir que la scission allait toujours croissant; les plaintes des deux partis devenaient de plus en plus fortes. Les catholiques ne manquaient pas de mettre en avant dians leurs récriminations la confiscation des biens eiiclésiastiques dans les pays protestants; et les protestants, de leur cdté, refusaient de reconnaître les arrêts de la chambre impériale en pareilles matières et même en d'autres, parce que les catlioliqdes n'y voulaient souffrir que d^ juges de l'ancienne croyance. La défiance était déjà montée à un si haut do^c , qu'il n'y eut qu'un très-petit nombre de princes prolestants qui parurent à la diète. Le grand moyen pour arriver à une réconciliation, sur lequel Charles avait auparavant beaucoup compté, c'est*à-dire un concile général; fut méiim inutilement employé alors , par(?e qu'on y eut recours trop tard, et qu'il ne fut pas tenu dans des larmes équitables, La éour de Rome avait enfin donné son consentement ; elle convoqua le concile pour le 4 Si mars 4545, à Trante «a Tyrol» et U M ^QUwalkmu!^

ouvert le 45 décembre de cette même années Mais les protestants refusèrent de lui recon* naître l'autorité pour décider sur leurs affaires; leurs raisons étaient : « que le concile était con» voqué sur les frontières de ritalief dans un pays tout à fait étranger aux mœurs des Aile» mands, ce qui, par conséquent, ne pouvait manquer d'avoir une funeste influence; ensuitOi que le pape, qui les avait déjà condamnés comme hérétiques, ou du moins ne les traitait que comme des accusés, prenait la présidence au coocile comme leur juge ; que » pour que le concile put être regardé comme indépendant^ il fallait qu'ils y jouissent des mêmes droits que les autres» »

Longtemps auparavant l'électeur palatin Frédéric , qui venait de passer à la nouvelle Église , avait fait une proposition qui aurait pu avoir un résultat avantageux, si tout le monde avait é^é animé de bonne foi et d'intentions pures; c'était s « de convoquer un concile général d'Allemagne | et d'envoyer ensuite au concile de Trente, comme étant la voix de tout le peuple allemand, l'accommodement qui aurait été arrêté entre tous les partis. » Cet expédient I libre de toute influence étrangère | par lequel la nation aurait été représentée pour exprimer elle-même ses besoins, semblait le seul qui pût être de quelque utilité et con* duire à une conclusion en matière religieuse* Mais cette proposition ne trouva point d'écho | et la division s'accrut entre les partis,

LUoquiétude de l'empereur et des catho'^ liques , qui craignaient de voir les protestauti avoir la supériorité dans l'empire , n'était pas saus fondement. Déjà dans le conseil des princes trois des quatre électeurs laïques avaient adopté les nouvelles doctrines ( quoique l'électeur palatin et celui de Brandebourg n'aient pris aucune part à la ligue de Schmalkalde) ^ et maintenaient même un des trois ecclésiastiques , Hermann , le vieil électeur de Cologne , qui se montrait de plus en plus porté p»ur elles. Il voulait, avec le consentement d*une partie de son chapitre, introduii'e'dans son archevêché une réforme importante; ifavait déjà fait travaille!: à ce projet, et mêm'e fait venir jUélanchton de Wittemberg dans ce dessein* Mais l'université et le maire de Cologne et une partie du chapitre, s'étant proitoncés contre ces nouveautés , se tournèrent vers l'empereur et le papcf Cette université av^t déjà, atûârieu-

rement à la réforme, du temps de Jacob Hoogstraten , pris une part très-active dans la lutte contre les humanistes , c'est-à-dire les professeurs et répétiteurs des langues anciennes, nommément contre Rcuchlin, et elle avait été plus tard une des premières à condamner les principes de Luther. — Dans cette confusion toujours croissante, comme aucun jour ne se montrait pour la réconciliation, Tempereur Charles crut gu4l fallait avoir recours à un dernier moyen , de l'emploi duquel une voix intérieure l'avait tpujours détourné , à la force des armes , ,et lui faire décider la question. Son chancelier Granvella parla donc en secret avec le légat du pape, le cardina] Farnùse, de la possibilité d'une guerre contre les protestants; il lui fit voir qu'une coopération active du pape serait nécessaire , parce que Tempereur était épuisé et que les princes . catholiques étaient sans énergie ; et le cardinal , dans la joie où il était de voir l'empereur sérieusement résolu , fit les plus belles promesses.

C'est ici un faux pas dans la vie de Charles V; car, en prenant la résolution de décider maintenant avec la pointe,^ son épée ce qu'il avait tenté si longtemps d'obtenir par des paroles de douceur, de paix et de réconciliation , il tomba dans une grosse erreur : comme si la force d'un mouvement intellectuel pouvait être enchaînée par une force extérieure ! Depuis ce moment, il fut vaincu par cette affreuse époque qu'il avait jusqu'alors semblé maîtriser; il ne put la contenir. Son génie vieilli devenait de plus en plus sombre et ennemi de ce qui avait la vie de la jeunesse, et, dans sa mauvaise humeur, il voulait rompre avec son épée les noeuds qu'il ne pouvait dénouer. Cet égarement de l'empereur Charlos, dans les dernières années de sa vie , ressemble à une tragédie dans laquelle on voit un cœur généreux succomber sous le poids des charges auxquelles le sort l'a soumis. Cependant ces dernières années sont les plus brillantes de sa vie par ses rapides succès au dehors; mais précisément dans ces succès il perdit le point précis de modération qu'il avait conservé jusque-là. Aussi eut-il la douleur de voir les plans qu'il avait disposés avec tant de peine détruits sans ressource; de sorte qu'il ne lui resta plus que do réunir toutes ses forces pour se tirer du tourbillon , et sauver l'indépendance de son esprit en se dépouillant de tout l'éclat de la grandeur ter-

HTSTOmE DU PEUPLE ÀIXEMAND.

restre. Par cette dernière résolution^ sar laquelle nous reviendrons plus tard, l'empereur Charles a mis à couvert sa dignité d'homme et adouci la voix de la postérité.

Mort de Luther.

(\ 8 février 4 546. ) AVtmtle commencement de cette triste lutte mourut Luther, l'auteur de tout ce grand mouvement. Il avait dissuadé de tout son pouvoir de mêler la force extérieure avec ce qui ne doit avoir son siège que dans rintérieor do l'àme; et tant qu'avait vécu cet homme énergique , ih avait conservé la paix. Bien des fois il avait dit aux princes que sa doctrine était étrangère à leurs armes, et par conséquent il vit avec peine, dans les dernières années de sa vie, qu'on multipliait les précautions, que la division se tranchait, et il n'en -augurait rien de bon; le sort cependant lui évita de voir éclater ces funestes discordes. Il était malade depuis plusieurs années, et étant parti pour l'Eisleben au commencement de l'année 4546 , afin d'y vider un différend du comte de Mansfeld , il y mourut le 4 5 février à l'âge de 63 ans , en protestant, encore , dans ses dernières prières, qu'il avait vécu et mourait dans la ferme croyance du Christ, le sauveur du monde. Son corps fut conduit en grande pompe à NVittemberg, et placé dans le caveau de la chapelle du château.

Au moment de la diète de Ratisbonne , 4 &4(î, où les protestants sollicitèrent pour la dernière fois « une paix durable, des droits égaux pour les évangélistes comme pour les catholiques, et un concile équitable de la nation allemande, > l'empereur avait déjà enrôlé des troupes et conclu son alliance avec le pape. Il avait décidé , de concert avec lui , de prendre contre Hermann, archevêque de Cologne, les mesures les plus extrêmes , et en effet ce vieillard fut déposé de son électorat en toutes formes. Cotte conduite effraya les confédérés de Schmalkalde. Ils firent donc demander à l'empereur quels desseins il avait pour de tels préparatifs. Celuici répondit en peu de mots : « que tous ceux qui se soumettraient à l'obéissance trouveraient toujours en lui , comme auparavant , des intentions bienveillantes, bonnes et paternelles ; mais que tous ceux qui voudraient lui faire opposition pouvaient s'attendre à être traités par lui avec toute la sévérité nécessaire. » Et j

mSTOffiE M IPETOUB ÂtLEMiND.

ÂSS

pen aprè^, qnand le message qui annonçait la conclasion de Talliance avec le pape fut arriyé, il déclara publiquement, le 25 juin: « que, puisque tant de diètes n'avaient pu produire aucun résultat, ils pouvaient bien attendre avec patience la résolution qu'il prendrait au sujet de la religion , de la paix et du droit. » Cette déclaration montrait manifestement l'intention de Tempcreur d'avoir recours à la force, et les membres de la ligue de Schmalkalde se préparèrent en toute bâte à la dérense. Mais le trop grand contraste qui existait entre les deux principaux membres ne faisait point espérer des suites bien éclatantes pour eux.

L'électeur de Saxe, qui était attaché à sa croyance de toute son àme , et que rien d'extérieur à elle ne pouvait ébranler , ne voulait admettre aucun calcul politique pour son alliance, et s'appuyait uniquement sur la conviction « que Dieu n'abandonnerait pas son Évangile. » Il avait déjà antérieurement refusé l^alliance des rois d'Angleterre et de France, parce qu'il les regardait tous deux comme indignes de défendre des doctrines qiii lui semblaient pures. 11 crut même qu'il ne pouvait s'allier avec les Suisses, parce qu'ils s'éloignaient de sa croyance dans leur doctrine sur l'Eucharistie ; car des contestations sur TEucbaristie avaient éclaté avec une nouvelle énergie pendant la vie même de Luther. L'électeur , dont les idées étaient fort restreintes , ne pressentait point les plans de Charles-Quint , depuis longtemps médités contre lui; et même il conservait toujours au fond de son àme , pour l'ancien et beau nom de l'empereur , cette vénération si digne d'éloge qu'on ne trouve qu'en Allemagne. Et si son chancelier , l'habile Bruck , à qui il confiait tout , n'avait su mieux que son maître lui-même concilier les maximes de la politique avec la sévérité de ses principes religieux , la ligue aurait eu encore beaucoup plus à en souffrir.

Philippe de Uesse ne manquait non plus ni d'attachement ni de zèle pour sa croyance; mais bien d'autres motifs agissaient sur son àme et le dirigeaient entièrement. Il fut poussé dès le principe par une brûlante ambition , et si la combinaison des événements ne l'avait durement et constamment écarté du trône, il aurait pris une place remarquable parmi les amis et les généraux de l'empereur. Mais , se trouvant alors placé par le sort à la tête du

parti contraire , son génie audacieux recherchait tous les expédients les plus hostiles à l'empereur ; et il avait pour cela un regard infiniment plus clairvoyant que celui"de l'électeur de Saxe. Volontiers il eût pris les armes dans maintes circonstances antérieures et favorables, afin d'obtenir pour lui et ses coreligionnaires certains droits qu'ils ne purent obtenir de l*erapereur que pour un temps limité. Nous savons aussi comment déjà deux fois il avait témérairement osé des coups de main hasardeux pour Ulric de Wurtemberg et contre le duc de Brunsvick; mais alors, toutes les fois qu'il s'agissait de grandes entreprises , il se trouvait arrêté par l'électeur, qui craignait toujours de manquer à la légalité; de sorte qu'il fallait un danger commun pour contenir dans l'union deux esprits si différents ^t même si opposés. Cependant cette divergence d'opinion devait nécessairement produire du trouble au moment décisif. C'était là le cêté faible de la ligue de Schmalkalde ; autrement, sous une bonne et sage direction concertée, elle était assez puissant^ pour obtenir un succès complet dans une légitime défense contre l'empereur. Et dans ce cas les moyens et les idées de l'électeur de Saxe auraient été bien plus honorables; car ainsi le parti protestant aurait pu défendre sa liberté de croyance avec avantage etlégitrmement, les armes à la main , sans aucun appel aux étrangers , eux qui furent toujours si funestes à l'Allemagne ; en conservant à la majesté impériale tout le respect qui lui est dû, aussi longtemps du moins qu'elle n'aurait pas franchi les barrières du droit ; sans avoir recours aux déshonnêtes artifices de cette politique qui n'honore la vérité qu'autant qu'elle est d'ac« cord avec l'intérêt. Mais la ligue de Schmalkalde n'avait point d'unité dans sa direction non plus que dans son but. Un grand nombre de princes importants ne s'étaient point rat* tachés à l'alliance, et allèrent même renforcer l'empereur. Le jeune duc Maurice de Saxe , quoique protestant aussi lui-même , cousin de l'électeur et gendre du landgrave Philippe, était secrètement en intelligence avec l'empereur. Le margrave de Brandebourg , Jean de Custrin, se sépara de la ligue, et celui de Baireulh, Albert, prit même publiquement du service contre elle.

Cependant le duc Maurice était un des hommes les plus remarquables de son temps,

HISTOIRE Dp VBUnSi ALLBMiNIt

Jéime, actif et téméraire, il possédait déjà ce regard perçant de Tàge mùr qui pénètre les rapports des événements entre eux, et assied d*aprè8 eux des*plans pour ses desseins. Son extérieur môme annonçait un homme accompli : \\n œil de fou et pénétrant, et dans sa figure l)rune on voyait les traits du héros. L'cmperenr Charles lui-même j qvii faisait peu de cas des Allemands , surtout de ceux du Sud , et n'en estimait aucun particulièrement, apprit bientôt ii connaître le jeune duc et tout ce qu'il y avait de grand dans sa nature, et il* sut le préférer t^ tous ses autres courtisans. Mais ce qui manqua au duc Maurice comme à Tempereur lui-même, ce fut de n'avoir pas ou autant de profondeur dans les principes que de pénétration et de clarté dans la vue pour saisir tous les rapports des événement* temporels. Car cette piété intérieni*e et ealme, eel amour des beaux seutiin^nts, ce respect sacré pqur la vérité et pour la justice, qui font que Thomme sacrifie tout ce qui est terrestre pour les idées éternelles, et ne cherche qu'à maîtriser son humanité pour développer $on être morç^l \ e§s sentiments de l'àme» les plu9 grfinds , les plus nobles ^ ne se rencontraient ni dans Charles, ni dans Maurice. Chez eux, l'intelligence dominait le cœur, et la sagesse était U loi vitale. Aussi peu d'hommes peuvent-Us se vanter d'avoir possédé leur confiance \ et leur silence a fait de leurs actions autant d'énigmes pour l'histoire.

Maurice voyait dans Tavenir bien plus loin qne rélecteur son cousin; il découvrit de bonne henre qu'il ne pourrait résister dans la lutte contre la prudence et Tadrcsse de Charles ; et c'est de lâ^ qu'il conçut la pensée de se faire lui- Xùùnxc le chef de la maison de Saxe. Il pourrait péu(-étro avancer pour sa justification qu'il ne restait pas d'autre moyen de la sauver ; mais, pour o])lenir ce but , sa loyauté et sa véracité durent être mises à de dures épreuves. H ne se Réunit pas u la ligue deSchmalkalde, parce qu'il voulait s'allacheir à Tcmpcrcur jusqu'à ce qu'il eût obtenu son but et qu'il fût temps de marcher indépendant. Quand la ligue se futma, il s'efforça de l'arrêter; et quand on lui demanda d'y prendre part, il refusa, et déclara qu'il ne voulait prendre les armes que pour la défense de son pays. Mais déjà il était en secret d'inlolligence avec rcmpcreur.

Combien étroitement était-il lié, et Sous quelles stipulations? c'est ce qu'on ne peut savoir au-

thentiquemen(; malhenreiuement U eit Yfair

semblable que déjà on lui avait donné comme récompense des espérances sur l'électoral. Quel combat dut-il par conséquent sentir au fond de son Ame, quand l'électeur, au moment de son expédition contre l'empereur, lui confia son pays pour le protégea* et la lui rendre fidèlement ensuite 1 Cependant aucune marque extérieure ne découvrit ce combat intérieur, et la sagesse l'emporta sur la vérité; pour ne pas se trahir,' il s(ccept(^ U protection de rélectorat.

(^'eraperenr fit tous ses efforts ponr présenter celte guei're comme n'étant pas puvement guerre do religion. Dans une proclaniation anx principales villes protestantes, Strasbourg, Nu* remberg, Augsbourg et lilm, imprimée à Ratisbonno, il assurait positivement : « que les préparatifs de sa majesté impériale n'avaient aucunement pour but d'opprimer la religion et la liberté , mais uniquement de forcer ^ l'obéissance quelques princes récalcitrants qui , sous lo manteau de la religion, pensaient cotrai' ner ^ans leur pc^rti d'autres mwhœs 4v ^iat* empire, et qui avaient perdu toute considération pour la justice et l'ordre , et pour la dignité impériale. » Mais las bourgeois allemands, avec leur bon sens, sentirent bien qu'une partie de cette proclamation sTétait que des mots, et de quels dangers ils seraient menact^ par la ruine des princes ; ils demeurèrent donc fortement attachés à la ligue des évangélistes. D'ailleurs un événement auquel i| ne s'attendait point vint rendre inutiles tous ses efl'orts. A peine avait-il conclu avec le pape son alliana^ dont le contenu était précisément en oppoditiuii avec sa déclaration aux villes de la haute Alic* magne , que celui-ci la rendit publique, et (il paraître dans tout le pays une bulle dans laquelte il représentait l'entreprise de reiiiperenr comme une sainte entreprise pour la religion. « La vigne du Seigneur, y disait-il, doit ôUe purgée par le fer et le feu des mauvaises plantes <iue l'hérésie a semées en Allemagne. » Par cette alliance, le pape promit uu secoui's df douze mille fantassins italiens et mille cinq cents hommes de cavalerie légère qu'il deviKi entretenir pendant six mois à ses frais. Ku outre, il donnait deux cent mille couroom-ïi pour la guerre, permettait àTempereur de jiuiu pendant le courant de Tannéo de la moitié des revenus des biens ecclésiastiques ea Ëspaguc ,

BTSTOn^E DU PEUPLE ALLEMAND.

et d'f vendra pour cinq cent mille scudi de bicQs de couvents. De son côté, Charles promit de forcer par ses armes tous les rebelles d'Allemagne à l'obéissance à la chaire de Home , de faire revivre parmi eux Tancienne religion, et de ne faire sans la permission du saint-pôre aucune convention qui pût être désavantageuse pour rÉglise romaine, avec, ceux qui appartiendraient à la nouvelle hérésie.

Par ce manifeste, la guerre dut prendre, contre Tintention de Charles, un air de guerre de religion , et c'est ce que désirait le pape.' Mais alors les pays protestants furent animés d'une inexprimable exaspération; et si les chefs avaient su proOtcr de ce moment pour entraîner le peuple en masse, s'ils. avaient su le dbnduire, jamais l'empereur n'aurait pu résister avec ses Espagnols^et ses Italiens : car les autres princes allemands , même les princes catholiques , se tenaient tranquilles ; ils craignaient de voir Tempereur exercer la toutepuissance en Allemagne après avoir accablé les protestants.

L'armée des villes de la haute Allemagne parut la première en campagne \ c'était une armée d'élite sous un capitaine distingué , le chevalier Sébastien Schœrtiin de Burtenbach , dans la dépendance d'Augsbourg, homme habile et expérimenté dans tout ce qui a rapport à la guerre, et dont la vue tendait toujours droit au vrai but , qui ne voulait point de demi-mesures et visait à l'anéantissement de son ennemi. H avait fait les campagnes contre les Turcs et les Français, et avait assisté à la bataille de Pavie et à la prise de Rome sous les ordres de Bourbon. La troupe du duc Ulric de Wurtemberg , commandée par le vaillant Jean de Ilcydeck , vint aussi se réunir à lui. Schœrtiin prit aussitôt pour plan de guerre de détruire dès le principe la puissance militaire dcj'empereur, qui se formait; car Charles, qui se tenait toujours à Augsbourg, avait tout au plus huit à dix mille hommes avec lui, et. y attendait les troupes qu'il avait enrôlées en Allemagne et ' celles qu'il tirait des Pays-Bas et de Tltalie. — Schœrtiin se dirigea d'abord sur une des principales villes d'enrôlement de l'empereur, celle de Fuessen sur le Lech , en Souabe. Mais les bandes, à son approche, se retirèrent en Bavière; etlors^'il était occupé à les poursuivre, arriva un messager de la ville d'Augsbourg , au service de laquelle il était particulièrement, avec

l'ordre de ne pas entrer sur les \en^ da duo de Bavière , qui était neutre. La maison do Çs^r vière avait menacé de se joindre à l'cmpereuF s'il ne quittait son territoire ; mais, si elle eût voulu rester complètement neutre, elle n'aufail pas non plus pci'mis le passage aux troupes de l'empereur. Ce fut donc avec la plus grçind dépit que Schœrtiin s'arrêta sur le Lech sans la passer ; car il avait dans l'esprit un projet plus, grand encore. S il avait pu chasser promptement les bandes impériales devant lui, \\ aur^iit poussé jusqu'à Ratisbonne. Les troupes qui s'y trouvaient étaient encore trop peu nombreuses; l'empereur aurait été vraisemblablement contraint de prendre la fuite, et 1^ haute Allemagne était perdue pour lui. Schœrtiin écrivit à ce sujet <x que certainement Au^: nibal n'avait pas eu plus de douleur à gui(t^ l'Italie, que lui la Bavière dans un pafeil moment. »

Arrêté de ce côté, il forma aussitôt le projet d'empêcher les troupes du pape d'arriver ea Allemagnef Jamais on n'avait levé en Italie une armée si bien équipée ; des soldats courageux avec des chefs distingués, et tous remplis dû zèle contre les protestants. Leur chemin était de traverser le Tyrol ; Schœrtiin voulut leur couper la route. H s'avança à marches forcée! sur Ëhreuberg , et s'empara par surprise de Cû passage important le 40 juin. De là il marchsi contre Inspruck ; et il aurait certainement obr tenu son but d'occuper tous les passagesi, si uti nouvel ordre ne lui était survenu, de la part des chefs de la ligue, d'évacuer le Tyroï, parce que le roi Ferdinand , à qui ce pays apparier nait , n'avait pas encore déclaré la guerre à I4 ligue de Schmalkalde. Ainsi, dès le commence'» ment , il parut assez d'incertitude et de peur parmi les ligues, pour qu'un œil pénétrant put d'avance présager que leurs affaires ne seraient pas heureuses. C'est en effet la plus fglle pusillanimité, quand une fois la guerre est inévitable, d'épargner celui qui ne 9'est peutr être pas déclaré encore comme ennemi, mw en a du moins pris toutes les apparences. Tputefois il fallut que le général obéit et laissât ainsi perdre le plus beau moment d'agir.

Pendant ce temps-là , les armées saxonnes et hessoises s'étaient aussi mises sur pied et marchaient vers la haute Allemagne. Lés dei^x chefs écrivirent, le 4 juillet, une lettre à Chctrlef 5 pour lui dire : « qu'ils n'ét^ienl po^nt ÇQttpv

blés de désobéissance , comme Temperear voulait les en charger. Mais ^ auraient-ils quelque chose à se reprocher , encore serait-il équitable de les entendre auparavant, et, dans ce cas, qu'ils rendraient patent à tous les yeux que l'empereur n'entreprend la guerre que sur les instigations du pape, pour étouffer les dogmes des éyangélistes et les libertés germaniques. » Cette dernière accusation est la plus grave qui ait été faite à l'empereur par ses adversaires , et c'était alors pour la première fois ; tnais elle fat reçue avidement et répandue par tout le monde. Cette seule parole , si elle eût été crue vraie, aurait renversé tout le zèle de religion des catholiques , qui n'auraient plus osé souhaiter la victoire à l'empereur sur ses adversaires; d'autant plus que sa conduite, dans le moment même qu'on lui faisait ce reproche, semblait confirmer l'accusation. Quand la lettre des chefs de la ligne lui fut apportée, il ne voulut pas même la recevoir ; mais il y répondit aussitôt par une déclaration du ban contre les princes de Saxe et de Hesse. Il lenr^reprochait leur désobéissance à sa parole impériale et le dessein « de lui enlever la couronne, le sceptre et toute autorité , pour s'en revêtir eux-mêmes , et à la fin forcer tout le monde de subir le joug de leur tyrannie. » Il les appelle « rebelles, parjures et traîtres à la patrie; » délie tous leurs sujets des devoii*s d'hommage et d'obéissance. Si cette réponse de Charles à leur missive était dure , elle est conforme à la violence de cette époque. Souvent, dans l'exaspération de la lutte, chaque parti cherchait à l'emporter sur son adversaire par la causticité des paroles ; car l'opinion publique n'était comptée pour rien. L'qmpereur avait par ce dernier pas violé les lois du pays , d'après lesquelles il ne pouvait pas seul , sans le jugement des princes, mettre un Etat au ban de l'empire.

Cependant cette accusation si souvent portée contre lui d'avoir eu l'esprit de renverser toute la constitution d'Allemagne pour se rendre seul maître indépendant, était trop forte. Mais on peut bien le ranger, et l'histoire n'a point de doutes à ce sujet, parmi les esprits qui tendent de tous leurs efforts au plus haut degré de gloire et de puissance , et qui souvent forcent les anciennes institutions à plier devant eux , quand elles se trouvent en opposition avec celles qu'ils veulent établir. On ne peut fixer en aucune &ÇOD jusqu'à quel point il en serait venu

HISTOmË DD PEUPLE ALLEMAND.

avec l'Allemagne , si les circonstances avaient continué de lui être favorables comme elles le furent pendant longtemps ; car , pour un cœur comme le sien , où les désirs n'ont de bornes que celles qu'impose la sagesse, sans aucune limite naturelle, les circonstances seules en sont la mesure. Ces grands génies entreprennent tout ce qui leur parait avantageux, et rien autre chose ; et l'empereur Charles se gardait bien de tenter ce qu'il ne pouvait achever. Il gouvernait un si grand nombre d'Etats et avait de si puissants adversaires en Europe , qu'il ne pouvait espérer de pouvoir appliquer des soins aussi constants et aussi exclusifs que ïeùlexigé l'exécution d'un plan de souveraineté absolue en Allemagne; et certainement il était trop adroit pour l'entreprendre inutilement. Cependant il faisait encore sentir l'orgueilleux empereur et le dominateur de la moitié du globe, en se dégageant des formes du droit dans des circonstances particulières qui demandaient une prompte exécution ; de sorte que Ton peut dire que la violation des droits de l'empire était plutôt dans son esprit que dans ses plans.

.Bu reste, il montra, dès le commencement de cette guerre de Schmalkalde , toute la supériorité de son génie et une grandeur véritablement héroïque. Quoiqu'il ne fût défendu que par quelques guerriers seulement, et qu'il fût entouré d'une armée de 70 à 80,000 hommes, la plus belle qui ait été vue depuis longtemps en Europe, il ne répondit an manifeste dès princes que par une déclaration qui les mettait au ban de l'empire ; ensuite il partit de Batisbonne avec sa petite armée pour Landsbut, afin de se trouver plus à portée des troupes qui arrivaient d'Italie. Mais , de peur que ses partisans n'en fussent effrayés, il déclara en môme temps qu'il n'abandonnerait pas le sol de l'Allemagne , et qu'il y resterait toujours vif ou mort. Sa plus sûre garantie était la dissension qui régnait dans le camp des alliés. Schœrtlin était venu rejoindre avec son armée les deux princes, déjà si peu d'accord entreeux. Déjà le landgrave Philippe ne partageait qu'à contre-cœur le commandement suprême avec l'électeur, par lequel il avait été arrête dans des entreprises qui demandaient de la célérité; et alors paraissait un troisième^uerrier qui possédait plus d'expérience qu'eux deux, sur qui tout le monde portait des yeux d'admiration , et qui devait emporter la plus grande

gloire de cette guerre ; du moins pouvait-on le craindre. Il semblait presque aussi que Tancicnne rivalité entre les princes et les villes était venue troubler la parfaite intelligence ; du moins est-il certain que ce défaut d'intelligence fut la principale raison du mauvais résultat.

Quand l'armée fut réunie j Schœrtlin conseilla encore alors de tomber sur Temperenr à Landshut et do le cerner; mais on ne put s'accorder, et on perdit ainsi le temps le plus précieux. L'empereur, au «contraire, en tira grand parti ; il réunit auprès de lui toutes ses troupes auxiliaires d'Espagne et d'Italie et celles levées en Allemagne, et, quand il se sentit assez fort, il remonta le Danube jusqu'à Ingolstadt. Là, il se renferma dans un camp bien retranché; car il n'osait pas encore combattre en rase campagne , jusqu'à ce qu'il eût fait sa jonction avec le comte de Buren , qui lui amenait* un corps de troupes considérable des Pays-Bas. Les ligués, qui l'avaient suivi à Ingolstadt , se résolurent enfln à tirer le canon sur son camp avant qu'il fût entièrement achevé, pour voir si on ne pourrait pas l'attirer à une bataille. C'était à la un d'août , au point du jour. Ils se rangèrent donc en demî-lune, et occupèrent toutes les hauteurs de derrière avec de l'artillerie. Les troupes brûlaient d'en venir aux mains , et un assaut hardi , rapidement conduit, au moment favorable, aurait facilement donné aux alliés une complète victoire; car l'empereur était de beaucoup inférieur en forces, et son camp n'était entouré que d'un simple fossé. L'idée d'un pareil assaut n'échappa pas aux alliés ; «le landgrave Philippe , suivant quelques récits, Schœrtlin, suivant d'autres , l'exprima au moment où le feu des douze grosses bouches d'artillerie forçait les arquebusiers espagnols de rentrer dans le camp d'où ils avaient voulu sortir. Mais l'irrésolution et le désaccord des généraux suspendirent cette foisencore cette décision qui devait être subite. L'empereur, qui excitait le courage des siens avec le plus grand sang-froid et n'était effrayé d'aucun danger, profila du temps pour achever sa fortification , et alors il put considérer en toute sécurité les ennemis s'épuiser à tirer sur son camp. Depuis ce temps, Schoftiin, comme il le dit lui-môme, ne put avoir de cœur à cette entreprise ; car il ne voyait 'point qu'on s'appliquât à faire sérieusement la guerre. — Pendant cipq jours les

princes canonnèrent le camp impérial saos obtenir de résultats; et quand ils apprirent que le général Buren arrivait des Pays-Bas et avait passé le Rhin , ils levèrent tout d'^un coup le siège pour marcher à sa rencontre. L'empereur pouvait à peine en croire ses yeux, quand il vit une si nombreuse armée se retirer ainsi sans avoir rien fait ; alors il sortit lui-même à cheval hors de son camp avec le duc d' Albe pour observer leur marche.

Cependant les fédérés ne purent empêcher la réunion du comte de Buren avec l'empereur, qui depuis ce nouveau renfort commença à marcher en avant , s'empara successivement de toutes les villes du Danube , et se rendit enfin maître de tout le cours du fleuve. Quand ensuite il vint menacer Àugsbourg, les citoyens se hâtèrent de rappeler de l'armée de la ligue leur général Schœrtlin pour venir à leur secours. — L'hiver arrivait , on manquait de provisions et d'argent; dans l'armée de la ligue se montraient le découragement et la pusillanimité, parce que les généraux ne savaient inspirer aucune confiance. Les Souabes, plus que les autres encore , étaient ennuyés de la guerre , parce que c'étaient eux qui en portaient tout le poids , et que depuis six semaines les armées étaient en présence. Alors les princes envoyèrent une dépèche à l'empereur, demandant la paix, ou du moins une suspension d'armes afin de pouvoir en traiter. C'était avouer tout haut sa faiblesse , la rendre publique , et s'avouer vaincu sans combattre. L'empereur, plein de joie, fit lire cet écrit devant toute l'armée rangée en bataille ; et pour toute réponse le margrave de Brandebourg fit savoir aux princes : « qu'il ne connaissait d'autre chemin pour conduire à la paix que de se soumettre à la discrétion de l'empereur , l'électeur et le landgrave eux-mêmes avec tous leurs partisans , leur armée , leur territoire et leurs sujets, » — Sur une pareille réponse , les princes ligués se séparèrent à Giengen , le dernier jour de novembre , et rentrèrent dans leur pays.

Un message pressant appelait l'électeur de Saxe dans son pays, en lui anno*nçaut que lo duc Maurice s'en était emparé jusqu'aux plus petits villages : car l'empereur avait chargé son frère Ferdinand , comme roi de Bohême , d'exécuter, d'accord avec le* duc Maurice , la sentence du ban contre l'électeur ; et telle était

BiStmhE bu tifetjRÉ AlLMÀND.

det^nhë Ift dltuatioil ded aflaires, qu'il semblait que l'électorat était |[)erclu pour toujours , si Maurice n'en avait pas prislirt-mémo possession. Telle du moins la présenta Maurice, quand jl convoqua Ite étals du pays pour obtenir leur boûsentement; car il n'aurait pu entreprendre Une A importante opération sans leur particit^atlon. il einplôya tous les artifices de la rhéto- Hqûe pour donner à sa conduite et à ses désirs une apparence de droit; mais l'arrivée subite de Ferdinand avec ses cavaliers bongrois qu'il avait amenés de Uoh^me eut encore plus de puissance. L'époUyante matcbait partout devant 'ce& hordes sauvages, et on regardait comme un bonheur de pouvoir se rendre aux guerriers saxons de Maurice. Bientôt tout l'électoral^ excepté Wittemberg, Eisen^ch et Gotha ^ fut entre les mains du duc. Cependant la voix du t)euple condamnait son entreprise. On 1(9 regardait comme un traître à la croyance éVangéliqUb ^ et dans les chaires et dans les écrite des protestants il était l'objet de ret)roches très-amers. — Alors l'électeur revint plein dé dépit; c'était au nlols dé décembre 4546. Il n'eût pas de peine à reconquérir son tôrrltoire ^ et même à enlever une partie dé (celui du duc ^ après avoir surpris à Rociilitz et ftiit prisonnier le margrave Albert , envoyé par l'empereur au secours de son ami. Maurice ne I^OUyait non plus recevoir aucun secours de liobéme^ parce que les états refusèrent d'entrer en campagne contre leurs coreligionnaires saxons; et d'ailleurs le roi Ferdinand avait linéiques inquiétudes pour son propre pays; bn y était même presque venu à une révolte ouverte , à tel point ^ue le duc Maurice ne conservait presque plus de son territoire que les Villes de Dresde , Pirna, Zwickau et Leipzig, et n'avait plus d'espérance que dans l'empereur CharleSi

L'empereur punit les villes de la haute

Allemagne.

Charles, pendant ce temps-là, était occupé à soumettre les villes protestantes du sud de l'Aliemagne. - Ce n'était pas une entreprise facile j car ces villes étaient très-fortes, comme généralement à cette époque. Chacune d'elles aurait pu résister longtemps, et, pendant ce temps-là, les princes du Nord faire des prépa-

rati^ jpouf um9 aoitVi^lle campagne. Ce|)eadant

bh eût dit que la peur leur avait ètAeré k lotîtes leur sagesse ordinaire; partout Où l'emperear se présentait, les villes se soumettaient : Bopfingen, Nordlingen, Dunkelsbuhl et Rothenbourg, lui ouvrirent leurs portes sans tirer l'épée. La puissante tJlm envoya des députés qui, à genoux en plein champ, demandèrent grâce en langue espagnole (ce qui fut. avec raison , très-mal vu de la part*des confédérés) , et paya 400,000 florins d'or comme amende; Francfort en paya 80,000, Memmingen 50,000; les villes plus petites payèrent proportionnellement ; et enfin arriva le tour d'Augsbourg. Cette ville avait les plus belles murailles, 200 pièces d'artillerie et une bourgeoisie nombreuse et guerrière; elle pouvait, eh tenant ferme, réveiller le courage dé toute la ligue ; mais les gens riches de la ville ne voulaient pas voir le danger de si près. Un d'eux, Antoine Fugger, se glissa dans lé camp de l'empereur , et en rapporta pour conditions que la ville payerait 450,000 florins d'or, qu'elle recevrait une garnison espagnole et chasserait le brave Schœrtiin. Celui-ci employa de nouveau loulc la force de son éloquence pour Réveiller leur courage ; il en appela même à leuir traité avec lui, d'après lequel ils ne pouvaient pas le congédier. Alors ils le supplièren| avec larmes de se retirer; il partit donc le cœur plein d'amertume et se rendit en Suisse , et les Espagnols prirent possession de la ville.

Deux princes, dans la haute Allemagne, outre les villes , avaient pris part à la guerre : Ulric, comte de Wittemberg, et Frédéric, électeur palatin. Ce .dernier, cependant, n'était pas membre de la ligue de Schmalkalde, et il s'était contenté , conformément à un traité testamentaire , d'envoyer trois cents cavaliers et si.^ cents fantassins auxiliaires an duc de Wurtemberg. D'ailleurs il était un ami d'enfance de l'empereur ; ils avaient été élevés ensemble à Bruxelles , et par conséquent il n'eut pas de peine à obtenir son pardon. Le duc llric , au contraire , fut obligé de faire amende honorable, à genoux avec son conseil, de livrer ses plus fortes places avec toute son artillerie , et de payer 300,000 florins , après avoir promis à l'empereur obéissance en tout.

Ainsi la ligue de Schmalkalde était pitsque anéantie dans la haute Allemagne, et l'empereur prit aussitôt la résolution de ne donner

aucun repos à soa ormée ^u'il a'eùt ainsi ter-

mr&m db wwls Àttïi»ÀMi.

TOÎB* vem nffiaire dâwsleî^rd. Le vol Fertllhand et le duc Mauncô rattcndûiefit sur l*Egér^ presque cohime chassés de leurs domaines. Il se joignit à eux le 45 àviil , tt ils célébrèrent ensemble la fôté de Pâques; ensuite ils repârlirenl en toute hâte, el dès le 22 avril Charles était sur TElbe > dans les environs dé 3\feissen. .

Longtemps Télecteur n'avait pn croire que Charles lui-même s'avançait contre lui; mais, quand il le vit , il se hâta de couper le pont près de iMeissen , et de foire descendre son armée sur la rive droite pour être à portée de Wittcmberg, sa capitale. Il pouvait y trouver tous les moyert^ d'une longue et vigoureuse résistance. L'empereur, au conti-aire, ne cherchait qu'à attaquer l'ennemi, afin de terminer promptement la guerre. Il s'avança donc aussitôt jusqu'à la rive gauche de l'Elbe, presque eh face de l'électeur ^ cherchant un gué pour passer le fleuve.

L'électeur avait fait halte auprès de la petilb ville de Muhlberg. Dès le soir même de son arrivée, l'empereur lui-même était allé fort tard \ avec son frère et le duc Maurice , shr le bord du fleuve ^ sans pouvoir trouver un lieu favorable pour passer; car l'Elbe avait là trois cents pas de lâige, et la rive opposée était plus haute que celle où il était. Mais le duc d'Albe amena un jeune paysan à qui les Saxons avaient enlevé deux chevaux ^ et qui , pour se venger, voulait ainsi sek'vir leurs ennemis; il assurait donc pouvoir leur montrer un gué dans ce fleuve. Maurice lui promit cent couronnes ^t deux autres chevaux. Le surlendemain , à la faveur d'un épais brouillard , quelques milliers d' arquebusiers espagnols cherchèrent à gagner l'autre rive à travers le gué; puis un certain nombre d'entre eux , après s'être déchargés de leurs équipage^, se mettent à la nage, le sabre entre les dents, conquièrent quelques bateaux, et les amènent à l'empereur. On les chargea aussitôt d'arquebusiers qui faisaient feu sur les Saxons de l'autre rive, tandis que la cavalerie passait par le gué; chaque cavalier avait un fantassin en croupe. Ensuite passa Tempcreur lui-même , dont le paysan conduisait le cheval par la bride; puis ^ roi Ferdinand, le duc Maurice, et \h duc oSlbe, général de l'empei*eur, traversèrent aussi eux-mêmes.

C'était un dimanche matin ; l'électeur était

m içr?m divin & Mublberg , ^uand on lui

»î)pot-tà ia honVéHc ^\\é VèMm\ }pkhk\\ té llcuVe, et, Jîeu après, qu'il était ioVit proche ^ il rtb Voulut t^as encdi'e le cï'ôire^ nt interrompre le service de Dieu. Enfin, qudrtd il fut ttei-Tniné^ il b'àVait \)lus ()iie le temps de suivre son aVmée^ qui se retirait en toute hàle ; il dolmà prdi'é à rittfanteriê dé forcer sa 'marche pour gagheir AVittemberg , el à là cavalerie de retarder reAhemi par des escarmouches» l'artillerie élàîl déjà partie devant pour Wittemberg. Les Impériaux poursuivlretil les Saxons avec tant dô célérité, qu'ils les alteigrtirent dàtts lés làndéi de Lochâù ; et bien qu'ils Sn^euàsertt paà lent artillerie , et qu'uttê partie dé l'infanterie fût restée en ttrrièi'e , rempêi-eur n'en dpiltta pûî moins l'ordre de l'attaque \ d'âpï-'ès Te conseil du duc d'Albe. Les cavalière espagnol et hapo^ litains attaquèrent avec vlôti^nce : Maurice combattait lui-même parmi les prfenAlers rangs. • Là eavalerie sa.tonne fût mi^e en désordre et rejetée sur l'infâriteriei qUl fe'ôtait rangée en bataille ^û toute hùte sur la lisiète d'un botâ. L'électeur donnait seà ordres dô sa voliurie \ parce qu'il ne pouvait pad monter à chevi!il| l'empereur^ au tbhtraire , nfe laissa pas voir ca jouMà qu'il était malade ; mal6 il montait uA ichëval andalous , tenant bnô làncô à la thaia droite , l'bvêtu d'un cà^bo et d'une cuirassa dorés du plus grand éclat 5 et Tceil brillant dh feu de la guerre.

La cavalerie impériale, avfee te cri terrible : ' mspania 1 ïïispania î enfonça l'infântiDrie Baxbilne; la fuite fbt génémie; le désordre et l'effroi étaient partout ; les fbyiards furent massacrés sur touie la plaine, et couvittient de lentû corps une longiie étendue de tek'rain, depuis Rossdorf jusqu'à Falkembourg et Batersdôrf. Uii dès fils de l'électeur fut pris par rbnnemij.il ^ défendit avec cduràge, et tuà enbore un enneUit au moment oïl il tombait de soh cheval , frapp'é de deux grands coups de sabii3: Il fut heureusement sauvé par un cavalier saxon qui saUta aussitôt par terre; mais son père n'échappa pas. Il avait quitté sa voiture pour fuirj et tidontait un gros cheval frison; mais il fut riejoint pttr la cavalerie légère , et , tandis qu'il faisait focb tout autour de lui , il fut frappé par uil Hongrois d'un coup de sabre dans la joue gauche ; le sang lui cobvrit tout le visage, et cependant il ne voulait pas se rendre. Dans ce momedt un cavalier du prince Maurice} Thilon de.Trodt,

passe à trayer^jos Hongrois^ et loi crie en allv»

mand de sauver sa vie ; il se rendit à lui, parce qà*il était Allemand , et comme témoignage de sa reddition il tira deux anneaux de son doigt, qu'il lai donna. Le cavalier le conduisit au duc d'Albe, et celui-ci, sur la demande réitérée du prince, à l'empereur, qui était à cheval au milieu do la plaine. Jean-Frédéric , raconte-t-on , sanglotait profondément, et disait, les yeux tournés vers le ciel : « Mon Dieu , aie pitié de moi , me voilà prisonnier ! » Sa vue devait toucher tous ceux qui l'entouraient ; le sang coulait de sa ligure et couvrait toute sa cuirasse. H descendit de cheval avec Tatde du duc d'Albe, et il voulait se mettre à genoux devant Tempereur, et en même temps tirer son gantelet pour lui prendre la main droite , suivant les mœurs des Allemands ; mais l'empereur ne le souffrit pas ) et se détourna d'un air sévère. « Généreux et clément empereur! » s'écria l'électeur. — « Je suis donc maintenant votre empereur trèsclément? Ce n'est pas ainsi que vous me nommiez depuis longtemps. » — « Je suis le prisonnier de votre majesté impériale , continua rélecteur, et je demande qu'on respecte en moi la dignité de prince. » — « Bien , on la respectera comme vous le méritez , » dit l'empereur en finissant. Alors l'électeur fut conduit dans le camp par le duc d'Albe , avec le duc Ernest de Brunswick-Lunéville , qui avait aussi été fait prisonnier.

Ainsi se termina cette journée si heureuse pour l'empereur, et il écrivit à ce sujet dans le style de César : « Je suis venu , j'ai vu , et Dieu a vaincu. « — Après deux joura de repos, il marcha sur Torgau , qui se rendit aussitôt, et de là sur Witlemberg, la capitale du pays. Elle était défendue par une forte et bonne garnison ; ses citoyens étaient pleins de courage, et, si elle l'avait retenu longtemps, Charles se serait peutêtre vu obligé d'abandonner la Saxe sans avoir achevé son œuvre , car il n'avait pas de préparatifs pour une longue campagne. Alors il eut recours, dans son impatience, à un expédient qui dépassait encore les bornes de son droit et était. contraire aux constitutions de l'empire : il fit dire par un héraut à la princesse femme de l'électeur , et à ses enfants , que si la ville ne se rendait pas, il allait leur envoyer la tête de l'électeur. Et ayant reçu'un refus, il fit condamner le malheureux prince à mort par un tribunal de guerre ; ce qui ne pouvait se faire

légalement que dans une assemblée de princes.

Probablement il ne songeait pas sérieusement à l'exécution, et ne voulait qu'effrayer ceux qui étaient dans la ville. Mais comme la violatioo du droit était dans la forme du jugement , et qu'elle ne l'avait pas arrêté, il était à craindre de la sévérité de l'empereur, qui ne faisait jamais un pas pour reculer, qu'il n'en vint à l'exécution, s'il ne réussissait pas comme moyen d'effroi.

L'électeur, qui avait paru faible dans la prospérité , montra alors tout le courage héroïque d'une àme énergique. Sa condamnation à mort lui fut annoncée pendant qu'il était à faire one partie d'échecs avec le duc Ernest de Lunebourg. 11 répondit avec calme : « Je ne puis croire que l'empereur veuille en agir de la sorte avec moi; mais, si sa majesté impériale l'a définitivement résolu , je désire qu'on me le fasse connaître positivement, afin que je puisse fixer ce qui revient à ma femme et à mes en«> fants. » — L'histoire ne dit pas que le dnc Maurice ait pris la parole auprès de l'empereur dans cette occasion ; tandis que l'électeur de Brandebourg arriva aussitôt dans le camp impérial, et s'»fforça avec le plus grand zèle de prévenir ce malheur par un accommodement. Il y réussit à la vérité, mais sous les plus dures conditions pour le prince Jean-Frédéric. 11 lui fallut renoncer pour lui et ses descendants à la dignité électorale et à la propriété du territoire, qui passèrent au duc Maurice. Ses places forjcs de Wittemberg et de Gotha furent livrées à l'empereur, et l'ancien électeur lui-même dut rester son prisonnier aussi longtemps qu'il iDi plairait de le garder; Charles aurait même pu, s'il l'eût jugé à propos , l'envoyer en Espagne sous la garde de l'infant don Philippe. Maurice devait fournir à l'entretien nécessaire pour lui et sa maison , et on fixa pour cela les revenus des" villes d'Eisnach, Gotha, Weimar et léna. On voulait aussi que l'électeur déchu s'engageât par avance à accepter tout ce que le concile de Trente et la toute-puisssmce impériale pourraient régler sur la religion ; mais sons ce rapport il était immuable; l'empereur fut obligé de céder, et les Espagnols eux-mêmes trouvèrent honorable une pareille fermeté de rélecteur. ^

Quand on connut dans Wittemberg que la

ville allait être livrée à l'empereur , quoiqu'on

lui eût garanti le libre usage de la confession

. d'Augsbourg, il y eu^ de grands moivemenls.

Les bourgeois vonlaient se défendre jusqu'au dernier homme, ne pouvant croire à la promesse d'une liberté de religion de la part des Espagnols, qui avaient montré trop de cruauté dans le pays. Mais Télecteur leur défendit de tenter toute résistance , les assurant que Fempereur tiendrait fidèlement sa parole. Ensuite la garnison saxonne sortit de la ville, et on y vit flotter quatre étendards impériaux. Il y eut bientôt entre la ville et le camp des relations très-fréquentes , et la défiance disparut de plus en plus. Les Saxons furent témoins , èr leur grande admiration, des égards qu'on avait pour leur ancien maître, qu'ils voyaient dans la tente du duc d'Albe, servi par les premiers d'Espagne. La femme de Télecteur parut ellemême en habit de deuil avec ses enfants devant Tempereur, conduite par les enfants du roi des Romains y et se prosterna devant lui ; Tempereur la releva avec amitié, la consola dans sonr malheur, et lui accorda que l'électeur passât huit jours dans sa famille, au château deWittemberg. Bien plus , il alla lui-même dans la ville, et rendit à la princesse sa visitQ. L'impression que fit sa grandeur d'âme, sa force et sa douceur, extirpèrent en partie cette antipathie que le pays avait conçue contre lui; et, de son côté , il prit des idées plus favorables sur le nord de l'Allemagne que celles que lui avaient inspirées les ennemis des nouvelles doctrines.' « 11 en est donc tout autrement des pays évangélistes et des gens évangélistes que je ne Tavais pensé, » disait-il alors. Et quand il apprit qu'à son arrivée le culte divin de Luther avait cessé : « D'où vient cela? dit-il. Si c'est en notre nom qu'on a cessé le service de Dieu , nous n'en sommes pas content. Nous n'avons pas changé la religion daps la haute Allemagne, comment le ferions-nous ici ?» Il visita aussi la chapelle du château , et il y vit le tombeau de Luther. Quelques-uns des assistants , on dit le duc d'Albe, lui conseillèrent « de déterrer cet hérétique et de faire brûler ses os ; » mais Charles répondit : « Laissez-le en repos ; il a déjà trouvé son juge; je fais la guerre aux vivants et non aux morts. »

L'empereur avait assez de liberté d'esprit pour s'élever au-dessus des rhouvcraenls des passions du temps. Pourquoi faut-il que chez lui des considérations politiques aient souvent obscurci les lumières de la simple vérité ! Car comment concilier cette indulgence pour le

parti protestant avec l'alliance qu'il avait conclue avec le pape ? Maurice , le nouvel électeur, se montra aussi lui très-porté pour les Wittembergeois : « Vous avez été si fidèles à votre prince mon cousin, que je veux vous en savoir bon gré toute ma vie , » disait-il , en prenant congé des principaux citoyens de la ville. >

Le même jour que Charles entrait dans Wittemberg, son ancien rival , François P% roi de France , était porté au tombeau , comme si la fortune avait voulu aplanir à la fois tous les obstacles à ses projets. De Wittemberg il marcha sur Halle , pour attaqlier le deuxième chef de la ligue de Schmalkalde , le landgi*ave de Hesse; et celui-ci ne vit d'espérance de salut que dans l'indulgence de l'empereur, alors toutpuissant; il employa donc tous les moyens pour l'obtenir par l'entremise de son gendre le prince Maurice et du margrave de Brandebourg. — Tous les deux s'employèrent le plus activement possible pour lui, et Charles dit enfin, par la bouche de son chancelier Granvella : « que si le landgrave venait Ini-Aième se rendre à discrétion, et s'il signait toutes les conditions qu'il lui proposerait', il ne lui enlèverait pas son territoire , qu'il lui laisserait la vie sauve et la liberté. » Ainsi du moins le comprirent ses médiateurs , et ils s'engagèrent avec le landgrave, sur leur parole d'honneur, d'aller se remettre prisonniers entre les mains de ses enfants, si Charles ne le renvoyait pas en liberté. Sur leur parole, Philippe vint à Halle le 48 juin, et le jour suivant il fut conduit devant l'empereur.

Ce prince était assis sur un trône; autour de lui étaient rangés une foule de grands, alle- .mands, italiens, espagnols , et parmi eux le duc Henri de Brunswick , le prisonnier du landgrave, qu'il avait été contraint de mettre alors en liberté, et qui venait se repattre de son humiliation. Le landgrave se mit à genoux au pied du trône, les yeux fixés par terre, et son chancelier Gunthcrode, à genoux derrière lui, lut à haute voix l'amende honorable à l'empereur. Elle était faite en termes très-humbles ; et un témoin oculaire raconte que , dans le trouble où l'excès de la honte jeta le landgrave, qui se trouvait dans une si dure position au milieu d'une pareille assemblée , un petit rire se montra sur son visage, comme si la nature manquait de ressources contre un sentiment si

flWtdiftfe bu l*ëmÉ ALlBttA'N».

pMj^aiit. Maiâ ce Kré n'échappa pAs àremperëUl^j et, le nletiàçant avec son doigt, il Utidil dans son langage flamand , car il parlait mal Tallemand : ff^ol , ich sM di tachen iehren (Bort , jte t'apprendrai à nre). Alors le chancelier de Tcmpereiir lut la réponse : « Bien que le landgrave ait, comme il le reconnaît lui-môme, mérité la plus sévère punition, cependant Fem* pereur veut bien , dans sa bonté et en considération de rintercession qui a eu lieu eti sa faveur , lui faire grâce , lever le ban prononcé contre lui, et lui laisser la vie qu'il avait mérité de pondre. » Après la lecture de cette réponse , le landgrave voulait se tenir debout en qualité de prince libre; mais l'empereur, ne lui eh ayant point donné le signal, et lui ayant mémo refusé une promesse claire et solennelle de pardon , ii se leva de lui-même et te retira. — Il dîna le soir avec i'éie&teur Maurice et le margrave de brandebourg chez le duc d'Albe. Après le repas, il voulut se retirer, mais le duc lui déclara qu'il était son prisonnier; il en fut tout surpris, et ses deux médiateurs, qui s'étnibht engagés pour sa liberté, ne Tétaient pas moins. Ils s'adressèrent à l'empereur méme^ lui représentèrent qu'ils avaient doni\é leur parole de princes comme caution de sa liberté ; mais l'empereur nia avoir dit qu'il le renverrait libre de toute captivité , en avouant touteibis l'intention de ne pas lui imposer une prison perpétuelle. On comprend en eiïet que ses conseillers purent promettre plus qu'il n'avait dans l'esprit d'accorder, ou même encore qu'une méprise put se glisser dans la correspondance du chancelier Granvella, qu'on traduisait en allemand, et celle des deux électeurs, qu'on traduisait en espagnol et en français. Cependant il aurait été plus honorable de remplir auprès du landgrave la parole des deux médiateurs. Mais, d'un autre côté, l'empereur tenait beaucoup à garder prisonniers les chefs do la ligue de Schmalkalde jusqu'à ce qu'il eût achevé en "Allemagne" tous les règlements qu'il voulait y faire pour la religion ; car il croyait toujours à la po?sibilité d'une réunion des partis, et ces deux princes en étaient devenus les deux plus violents adversaires. Et Charles ne savait pas que la loyauté et la générosité conviennent mieux à un roi et conduisent mieux au. but que les calculs déloyaux; car, si une fois on les admet pour

règle 1 8ouTo»f i'bowmo rusé 5^ trQwvo lui-

inémt) plis au piège par un plus tva» ijfi^ loi.

Le duc Maurice, qui ne pouvait pas remplir son engagement^ et qui passait pour nu parjui^ à l'égard du laiidgt^stve ^ fi)e crttt 5:ans doute alôi-s dégagé des devoirs do la reconnaissance et de la sincérité par rapport à Toropercur, qui intei:prétÀit si arbitttiiremcâl ssl parole et celle de son conseil , et ii pensa dès lors qu'il ne devait y avoir dans leurs n^iationsqne de là sagesse. Or, sous ce rapport , il ne Je cédait en rien à l'empereur. — L'électeur déposé et le landgrave furent donc obligés de suivre la cour et le camp de l'empereur partout où Use rendait. Toutes les places fortes hcssmscs furent rasées , même Cassel et Kiegenhain , tonte l'artillerie fut emmenée, et les états furent condamnés à payer 450,000 florins d'or pour amende. L'empereur Charles suivait , dans ses traités avec ses adversaires ^ les principes des Romains dans le temps qu'ils visaient à la souveittineté du monde entier : car^ de même que ceux-ci , avec les Carthaginois et les rois de Macédoine et de Syrie, avaient exigé dé grosses somihes d'argent; l'extradition de leurs vaisseaux de guerre, de leurs machines de guerre, de leurs éléphants, ainsi Charles en usa avec ses adversaires ; qu'il désarma en les forçant à raser leurs places fortes , à livrer leur grosse artillerie, qui dans ce tenips était rare et ne pouvait que difflcilement se remplacer , et enfin en se faisant compter de grosses sommes pour ses nouvelles entreprises. — Par tous ses traités avec les villes de la haute Allemagne, avec le duc de Wurtetnber^, l'électeur et le landgrave, il tira peut-être plus de cinq cents pièces d'artillerie qu'il fit conduire en Italie, en Espagne et dans les Pays-Bas. Les garnisons espagnoles^ qu'il laissa partout où il était possible d'en établir,surtouldans1esvillesdelahaute Allemagne, excitèrent le plus grand mécontentement. L'orgucil de ces fîers étrangers, qui d'ailleurs étaient encore animés par la hainb de religion, était insoutenable; et l'on n'avait pas oublié que l'empereur, dans la stipulation qu'il avait consentie lors de son élection , avait promis de n'amener aucune troupe étrangère dans l'empire.

Il devenait de plus en plus visible que la paix en matière de religion ne sortirait point encore du concile de Trente. Les protestants refusaient après comme avant de reconnaître ses droits, et

in^istaii?Hl; m contraire pour m concU« t iw$

É\Èf6m bu mm kùMkm

iéqtiel lé pape fa'aiihU pàâ la présidence^ oà tels théologiens protestants donneraient leitr voit avec les évéqoes et à cdlé d*eux, et où Toti soumettrait à un nonyel exaiiien les décrets qu*oii venait de porter. »

Le parti du pape, au contraire, ne voulut jaihais condescendre à ces prétentions , bien que leâ princes d'Allemagne , même catholiques, demandassent avec beaucoup d'instance que les états qui avaient assisté à la confession d'Augsboitrg fussent admis dans le.concile. Les cardinaux voyaient môme d'un mauvais œil que le concile se tint à Trente, et ils s'efforçaient de tout leur pouvoir de le faire transporter dans l'ihtérieur de l'Italie ; car ils craiguaiont ique le concile , dans le cas où le pape^Paul Ut ^ qui était déjà fort âgé , viendrait h mourir pendant qu'il était assemblé, ne voulût se charger de l'élection du nouveau pape , côhtrairement aux droits du collège des cardinaux , et qu'il ne fût protégé par l'emperehr Charles. Enfin une maladie vint seconder leurâ désirs; on la crut dangereuse , on répandit que c'était la peste; cependant il n'y eut qti'Un évéqiie qui mourut du pourpre; èt^ sous ce prétexte, le 9 mars 4547 , le concile fut transporté de Trente à Bologne. L'empereur ^ â cette nouvelle, s'emporta de la pluâ grande colère ; mais le pape approuva la démarche dé SCS légats , et là division qui existait déjà entre lui cl l'empereur, parce que ce prince n'avait pas tout de suite profité de sa victoire pour extirper le protestantisme d'Allemagne, devint d'autant plus prononcée. L'empereur dit au nonce du pape en propres ternes : « qu'on ne pouvait pas exiger des protestants qui étaient prêts à se soumettre au concile de se rendre à Bologne ou de fixer leur attention sur ce qui allait s'y conclure , et que les autres n'avaient pas besoin de ce nouveau motiT pour refuser leur adhésion ; que si on ne voulait pas à Rome lui donner un concile, il saurait bien en trouver un qiii satisreraît tout le monde et qui réformerait tout ce qu'il y avait à réformer; que le pape était un vieillard incapable qui voulait ruiner l'Eglise de fond en comble. »

Telle fut la manière acerbe dont s'exprima Charles, contre sa coutume, et nous pouvons y voir une nouvelle preuve du zèle qu'il apportait à la paix de l'Église. Les évèques , de leur celé, prièrent aussi le pape avec instance de

fht aussi ëll^méiUë IdttpMps km M\h kû conséquende , Charles s'efforça de Inéiablir pair lui-même l'ordre dans les arfalres de la ttligibtt^ daus une diète d'Augsbonrg de 4548 ; et , dàti^ ce but , il l>rovoqua de nouvelles coUfëreiicës , pour lesquelles on choisit , du côté des catholiques', deux hommes modérés; Tévèqué de Nâuembourg, Jules Sflug , et le grand vicaire de Mayencc, Michel Helding , et, du côté deé protestants , le prédicateur de la cour de Bhtit* debourg, Jean Agricola de Berlin. Ils s'y livré-^ rent avec la plus grande activité, et rédigèrent un plan de réunion qu'ils proposèrent à l'emj[>ereur; tnais Agricola , par le désir du i^tdblis» sèment de îa paix, était sorti, dahs Quelques points essentiels, des premiers principes de sa croyance. Il avait à la vérité nlaintenU pdtir son parti le mariage des ecclésiastiques bt' là cbtnmuUion sous les deux espèces ^ tnais seuleihent jusqu'à c&qiie le coUcile eût donné uud décision à ce sujet. Pour le reste, 11 avdlt i*e-* connu la puissance du pape, la messe, et ^iittout l'Eglise et le symbole de fol catholiques. OU devait donc s'attendre à de grandes cbntradietiens. Cependant, comme l'élebtenr de Brandebourg et le palatin promirent dé l'accepter, alors Charles crut pouvoir en faire un écrit de conciliation qui fut appelé Ylnlérim. 11 boUvoqua les états pour le >I5 mal, et leur fit donner lecture de cet écrite dont le titre était : « Déclaration de sa majesté royale et impériale qui détermine quelle doit être la religion dans le Saint-Empire romain jusqu'à la tenue d'un concile général. »

Aussitôt après la lecture, avant que personne n'ait eu le temps d'exprimer une opinion^ réiccteur de Mayence se leva, et remercitt l'empereur, au nom des états, de sa peine, de son travail, de son application et de son amour pour le bien de la patrie; et comme personne n'osa contredire, l'empereur crut que le con-r sentement. était donné. Mais il vit bientôt com-» bien il s'était abusé. Les théologiens protestants s'élevèrent presque unanimement contre l'/n-» térim^ et, ce qui est plus frappant, les catholiques s'élevèrent aussi eux-mêmes <:ontre lui; car , si l'empereur avait.pn réussir à faire admettre V Intérim ^ la réunion parfaite des partis devenait une conséquence presque nécessaire. Ainsi ils ne pouvaient accepter comme un bon règlement en matière de religion une

renvoyer le concile à Trente ; mw lebr voU déclaratioQ qui \Qmi de M comme W^m

HISTOIRE DU PEUPLE ÀLLEUAND

« Quand Charles annoncerait rÉvangile , dit à ce sujet un prélat distingué, on ne pourrait approuver cette action venant de lui comme laïque. »

Ainsi l'empereur , qui alla passer deux ans dans les Pays-Bas au sortir de la diète d'Augsbourg, eut toujours, comme avant, à entendre parler de nouvelles plaintes qui lui venaient d'Allemagne ; son Intérim n'avait été reçu que pour l'apparence en quelques lieux, et des deux côtés on en parlait avec beaucoup d'aigreur : réiecleur Maurice lui-même ne le reçut pas dans ses États. Les villes de Constance, Brème et Magdebourg se déclarèrent particulièrement avec force contre lui , et refusèrent formellement de se soumettre à Tordre de l'empereur. H prononça contre elles le ban de l'empire, et les deux premières alors rentrèrent dans l'obéissance. Mais Magdebourg s'opiniàtra, et l'électeur Maurice reçut à une nouvelle diète d'Augsbourg, en 4550, l'ordre de mettre à exécution le ban prononcé contre la ville. Il se mit en marche avec son armée au commeu; cément de l'automne de cette même année , et commença le siège.

Dans cette même diète, Charles sonda les esprits pour voir s'il ne pourrait pas faire donner à son fils Philippe , qu'il avait fait venir d'Espagne, \ê titre de roi des Romains. Mais ni son frère Ferdinand et son fils Maximilien , ni les électeurs, ne voulurent y consentir; et ce n'était pas l'orgueil de Philippe , son air sombre et rebutant, qui pouvaient lui gagner les cœurs des Allemands. Son père fut donc obligé de le renvoyer en Espagne , et Philippe y retourna d'autant plus volontiers qu'il aimait les Espagnols par-dessus tous les autres peuples. Quant à l'empereur, la diète terminée, il se rendit d'Augsbourg à Inspruck. Le nouveau pape Jules 111 avait renvoyé le concile de Bologne à Trente , et Charles voulait se trouver dans le voisinage.

Le nouvel électeur de Saxe avait mûri dans son àme un grand plan contre l'empereur. A la vérité , il nous est impossible d'exposer les raisons intimes qui l'y portaient; car la pensée de ce grand homme est restée, dans beaucoup, de circonstances, une énigme pour l'histoire; cependant on en peut donner deux qui semblent avoir dû agir sur lui avec beaucoup de force : >l<» la dure captivité de son beau -père le landgrave de liesse, envers lequel il se

croyait toujours obligé d'acquitter sa parole et la garantie qu'il avait donnée pour sa liberté, tandis qu'aucunes prières, aucunes représentations n'étaient reçues par l'empereur; et 2^ la fâcheuse position des protestants en Allemagae; car, on croyait que l'empereur avait pns d'avance une décision ; qu'il n'attendait que les conclusions du concile de Trente pour les donner comme lois de l'empire, et que, comme il faisait attaqjaer Magdebourg par les armes à cause de V Intérim^ de même , quand il aurait assemblé une armée , il forcerait tous les Étab à se soumettre à tous les décrets de l'Église. Les protestants étaient extrêmement tourmentés de cette expectative. Ceux qui voyaient l'avenir le plus en noir regardaient le prince Maurice comme le plus grand coupable : il avait trâlii la ligue de Schmalkaldc , et par lui Jean-Frédéric et le landgrave Philippe languissaient encore aujourd'hui dans la captivité. Ceux au contraire qui conservaient encore res[X)ir du salut tournaient leurs regards sur lui comme sur celui qui pouvait seul sauver la nouvelle croyance.

Le moment était venu d'effacer le souvenir du passé et de reconquérir l'opinion en frappant un grand coup. Maurice s'y décida, et se servit de l'occasion de la guerre contre Magdebourg pour lever une armée considérable sans exciter de soupçons. Le siège fut à dessein conduit avec lenteur. Enfin , au mois de septembre . de l'année suivante ^1551 , il conclut de luimême une suspension d'armes , et au mois de novembre un traité fort peu onéreux pour la ville , mais sansjicencier pour cela ses troui>es. Il envoya secrètement son jeune ami Albert , margrave de Bràndebourg-Culmbach, à la cour du roi de France Henri II , fils de François I", pour le gagner à son parti , et il prit à son service le chrf des Wurtembergeois, Jean de Ilcydcck , qui avait été mis au ban de Ferapire en même temps que Schœrllin. Ces procédés étaient bien remarqués ; souvent on en avertissait l'empereur; mais Charles avait la plus grande confiance dans cet homme, qu'il croyait avoir fortement éprouvé , et il répondait : n que, comme il n'avait donné à Maurice, non plus qu'au margrave, aucun sujet suppi>sable de mécontenlemcnt contre lui , mais bien plutôt les plus grandes preuves de bienveillance et de faveur, il ne pouvait croire à une pareille ingratitude ; qu'il comptait bien que

chez eux le fait serait d*accord avec la parole , et qu'ils ne dégénéreraient pas de Fancienne réputation de loyauté et de fidélité de la nation allemande. »

Si l'empereur comptait sur la fidélité allemande , son jeune ministre Granvella comptait sur leur simplicité. 11 disait « qu'il n'était pas possible qu'un gros Allemand conçût un plan et le préparât en secret sans.qu'il fût aussitôt découvert et connu dans tous ses détails. » Aussi furent-ils tous deux comme frappés d'un coup de foudre , quand Maurice , au mois de mars 1552, envahit tout à coup la Franconie avec son armée, entraînant avec lui les Hessois et toutes les forces du margrave Albert. £n même temps ces deux princes publièrent un manifeste contre Tempereur, par lequel ils cherchaient à justifier la gueçre qu'ils entreprenaient : ils s'appuyaient sur la captivité du landgrave prolongée indéfiniment , aussi bien que sur les atteintes aux libertés de l'Allemagne commises par l'empereur. Ils lui reprochaient d'avoir confié le sceau de l'empire à un étranger qui ne connaissait ni la langue ni les droits de FAllemagne , de sorte que les Allemands eux-mêmes étaient obligés d'apprendre une langue étrangère pour lui adresser leurs demandes. Ils disaient qu'il avait , contre sa promesse, introduit dans le pays des troupes étrangères qui pillaient et ruinaient les malheureux habitants et les maltraitaient de toute façon ; qu'il n'avait même d'autre pensée que d'imposer à tous et à chacun en particulier une honteuse servitude; que ses menées étaient si visibles, que la postérité, si l'on n'arrêtait pas ce torrent envahisseur, aurait de justes motifs de maudire la torpeur et 1 indolence de cette époque, dans laquelle on aurait laissé perdre la liberté de la patrie, son plus précieux trésor.

Bien qu'il y eût de l'exagération dans plusieurs de ces reproches , cependant on en trouve un exprimé sous les traits les plus vifs qui semble être une des pins grandes fautes de Charles dans le gouvernement de l'Allemagne : c'est le mépris qu'il laissait paraître pour la nation, et ses prédilections pour les Espagnols et pour les Flamands. Charles n'a jamais pu trouver de l'amour en Allemagne , parce qu'il n'aimait pas lui-même; son orgueil ne put jamais descendre plus loin qu'à la complaisance : or la complaisance est plus insupportable à un

peuple noble que l'arrogance et la dureté ; d'ailleurs le mécontentement des princes de voir un insolent étranger comme Granvella conduire Fempise était fondé. Ainsi , c'est moins la conduite de l'empereur que ses dispositions contre les Allemands qui ont attiré sur lui cette guerre humiliante de Maurice.

Le margrave Albert porte dans son manifeste une accusation qui paraît extraordinaire , mais qui cependant fut la cause intime de l'aitogance des étrangers vis-à-vis de notre peuple. 11 se plaint de l'historien de la ligue d^, Schmalkalde, Louis d'Avila ; -il l'appelle un menteur et un fourbe pour avoir parlé des Allemands comme d'un peuple sauvage et dont on ne connaissait ni le commencement ni l'origine.

L'empereur , dont les actions étaient meilleures que ne les représentait ce manifeste , se contenta de répondre avec dignité : <t que les accusations des deux princes é|aient si puériles et si absurdes , qu'elles n'avaient par ellesmêmes aucun fondement, et mettaient assez au jour le trouble de ceux qui les avaient imaginées. »

L'entreprise des princes perdit beaucoup dans l'opinion publique par la conduite du margrave Albert, qui commettait des dévastations dans tout le pays plat avec ses troupes, comme avec une bande d'incendiaires et de voleurs. Maurice et le jeune Guillauihe de Hesse, qui avaient de meilleurs desseins, furent obligés de se séparer d'avec lui et de le laisser agir en particulier.

L'empereur était dans un grand embarras; il manquait de troupes et d'argent , et fut réduit à faire commencer des conférences entre Maurice el le roi Ferdinand. Cependant, comme elles n'amenaient aucun résultat, Maurice, qui vit bien le dessein de Charles de gagner du temps, sortit tout d'un coup de Souabe avec son armée, et tomba sur le Tyrol, ^ui ne s'attendait à rien moins. Il marcha si rapidement , qu'il devança même sa renommée ; il s'empara du pas d'Ehrenberg; et si la révolte d'une de ses compagnies né l'eût arrêté un jour entier, il aurait peut-être trouvé l'empereur dans Inspruck. Ce prince s'était sauvé à Trente la nuit précédente, par un orage effroyable, porté sur une litière , parce qu'il était malade. Son frère , l'électeur prisonnier Jean-Frédéric , et le reste de la cour, étaient achevai , et quelquesuns même à pied. Des domestiques, avec des

HISTOIRP DU fVW^ ALf.f:W4NI>,

flao[|))e«^9Z fcivesiit obligé^ d'éclairer au passage fl(2s pioDU^nes du Tyrol. Trente même ii*était paç sûre; aussi, après quelques heures de repos , \\ se remit eu route à travers deg montague^ difficiles pour gagner le village de \1llacl) en Carinthie ; et le concile assemblé à Trente, effrayé aussi lui-même, s'enfuit de tpus c0tés. Mais Maurice, ayant trouve Inspruck évac^é , revint sur ses pas , après avoir distribué à ses trpupes le butin fait sur les bagages de Tempereur , et se rendit à Passau , où ayait été convoquée une assemblée de princes.

Qui peut savoir ce qui se passait au fond de Vàpie de Charles?.... Mais sans doute que ce renTçrsemcnt de fortune, qui humiliait son cœur prgueilleux dans ces jours de honte, lui était envoyé par la Providence pour sa justification. Ce fut peut-être dans ces jours si durs qq'il mûrit la résolution de déposer de IuÎt m^m^ ]a couronne , s*il pouvait une fois apaiser le désordre « et de renoncer à réclat du monde poqr se retirer dans une profonde solitude, seul avec rÉternel , le Dieu immuable. 11 rendit alors la liberté à l'électeur de Saxe, son pri- SQni)ier- Sa vue même devait désormais lui être pénible; car cet électeur qui, fait prisonnier dans la lande> de Lockau , était venu couvert de sang se jeter à ses pieds pour lui demander gVàce, Ip voyait aujourd'hui lui-même fugitif ^ travers des montagnes'impraticabics, malade, sans secours, et poursuivi par un autre électeur de Saxe que, dans le temps de son orgueil, il avait lui-même rendu puissant. Mais ce qui devait plus que tout le reste affliger Charlés- Quint, c'était de voir qu'aucun des états de Tcmpire , pas même parmi les catholiques , ne se remuait pour lui, et qu'ils aimaient mieux 60 laisser piller par le margrave Albert que de se réunir pour porter secours à leur empereur. C'est alors aussi qu'il dut trouver au fond de sou cœur l'intime conviction.que ce n'est que dans l'amour de sou peuple qu'un souverain peut avoir une sûre protection au jour du danger.

Charles laissa son frère Ferdinand traiter avec Maurice à Passau, 11 avait fort à cœur de faire la paix avec lui , afin de tourner ses armes contre l'ennemi qu'il haïssait le plus, les Français, qui pendant ce temps-là étaient entrés çn Lorraine et s'emparaient des villes les unes après les autres. Ces circonstances déteriQi.aéfent le traité de Passau pour le 31

juillet 4552. On y convint : « gue Ifi liberté serait rendue au landgrave Philippe de Uessc, et que le ban de l'empire serait levé en faveur de tous ceux qui y étaient soumis en raisop de la ligue de Schmalkalde; que , pour les autres difficultés de religion, on convoquerait udu nouvelle diète, et que jusque-là la chambre impériale agirait avec une égale impartialité ponr les deux partis, mais que le conseil impérial serait composé d'Allemands. »

Après la conclusion de cette paix , Maurice, pour preuve de la justice de ses intentions , licencia les troupes étrangères qu'il avait , et marcha avec ses propres soldats en Hongrie au secours du roi Ferdinand. — Philippe de De^su fut rendu à la liberté et reyint trouver ses enfants et ses sujets. Sa longue et dure captivité avait un peu apaisé son esprit et fait disparaître ce goût des grandes entreprises, il employa les dernières années de sa vie au noble but de guérir autant que possible les plaies dont avait souffert son pays pendant ces années de malheur.

Cependant l'empereur, qui avait rassemblé une armée en Italie et en Hongrie , \a con*; duisit contre Henri H , roi de Fran<!e-, car, tout affaibli et malade qu'il était, il la suivit dans une litière ) et commanda même au siège de Metz. Mais il semblait que la fortune l'eût entièrement abandonné ; la ville se défendit avec une grande opiniâtreté , et, quelle que fût celle de l'empereur et celle de son armée , elle fut obligée de céder à la rigueur de l'hiver. Charles rentra fort mécontent dans les Pays-Bas, et ûl des préparatifs pour la prochaine campagne, 1555. Celle-ci, non plus que les deux suivantes, ^554 et 1555, ne décida rien pour les deux peuples; les Français se renfermèrent dans leurs places fortes, quand Charles aurait voufu les attirer en pleine campagne, et la guerre se passa tout entière à ravager les provinces do la frontière. Charles légua celle guerre inachevée à son fils Philippe 11.

Le traité de Passau avait rendu à l'Allemagne une heureuse tranquillité; il n'y avait qu'uo homme qui ne voulût pas en jouir, c'était le turbulent Albert , margrave de Brandebourg. 11 continua cette guerre de brigandages contre les évèchés et plusieurs villes avec une impudence inouïe ; et comme tous les avertissements étaient inutiles , l'électeur Maurice , qui désormais avait à cœur la tranquillité de l'AlIc*

mtm^ PV t'fCPI^B AM'^Milfii

inagtt^t s'qnU ayaç le 4uc Henri de BrunswicI^ contre son ancien ami ; les deux princes réunÎ3 attaquèrent le margrave prèé de Sivershausen , dans la lande de Lunebourg ; car c'était alors la basse Saxe qui était en prdie à ses déprédations. Le combat fut sanglant; le margrave fut battu ; mais deux fils du duc de Brunswick, un prince de Lunebourg, quatorze comtes et pnvit'on trois cents gentilshommes restèrent sur Iç champ de bataille, et Maurice de Saxe y fut lui-même blessé à mort. 11 mourut deux jours après. Quoique âgé seulement de trentedeux ans , \\ pouvait déjà disposer de TAllemagnq avec plus d'^ii^orité qu'aucun *àù ses contemppri^ins. Ainsi il n'y a pas besoin d'un autre témoignage pour croire à la supériorité de son génie. Ses légitimes et derniers efforts pour |a tranquillité générale et son amour pour la paix et l'ordre, scellés de son $ang, ont en quelque sorte fait oublier ses premiers pas, çt apaisé les rigueurs du jugement de l'opinion publique. L'inquiet margrave Albert, chez qui la loi du plus fprt revivait dans tout ce qu'elle avait de destructeur, n'en continu^ pa^ moins à tourmenter rAllemagnc. Après la perte de cette bataille , réduit à rcxtrémilé à la fin, il ^c tourna vers la cour du roi de France, et, sQutenu par son argent, il rentra dans le pays en ^556, pour y faire de nouveaux enrôlements. Heureusement que la mort, qui le surprit l'année suivante, arrêta le cours de ses dévastations. C'était un homme extraordinaire et puissant; mais la dureté de son caractère et les désordres de cette époque, qui ébranlaient tous les principes , avaient donné à son énergie la direction la plus funeste.

Dans le traité de Passau, une diète avait été demandée pour y régler les affaires de religion cl les accusations de l'électeur Maurice contre l'empereur. Charles même y poussa avec le plus grand empressement, afin do ne pas paraître avoir peur de l'examen ; mais, comme toutes les affaires d'Allemagne lui étaient devenues indifférentes et même odieuses (et qui pourrait l'en blâmer?), il en chargea son frère Ferdinand, et celui-ci s'y livra avec le plus noble et le plus glorieux zèle. Malgré la tiédeur et la lenteur des princes allemands , et non découi'agé par plusieurs tentatives infructueuses, il réussit enfin, en 4554, à réunir une diète à Augsbourg. Qn établit un comité pour examiner et - p^aisçr \ç$ querelles; de religion , composé des

députés de l'Autriche , ^p Bavière , 0*Bial|9tfi^tj de Brandebourg, de Strasbourg, de 4uiiei'4| d'Augsbourg, de Wurtemberg et de Weingar* ten , et ils travaillèrent à ce grand oeuvra aveo un zèle digue des plus grands éloges. Le roi de$ Romains leur fut d'un grand secours; il écarta tous les embarras extérieurs pour leur travail ; et quand il apprit, par exemple, suivant le récii de son chancelier Zasius, « que quantité de princes ecclésiastiques se livraient à des disputes inutiles, qu'ils étaient occupés à semer sur la route toute espèce de raffinements ci de difficultés plus propres à tout détruire qu'à recour struire quelque chose, qu'un parti cherchait uniquement à prouver à l'autre plus d'esprit, il leur envoya Zasius avec son vice-chancelîey Jonas, et les fit avertir avec dureté d'avoir â\ quitter cet esprit qu'ils apportaient dans la discussion ; et il eut plein succès. » — De m^n^ , dans une autre circonstance, il fut si ferme çt si pressant pour les protestants, qu'ik lui cédèrent sur un point important : car ils demandaient qu'il fût libre au^ ecclésiastiques d'Allemagne d'adhérer à la confession d'Aug^botirg et de conserver cependant leur place; et le parti catholique s'élevait contre euj( de la manière la plus prononcé^. « Si cette demaq^le est concédée, disaicnt-ih) avant peu tous les biep§ ecclésiastiques seront entre les mains des pro? testants. Loiq de là, il faut au contraire que, sitôt qu'un prince ecclésiastique passe person-r .nellement au^ nouvelles doctrines , il $oitreniplacépar un catholique. » Enfin les protestanJs furent obliges de céder pour le moment ^ mais se proposant bien de remettre pM tard cette proposition en discussion dans une autre occar sion. Telle futl'importante dispute sur la réserve ecclésiastique.

Enfin , le 26 septembre 4555, fut conclue à Augsbourg la paix de religion qui mit fin pour quelque temps à cette longue lutte. Le libre exercice de religion fut établi légalement par toute l'Allemagne pour les protestants , et ils furent maintenus dans la possession de tous les revenus ecclésiastiques qu'ils s'étaient déjà attribués. Ni les protestants ni les catholiques ne devaient chercher à se fai|;e des prosélytes aux dépens des autres, mais laisser chacun suivrç en liberté sa propre croyance. A la vérité, chaque souverain devait déterminer la religion dominante de son pays , mais non pas forcer qui ^ue ce fut de ses siyct^ ^ suivra iinç Ëgli£Ç

HISTOIRE hn t'ECPLE! ALLEMAND.

plutAt qn^ane antre; chaque citoyen, du reste, était libre de passer dans un autre pays par motif de religion. Ainsi, de ce côté, on n'en était pas encore arrivé à ce degré de tolérance qui accorde à un citoyen d'une autre religion que la religion dominante égalité de droits avec tous ses compatriotes. — Après la conclusion de la paix de religion , on discuta aussi dans le collège des princes électeurs sur les accusations du prince Maurice contre Tempereur ; mais , à la satisfaction de Charles , aucun des autres états de Tempire ne voulut prendre part à cet examen, et il n'eut pas d'autres suites.

La division de l'Allemagne en deux partis religieux fut établie pour toujours par cette paix. Charles , qui avait employé une partie de sa vie et de ses forces à leur réunion , ne pouvait par conséquent être bien satisfait de cet état de choses , et l'Allemagne lui devint d'autant plus indifférente. La guerre avec la France ne prenait point non plus une marche avantageuse. Charles venait d'éprouver par lui-même combien ce peuple étranger aimait à se mêler des affaires d'Allemagne , et son génie voyait à l'avance quelle influence cette puissance qu'il haïssait tant allait prendre sur l'Europe, quand une fois la puissance de la maison d'Autriche serait divisée, puisqu'alors même qu'elle était tout entière dans sa personne, il ne pouvait qu'avec peine retenir ce peuple ambitieux dans ses limites. Ainsi voyait-il d'avance tous les plans de son audacieux génie ou incomplets ou entièrement détruits ; et plus il avait eu à cœur leur exécution , plus il devait sentir son àme déchirée; d'autant que son corps était continuellement en proie à une douloureuse maladie. D'un autre côté , le pays sur lequel il aimait le plus à reposer ses regards , sur lequel sa vie n'avait laissé que des traces de bienfaisance , l'Espagne avait déjà trouvé dans son fils Philippe un roi qui possédait généralement sa confiance. Tous ces motifs contribuèrent à changer la pensée qu'il avait eue et qui le préoccupait beancoup, de suivre l'exemple de Dioctétien, de déposer sa couronne et de vivre dans l'isolement de la vie de couvent ^ en une résolution bien arrêtée. Déjà depuis longtemps il avait manifesté cette intention.

Dans l'automne de 4555, il fit venir à Bruxelles son fils Philippe, qu'il avait marié peu auparavant avec la fille du roi d'Angleterre , et il lui fit solennellement l'abandon des

Pays-Bas le 25 octobre. A peine l'empereur, accablé par la maladie, put-il se lever de son siège , appuyé sur les épaules du prince d'Orange ; mais il tint un discours si touchant, qne toute cette nombreuse assemblée en fut émoe jusqu'aux larmes. Il déclara « que, depuis Tàge de dix-sept ans , il, avait toujours occupé toutes ses pensées à chercher la gloire dans le gouvernement de son empire ; que partout il avait voulu voir de ses propres yeux, et qu'à cause de cela tout son règne n'avait été qu'un temps de voyage; qu'il avait été neuf fois en. Allemagne, six fois en Espagne, quatre fois en France , sept fois en Italie , dix fois dans les Pays-Bas, deux fois en Angleterre, deux fois en Afrique , et enfin qu'il avait fait onze voyages par mer ; qu'aujourd'hui son corps, qui défaillait, l'avertissait de s'éloigner du tracas des affaires , et de remettre son fardeau sur des épaules plus jeunes que les siennes; qne, si au milieu de tant d'efforts il avait négligé ou mal fait quelque chose d'important, il en demandait pardon de tout son cœur à tous ceux qui auraient pu en souffrir ; qu'il penserait jusqu'à la fin de sa vie avec amour à ses fidèles Néerlandais, et prierait Dieu pour leur prospérité. « Ensuite il s'adressa à son fils, qui était à genoux à ses pieds et lui baisait les mains , et l'exhorta par les plus pressantes paroles à rechercher de tous ses efforts un règne qui le couvrit de gloire ; et ensuite il retomba sur son siège , accablé de fatigue.

Ce fut au mois de janvier qu'il fit solennellement abdication à Bruxelles des royaumes d'Espagne et de Naples en faveur de son fils , et , an mois d'août, de l'empire d'Allemagne en faveur de son frère Ferdinand.

Le n septembre, Charles s'embarqua pour l'Espagne avec ses deux sœurs, et il les retint près de lui jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Valladolid ; là , il les quitta aussi elles-mêmes, et se rendit tout seul dans une petite demeure qu'il avait fait bâtir exprès pour lui dans une contrée délicieuse de l'Ëstramadure , près du couvent de Saint-Just , de l'ordre de Saint^érôme. Il y vécut deux ans sans voir personne, pas même ses sœurs. Ses moments étaient partagés entre la méditation et le travail des mains, qu'il aimait beaucoup. Il cultivait son jardin et confectionnait des montres et d'autres onvTages. Une fois , dit-on , ayant placé à côté l'une de l'autre deux montres qu'il avait faites avec le

plus grand art et le plas grand soin ^ il chercha à les faire marcher tout à fait ensemble : souvent il croyait avoir obtenu son bat; mais toujours Tune allait plus vite, et l'autre plus lentemejit. Enfln il s'écria : « Quoi! je ne peux pas mettre parfaitement d'accord deux montres qui sont Touvrage de mes mains , et, fou que j'étais, je pensais pouvoir régler comme une horloge tant de peuples vivant sous différents (4els , et parlant différents langages I » — Enfln , peu de temps avant sa mort , pour célébrer par le plus terrible tableau le renoncement à la vie et la mort de tout ce qui tient aux sens, il fit faire ses propres funérailles. Les moines du couvent le portèrent processionnellement dans un cercueil ouvert à l'église , et firent pour lui un service funèbre. Il mourut en effet peu après, peut-être trop profondément ému par ce terrible spectacle , le 2\ septembre 4 558 , à Tàge de 56 ans.

Charles était, dans sa jeunesse, avant que la maladie ne vint courber son corps , bien fait et même remarquable, avec beaucoup de dignité et de majesté dans les traits de son visage. 11 parlait peu, et rarement on vit le teint pâle de son visage égayé par les ris. Sa chevelure était blonde, ses yeux bleus, et la taille de son corps un peu voûtée par fa force de ses membres : on retrouvait dans toute sa constitution un mélange du Flamand avec l'Espagnol.

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