‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 147 sur 165 · MAXIMILIEN IL · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN IL

(^564-^576.) Ferdinand avait proposé son

HISTOIRE DU tEUtUe ALLEMAND-

fils Maximilien pour son successeur à rassemblée des électeurs, et ceux-ci Favaient reconnu dès Tannée 4560. La recommandation qlie le père fit de son fils est un témoignage qui mérite vraiment d'être conservé. « Il est doué à un baut degré d'intelligence, d'adresse, de douceur, de bonté, de toutes les autres vertus d'un prince ; il a de bonnes mœurs , une âme honnête, équitable et pacifique, un grand amour , une grande inclination pour le Saint- Empire de la nation allemande, et est extrêmement désireux de sa gloire et de son bien-être. Enfin il possède les six premières et les plus Ttsuelles langues de la chrétienté ; de sorte que , dans tout ce qu'il aura h traiter, aujourd'hui ou dans l'avenir^ avec les puissances étrangères, il pourra comprendre par lui-même et se faire comprendre, et par conséquent régler ses affaires par lui-même. » Un autre témoignage très-honorable en sa faveur est celui qu'ont rendu ses sujets de Bohême , lorsqu'ils le recommandèrent aux Polonais, qui avaient jeté les yeux sur lui pour en faire leur roi. « Notre Bohême, disàient-ils, se trouve mieux sous son gouvernement que si elle était commandée par son propre père ; nos droits , nos lois, nos libertés sont protégés par lui; il laisse tout suivre son cours sans rien changer ; cl ce qu'on pourrait presque appeler prodigieux, c'est la prudence, l'impartialité qu'il offre à chacun des différents religionnaires, et par laquelle il les porte à l'accord entre eux, à la tolérance et à un amour réciproque. » Les Polonais euxmêmes auraient pu ajouter plus tard que, pour rétablir chez eux le christianisme ébranle par les révoltes et les divisions , il avait eu beaucoup plus de succès par ses moyens pacifiques qu'un autre n'en aurait pu obtenir par la guerre.

Or, c'était à une époque où le mot de tolérance était S peine connu qu'il exerçait cet esprit de paix, cette manière d'agir; il professait même publiquement « que Dieu seul avait pouvoir sur les consciences. » C'est \h la gloire de cet empereur; aussi rAllcmagno lui dut-cllo à lui et à son père du jouir d'une parfaite tranquillité, comme elle n'en avait pas eu depuis les divisions religieuses; tandis que dans les Pays-Bas et en France le sang coulait par torrents à cause de la religion.

La chambre impériale , qui n'avait été établie primitivement que pour faire entière-

ment disparaître la loi du plus fort , prît alors tout à fait le dessus sur ce penchant à la violence en Allemagne. On peut regarder comme le dernier effort de la force brute les troubles de Guillaume de Grumbach, chevalier fraBconien, qui répandit dans ce temps la dévastation en Franconie avec les restes des sauvages bataillons du margrave Albert. Ce fut surtout le territoire de l'évêque d'Augsbourg qu'il dévast<i; il finit même par le faire fusiller dans s^ propre ville. La chambre impériale mit le meurtrier au bail de l'empire, et il se sauva à Gotha, vers le fils du malheureux électeur Jean Frédéric. Il avait su étourdir ce jeune prince, d'ailleurs très-faible d'esprit, par l'espérance qu'il lui donna de reconquérir son duché pour lui ; et il l'entraîna ainsi dans un sort encore plus malheureux que celui de son père. L'électeur Auguste, frère de Maurice, se mit à la tête de l'armée qui devait exécuter l'arrêt, assiégea le duc avec Grumbach dans Gotha pendant tout un hiver, et le réduisit à la nécessifc de se rendre. Le jeune prince fut conduit prisonnier à Vienne , et là, placé sur Un char découvert , avec un chapeau de paille sur la tôle , il fut conduit par les rues de la ville , exposé aux dérisions de la.populace. Ensuite il passa vingthuit ans prisonnier dans Steyer en Autriche, et mourut en prison ; quant h Grumbach , il fut tiré à quatre chevaux, après avoir souffert de cruelles tortures. ^

A la place du droit du poignet , qui était la dégénération de l'étatde guerre sous la féodalité, d'autres maux, occasionnés par des hommes qui regardaient la guerre comme un état lucratif pour eux , vinrent allliger l'Allemagne , comme pour faire sentir f ux peuples les inconvéuienis de toute institution militaire dans laquelle l'homme libre n'est pas nécessairement guerrier et armé pour la patrie. Ces troupes de soldats mercenaires qui ravageaient parlont, une fois qu'ils s'étaient Tendus à un drapeau ; ces lieux d'enrôlement et de division, ces aWer et venir, les campements, les passages de bandes d'hommes habitués à aucun frein et rassemblés tout d'un coup, étaient pour le pajs autant de plaies insupportables. Les mêmi's plaintes que sous Maximilien I'' se renouvelèrent. L'empereur Maximilien H dit, dans les griefs qu'il présente à la diète : « Les guerner? allemands, autrefois les premiers d'entre les nations par leur piété , leur discipHoe et leur

loyauté, prennent aujourd'hui des mœurs presque barbares ; et à la longue cette dissolution qui règne parmi eux fera qu'aucun honnête homme ne pourra rester dans sa maison et dans sa cour, et pas un seid propriétaire ou fermier dans sa campagne. »

Sur ces plaintes, on'flt de nouvelles lois militaires plus sévères, appelées EeiterbesiaUmgen. Mais le moyen le plus essentiel que l'empereur avait proposé , celui de défendre en Allemagne l'enrôlement des princes étrangers, ne fut pas accepté. Les princes prétendirent : « que de tout temps c'avait été pour les Allemands un usage honorable de leur liberté , de servir pour la gloire et l'honneur, par des actions chevaleresques, des princes étrangers, pourvu que la patrie n'en souffrit aucun dommage ; que , si cet usage était enlevé , l'état militaire serait bientôt anéanti en Allemagne, et qu'an moment du danger on manquerait de guerriers. » Nous devons reconnaître dans ce langage celui du temps de Tacite, où l'on voit les jeunes ^Allemands, emportés par le désir de combattre , passer dans la peuplade qui avait la guerre, lorsque la leur était en paix.

En >I575) l'empereur Maximilien réussit à faire choisir son nis Rodolphe pour roi des Romains, et il mourut un an plus tard à Ratis* bonne , le même jour et à la même heure que la clôture de la diète y fut publiée.

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